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Full text of "Mémoires de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain"

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I, 






MÉMOIRES 



DE LA SOCIETE 



D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE 



ET DU MUSEE HISTORIQUE LORRAIN. 



MÉMOIRES 



DE LA SOCIÉTÉ 



D'ARCHÉOLOGIE 



LORRAINE 



ET DU MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN. 



^'Z 



TOME XLIl (3"= SÉRIE, xx« volume). 




RENE WIENER. LI BR AI R E - É DI T E U R 

RUE DES DOMINICAINS, 5'J. 



MDCCCXCII 



\.vm;y. — iMi'Ui>ii;uii; (.-. ciuvPi.n-i.kislo.M). l'ASSAr.i; m casino. 



THE CETTY CEHTt« 
LIÔRARY 




Portail rie l'Eglise de Revigny, 




Absi'ie lie l'Eglise de Hevifrny. 



MONOGRAPHIE 



DE 



L'ÉGLISE DE REVIGNY 



PAU 



M. l'abbé A. BOUILLET 




'est au xii'' 
siècle que 
remonte la 
plus an- 
c i e n n e 
mention do 
Revigny('). 
Vers le mi- 
lieu de ce 
siècle, cette 
localité ap- 
partenait à 
l'abbaye de 
St - Denis, 
près de Pai'is. L'abbé la céda alors « avec Laimont et 



(1) Revignij-aux-Vaches, chef-lieu de canton du départe- 
ment de'la Meuse, arrondissement de Bar-le-Duc. 



— 10 — 

Neuville-sur-Orne, à Frédéric 1", comte de Bar, en 
échange d'autres villages situés auK environs de St- 
Denis, et qui provenaient de la dot de Béatrix, son 
épouse (1) «. 

La paroisse de Revigny faisait partie, avant la Révo- 
lution, du Diocèse de Toul (2), de l'officiaiité de Bar-le- 
Duc et du Doyenné de Robert-Espagne. Elle a été, 
depuis le concordat, réunie au Diocèse de Verdun, 
auquel elle appartient aujourd'hui comme chef-lieu 
d'un Doyenné. 

Avant 1789, le patronage de la cure de Revigny 
appartenait aux chanoines et au chapitre de Ligny, qui 

ce D'après le Cte Hipp. de Wid.^anges, dit M. Ronnabelle, 
ce surQOtn de : aux vaches, lui viendrait de la fécondité do 
son sol et de ses gras pâturages, ainsi que de la grande 
quantité de vaches et de génisses qu'on y élève {Statisti- 
que des communes du canton de Revigny, in-i2, p, XCI). 
— D'un autre côté, PJerson et Loiseau {Géographie de la 
Meuse, 1862, in-8", p. 112), disent que ce bourg « portait 
encore le nom de Revigny-aux-Vachos, par corruption de 
son nom primitif, Revigny- aux- Vages {vages, dans l'idiome 
du pays, signifiait landes, terres incultes) y). 

Revigny porta successivement les noms de Ruviene (Bulle 
de Pascal II, 1106), Ruvignei (Cartulaire de Jeand'heurs, 
1141), Revigney (Chambre des Comptes de Bar, 1321), 
Ruvigny (id. 1311), Revigneyum (Reg. Tullens, 1402), 
Revigneyum {Stemmat. Lolhar., 1580"), Revigny-aux- Vaches 
(Carte des Etats, 1700), Reviniacus (pouillés de 1711 et 
1748), Ruvtniacus (Dom Calmet), Ruvigni-aux -Vaches (id. 
1756) . 

(1) Vie de St-Gérard, par le P. Benoit, p. 270. 

(2) Le diocèse de Toul {Tullum Leucorum), érigé au iv« 
siècle, était sutïragant de Trêves. L'évêque de Toul était, 
en 1780, comte de Toui, Doyen des Evêques de la Province 
de Trêves, et conseiller-né au Parlement de Nancy. {La 
Fiance ecclésiastique pour l'année 1780, p. 249). 



— n — 

recevaient trois des onze parts que l'on faisait de la 
dîme. Les autres décimateurs étaient le curé du lieu, le 
chapitre de St-Pierro de Bar (1), le prieuré de Dieu- 
en-souvienne (2), l'hôpital de Revigny (3), la chapelle 
Saint-Honoré de Neuville, et INIM. de Burg-es et d'A- 
lençon. La princesse de l'Islehonne, à qui appartenait, 
en toute haute, moyenne et basse justice, la Seigneu- 
rerie de Revigny, avait aussi une légère part delà menue 
dîme (4). 

(1) Ce chapitre avait pour doyen le premier chanoine du 
chapitra de Saint-Maxe de Bar, fondé en 057 par Frédé- 
ric P% duc de Bar, et sa femme Béatrix de France, sœur de 
Hugues Capet. {La France eccUs. pour nSO, p. 250-251.) 

(2) a Bieu' en-Souvienne ou Bieu-en-Souveigne est un 
prieuré de l'ordre du Val-des-Ecoliers, bâti entre les bois, 
dans une solitude, à une demi-lieue de Louppy-le-Château, 
trois lieues de Bar-lc-Duc. Ce prieuré est situé dans le ban 
et la communauté de Louppy, bailliage de Bir. 

a Nous ignorons l'époque delà fondation de ce prieuré. On 
croit que les seigneurs de Louppy en sont les fondateurs ; 
ils ont fait en ditférens tems beaucoup de bien à ce monas- 
tère. En 1342, Raoul, seigneur de Louppy, fonda en ce 
prieuré trois messes par semain?. 

ce Le même Raoul de Louppy donna encore au prieuré de 
Dieu-en-Souveigne trente livres de terre sur les rentes do 
Revigny, à charge que le Prieur ferait célébrer tous les 
jours une messe pour lui à l'autel de sainte Catheiine, qu'il 
avait fondée ; de faire son obit le jour de S. Jacques et S. 
Philippe, etc. Ces lettres sont du 28 avril 1381 ». (Dom 
Calmet, Notice de Lorraine, Tome I, Supplément, col. 
124-125.) 

(3) L'hôpital (ou Maison-Dieu) de Revigny, fondé en 1334 
par Jacques Massart, chanoirie du chapitre de Saint-Maxe 
de Bar-le-Duc, fut supprimé en 1790. Il a été l'objet d'une 
intéressante Notice historique ^-abWéc en 1865 par M. J.-F. 
Gaudé (Nancy, libr. Lepage.) 

(4) Archives de Meurthe-et-Moselle. — Etat du temporel des 



— 12 — 

La nef de l'église devait être entretenue sur les revenus 
de la fabrique. A défaut de ces revenus, les habitants 
étaient « obligés de contribuer subsidiairement pour 
la décoration de l'église et pour fournir ce qui était 
nécessaire. » (i) 

Quant au chœur, le chapitre de Ligny devait l'entre- 
tenir conjointement avec les autres décimateurs (2). La 
fabrique devait même y contribuer pour sa part. La 
collégiale de St-Maxe de Bar était collatrice des cha- 
pelles et avait la charge de leur entretien et de leur 
construction. 

D'après l'Etat du temporel des paroisses, dressé en 
1707, et qui nous a fourni ces renseignements, le bourg 
de Revigny, autrefois fort peuplé, avait perdu de son 
importance « depuis les guerres». Ces mots font sans 
doute allusion aux dommages causés vers 16i0, alors 
que les Suédois, pendant la Guerre de Trente ans, 
ravagèrent le pays et incendièrent l'église. 

a Les Suédois, qui, depuis 1630, ravageaient la 
Lorraine, pillont tout ce qu'ils (roiivoicut, vioV.nnl 
femmes et filles^ hrulhul esglises, metnnt a rjrniido 
géhenne hommes prisonniers, fesant mourir gens 

paroisses : Diocèse de Toul, doycono de Robortespagnc, 
(1702-n]3). B. 291, f"' 47-51. 

(1) Id. 

(2) Le chapitre de Ligny nommait à la Cure de Revigny, 
depuis sans doute (|ue œ Hamon, archidiacre de Toul, avait, 
à la prière d'Agnès, comtesse de Bar, donné à perpétuité, 
aux chanoines de Ligny, afin de former leurs prébendes, 
l'église de Revignei et la chappelle de Ronccurt, et le droit 
de patronage d'icelles églises, sauf les droits de l'Evcquo et 
de l'Archidiacre. » (Biblioth. de Bar-le-Duc. — Fonds 
Servais,) 



ta 

d'esglises par Lourmenls inoys, les Suédois, dis-je, 
dévastaient les environs. Le jour du vendredi-saint, 
21 avril 1639, des habitants d'Huppémont (1) qui 
étaient en fuite, annoncèrent à la population de Revi- 
gny que des bandes de Cravactes venaient de livrer 
aux flammes leur village et celui de Vroil. Apprenant 
tels cours et ravages, les pauvres gens se retirèrent 
au proiïond des bois, aultres se retirèrent à Bar, de 
sorte que le jour de Pàtiues, l'esglise estoit désert (2). 

» Les Suédois ne tardèrent pas à arriver ; ils esca- 
ladèrent facilement des murailles ((ui n'étaient pas 
défendues (3), et pénétrèrent dans le bourg, qu'ils 
livrèrent aux tlammes, après y avoir commis les plus 
horribles cruautés (4). 

Il faut lire les historiens du temps pour se faire une 
idée des ravages que commirent les Suédois dans un 
pays déjà éprouvé par la famine et la peste. 

A Revigny, en particulier, les envahisseurs mirent 
le feu à l'église, dont le clocher et le-, voûtes du chœur 
furent détruits. Nous dirons plus loin par quelle suite 

{\) a Ce village, situé au bas do la côte du même nom que 
Tou voit à deux kilomètres et demi à peu près au Sud de 
Nettancourt, et dont on aperçoit des vestiges sur le terrain, 
fut rasé complètement par les Suédois, et, depuis cette 
époque, il n'a pas été rebâti «. 

(2) Notes trouvées sur la couverture en parchemin d'un 
livre ayant appartenu à Pierre Fleury, curé de Revigny de 
1630 à'l670. 

;3) D'ailleurs elles avaient été démantelées en 168*") par 
ordre de Richelieu {Hist. de Lorraine, par Digot, tom. V, 
p. 20". — Hisl. des duchés de Lorraine et de Bar, par E. 
A. Bégin, tome II, p. 194 et 195.) 

(4) Notice historique sur l'Hôpital de Revigny, par M. J.- 
F. Gaudé, p. 11-12. 



— 14 - 

de circonstances ce désastre ne fut entièrement réparé 
que de nos jours. 

L'histoire de noire église s'interrompt alors, faute de 
documents, jusqu'à l'époque de la Révolution française. 
Alors, le 23 janvier 1791, en présence du maire et des 
officiers municipaux (1), le curé, « François Husson, 
en exécution du décret de l'Assemblée nationale du 27 
novembre, sanctionné par le Roy le 26 décembre sui- 
vant, a prononcé à haute et intelligible voix et la 

main levée, le serment solennel de veiller avec soin 
sur les fidèles de la paroisse confiée à ses soins, 
d'être fidèle à la nation, à la loy et au roy, et de main- 
tenir de tout son pouvoir la constitution décrétée par 
l'Assemblée nationale et acceptée par le Roy (2) ». 

Le 14 Juillet suivant, il y eut fête à l'église, oîi, sur 
la demande du Maire, furent célébrées la grande messe 
et les vêpres, auxquels assistèrent tous les habitants. 

Cependant la proclamation de la Constitution avait 
lieu le 16 octobre 1791, et, à partir de ce moment les 
choses se passèrent avec moins de calme. Un an plus 
tard (17 octobre 1792), le maire Louis Hugot, accom- 
pagné du procureur de la commune, Jean Bala, et du 
secrétaire de la municipalité J.-B. Poriquet, se rendit 
à la cure pour « faire l'inventaire des meubles, effets et 
ustensiles en or et en argent employés au service du 
culte». Le 10 novembre, ce fut le tour des registres 
contenant les actes de baptêmes, de mariages et de 

(1) Claude-François Thomas, mairo ; Jacques Alexis 
Contant, Louis Hugot, Pierre Hannion et Philibert Ficatier, 
officiers municipaux ; Jean Moat, procureur de la coiurauno. 

(2) Registres des délibérations de la mairie de Revigny. 



o 



oépullui'es, que l'on transporta à la mairie au nombre 
de 23. 

Au témoignage des vieillards du pays, le mouve- 
ment favorable à la Révolution et hostile à la Religion, 
fut excité, à Revigny. par des étrangers qui bientôt y 
firent des adhérents. Parmi ces derniers on cite notam- 
ment Pierre Le Rouge et Jean Brunetle. S'érigeant en 
terroriste s, ces hommes plantèrent sur la place de la 
Grand Cl oixim arbre de liberté pavoisé aux couleurs 
nationak s. se rendirent ensuite à l'église qui avait été 
fermée au culte en exécution d'un décret de la Convention, 
et vouli rent la convertir en Temple de la Liberté. Après 
avoir d( scendu les cloches, ils profanèrent et mirent 
en pièces ce qu'ils trouvèrent de vases sacrés et de 
reliquaires, en proférant des blasphèmes. Ils mutilèrent 
et brisèrent les statues de saints qui ornaient l'intérieur 
et l'extérieur de l'église. Jean Brunette, qui était char- 
pentier, voulait, avec sa hache, « voir ce que le Christ 
avait dans le ventre >j. 

Pendant ce temps, un de ces forcenés montait au 
grand orgue et, au chant de la Marseillaise, plantait 
au sommet du buffet une pique surmontée d'un bonnet 
phrygien. 

Ils terminèrent leurs exploits en brûlant sur la place 
de l'église tout ce que celle-ci possédait de livres et de 
registres de toute sorte. Cet acte de vandalisme explique 
la pénurie de documents et de pièces d'archives à 
laquelle nous sommes réduit. 

Cependant les lîdèles continuaient à pratiquer la 
religion et à suivre les offices dans une grange (1) oii 

(1) Cette grange, aujourd'hui détruite, s'élevait sur l'em- 
placement de la^nouvelle école des filles, en face le presby- 
tère actuel. 



- 16 - 

l'on avait pu transférer les objets et les ornements 
nécessaires. 

Les révolutionnaires rencontraient parfois de la résis- 
tance. Lorsqu'ils avaient brisé les statues de l'église, le 
peuple s'était armé pour les empêcher de toucher à 
Pimage de la Vierge. 

Enfin le 19 février 1793, à la demande de Jean Fran- 
çois Gana, receveur de la fabrique de Revigny, 
demande sanctionnée par le Directoire du District de 
Bar-sur-Ornain, le Conseil général du Département 
accorda à la fabrique une rente annuelle de 540 livres. 
C'était l'intérêt à 4 pour cent delà somme de 13,600 
livres, produite par la vente, faite les 30 avril et 20 
juin 1792, des biens de cette fabrique. 

Nous dirons plus loin comment les dommages subis 
par l'église de Revigny tant au xvi' qu'au xviu'' siècle, 
furent réparés de notre temps. 



I 



Toutes les parties de l'édifice présentent les caractères 
distinctifs de l'époque qui l'a vu construire. L'art 
gothique régnait encore en maître, mais il avait perdu, 
avec sa simplicité primitive, sa grâce et sa légèreté. 
L'ogive s'était élargie et surbaissée ; les piliers, privés 
de leurs gracieuses colonnetles et de leurs chapiteaux 
aux délicates sculptures, n'étaient plus que de lourdes 
colonnes ; les nervures étaient devenues grêles et angu- 
leuses ; les meneaux des fenêtres traçaient des méandres 
savants et compliqués ; la sculpture, à force de vouloir 
fouiller la pierre et comme l'assouplir, n'offrait plus 
qu'une ornementation maigre et recherchée ; tout 




t I 1 ! — 1— i — : i- 



PLAN DE L'ÉGLISE DE REVIGNY 



H. Christophe, 



— n — 

l'ensemble s'était alourdi. Tels sont, dans leurs grandes 
lignes, les caractères de l'art qui construisit notre église. 

Le portail occidental est à deux portes, séparées par 
un trumeau à base et nervures prismatiques. Un vaste 
tympan les surmonte, coupé, au-dessus du trumeau, 
par une haute niche surmontée d'un dais sculpté à jour 
et d'une grande richesse. Les pinacles et les accolades 
y sont reliés par un réseau de fines nervures décou- 
pées comme une dentelle. La niche renferme une statue 
polychromée de la Vierge-Mère, postérieure en date à 
la construction de l'édifice. Sur le contour du tympan 
se profile une jolie arcature à redents trilobés, 
malheureusement incomplète et mutilée. 

Tout cet ensemble est encadré dans trois archivoltes 
ou voussures profondément fouillées en nervures pris- 
matiques et concentriques d'une grande sécheresse. La 
plus intérieure retombe de chaque côté sur une niche 
à dais en accolade ornée de choux frisés. Chaque niche, 
vide de sa statue, repose sur une colonnelte à nervures 
torses. Quant aux deux archivoltes extérieures, elles 
retombent sur des contreforts surmontés de pinacles 
et ornés de délicates sculptures. Une accolade, ornée 
d'énormes choux frisés et se terminant par un fleuron 
incomplet, suit la voussure extérieure et se détache sur 
le nu du mur. Devant le fleuron se voit un écu 
martelé. 

Une rose à huit compartiments, surmontée d'un tore 
brisé, s'ouvre derrière ce couronnement, au-dessus 
d'un cordon en glacis en arrière duquel s'élève en 
retrait la masse de la tour. Gellu-ci, fort lourde et 
disgracieuse, a été construite en 1705, pour remplacer 
le clocher détruit par les Suédois, et (jui s'élevait au- 



— 18 — 

dessus de la croisée du transept (1). Elle est percée 
sur chaque face de deux ouvertures jumelles en plein 
cintre, au-dessus desquelles la flèche aiguë, couverte 
en ardoises et très élancée, porte son sommet à 56"" de 
hauteur. 

De chaque côté du portail principal, le mur droit qui 
termine les bas-côtés est percé d'une fenêtre basse et 
large, à tracerio flamboyante. De part et d'autre, le 
rampant du toit s'appuie, à sa partie inférieure, sur un 
contrefort formant avec les murs un angle de 45°, et 
surmonté d'un gable à choux et à crête découpée, dont 
les rampants ne dépassent guère en hauteur le mur 
des collatéraux. Un ressaut en glacis coupe la face 
antérieure de ces contreforts aux deux tiers environ de 
leur hauteur. 

Cinq autres contreforts correspondent, sur les faces 
latérales de l'éghse, à autant de piliers intérieurs de la 
nef. Faisant corps avec le mur du bas-côté, sur lequel 
ils font saillie, ils offrent, en montant, un glacis sem- 
blable à ceux dont nous venons de parler, puis une 
gargouille en forme d'animal grotesque, recevant les 
eaux du toit du collatéral. Plus haut, une seconde 
gargouille correspond à la culée de l'arc-boutant qui, 
passant au-dessus du toit, s'appuie sous le larmier du 
grand comble et épaule les hautes voûtes de la nef. 
Toutefois le cinquième de ces contreforts n'a pas d'arc- 
boulant et contrebute dans toute sa hauteur le mur 
latéral, plus élevé à cet endroit. La description de 



(t) D'après une tradition locale, les fidèles turent convo- 
qués aux offices par le son de la trompette jusqu'à ce que le 
nouveau clocher fût construit et les cloches installées. 



— l'J — 

l'intérieur de l'église donnera la raison de cette dispo- 
sition. 

Enfin tous ces contreforts, sauf le dernier, ont pour 
couronnement un toit à deux rampants, orné de cro- 
chets et surmonté d'un épi, le tout en assez mauvaip 
état. 

Entre les arcs-boutants, supportés par un pilastre 
carré appuyé au mur, s'ouvrent les étroites fenêtres de 
ia nef. Au-dessus règne un tore continu, puis un lar- 
mier qui supporte la charpente du grand comble. 

La toiture du chœur est plus élevée que celle de la 
nef ; celle du transept s'élève à une hauteur intermé- 
diaire. Chacun des bras estcontrebuté par trois contre- 
forts à ressauts et larmiers, couronnés par des gables 
sous la corniche du toit. Cependant, à l'extrémité du 
croisillon méridional, un de ces contreforts est rem- 
placé par une tourelle octogone (1) renfermant un esca- 
lier aujourd'hui sans usage, mais qui devait conduire 
au clocher primitif. On peut encore le descendre depuis 
les combles, mais on est arrêté par la voûte d'un 

(1) A droite de cette tourelle, on lit sur le mur l'inscrip- 
tion suivante, gravée sans doute à l'époque où l'église était 
entourée du cimetière de la paroisse : 

PASSANT • PENSE " TV ' PAS ' PASSER • PAR ' CE ' PASSAGE 
SI • TV • NE • PENSE ' PAS * PECHEVR ' TV • NES * PAS 

SAGE 

On lisait autrefois à Paris, à l'entrée du cimetière de 
St Séverin, l'inscription suivante, plus complète que celle de 
Revignv : 

Passant, penses-tu passer par ce passage 

Où pensant, f ai passé ? 

Si tu n'y penses pas, passant, tu n'es pas sage ; 

Car en n'y pendant pas, tu te verras passé. 



— i20 — 

réduit pratiqué à la partie inférieure pour servir de 
sépulture. La porte extérieure de l'escalier, murée 
maintenant, est remplacée par une autre porte, percée 
dans l'intérieur de l'église. Sous le toit en poivrière 
qui couronne la tourelle est sculpté un cadran solaire 
portant la date de 1637. 

Contre le mur occidental du croisillon septentrional. 
on remarque la trace du toit d'une ancienne construc- 
tion, qui communiquait avec l'intérieur de l'église par 
une porte murée depuis. C'était la chapelle « des Bar- 
bilons (1) », démolie par arrêté pris sur la demande des 
citoyens agent et adjoint de la Commune de Revigny, 
le 11 Nivôse an 7 (31 décembre 1798). 

Le chevet de l'église de Uevigny en est la partie la 
plus riche et la plus ornée. Il est à cinq pans, percés 
de hautes et larges fenêtres qui occupent tout l'espace 
compris entre les contreforts qui en butent les arêtes. 
Ceux-ci sont décorés à profusion de pinacles, de niches 
et de dais ornés avec soin et délicatement fouillés. Les 
gables qui les couronnent portent des crochets d'un 
beau travail, et reposent sur une corniche formée d'un 

(1) Ce nom serait-il, comme on l'a cru, celui d'une confrérie 
qui aurait eu là sa chapelle et dont sainte Barbe aurait été 
la patronne S* 

D'autre part, nous avons trouvé, aux Archives de Meurthe- 
et-Moselle, dans les Inventaires de la Chambre des Comptes, 
l'indication dune sentence en date du 14 décembre 1613, 
a qui condamne Jean Barbiton, demt à Revigny, de payer 
2' 4 onces de cire, pour cens annuel, et aux dépens». La 
chapelle en question aurait-elle été construite par un 
membre de la famille Barbiton ? Quoique rien ne nous auto- 
rise à admettre de préférence l'une ou l'autre de ces deux 
hypothèses, nous serions plutôt porté à adopter la seconde, 
à défaut d'analogies en faveur de la première. 



— 21 — 

large damier. Un autre damier court sous le bord du 
toit, et se continue sous celui du transsept. 

Les niches des contreforts sont vides de leurs 
statues. Cependant l'une d'elles contient encore deux 
personnages à longue barbe, accroupis, les mains 
jointes ; un troisième personnage, mutilé, semble se 
tenir debout derrière les deux premiers. 

Quelques-uns des dais qui surmontent les niches sont 
remplis par ces coquilles qui deviendront, pour les 
artistes de la Renaissance, un joli motif d'ornementa- 
tion d'un usage fréquent. 

Ajoutons qu'un cordon, se rattachant au mur par une 
retraite en larmier, court à la partie inférieure des 
fenêtres de l'abside, et se contourne sans interruption 
autour des contreforts. 

Outre le portail occidental, deux autres entrées 
donnent accès dans l'église. Elles sont percées entre 
le quatrième et le cinquième contreforts de chaque 
collatéral, et se font face l'une à l'autre. 

Celle du Nord est une simple porte à arcade surbais- 
sée en anse de panier. On a supprimé au-dessus d'elle 
une fenêtre dont les traces existent encore. 

Au Sud, le portail a deux ouvertures séparées par un 
trumeau à nervures prismatiques. Le tympan est enca- 
dré dans une accolade tronquée et mutilée comme à 
plaisir. On a découvert sous le badigeon qui couvrait 
le tympan des traces de peintures. L'ensemble forme un 
porche abrité par un auvent qui recouvre une voûte en 
croisée d'ogives. A la clef est sculpté un bras bardé 
de fer et brandissant une épéo (1). Le tout, resserré 

(1) René II, comte de Vaudémont, qui fut duc de Lorraine 
de 1473 à 1508, fit frapper des médailles portant ce «t bras 



'•')9 

md art 

entre deux des contreforts, est orné, à la partie anté- 
rieure, d'un fronton très surbaissé. 

Constatons, avant d'entrer dans notre égliso, que 
son ornementation extérieure accuse en général une 
grande inexpérience ou une grande timidité. Il semble 
que le sculpteur ait craint de fouiller la pierre et de 
compromettre sa solidité. Il en résulte, dans l'ensemble, 
un air de lourdeur, remarquable surtout au portail 
principal et aux deux élévations latérales. En outre, la 
forme surbaissée des fenêtres ne contribue pas peu à 
accentuer ce caractère. 

Cependant l'élévation orientale des bras du transept 
et celle de l'abside semblent s'alléger davantage, et 
l'ornementation y est plus hardie et fouillée avec plus 
d'audace. Les grandes fenêtres du chœur ont leur tra- 
cerie bien dessinée ; les pinacles et les dais des contre- 
forts sont fouillés avec soin, et produisent des jeux 
d'ombre et de lumière de beaucoup d'effet. 



II 



L'intérieur de l'église de Revigny, avec ses colonnes 
vigoureuses et les nervures fortement accentuées qui 
s'étalent à la voûte, ne manque pas de hardiesse et de 
grandeur. Toutefois, la nef, plus sobre de décoration et 
éclairée d'une façon plus discrète, a un aspect plus 
sévère que le chœur avec ses larges fenêtres qui l'i- 

armé sortant d'une nue,» entouré de la légende: fecit 
POTENTiAM IN BRACHio suo. (De Saulcv, Numismatique 
lorraine. PI. XIII, n° 8). — Cf. Léon Germain, Le lit 
d" Ar.toine, duc de Lorraine^ 1885, p. 14-15. (Extr. du Bul- 
letin monumental). 



— 2-S — 

uondent de lumière à travers leurs meneaux aux riches 
ramifications. 

Six travées précèdent le transept. Six piliers y sépa- 
rent la nef principale des collatéraux. Trapus, cylin- 
driques, privés de chapiteaux, ils s'épanouissent chacun 
en un faisceau de nervures prismatiques qui forment, 
outre l'og-ive des arcades basses, les diverses nervures 
des collatéraux, où les arcs doubleaux, ogives et for- 
merets retombent sur de simples consoles faisant sail- 
lie sur le mur. Chaque pilier repose sur une base octo- 
gone surmontée d'une gorge et d'un tore, et, entre les 
arcades, continue à faire saillie sur le nu du mur pour 
recevoir les nervures de la voûte haute. Sous les for- 
merets de cette dernière, dans les cinq premières 
travées, s'ouvrent des fenêtres peu étendues, à un seul 
meneau s'épanouissant en une tracerie flamboyante. 
D'autres fenêtres, larges et bass'i's au point de paraître 
inscrites dans un triangle équilatéral, n'ayant aussi 
qu'un seul meneau et une tracerie flamboyante, 
éclairent les bas-côtés. Les voûtes de ces derniers, 
aussi bien que celles de la haute nef, sont en croisées 
d'ogives, avec des clefs ornées de fleurons sculptés. 

Il faut faire exception cependant pour la sixième 
travée, dont la voûte est à liernes et tiercerons, avec 
cinq clefs, dont deux portent des blasons martelés. La 
travée correspondante des collatéraux présente cette 
particularité de porter sa voûte à la même hauteur que 
celle delà nef principale (1), et d'être éclairée par une 
haute fenêtre à tracerie flamboyante portée par un seul 

(1) C'est ce qui explique la disposition anormale que nous 
avons sif^nalée à l'extérieur. 



— 24 — 

meneau. La voûte y est aussi à nervures multiples. Au 
Nord, la clef centrale porle un écu entouré d'une corde- 
lière. Le champ, parti, est meublé, à dextre, d'un lion 
rampant, et à senestre, d'un croissant tourné (1), autour 
duquel se voit une inscription illisible. Sur une autre 
clef de la même voûte est sculpté un blason chargé de 
trois pals (2). 

Sur la clef principale de la voûte correspondante 
dans le collatéral Sud, le buste d'un squelette élève la 
main droite, et appuie la gauche sur sa poitrine. Là 



(1) M. Moat {La commune de Revigny et ses environs, 
1876, p. 15) et, après lui, M. Bonnabelle {Revigny, 1883, 
p. 18j note 2) ont vu là l'alliance des armes de Luxembourg- 
LigDv et du duché de Bar, qui portent, l'un un lion ram- 
pant, l'autre deux &«r5 ou ôarôgawa; courbés et adossés. Ils 
ont expliqué la présence des premières par l'obligation où 
était le chapitre de Ligny d'entretenir le chœur de l'église. 
Malheureusement on ne voit nnlle part que le chapitre de 
Ligny ait fait usage d'armoiries. Le sceau dont il se servait 
portait gravée une représentation de l'église collégiale, et, 
en contre-sceau, un château à trois tours, avec donjon 
central. Sur le sceau de la collégiale était représentée la 
Vierge, qui en était la patronne. 

Quant aux bars, il nous est impossible de les voir. 11 y a 
un croissant, et pas autre chose qu'un croissant, entouré de 
quelques caractères indéchiffrables. 

La cordelière qui entoure l'ensemble nous porterait à 
croire, avec M. L. Germain, qu'il y aurait là l'écusson 
d'une femme, parti de celui de son mari. 

Nous ne pouvons que gémir une fois de plus au sujet de 
l'absence de documents qui puissent nous suggérer une 
attribution plausible. 

(2) Ce blason a pu appartenir aux familles de Rouvigny 
ou do Briey, dont une branche est connue sous le nom de 
Landres. 



— 25 — 

encore, deux autres clefs portent, l'une un écu meublé 
de trois grappes de raisin, deux et une ; l'autre, deux 
personnages placés dos à dos, tête contre pieds. 

A la cinquième travée et aux suivantes, les arcades 
qui séparent la nef des collatéraux montent à peu de 
distance des formerets de la haute voûte. Les collaté- 
raux de la septième et de la huitième travée sont 
doubles, et forment le transept, plus large du côté de 
l'Evangile que du côté de l'Epitre. Dans toute cette 
partie de l'église, les nervures des voûtes se prolongent 
le long des murs jusqu'au pavé, au lieu de reposer sur 
de simples consoles. Le transsept reçoit la lumière par 
de hautes fenêtres à tracerie flamboyante pratiquées 
dans les murs des extrémités et de l'Est. 

Vient ensuite le chœur, composé d'une travée rectan- 
gulaire et du chevet à cinq pans. 

De chaque côté du sanctuaire, le prolongement du 
collatéral forme une chapelle en trapèze, celle du N. 
plus large que celle du S., comme les bas-côtés dont 
elles sont le prolongement. De hautes et larges fenêtres, 
à remplage flamboyant, occupent dans le sanctuaire et 
dans les deux chapelles l'espace compris entre les 
points d'appui de la voûte (1). Elles reposent sur un 
cordon continu faisant le tour du chevet. Une de ces 
fenêtres a les ramifications de sa tracerie disposées en 
forme de fleur de lys. 

Les deux travées du transept ont leurs voûtes en 

(1) Hauteur des voûtes : 

Bas-côtés : 5'" 10. 
Transept: 8"» 60. 
Nef principale : 12™. 



— 26 — 

croisées d'ogives, tandis que celles du chœur et des 
chapelles sont à nervures multiples à liernes et tierce- 
rons. Toutes ces voûtes sont de construction moderne. 

Primitivement l'église entière était voûtée. Mais 
lorsque les Suédois l'incendièrent en 1640, la char- 
pente du chœur et le clocher central s'écroulèrent, et 
entraînèrent les voûtes dans leur chute. C'est alors que, 
d'après une tradition locale, les habitants de Revigny 
adressèrent au duc de Lorraine une demande « à l'effet 
d'obtenir l'autorisation de couper dans les bois de la 
Haie-Herlin, qui lui appartenait, les chênes néces- 
saires pour refaire la charpente du chœur et le cou- 
vrir (1) ». 

Un siècle plus tard, le 24 décembre 1790, Jean 
Moat, maire de Revigny, exposait à la municipalité que 
la toiture du chœur de l'église était en mauvais état, 
et rappelait qu'un marché fait depuis plus de deux 
ans en vue de sa réparation n^avait pas été exécuté. 

Nous avons dit plus haut que, le H Nivôse an VII, il 
avait été question, au Conseil de la Commune, de 
la démolition de la chapelle des Barbitons, qui tom- 
bait en ruines. Les matériaux, évalués à la somme de 
380 livres, devaient être vendus, et le produit consacré 
à la réparation du « Temple ». qui servait de lieu de 
réunion pour les fêles décadaires, et qui avait « besoin 
d^une réparation urgente ». 

Il faut venir ensuite jusqu'en 1855 pour voir l'admi- 
nistration se préoccuper des travaux à exécuter à l'é- 
glise de Revigny (2), et en particulier de la recons- 

(1) Annuaire de la Meuse pour 1848, p. XCV. 

(2) tt La pensée de la restauration remonte à l'année 1850, 
et revient à son vénérable pasteur de ce temps (M. l'abbé 



— 27 — 

truclion de la voûte du chœur et du transept. Par une 
lettre du S4 juillet de cette année, le Maire, M. de la 
Giraudière, autorisait le président de la fabrique à les 
faire exécuter « par voie de régie, au fur et à mesure 
de la réalisation des ressources et par ordre d'urgence, 
sous la direction de M. Maxe, architecte à Bar-le-Duc, 
et sous la surveillance du président et de deux membres 
du Conseil mnnicipal », 

Déjà, le 28 juillet 1853, le Conseil municipal, recon- 
naissant la nécessité de faire exécuter des travaux pour 
la conservation de l'église », avait demandé la rédac- 
tion d'un devis. Ce devis montant à la somme de 14800 
francs, et M. de la Giraudière, dans sa lettre du 24 
juillet 1855, annonçait au président de la fabrique que 
le Conseil municipal, pour lui venir en aide, avait voté 
un subside de 4,000 francs. 

L'architecte hésita d'abord sur le choix des matériaux 
à employer dans la reconstruction de la voûte. Crai- 

Fontaine) ainsi qu'au membre de la fabrique (M. Hannion), 
qui, comme instituteur intelligent et dévoué, a laissé de si 
beaux souvenirs dans la population. » (Note adressée à l'au- 
teur du présent travail par M. Maxe) 

Les liens qui nous attachent à ces deux hommes de bien 
ne nous permettent pas de les louer aussi librement que 
nous le voudrions. Le premier, qui nous avait donné le bien- 
fait du Baptême dans l'église même que nous décrivons, 
nous a conservé jusqu'à sa mort une affection et un intérêt 
tout paternels. A l'autre, à qui nous unissent étroitement les 
liens du sang, nous devons, avec l'exemple constant d'une 
vie droite, d'une âme élevée, d'une intelligence cultivée par 
le travail et fille de ses œuvres, le bienfait d'une éducation 
dont nous ne saurions trop nous honorer. Collaborateurs 
l'un de l'autre dans l'œuvre de l'éducation de la jeunesse et 
du maintien de la foi, ils ont laissé à Revigny un souvenir 
que le temps n'a pas effacé. 



— 28 — 

gnant que la pierre fût trop lourde, il pensa d'abord à 
employer le bois, il se décida ensuite pour la brique 
creuse, reposant sur des nervures en pierre. 

Enfin en 1859 on se mit cà l'œuvre ; les travaux furent 
poussés activement, et, le 10 avril 1803, l'entrepreneur 
pouvait présenter son Mémoire (1). 

Le devis approuvé en 1855 comprenait, outre la 
reconstruction de la voûte, des réparations extérieures, 
la réfection du porche et du pavage, la restauration 
du chœur, du sanctuaire et des chapelles, l'enlèvement 
du badigeon qui déshonorait toutes les parties de l'é- 
glise. C'est en 1864 que ces divers travaux furent ter- 
minés (2). A la même époque, on songea à établir des 

(1) On a gravé, autour de la principale clef de voûte du 
sanctuaire, l'inscription suivante : 

Sa7~t. Tect. fornic. huj. Templ. 
in. Sanct. et. Transep. Compl. 

Et, au milieu : 

!?(nno 1862 

(2) a Les travaux de restauration ont commencé en 1859, 
par la construction des voûtes de la croisée et du croisillon 
méridional du transept, et ont été continués à peu près sans 
interruption : le pavage des chapelles et des allées en 1861 ; 
la construction des voûtes de l'abside, du dallage du sanc- 
tuaire, du maître-autel, et l'établissement des tambours en 
1862 ; les verrières du sanctuaire avec le redressement des 
meneaux des fenêtres en 1864. 

« Le projet de la construction des voûtes de l'abside 
avait éveillé des doutes dans l'esprit des autorités de la 
commune, qui ont demandé alors à l'architecte et à l'entre- 
preneur l'engagement formel de répondre à leurs risques et 
périls des événements qui pourraient arriver. Mais l'archi- 
tecte, qui connaissait les principes de la construction de 
l'architecture ogivale, entreprit résolument l'œuvre, malgré 



vitraux dans les fenêtres de l'église, et MM. Maréchal, 
de Metz, furent chargés de ce travail, au sujet duquel 
nous hésitons à formuler une appréciation. C'est là, à 
notre humble avis, la partie faible de la restauration de 
notre église, et nous ne saurions approuver sans 
réserve ni ie choix des sujets, ni l'exécution matérielle. 
11 aurait fallu s'inspirer davantage des œuvres des 
peintres verriers qui travaillaient à l'époque où l'édi- 
fice fut construit, et ne pas s'exposer à commettre de 
tlagrants anachronismes. Il eût fallu aussi chercher à 
atténuer des couleurs trop violentes et des oppositions 
heurtées. La palette des verriers de la dernière moitié 
du xv"= siècle et du commencement du xvi^ était assez 
riche pour offrir de quoi charmer les yeux sans les 
éblouir ni les fatiguer. 

Après ces divers travaux, l'église de Revigny avait 
repris une nouvelle jeunesse. Peu à peu son ameuble- 
ment se transforma. Dès 1862, ie maître-autel du xvn'^ 
siècle, surmonté d'un lourd retable, avait fait place à 
un autel plus en rapport avec l'architecture de l'édifice. 
Aujourd'hui le mobilier est à peu près complet (1). 
Malheureusement il ne reste ni pierres tombales, ni 
autels anciens. Il ne subsiste de l'ornemenlalion primi- 
tive, avec les clefs de voûte de la nef et des collatéraux. 

im surplomb dans les contreforts déplus de 30 centimètres, 
et l'entreprise fut couronnée d'un plein succès. » (Note de 
M. Maxe.) . 

(1) Nous ne mentionnons que pour mémoire le volumineux 
chemin de croix dont les stations s'étalent sur les piliers de 
la nef. Son moindre défaut est de rompre les lignes de l'ar- 
chitecture en chargeant les colonnes d'autant de hors- 
d'œuvre et en déplaçant la ligne tracée sur les murs par le 
cordon qui fait le tour de l'edifict;. 



— 80 — 

que trois curieuses piscines de la Renaissance, restau- 
rées avec soin. 

La première, placée à droite du maitre-autel, se 
compose d'une console en cul-dc-lampe surmontée 
d'une niche dont la paroi porte des cannelures, et dont 
la partie supérieure est remplie par un gros fleuron. 
L'encadrement se compose de deux pilastres qui 
montent de fond, et qui sont chargés d'arabesques. Ils 
supportent, sur leurs chapiteaux, un entablement orné, 
entre deux patères à ombilic, d'un médaillon présen- 
tant une tête de profil. 

Dans la chapelle de droite se trouve la seconde 
piscine. L'ouverture est carrée, et entourée d'un 
encadrement en plein cintre. Dans le tympan sont 
sculptés les emblèmes des vertus théologales. Autour 
de l'encadrement, des coquilles et des fleurons sont 
reliés par une torsade. Une autre torsade court sous la 
pierre saillante qui sert de console. 

La troisième se voit dans le transept méridional. 
Dans un encadrement rectangulaire chargé de char- 
dons et de grappes de raisin, deux colonnetles torses 
à pinacles supportent une accolade à crochets. Dans les 
écoinçons, deux oiseaux, retenus par des cordes atta- 
chées au fleuron de l'accolade, cherchent à s'envoler. 
Le fond de la niche est rempli par une coquille. Une 
tablette intermédiaire a sa tranche garnie de poissons. 

Le grand orgue a conservé son buffet, daté de 1781 (1). 

^1) On lit sur la boiserie du positif : 

LWDATK 

DOMlNViM 

IN CHORDIS 

ET OKGANO 

17.31 



— m — 

Il est attribué à un facteur allemand, et, quoique ses 
sculptures soient assez grossières, l'ensemble présente 
néanmoms un certain caractère. La tribune qui le sup- 
porte avançait autrefois jusqu'au troisième pilier de la 
nef. Elle a été reculée en 1872 jusqu'au premier, et 
l'orgue, qui n'était primitivement qu'un huit-pieds, a été 
complété et est devenu un seize-pieds. 

La chaire, en chêne sculpté, est aussi duxviii* siècle, 
et offre des panneaux heureusement traités. 

C'est au xv^ siècle et au commencement du xvi* que 
fut construite l'église de Revigny. Gomme cela se pra- 
tiquait généralement au moyen-âge, le chœur fut élevé 
avant la nef ; c'est pour cela que les bases des deux 
derniers piliers, piliers semblables aux autres pour le 
reste, offrent des retraits et de petites consoles qui 
attestent leur priorité. Mais, par une singulière anoma- 
lie, le transept, si on en juge par le profil de ses colon- 
nettes et la tracerie de ses fenêtres, encore en partie 
rayonnantes, semble avoir été terminé avant le chœur, 
qui lui-même est postérieur à la nef. Celle-ci pourrait 
être rapportée aux environs de l'année 1510. L'édifice 
tout entier doit avoir été construit entre 1490 et 1520. 
Nous serions donc tenté de croire que, de la construc- 
tion primitive, il ne subsisterait aujourd'hui que les 
deux bras du transept et que le chœur, pour une raison 
qui nous est inconnue, aurait été reconstruit après 
l'achèvement de la nef. 

Quanta l'église antérieure, nous ignorons si elle était 
construite sur le même emplacement ; nous ne savons 
pas davantage quel en était le plan. 



LE TRAITÉ CONCLU EN 1497 



ENTRE 



RENÉ II, DUC DE LORRAINE 



ET 



iî 11 i LA M 



M 



PAR 

M. P. MARICHAL 



L'histoire de la guerre, qui, vers la fin du xv^ siècle, 
mit aux prises le duc de Lorraine René II et son voi- 
sin Robert II de la Marck, seigneur de Sedan, a fuit, 
comme on sait, il y a quelques années, l'objet d'un 
travail d'Henri Lepage (1), où se trouvent heureuse- 
ment complétées au moyen de nombreux documents 
d'archives les informations trop sommaires, presque 
toutes fournies par le chroniqueur messin Jean Au- 



[\) La guerre de Sedan, épisode du règne de René II 
(1493-1496), pur M. Henri Lepage , dans les Mém, de la 
Soc. d'Arch. ^orr. de 1884, pp. 183-224. 



— 33 - 

brion (1), que s'étaient contentés de reproduire les rares 
historiens qui avaient déjà eftleuré le sujet (2). 

Mais il est un point de la question sur lequel pleine 
satisfaction n'a pas été donnée. Henri Lepage a prouvé 
que la guerre de Sedan se termina par un traité conclu 
entre le 20 octobre et le 10 novembre 1497 : mais le 
texte de ce traité a échappé à ses recherches. 

Le hasard nous a rendu plus heureux. La pièce 
conservée sous le n" 23 de la layette Briey domaine de 
Tancien trésor des Chartes de Lorraine, laquelle est 
aujourd'hui aux archives de Meurthe-et-Moselle (B. 593)^ 
porte au dos l'analyse suivante : « Vidimusdel'appoinc- 
tement fait par le roy de Sicille (3) avec messire Robert 
de la Marck de la seigneurie de Raconval en la prevosté 

(1) Nous rappelons que le Journal de Jehan Aubrion a 
été publié par M. Lorédan Larchey (Metz, 1S57, ia 8"). 

(2) H. Lopage ne paraît pas avoir connu la Notice histori- 
que sur Robert II de la Marck,,.. (Metz, 1865, in-8"), de 
M. de Bouteiller : quelques pages (34 à 47) de cet ouvragé 
sont consacrées au récit des hostilités entre Robert et 
René II. Faisons observer que dans la 2* édit. de son His- 
toire de Lorraine (V, 433 et 436-438), Dom Calmet avait 
donné presque autant de détails sur le même sujet. 

(3) Il nous paraît utile de résumer ici quelques recher- 
ches faites par nous touchant le titre de roi de Sicile por^é 
par René II, de manière à compléter ce qu'ont dit sur lu 
question MM. Briard et Lepage {Des titres et prétentions des 
ducs héréditaires de Lorraine, dans les Mém. de la Soc. 
d'Arch. lorr. de 1885). 

Après la mort du roi René (10 juillet 1480), Yolande d'An- 
jou, sa fille, duchesse de Lorraine, mère de René II, prit le 
titre de reine de Jérusalem et de Sicile, et René II celui de 
duc de Calabre. Yolande mourut le 23 février 1484. Deux 
ans plus tard, René II fut appelé par les barons napolitains 
à la conquête du royaume de Naples (V. pour les détails 

3 



- 34 — 

de Briey. » Ajoutons que cet « appoinctement » porte la 
date du 25 octobre 1497 : c'est dire assez qu'il faut voir 
dans cette pièce une copie authentique du traité vaine- 
ment recherché par Henri Lepage. 

Il est superflu, croyons-nous, d'insister sur l'intérêt 
(}ue présente ce document. Grâce au travail du regretté 
savant lorraini on sait à quels événements il se rap- 
porte : mais il n'est pas sans fournir sur ces événe- 
ments quelques indications nouvelles, notamment sur 
les causes des hostilités et sur les alliés des deux par- 
tis : faisons observer à ce dernier propos qu'on igno- 
rait jusqu'ici quels avaient été les alliés de Robert de 
la Marck, car les documents publiés par Henri Lepage 
sont tous de provenance exclusivement lorraine. 

Henri Lepage a dressé une liste des combattants qui 
furent faits prisonniers durant cette guerre : notre docu- 



V Expédition de Charles VIII en Italie, <le M. H. -F. Dela- 
borde. — Paris, 1888, iQ-4<') ; jusque là il n'avait jamais 
pris le titre de roi de Sicile, et s'était contenté, même après 
la mort de sa mère, de celui de duc de Calabre. — Dans 
quelques actes de 1486 et 1487, René H s'intitule roi de 
Jérusalem et de Sicile : mais ces actes, tous relatifs au 
royaume de Naples, sont fort peu nombreux. C'est seu- 
lement six ans plus tard que René II porta ce titre d'une 
mauière constante. Aubrion et d'après lui Dom Calmet 
disent qu'au commencement du mois de janvier 1493 (n. s.\ 
René II fit publier dans ses Etats que désormais on l'appel- 
lerait roi de Sicile. Le dire d'Aubrion est parfaitement véri- 
fié par l'examcQ des registres des lettres patentes de René 11, 
conservés aux Archives de Meurthe-et-Moselle. L'acte le 
moins ancien où René n'ait encore le titre que do duc (le 
protocole fiual porte par r,ionseigneur le duc) est du 4 jan- 
vier 1493 ; lo premier où il s'intitule roi {par le roif) est du 
8 (Arch. de M.-et-M,, B. 4, fol. l.oO-v^ et 152 v). 



— 35 — 

ment permet, sinon de compléter celte liste, du moins 
de l'augmenter de quelques noms. 

Enfin, et c'est là ce qu'il convenait d'en attendre, le 
texte du traité du 25 novembre 1497, permet de savoir 
exactement à quelles conditions les hostilités cessèrent 
entre René II et Robert de la Marck. Sur ce point, 
Henri Lepage avait conservé quelques doutes, et avant 
lui M. de Bouteiller avait été gravement induit en 
erreur par un témoignage pourtant contemporaiu : 
Philippe de VigneuUes dit en effet que « furent rendues 
à messire Robert les plaices qu'il demandoit » (1). Tan- 
dis qu'il ressort du texte du traité, que si le sf^igneur 
de Sedan gagna à cette paix d'importants revenus, 
René II obtint à rencontre de ses prétentions territo- 
riales satisfaction complète. 

Ce texte, dont nous donnons la reproduction, per- 
mettra, bien mieux que les quelques lignes qui précèdent, 
déjuger si, comme nous l'avons pensé, le document 
mérite l'attention de ceux qu'intéresse l'histoire lor- 
raine. 11 complétera la série de ceux qu Henri Lepage 
a publiés sur cette guerre de Sedan, jusque là si peu 
connue. 

Traité de paix entre René II, duc de Lorraine, 
et Robert II de La Marck. 

25 octobre 1497. 
(Vidimus de la cour de Nancy, en date du 28 janvier 1512). 



Nous, les gardes du seel du tahellionnaige Monseigneur 
le duc de sa court de Nanceij, faisons savoir a tous que en 

(1) Gedenkbuch des MeizerBûrgers Philippe von Vigneul- 
les,... herausgegeben von D" Eeinrich Miche lant (Stuttgart, 
1852. iQ-8°), p. 131. 



— m — 

l'an de grâce nostre Seigneur niH cinq cens et unze (1), le 
vingt-huitième jour du mois de janvier, vehume, tenumes 
et leilmes bien et diligenment de mot a mot une Ltire en 
parchemin sainne et entière en seelz et escrijHure, de 
laquelle la teneur s'ensuit : 

Jehan, seigneur de Baudricourt, mareschal de France (2), 
a tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut (3). 

Comme il ait pieu naguerres au roy nostre sire nous 
envoyer par deçà, pour appoincter les guerres, questions et 
différens estans entre illustre prince ie roy de Sicile, duc de 
Lorraine et de Bar, nnstre très redoubté seigneur, d'une 
part, et messire Robert de la Marck, seigneur de Sedan, 
d'autro, a cause de ce que ledicL messire Robert demandoit 
et requeroit estre restitué et reïntegré de la place, terre et 
seigneurie de Dua-le-Cliastel '^4) et pareillement de la sei- 
gneurie de Raconval (5) en Harrois, que (0) disoit a luy 
appartenir a certains moyens, et ledit seigaeur soubstenoit 
du contraire, demandoit estn restitué des donraaiges a luy 
fais et inférés en la guerre que luy avoit fait icelluy messire 
Robert, sans congnoissance de cause ne sans l'avoir sonmé 
ou poursuy par justice, laquelle il luy avoit tousjours 
offerte (7), et il soit que nous, obeïssant au bon plaisir 

(1) 1512, n. s. 

(2) Jean, fils de Robert, seigneur de Baudricourt et 
d'Aléarde de Chambley, — seigneur do Baudricourt, Choi- 
seul, La Fauche, Vignory et Biaise, bailli de Chaumont 
(1479), gouverneur de Bourgogne (1480) , maréchal de 
France (vers 1488). Mort le 11 mai 1499 (Anselme, VII, 
112-113). 

(3) Nous rétablissons ce mot, omis par le copiste. 

(4) Dun-sur-Meuse, Meuse, a. Montmédy, Gh.-l. c. 

(5) Ranguevaux, Alsace-Lorraine, a. et c. Thionville. 

(6) Le vidimus porte qui. 

(7) H. Lepage a signalé plusieurs des tentatives faites 
pour rétablir la paix entre René II et Robert : il y eut 



— 37 — 

dudit seigneur, nyons longuement et par plnseurs fois vacqné 
sur ce et ouy ce que chacune desdites parties a voulu dire et 
alléguer pour justificacion do son droit, savoir faisons que 
finablement, par vouloir et assentemont desdictes parties 
avons dit, appoincté et rapporté, et par ces présentes disons, 
appoinctons et rapportons en la manière que s'ensuit : 

Premier, que toutes les guerres, hostilitez et oeuvres de 
fait que ont esté entre lesdictes parties (1), pour les occa- 
sions dessusdictea ou autres, cesseront du tout entre elles, 
leurs aidans, favorissans, serviteurs et complices, d'une part 
et d'autre ; et seront toutes execucions faictes pendant 
icelles et depuis, tant en murtre. feuz boutez, prinses do 
corps, d'hommes (2), do bestial, comme toutes autres, mises 
a néant et du tout abolyes, comme de choses (3) non adve- 
nues. 

Item, lesdictes parties feront taisans leurs parens, amys, 
alliez et serviteurs d'une part et d'autre, de toutes les que- 
relles, actions et poursuytes qu'icelles (4) ou l'une d'elles 
pourroient faire a l'occasion dessusdicte a l'encontre dez 
parens, amys, alliez et serviteurs de l'autre : c'est assçavoir 
ledit messire Robert, les siens, a l'encontre dudit seigneur 

notamment deux, journées amiables tenues les 15 septemlire 
1494 et 4 février 1495, à Vitry, mais auxquelles Robert de 
la Marck s'abstint de comparaître. Il y eut en cette mémo 
année 1495 trois autres journées, tenues également â Vitry, 
la première antérieurement au 4 mai, la seconde le 16 juin, 
et la troisième le 27 juillet (Arch. de la Meuse, R. 520, 
fol. 141, 142 \° et 143 v°). — René II s'etforça en outre de 
faire intervenir le Parlement de Paris dans l'affaire, ainsi 
que l'atteste un curieux passage des registres de cette cour, 
que nous donnons en appendice, 

(1) Le vidimus porte partes, 

(2) Homme. 

(3) Chose. 

(4) Qui celles. 



— 38 — . 

roy de Sicile, de messeigtiours le bastart de Vaudemont (l), 
raessire Loys de la Marck, seigneur de Rochefort (2), Evart, 
Engelbrech et Loys de la Marck, enffans dudit messire 
Loys (vJ), et tous autres alliés, arays, serviteurs et complices 
dudit seigaeur roy de Sicile, et pareillement ledit seigneur 

(1) Jean de Lorraine, bâtard de Vaudemont, fils d'Antoine, 
comte de Vaudemont, et de Marguerite de Genelette ; légi- 
timé par lettres de René II, en date du 20 mai 1488 (Arch, 
de Meurthe-et-Moselle, B. 3, fol. 156 v») . 

(2) Vraisemblablement Louis de la Marck, fils de Louis, 
seigneur de Rochefort et de Neufchâteau, et marié en 1467 
à Agnès, fille de Guérard, seigneur de Rodemach (Bibl. nat., 
ms. Lorraine 212, fol. 157) ; il était cousin germain du père 
de Robert II. Relativement â sjn alliance avec René II, il 
convient de signaler, outre les pièces publiées par H. 
Lepage, un document analogue, conservé à la Bibliothèque 
nationale (ms. Lorr. 11, fol. 18): nous voulons parler de 
l'appointement conclu le 23 novembre 1493 par l'entremise 
de Thomas de Pfaffenhoflen et de Huin Roynette pour 
René II, et de Henri Guy de Masbourg pour Louis de la 
Marck, et revêtu des signatures de ces trois mandataires ; 
la note qui suit, écrite sur cette pièce quelques nnnées plus 
tard, permet de fixer approximativement la date de la mort 
de Louis de la Marck : i Les lettres que ledict seigneur de 
Rochefort avoit sur ce baillées ont esté baillées par ordre du 
roy au receveur de Bar, pour les rendre casses a qui il 
appartient, pour ce qu'il est mort. Fait le ix jour de jan- 
vier mil cccc iiij" xix » (1500. n. s.). 

(3) Une des pièces publiées par Henri Lepage atteste 
l'alliance de René 11 avec Evrard de la Marck, seigneur 
d'Agimont et de Duf-buy, Engelbert de la Marck, seigneur 
d'Orchimont, ainsi qu'avec Philippe de la Marck, seigneur 
de Florenville, dont il n'est pas question ici. — Louis est le 
nom du seul enfant de Louis de la Marck et d'Agnès de 
Rodemach qui soit mentionné par le P. Anselme (VII, 
16G D.). — Henri Lepage n'a pas connu les causes qui ame- 
nèrent ces proches parents de Robert de la Marck à faire 
alliance contre lui avec René II. Nous les ignorons égale- 



— 39 — 

fera taisans les siens à reocontre dudit messire Robert, de 
monseigneur d'Arberg (1) et son frère damoiseau Robert, 
monseigneur le viconte d'Kstoges (2), monseigneur de Son- 

ment. Mais qu'on nous permette de citer â ce sujet un fait 
assez curieux : un document, antérieur d'un peu plus do 
cinq ans à celui qui nous occupe, et relatif â des événements 
tout différents, montre qu'il existait dès lors, entre Robert 
et Louis de la Marck, sinon un antagonisme déclaré, du 
moins une divergence bien marquée de vues politiques. 
Nous voulons parler d'un traité conclu à Maestricht, le 5 
mai 1492, entre les La Marck (Robert II, son oncle Evrard, 
seigneur d'Arenberg, et son cousin Jean, seigneur de Lu- 
main) et l'évêque de Liège : Louis de la Marck et ses 
enfants les seigneurs d'Agimont et d'Orehimont sont nom- 
més dans ce traité : mais ils n'y paraissent qu'en qualité de 
membres de la noblesse du pays de Liège, comme ratiflea- 
teurs du tiaité. Signalons un détail qui ne sera pas ici sans 
quelque intérêt : ce traité fat conclu sur la médiation de 
M. d'Orvil, gouverneur de Champagne, et de René II, qui 
se fit représenter en cette circonstance par le bâtard de 
Vaudémont et par Petit-Jean d'Harcourt, seigneur de Chau- 
vency le-Château : le sceau de René II fut apposé au traité, 
à la demande de l'évêque de Liège. V. le texte du traité du 
5 mai 1492, pp. 852 à 851 des Documents relatifs aux trou- 
bles du pays de Liège publiés par X. De Ram dans la col- 
lection des Chroniques belges inédites (Bruxelles, 184 4, 
in-4°). 

(1) Il s'agit sans doute d'Evrard de la Marck, seigneur 
('.'Arenberg et de Neufchâteau, second fils de Jean I", sei- 
gneur d'Arenberg, et d'Agnès de Vernebourg, mort le 19 
juin 1506 (Anselme, VII, 170 E). 

(2) Simon, dit Saladin d'Anglure, vicomte d'Etoges, 
second fils de Simon, seigneur d'Etoges, et d'Isabelle du 
Châtelet, mort en août 1499 (Moréri, art. Anglure). — Le 
maréchal de France Robert de la Mar^'k, seigneur de Flo- 
range, fils de Robert II, fait allusion, dans le prologue de 
ses célèbres mémoires, aux bons rapports qui existaient 
entre son père et Saladin d'Anglure. 



- 40 - 

breth (1), le conte de Neuveberg, messire Hoppïs, et tous 
autres alliez, amys, serviteurs et complices ùudict seigneur 
de Sedan. 

Item tous prisonniers prins d'une part et d'autre pendant 
ladicte guerre, et depuis a l'occasion d'icelle (2), seront mis 
a délivre purement et franchement, s'aucuns sont detenuz, 
et les autres quictes de tous serremen?, promesses ou obli- 
gacions qu'ilz pourroient avoir faictes, ensemble leurs 
plesges et cautions, s'aucunes en avoient baillées, et nom- 
meement, pour la part dudit seigneur r. y de Sicile, Jehan 
de Hous (3) Verdellet, Conflans (4), Petit Jehan, gens 
d'armes, maistre Andreuq, Petit Jehan Migon, monseigneur 



(1) Nous lisons ainsi Sonbreth, plutôt que Soubreth, 
pensant que c'est le nom de Sombref ou SorabrefFe qu'on a 
voulu écrire. En 1494, René II avait traité avec Frédéric do 
Sombreffe, seigneur de Kerpen (anc. Très, des Ch. de Lor- 
raine, lay. Traités III, n» 24, actuellement Bibl. nat., ms. 
Lorraine 250, fol. 20). — L'expression monseigneur de Son- 
breth semble plutôt désigner un seigneur de Sombreffe : le 
nom de Gilles, seigneur de Sombreffe, figure dans le traité 
de 1492 ( De Ram, op. cit., p. 859). 

(2) Icelles. 

(3) La Chronique de Lorraine mentionne un capitaine 
suisse, au service de René II, nommé Jean de Housse. — Cf. 
Henri Lepage, Cormnentaires sur la Chronique de Lorraine, 
dans les Mêm. de la Soc. d'Arch. lorr. de 1859, p. 403. — 
En 1499, Jean de Housse, lieutenant de la garde, était 
pourvu d'une pension annuelle de 200 francs, monnaie de 
Lorraine (Arch. de M.-et-M., B. 996). 

(4) On a des lettres patentes de René 11, données à 
Nancy, le 2 juillet 1505, et portant assignation d'une pen- 
5-ion de "70 francs à Confans [sic], serviteur dn feu bâtard 
de Calabre (Arch. de M.-et-M., B. 10, fol. 9 v). 



— 41 — 

de Sillery (1), Henri Sionne (2), Louys de Staioville (3), 
Deraenge de Serocourt (4), Jehan de Lescave et tous autres, 
et pour la part dudit seigneur do Sedam, Pierre de la Court, 
Petit Jehan le Gascon, et tous autres, s'aucuns en y avoit ; 
pareillement seront quictes tous appatis, reançonnemens de 
feuz et toutes autres composicions faictes et prinses par 
lesdictes parties, leur alliez, serviteurs et complices d'une 
part et d'autre. 

Item, les procédures faictes jusquescy entre lesdictes par- 
ties par devant le roy et son conseil a l'occasion que dessus 
cesseront du tout et y sera renoncé, sans ce qu'elles y puis- 
sent procéder aucunement. 

Item, ledit messire Robert renoncera et quictera pour luy, 
ses frères et seurs, ensemble leurs hoirs et ayans cause, 
desquels il se fera fort, a tout tel droict, querelles et 
actions qu'il pouoient (5) prétendre ez place, ville, terre et 
seigneurie de Dun-le-Chastel et pareillement Ranconval-en- 
Barrois, leurs appartenances et deppendances (ô) et a tout 
autre droit qu'il pourroit quereller a rencontre dudit sei- 
gneur roy de Sicile, de tout le temps passé a quelque occa- 
sion que ce soit, et de ce passera et fera Icctres en la plus 

(1) Louis de Neufchâtel, seigneur de Sillery. — Cf. H. 
Lopage, la Guerre de Sedan, p. 220. 

(2) Le même sans doute que Henri Sien, de Saint-Mihiol 
(Lopage, la Guerre de Sedan, p. 223), et Henri Sienne 
(Arch. de M.-et-M., B. 994, fol. t^l). 

(3) Stainville, Meuse, a. Bàr-le-Duc, c. Ancerville. 

(4) Seraucourt, Meuse, a. Bar-le-Duc, c. Triaucourt, ou 
Serocourt, Vosges, a. Neufchâleau, c. Lamarche. 

(5) Pouoent, avec un signe d'abréviation. 

(6) « Il (Robert de la Marck) vouloit que ledit roy 
(René 11) ly rendit Dun-le-Chastel, Chavencey, Rombair, 
Ranconval, qu'il disoit a lui appartenant » (Aubrion, éd. 
Larchey, p. 333 ; cf. Dom Calmet, 2« éd., V, 423, et Bou- 
teiller, op. cit., p. 35). 



— 42 — 

ample et seure forme que faire se pourra, seellées et signées 
de luy, dudit seigneur mareschal et d'autres qu'ilz seront 
advisez, pour la seureté diidit seigneur roy, ses hoirs et 
aïans cause. 

Item, se on temps advenir escheoit et obvenoit audict sei- 
gneur de Sedan quelque droit par hérédité, succession ou 
contraitz, ou pour injures et oultraiges que pretendroit ou 
pourroit prétendre a luy ou aux siens estre fais, ou quelque 
autres querelles ez pays et seigneuries dudit seigneur, et il 
en sourt débat, il pcursuyvra les cas et actions en justice, 
par devant les juges (1) ordinaires des pays, soit contre 
ledit seigneur roy, les nobles, gens d'église et gardes de ses 
pays, et ne pourra procoder pour lesdictes querelles et ac- 
tions par voye de hostilitez, ne de guerres, ne par autres 
voyes , fors que par devant lesdiz juges, laquelle justice 
ne luy pourra estre denyée par ledit seigneur roy. 

Item, pour ce que ledit messire Robert, en la seigneurie 
d'AstouIe (2), commune audit seigneur roy de Sicile et a 

(1) Tout ce qui suit, jusqu'à ces mot-s : laquelle justice, 
d'abord omis par le copiste, a été écrit à la suite de l'acte, 
sous forme de renvoi, précédé du mot aprobo et suivi de la 
signature Friart. 

(2) Il faut, pensons-nous, lire Estaule, forme ancienne du 
nom de la petite ville d'Etalle, dans le Luxembourg belge. 
Possédée pour deux tiers par les ducs de Luxembourg, et 
pour l'autre tiers par les ducs de Bar, la prévôté d'Etalle se 
trouvait, par conséquent, à la Un du xv» siècle, indivise 
en'.re l'archiduc d'Autriche Philippe le Beau et René II. On 
conserve aux Archives du royaume de Belgique (Chambres 
des comptes, 6118) une série de comptes rendus, par Gabriel 
de Giencourt, receveur des prévôtés de Chiny et d'Etalle 
pour l'archiduc. Au v» du 13« feuillet du plus ancien de ces 
comptes commence l'état de la recette du « terme S' Jehan, 
l'an XV", en la prevosté d'Estable, ou monseigneur prend le 
tier, messire Robert do la Marck l'autre tiers en gaigière de 
mond, s', et l'autre a ung duc de Biri. Cette indication 



— 43 - 

luy, c'est parforcé depuis certains temps ença, prendre et 
lever sur les subgectz de ladicte seigneurie grand somme de 
deniers, oultre le demainne, et de l'applicquer a luy pour le 
tout, ce que ne puet sans le consentement dudit seigneur 
roy et de ses officiers, dont pourroit naistre débat et ques- 
tion, ne pourra ledit messire Robert ne tes oftlciers dores- 
enavant prendre ne exiger aucune chose outre sa part dudit 
demainne sur les subgectz de ladicte seigneurie sans le gré 
ou consentement dudit soigneiir roy ou de ses officiers, ne 
pareillement ledit seigneur roy sans le consentement dudit 
messire Robert ou ds ses officiers. 

Touchant monseigneur l'archiduc d'Austriehe (1), ledit 
messire Robert ne le servira de sa personne, ne de sa place 
de Sedam a l'cncontre dudit seigneur roy de Sicile ; mais 
s'il a de luy quelque fied, il l'en pourra faire servir selon la 
nature du fied. 

Et touchant ceulx da Metz, combien que ledit messire 
Robert soit obligé a eulx, si ne les servira il aucunement a 
rencontre dudit seigneur roy de Sicile, ses pays et seigneu- 
ries, et pareillement, il ne servira icellui seigneur a ren- 
contre desdiz de Metz, si donques n'estoit que quelquefois 
ledit seigneur de Sedan tenist quelque terre de fied dudit 
seigneur, onquel cas seroit tenu le servir. 

Et pareillement, combien que ledit messire Robert soit 
alliez avec le duc de Juilliers (2), si ne le pourra il servir a 

prouve qu'en 1500, par suite de l'abandon temporaire par 
Philippe le Beau de la moitié de sa part, René 11 et Robert 
de la Marck étaient coscigneurs d'Etalle. Il n'est pas invrai- 
semblable de supposer qu'il en était de même trois ans plus 
tôt, c'est-à-dire précisément à l'époque du traité qui nous 
occupe. 

(1) Philippe le Beau, archiduc d'Autriche, fils de l'empe- 
reur Maximilien et de Marie de Bourgogne. 

(?) Guillaume VIll,. duc de Berg et do Juliers, fils de 



- 44 — 

rencontre dudict seigneur roy, ne aussi ledict seigneur a 
rencontre dudit duc de Juilliera. 

Item, en tant qu'il touche le fait de Jannot le bastart (l) 
ledit seigneur le mettra a délivre, et ceulx qui ont estt-z 
pris avecquesluy, réservé ceulx qui furent tuez a sa prinse, 
avecques leurs biens qu'ilz avoient quant ilz furent prins, 
desquelz biens ledit Jannot le bastart fera serrement do 
ceulx qu'il avoit a sa dicte prinse, aussy ledit seigneur roy 
de Secille fera examiner par serrement le cappitainne de sa 
garde et tous les compaignons estans a la prinse dudit 
Janot, pour savoir quelz biens ilz avoient quant ilz furent 
prins, lesquelz il leurs fera restituer selon leursdiz serre- 
meus, et pareillement les biens des mors pour prier Dieu 
pour eulx. 

Item, ledit Jannot priera ledit seigneur de Sedam et 
requerra avant sa délivrance par lettres missives, qu'il 
V3ulle ratiffier et consentir a tout ce que ledit Jannot bas- 
tart promettera audit seigneur roy de Sicile, tant de sa 

Gérard VII et de Sophie de Saxe-Lauenbourg. Mort vers 
1511 (Art de vérif. Us dates. III, 184-185). 

(l) Ce personnage était gendre du célèbre Guillaume de la 
Marck ; il avait pris une part très active à la lutte que les 
La Marck soutinrent contre les évêquos de Liège (Cf. 
De Ram, op. cit., passim). Notre traité fait allusion ici à 
son arrestation, opérée le 20 mars précédent, à Juvigny-sur- 
Loi?on (Cf. Lepage, Lx Guerre de Sedan, p. 208). Les docu- 
ments que nous avons eus sous les yeux le mentionnent 
diversement : Johannottus, bastordus de Scadous (De Ram, 
p. 725); Johannes, dictas Jenot le baslard (id., p. 77(5) ; 
Johannot bustardus , gêner domini Willelmi , strenuus 
miles, capitaneus oastri de Longhe (id., p. 103) ; Johannot, 
dictus le Bastart (id., p. 105) , Jennont le bastairt, cappi- 
tainne dudit s' Robert (Aubrion, p. 3S7) ; le capitaine Jeu- 
not ou le bastard gascon , lievttenant de cent hommes 
d'armes d<i la compagnie de monsieur de Sedan {Mémoires 
de Florange, prologue). 



45 



personne que de sa place de Longue (1) et ledit seigneur de 
Sedam, ceste prière faicte, sera tenu de ce faire (2) . 

Et en tant qu'il touche les compaignons qui ont esté 
prins avec ledit Jannot le bastard, ledit seigneur de Sedan 
ratiffira l'appoiactement que ledict Jannot en fer.i, a sa 
prière. 

Touchant le viconte d'Estoges, je l'ay prins en ma 
charge, en tant qu'il touche le fait des marohans et mar- 
chandies de Lorrainne, moyennant que ledit viconte rendera 
les Icctres et tiltres qu'il a touchant la seigneurie do 
Vienne (3). 

Item, au rnoien et en considération de toutes les choses 
dessusdictes, ledit seigneur roy de Sicile paiera content 
pour une fois audit seigneur de Sedan la somme de dix 
milz florins d'or, en ce comprics la debte du bastart de 
Vaudemont pour le mariaige de sa femme, lequel paiement 
se fera quant les lettres de cest appoincteraent se délivre- 
ront (4). 

Item, et affin que ledit seigneur de Sedan soit doresena- 

(1) Cette localité, mentionnée par Aubrion, est identifiée 
par M. Larchey, avec le hameau de Logne, au canton de 
Metzerwisse. Les fréquentes mentions qu'on en rencontre 
dans les documents publiés par De Ram nous portent à 
croire qu'il s'agit de l'un des deux écarts appelés Logne et 
Longue, dans la commune de Vieux-Ville (Belgique, prov. 
Liège, arr. Huy, cant. Perrière). 

(2) En 1499, Jeannot le bâtard était pourvu par René II, 
d'une pension annuelle de 300 francs, monnaie de Lor- 
raine. 

\S) Vienne-le-Château, Marne, arr. de Sainte-Menehovld, 
cant. Ville-sur-Tourbe. — Par lettres patentes données à 
Baugé, le 17 mai 1469, le roi René avait concédé viagère- 
moiit la jouissance de cette terre à Saladin d'Anglure et a 
son fils René (Arch. de M.-et-M., R. 724, u° 191). 

(4) Cf. Lepage, La Guerre de Sedan, pp. 209-210 et p. 211 
(note). 



— 46 - 

vant tenu et obligié lie servir ledit seigaeur roy de Sicile 
contre tous et envers tous, réservé le roy et les dessus nom- 
mez, est appoincté que leJit seigneur roy luy baillera, la 
vie durant dudit seigneur de Sedan, par manière de pension, 
la somme de douze cens frans, monnoye de Lorrainne et de 
Barrois (1), a deux termes l'année, assavoir Sainct Jehan et 
Noël, dont le premier terme commencera a la Saint Jehan 
Baptiste prochiennement venant (2). 

En tesmoing de ce nous avons à ces présentes, signées de 
nostre main, fait appendro notre seel. 

Et nous René, par la grâce de Dieu, loy de Jherusalem et 
de Sicile, etc., duc de Lorrainne et de Bar, etc., et je, Robert 
de la Marck, seigneur de Sedan, parties dessus nommées, 
cognoissons avoir accordé, passé et accepté toutes les articles 
cy dessus insérées, pour l'onneur du roy, lesquelz et chacun 
d'eulz nous promettons avoir, tenir et entretenir bons, 
valables, fermes et estables, sans y contrevenir en manière 
que ce soit ou puisse estie, et en signe de ce nous avons a 
cesdictes présentes, signées de noz mains, fait appendre 
noz seaulz avec le seel dudit seigneur mareschal. 

Donné le vingtz cinquième jour d'octobre mil quatre cens 
quatre vingtz et dix sept. 

Ainsi signé Jehan, René ei Robert. 

Et pourtant que cestuy présent vidimus et transcript soit 
a tousjourmais plus creable, ferme et estable, nous, les 
gardes dessus diz, avons inis et appendu a ces présentes le 
seel du devant dit tabellionnaige de noslredit seigneur le 

(1) Cf. Aubrion, p. 395, et d'après lui Doin Calmet, 2^ 
éd., V. 438, et Bouteiller, p. 47. 

(2) D'après Aubrion (p. 395\ Robert devait renoncer aux 
gdges de la cité de Metz : rien de semblable, on le voit, n'est 
stipulé dans le traité. 



47 — 



duc de sadicte court de Nancey, sauf son droit et i'autrny, 
que fut fait et transcript les an et jour dessusdiz. 

FRIART 

(Scellé en cire verte sur double queue. Arch. de Meurthe- 
et-Moselle, B. 593, n" 23) (1). 



(1) Nous avons eu sous les yeux deux autres textes de ce 
traité, conservés, l'un aux Archives de Meurthe-et-Moselle 
(B. 349, fol. 76), l'autre aux Archives de la Meuse 
(B. 239, fol. 70 v). Mais comme ces textes ne sont que des 
copies exécutées, celle-là au xvi' siècle, celle-ci au xvii*, 
du vidimus que nous venons de reproduire, nous n'avons 
tenu aucun compte des variantes, uniquement ilûos à des 
distractions de copiste, qu'ils peuvent fournir. 



— 48 



APPENDICE 



Plainte portée devant le Parlement de Paris, au nom de 
René II, contre Robert II de la Marck. 



Aujourd'uy (1), le duc de Lorraine a 'escrit certaines 
lettres missives dont la teneur s'ensuit : 

Œ Messeigneurs, je me recommande à vous. Je vois 
tt qu'estes assez informez comme il a pieu pieça a monsei- 
« seigneur le roy appoincter le différent d'entre messire 
a Robert de la Marcbe et moy en justice par devant lui en 
a donnant ses lettres et commissions a certains juges 
royaulx d'en instruire le procès afin que icelui parfait il 
ot en fuist par lui dit et jugé par droit, ce nonobstant, et 
« avant la décision dudit différent, ledit messire Robert, 
a contempnant et contrevenant a l'ordonnance et appoincte- 
« ment dessus dit, puis aucuns jours a fait amas de grand 
a nombre de gens de guerre tant a pied comme de cheval, et 
r partant du royaume est venu en mes pays, mis les feux en 
<t plusieurs villes, prins corps d'ommes et bestial tant qu'il 
a a peu avoir, et puis quant il s'est trouvé pressé de mes 
a gens, s'en est retourné avec sa proye ondit royaume et y 
a fait Sun butin tout a son plaisir. A cette cause, j'ay 

(1) 8 août 1496. 



- 49 — 

« donné charge a mon conseiller l'abbé de Sainct Epvre 
a vous remonstrer les oultrages et dommages qui me sont 
« faiz par ledit raessire Robert et ses complices partans et 
a rentrans ondit royaume contre et sur ce qu'estions en 
a justice, comme dit est, vous priant bien affectueusement 
flc que attendu le bon debvoir en quoy je me suis mis, veuil- 
a lez de vostre part tenir main envers monseigneur le roy 
a que la raison m'en soit faite ainsi que ledit de Sainct 
ΠEpvre vous priera de par moy, lequel vuellez croire 
« comme moy mesmes, et en ce que je vous pourray faire 
a plaisir en gênerai et en particulier, je le ferai de b-m 
« coeur, aydant Dieu qui vous donne ce que plus désirez. 
« Escript au Pont . le vingthuitième jour de juillet 
a iiij" xvj ». Sic subscriptum : « Le tout vostre, René » ; et 
in dorso est scriptum : <t A messeigneurs de la court do 
a Parlement ». 

Après la lecture desquelles, pource qu'elles portoient 
créance sur l'abbé de Sainct Epvro de la maison dudit duc, 
fut fait venir ledit abbé, lequel pour exposer sa créance, 
remonstra a la court que troys ans a messire Robett de la 
Marche voulu faire guerre au duc de Lorraine son maistre, 
pour certain différent qui estoit entre eux a cause de la 
seigneurie du Ncufchastel (1) ; ce venu a la cOngnoissance 
du roy, pour obvier a ce qu'aucun inconvénient n'en peust 
advenir, du consentement des parties retint la congnoissance 
de ceste matière ; ce nonobstant depuis peu de temps ledit 
messire Robert a fait ancaz de gens de guerre tant a pied 
que a cheval, jusques au nombre de trois ou iiij™ hommes, 
entre lesquelz estoient plusieurs gentilzhorames du païs de 
Champagne, voysins des pays dudit duc et sont violentement 
et en façon de gens de guerre entrez en le duché de Bar, ont 
brullé V ou vj bons villages, tué plusieurs gens, prins pri- 
sonniers, pillé et ravy beaucoup de biens, et après, pour 

(1) Sic. Il faut cîrtaineraent lire de Ditn le chastel. 



— 50 — 

doubte de la poursuite qu'il estoit vraysemblable que l'on 
feroit, se retirèrent es pays du roy à Reims, Chaalons et 88 
environs avecques leur proye, et la ont party leur butin, que 
ledit duc a trouvé bien estrange, actendu qu'il est parent du 
roy et a bien servy le roy et le royaume sans avoir jamais 
fait chose parquoy on luy deust faire telz oultrages, lui 
avoit escrit ledit duc son maistre remontrer les choses des- 
susdictes a ladicte court et luy supplier ordonner commission 
estre baillée audit duc pour informer des choses dessusdictes 
po'ir icelle information estre rapportée devers icelle court, 
et y estre pourveu ainsy qu'il appartendra pour raison, 
lequel abbé a esté fait retirer. Si a semblé a ladicte court 
ladicte requeste estre raisonnable, toutesfois attendu la qua- 
lité de la matière a esté ordonné que les lettres dudit duc, 
ensemble la recreance dudit abbé, seront envoyées devers le 
roy avec les lettres missives que ladicte court lui escrira. 

(Extrait des registres du Parlement de Paris, Conseil. — 
Arch. nat., X''' 1502, fol. 413 v»). 



FERRI DE BITGHE 



PAR 



M. le Comte M. de PANGE 



Parmi les questions auxquelles tous les historiens 
lorrains se sont appliqués, et qui cependant ne sont 
pas encore tranchées d'une manière satisfaisante, 
aucune n'a été aussi souvent agitée que celle-ci : 
Simon II, duc de Lorraine en 1176, a-t-il eu pour 
successeur son frère, Ferri de Bitche, ou bien son 
neveu, Ferri de Bitche, lils du premier ? 

Les anciens documents de notre histoire (1) n'admet- 
taient pas Ferri I" de Bitche au nombre des ducs de 
Lorraine, et Dom Galmet est le premier qui ait osé 
dire : « Nous ne faisons nulle difflculté de le ranger 
au nombre de nos souverains ». Cette assurance 
devait être bien justifiée (2) pour permettre à Dom 

(1) Richerius Senon., Genealogia S.-Arn., Albérie. Tr. 
Font. 

(2) Les preuves sur lesquelles s'appuie Dora Calraet 
sont : 

1» Une pièce de 1206, dans laquelle le duc F'erri se dit 
fils de Mathieu. 
2» Une charte originale du duc Ferri III, 1295, dans 



— 02 — 



Galmet de mépriser ainsi, non seulement nos anciens 
historiens , mais encore des savants , tels que le 



laquelle il parle du duc Ferri, fils du duc Mathieu (ces 
deux pièces aux preuves de Calmet). 

3" La chronique des rois de Pologne, par Mathias de 
Michovie. 

4° Une inscription de l'abbaye de Sturzelbronn. 

1. Si le premier document étiit authentique, D. Calmet 
aurait raison. Mais il ne s'est pas aperçu de l'origine plus que 
douteuse de cette pièce que, longtemps auparavant, Aubert 
le Mire déclarait suspecte. Nous en prouvons plus loin la 
fausseté. Les autres documents sont d'une bien moindre 
importance, puisque le plus ancien est postérieur de près 
d'un siècle à la mort de Ferri de Bitche. 

IL Dans la charte de 1295, Ferri III donne à sonbisayeul 
Ferri, fils du duc Mathieu, la qualité de Duc. D. Calmet, 
rapprochant C3 document authentique de la charte fausse 
qui précède, en a conclu que Ferri l*' de Bitche a été réel- 
lement duc en 1206. Nous n'en tirons pas la même conclu- 
sion : Ferri III pouvait sans inconvénient donner à son 
arrière-grand-père un titre dont il n'avait jamais été légiti- 
mement investi, mais qu'il s'était attribué en 1199 et 1202. 

III et IV. — La chronique des rois de Pologne et l'épi- 
taphe de Sturzelbronn sont des documents encore moins 
probants. Ils sont relativement modernes, car l'épitaphe du 
sire de Bitche n'a été composée que longtemps après sa 
mort (Benoît, Orig., p. 258). Du reste, le texte de cette 
inscription dit seulement que Ferri, qui y est nommé 
comte (a) de Bitche, a Lotharorum dux fuit idem » ; sans 
dire que ce titre fût légitime. 

a) Il n'y eut pas de comtes de Bitche de la Maison do Lor- 
raine. Ce titre a été pris bien plus tard par les comtes de 
Deux-Ponts, sires de Bitche. 

Quant à la chronique de Mathias, outre qu'elle est étran- 
gère à notre pays, et bien postérieure à ces événements, 
elle a pu, comme le faisait en 1295 le duc Ferri III, donner 
après coup, au sire de Bitche, un titre dont il n'avait été 



— 53 — 

P. Benoît Picart, François de Riguet et J.-G. Som- 
mier, archevêque de Gésarée. 

C'est ce que pensèrent tous les écrivains qui ont 
abordé cette question : les auteurs du Traité de 
Diplomaiique, ceux de l'Art de vérifier les dates et 
M, Digot ont admis le règne de Ferri I". 

Cependant, malgré l'unanimité de ces auteurs (1), 
un doute a été exprimé en 1790 par M. de la Porte du 
Theil (2) et ce doute est suffisant pour autoriser le 
travail que nous présentons. 

Nous allons d'abord résumer l'ensemble des docu- 
ments et en tirer les conclusions qui seules, à notre 
avis, peuvent les concilier. Ensuite, nous signalerons 
les pièces fausses qui ont trompé nos devanciers. 

Mais pour comprendre le règne de Simon II et les 
luttes qu'il eut à soutenir contre son frère Ferri, il 
faut remonter aux premières années de leur jeunesse 
et étudier le milieu dans leipiel ils ont grandi. 

Les premiers documents où figurent les enfants du 
Duc Mathieu !"■ et de Berilie de Souabe , sont des 
années 1155, 1156, 1159, 1160 et 1161. A cette époque, 
l'Empereur Frédéric I" Barberousse , frère de la 

(1) Déjà en n7«, les Bénédictins, auteurs de l'Histoiro de 
Metz, reviennent^ t. ii,p. 314, à l'opinion d'Aibéric : i Thié- 
baud, comte de Bar et beau-père de Ferri I*"", successeur de 
Simon II, dans le duché de Lorraine », d'après Albéric, 
ad ann. 1206 et 1207. 

(2) Notices et extraits des manuscrits, tome III. 

que l'usurpateur. Nous laissons au duc Ferri, fils de Ma- 
thieu II, le nom de Ferri 111, pour ne pas jeter la confusion 
dans l'ordre chronologique de ces princes tel que le donnent 
les auteurs de l'Art de vérifier les dates. 



54 



Duchesse Berthe, était dans tout l'éclat de son régne, 
et le Duc de Lorraine sans être des plus assidus parmi 
les fidèles (1) de TEmpereur, subissait l'ascendant 
qu'assuraient à Berthe l'énergie de son caractère et 
son crédit à la cour impériale. De l'étude des 
chartes les plus anciennes, oii paraissent les fils de 
Mathieu I". il résulte qu'en H56 la Duchesse et Simon 
sont témoins d'une charte du Duc pour St-Gengoul 
de Toul (2). Mais en 1155, 1159, 1160 et 1161, la 
Duchesse intervient (3) dans les chartes du Duc avec 
ses fils Mathieu et Ferri, sans parler de Simon. 

Ce (4) fait est d'autant plus remarquable qu'une 
de ces chartes (1159) est la confirmation par 
l'Evêque de Toul de celle de 1156 et par conséquent le 
nom de Simon a été remplacé à dessein par celui de 
ses frères cadets. D'autre part, quand le Duc paraît 
sans la Duchesse Berthe, en 1163 et peu avant 1163, 
vieux style (5), c'est Simon que le Duc appelle seul à 
signer à côté de lui. 



(1) Il ne s'éloigna jamais de ses Etats et ne prit part à 
aucune des expéditions d'Italie, l'Empereur soutint contre 
lui l'Evêque de Metz et l'Archevêque de Trêves ((îesta). 

(2) Benoît, Supplémeat, p. 33. 

(3) Elle paraît dans l'intitulé des chartes, ce qui ne s'était 
jamais fait en Lorraine. Chartes de TEtanche 1148, 1149, de 
Clairlieu et de St-Gengoul 1159, Ste-Marie-au-Bois 1160. 

(4) L'Evêque de Toul était favorable à Simon ; il lui avait 
donné en 1153 la vouerie de Burthecourt (Richer. Sen.). 
C'est donc Berthe seule qui lui est coniraire. Richer aurait 
dû écrire : Symon postea dux. Comparez charte 24 de Balei- 
court, Simon Duc 1177. 

(5) Chartes pour St-Mansuy de Tuul et pour Haute-Seille, 
Gall. chr. xiii, pr. ; original abbaye de Haute-Seille. 



— 55 - 

On peut conclure de ces sept chartes que la Duchesse 
avait une préférence marquée pour ses fils cadets et 
que le Duc ne faisait prévaloir ses propres (1) sympa- 
thies que lorsqu'il échappait à l'influence de Berthe (2). 
Aussi, quand ses fils sont en âge de paraître à 
la cour de l'Empereur leur oncle, c'est le favori de 
Berthe, Ferri, que le Duc (3) conduit avec lui à 
Kaiserlautern en 1173, tandis que « Simon filiusducis» 
reste en Lorraine et figure comme témoin d'une 
charte donnée, « apud Bellum pratum » (4), le 22 mars 
1174, par son frère l'élu Thierri de Metz « in presencia 
comitis Moncionis Henrici », 

(1) Dans la suite et avant la mort (1165) de Henri de Lor- 
raine, Evèquede Toul, Simon est toujours nommé avant Ferri. 
Voyez les chartes du dit Evêque Henri et les diplômes de 
Mathieu pourSt-Bénigne de Dijon, 1166, pour Clairlieuot pour 
Chastenoy, 1172. 

(2) En 1162, charte du Duc pour S'^-Marie-au-Bois, la Du- 
chesse n'y paraît pas. Hugues, Comte de Dagsbourg, se ré- 
volte en 1162 contre l'Empereur et est soutenu par Etienne, 
Evêque de Metz, qui deux ans auparavant avait été le com- 
pagnon d'armes du Duc contre le Comte de Saarwerden. 
Après cin'j ans d'absence de l'Empereur, le Duc ne parait dans 
aucun diplôme à la suite de son beau-frère, 1162 et suiv. ; 
mais seulement en 1166. C'est sans doute à ce moment, 1162, 
que le Duc affecta de blesser la fierté de son épouse en se 
montrant publiquement avec sa maîtresse. 

En 1162 (Stumpf, die Reichskaazler, 3946, ouvrage dési- 
gné plus bas par les lettres St.), l'Empereur écrit à Mathieu 
de Lorraine de se trouver à la fin d'aoiît au Concile deSaint- 
Jean-de-Losne. le duc ne s'y rendit pas (St. 3957. Prutz 
Kaiser Friedrich 1, tome I. 314). 

(3) Ch. pour Beaupré. (Archives de M.-et-M., H., 331). 
Original. 

(4) Original, abbaye de Gorze, à Metz, H 875, et Cartulaire 
du 12* siècle, folio 263 verso. 



— 56 — 

Cette charte nous fait voir l'abandon dans lequel était 
tombé Simon depuis que la Duchesse (1) avait obtenu 
de son frère l'Evêché de Metz, pour son fils Thierri. 
Elle avait par là regagné toute son influence et le Duc 
avait été si heureux de cette élection qu'il avait aban- 
donné à l'église de Metz (2) son château de Sierck et la 
vouerie d'Epinal. Cette charte nous permet aussi de 
supposer que Simon, pendant ses mauvais jours, avait 
reçu l'hospitalité dans l'abbaye de Beaupré, à laquelle 
il témoigna toujours une grande bienveillance (3). 

Mais ce qui est aussi très remarquable, c'est que le 
Comte de Bar, possédant la moitié de tout le pays 
de Lorraine, neveu de la Reine de France et des deux 
gendres du Roi, cousin germain de l'héritier du trône, 
était seul assez puissant pour qu'avec son appui 
Simon pût un jour triompher de ses ennemis. Dès lors 
on doit supposer que Tidée vint au jeune prince lor- 
rain de s'appuyer plus tard sur cette maison de Bar 
pour combattre l'ambition de son frère ; car, si les forces 
dont disposait le Duc de Lorraine pouvaient à peine 
lutter contre celles de la maison de Bar, le sire de 
Bilche, malgré toute sa valeur, devait être écrasé par un 
aussi puissant ennemi : c'est ce qui arriva en effet. 

Telle était la situation des deux frères quand le Duc 
vint à mourir le 13 mai 1176 (4). Très peu de jours 

(1) Fin de 1173. Beaoît, Supplément, p. 37. 

(2) Gesta Ep. Met. 

(3) Il se dit a frater conscriptus et unus de fratribus in 
eadem professis i. Chartes do 1176, 119't, 1195 presque dans 
les mêmes termes. 

(4) Jour de l'Ascension, 3 des Ides de mai, chartes de 
Simon pour Beaupré 117ô, 1194. Il fut enterré à Clairlieu le 
lendemain 14, 2 des Ides. Charte de l'Evêque de Toul pour 
Clairlieu. 



- 57 - 

avant sa mort, il avait fait une donation au Prieuré de 
St-Nicolas : « Matheus dei gratia Lotharingie dux et 

« Marchio et Berlha ducissa huius doni testes qui 

« et datores nobiscum fuerunt filii noslri. Domnus sci- 
« licetTiieodericusMetensiselectusSymon etFridericus 
« et Matheus fralreseius et sororeoruniAdehdis ducissa 

« burgundie Actum legittime, publiée recitatum, 

« canonice confirmatum apud Ghermes anno domini- 

o o o o o 

« ceincarlionisM. C. LXX. VI indictione VIIII (1) con- 
« currente IV Epacta VII régnante Domno Friderico Ro- 
a manorum Imperatore gloriosissimo, anno regni eius 
« 25 imperii vero 22 actum feUciter in nomine domini 
« amen » (2). 

D'après ce que nous venons de dire, on prévoit ce 
qui devait arriver à la mort du Duc Mathieu. La 
Duchesse Berlhe ne se résignerait pas à renoncer au 
pouvoir et moins encore à le remettre à Simon (3). Elle 
tenta par tous les moyens possibles de conserver la 
régence. 

Nous ne voudrions pas admettre entièrement ce que 
dit à ce sujet M. Digot (4), Du reste ses efforts furent 

(1) Pâques tomba, en 1176, le 4 avril; de plus, la 25» année 
du règne commence le 9 mars 1176, mais la 22* de l'Empire 
le 18 juin seulement. Cette pièce doit donc être bien peu 
antérieure à la mort du Duc. 

(2) Original scollé, Archives de Meurthe-et- Moselle, 
G. 449. 

(3) Elle fit frapper des médailles en son nom et, dans une 
charte du 13 juin 1176, un mois après la mort de Mathieu, 
obligée de donner à Simon le titre de Duc, elle parle cepen- 
dant du Duc Mathieu comme s'il était encore vivant, cher- 
chant par là à diminuer à son profit l'autorité du Duc 
(Baleycourt, n° 21). 

(4) Tome I^' p. 342. 



— 58 — 

inutiles et Simon resta en possession de ses droits (1). 
« Justo desiderio et vocatione légitima virorum nobi- 
lium terrse et hereditario jure ». La Duchesse ne le lui 
pardonna pas ; aussi, dans la même charte, Simon, 
prévoyant les difficultés contre lesquelles il aurait à 
lutter, dit que le Duc son père l'a laissé en mourant 
« multis curarum nexibus irretitum ». Cette appréhen- 
sion n'était que trop justifiée. Dès son arrivée au pou- 
voir, Simon avait écrit à Pierre de Brixey, Evêque de 
Toul, pour lui demander son appui (2). L'Evêque s'oc- 
cupait alors de la reconstruction du château de Liver- 
dun et cette forteresse pouvait être une menace conti- 
nuelle ou un appui certain, suivant que le Dnc serait 
considéré comme ennemi ou comme allié de l'Evêque. 

De plus, d'accord avec sa mère, et peut-être avant 
d'avoir échappé à son autorité, il écrivit (3) la même 
année à ce prélat en l'assurant qu'il pouvait compter 
sur l'appui du duc de Lorraine pour la reconstruction de 
Liverdun 

Mais c'est ici que Simon ressentit le premier effet de 
l'animosité de Berthe. L'année suivante, en effet (1177), 
l'Evêque (4) associait à la reconstruction de Liverdun, 
non pas le Duc, mais le Comte de Bar, et le traité fait à 
ce sujet est dirigé personnellement contre le Duc de 
Lorraine. On peut voir dans ce fait une vengeance de 
Berthe ; car la reconstruction de Liverdun (5) avait été 

(1) Charte du Duc pour Beaupré, 1176. 

(2) Benoît, Orig. p. 245. 

(3) Benoît, Orig., p. 246 et Hist. de Toul, p. 423. 

(4) Voyez aux preuves. 

(5) Dipl. de 1178, daté par erreur 1168 dans les pr. de 
Calmet : a. laude et assensu nostro hoc fecit. » 



— 59 — 

favorisée par son frère, l'Empereur Frédéric, et le 
Comte de Bar, qui fig-ure parmi les témoins du diplôme 
impérial, prêtait foi et hommage à l'Empereur comme 
comte de Bourgogne, au mois de septembre 1178. 
C'était donc à la faveur de la Maison de Souabe que le 
Comte de Bar devait ce traité si avantageux et il est 
permis de supposer que Berthe n'y fut pas étrangère. 
Nous arrivons à ce qui fait l'objet principal de cette 
étude : la lutte de Simon contre son frère Ferri de 
Bitche. Le plus ancien document concernant cette 
rivalité est le traité du 2 mai 1179, par lequel le favori 
de Berthe, Ferri, obtenait une situation jusqu'alors sans 
précédent en Lorraine ; aussi la Duchesse était-elle 
présente à ce traité, quoiqu'il fût passé à Ribemont, en 
Vermandois, bien loin de la Lorraine et des Etats de la 
Maison de Souabe. Les deux frères, qui s'étaient fait 
une longue guerre, la terminaient par ce traité. Mais 
l'ambition de Ferri, loin d'être satisfaite par un accord 
aussi favorable (1), en devint, au contraire, plus insa- 
tiable et la lutte entre eux ne faisait que commencer. 
Cependant, ce fut contre l'Archevêque de Trêves que 
Ferri tourna d'abord ses armes. Ce prince de l'Empire, 
devenu, par le traité de 1179, vassal de Ferri de 
Bitche, avait sans doute trouvé dans son nouveau 



(1) Il avait toute la Lorraine allemande et la promesse 
de succéder au Duché si le Duc mourait sans enfants. Sur ce 
dernier point, Ferri étant l'héritier légitime de Simon, il 
est probable que ses droits à la succession du Duché ne lui 
furent garantis que parce qu'il les avait compromis par sa 
rébellion. Sa seconde révolte, en 1202, les lui fit perdre défi- 
nitivement. Même remarque pour la déclaration des nobles 
lorrains. — Digot, 1, p. 347. 



- 60 - 

seigneur un suzerain trop exigeant et certainement 
dans son nouveau voisin un pillard trop déterminé ; la 
guerre fut déclarée. 

L'Archevêque s'allia à la Maison de Bar et Thiébaud 
de Bar lui amena des troupes dont, en l'absence de son 
frère, il était le chef. Il prit le commandement de 
l'armée, infligea à Ferri une défaite (1) complète et le 
fit prisonnier ainsi que Ferri, son fils aîné. 

La Maison de Bar commençait, on le voit, en abais- 
sant le prestige des sires de Bilche, à rétablir l'auto- 
rité de Simon. Dès ce moment, dans les chartes du 
Duc, comme dans celles de Ferri de Bitche, les deux 
frères agissent absolument comme s'ils ne se connais- 
saient pas. Jamais l'un d'eux n'est témoin d'une charte 
de l'autre et, sauf une pièce de Mathieu, prévôt de 
St-Dié, 1188, une de Henri, Comte de Bar, 1190, et le 
diplôme royal de 1188, jamais ils ne paraissaient 
ensemble. 

(1) Les Gesta : Mart. anipl. coll. iv,211, ne donnent pas de 
date, disent que Ferri avait fait de fréquentes incursions sur 
les terres de l'Archevêque, ne parlent pas de la prise de 
Ferri et de son fils, ni du commandement de l'armée par 
Thiébaud de Bar. C'est Brower, livre 14, p. 75-76, qui 
donne ces détails, mais son récit est plein de confusions : 
la date 1172 est démentie, puisque Mathieu, Duc de Lor- 
raine, était déjà mort. Donc, après 1176, nous croyons qu'il 
faut lire mci.xxx, car en cette année Ferri ne guerroyait ni 
contre les Cottereaux, ni contre son frère Simon; il était 
déjà eu i-ossession du fief de l'Archevêque et enfin Henri, 
Comte de Bar, prit part cette année 1180 aux fêtes du cou- 
ronnement de son cousin Philippe-Auguste (Gilbert de 
Mons). C'est ce qui explique pourquoi Thiébaud comman- 
dait les Barrisicns. Du reste, avant cette date, Ferri, fils 
aîné de Ferri de Bitche, aurait été bien jeune pour porter 
les armes. 



— 61 — 

Nous avons, pour arriver à celte conviction, consulté 
toutes les chartes de Simon et de Ferri, tant aux 
archives de Meurthe-et-Moselle, que dans tous les 
autres dépôts. 

Ferri, cherchant à s'assurer la faveur du futur héri- 
tier de l'Empereur Frédéric, quitta la Lorraine où il 
était encore en 1186 (1) et rejoignit le Roi Henri en Italie ; 
nous le trouvons témoin de deux diplômes de ce prince 
datés, le premier près d'Ostricoli, le 24 juin 1187 (2) 
et le second à Pavie, le 17 septembre de la même 
année. Il revint avec le roi et ce retour semble avoir 
produit un rapprochement entre les deux frères, car 
ils figurent ensemble comme témoins d'un diplôme de 
Henri VI, à Toul, le 4 mars 1188, et d'une charte de 
Mathieu de Bitche, grand prévôt de St-Dié, de la même 
année. 

C'est sans doute alors qu'eut lieu le mariage du fils 
aîné de Ferri de Bitche, avec la fille de Thiébaud de 
Briey, depuis Comte de Bar, car on sait que ce 
mariage est antérieur au départ de Henri, Comte de 
Bar pour la Croisade, en 1189 (3). 

(1) Stumpf III, numéros 181, 182. Dans ces deux diplômes 
et dans celui de 1188, on a lu : Dux de Biles. Mais il résulte 
des chartes originales pour Beaupré, etc. que Ferri ne por- 
tait, en 1186 et 1188 (Sommier, Hist. de St-Dié, p, 403), que 
le titre de dominus deBite. Comme, dans ces diplômes Ferri 
passe avant les Comtes de Nassau, de Dagsbourg, etc., le 
copiste a sans doute pensé qu'il fallait lire dux au lieu de 

dns, qui est la forme usitée dans les documents originaux 
émanés da Ferri de Bitche. 

(2) Charles pour Beaupré, datées deGerbéviller etdeRam- 
bervillers. 

(3) Catalogue Marchand, pièce sans date, n" 77 et par 
erreur n° 120. 



— 62 — 

Aussi, cette année 1189, (1) le Comte Henri de Bar, 
faisant, avant de partir pour la Terre-Sainte, une dona- 
tion à l'Abbaye de Ste-Marie-au-Bois, la fit souscrire 
par Simon, Duc de Lorraine, Ferri de Bitche et Ferri 
de Bitche, le jeune. 

A peine une sorte d'entente s'était-elle rétablie dans 
la Maison de Lorraine, l'Empereur Frédéric mourut 
(10 juin 1190). Tant qu'il avait vécu, la Duchesse 
Berthe. à défaut du pouvoir, devait se flatter d'exercer 
en Lorraine une grande influence ; mais aussitôt son 
frère mort, elle eut à subir une preuve bien cruelle de 
son abandon. Bertram, Evêque de Melz, revenu de son 
long exil à Cologne et soutenu de la faveur de 
Henri VI, exigea de Berthe (2), frappée d'une sentence 
d'excommunication, qu'elle vînt à Metz et là, seule au 
milieu de tous les dignitaires du Chapitre, des princi- 
paux chevaliers et officiers de la cour de Bertram, elle 
reconnut ses torts envers l'Evêque. Elle perdit, en cette 
occasion, tout son prestige. 

Le Duc Simon la traite comme une étrangère (3) et 
dans la charte d'Eudes de Vaudémont , Evêque de 
Toul , et du Duc Simon pour Remiremont , du 
18 octobre 1194 (Benoît, Hist. de Toul, Gall. chr. xiii), 

(1) Cette charte, dont l'original ne se trouve plus, est pu- 
bliée d'après une copie dont la date est erronée. Le Comte 
dit qu'il part pour la Croisade, ce qui eut lieu en 1189. En 
1180, il était aux fêtes du sacre de Philippe-Auguste (Gil- 
bert de ivions). 

(2) 20 septembre 1191. (Elle ne voulait pas rendre à 
TEvêque la cour de Faux que son fils, l'Elu Thierri, lui 
avait engagée, latin 10021, fol. 265^°.) 

(3) B. ducissa. A. filia sua (charte du Duc Simon, 1191, 
vieux style). 



— 63 — 

elle lie paraît que tout à la fin des témoins : Mathaeus 
cornes Tullensis et mater eiiis ducissa. 

Elle mourut, dit-on, l'année suivante. 

La- disgrâce de Berthe offrait à Simon une occasion 
favorable- de revendiquer près du nouvel Empereur le 
rang auquel il avait droit. Il sut en profiter , car 
Henri VI voulant, avant de partir pour l'Italie en 
mai 1194 (1), réunir autour de lui tous les grands de 
son royaume, donna pendant cette assemblée, qui eut 
lieu à Trifels le 9 mai 1194, trois diplômes (:2), dans 
lesquels Simon parait le premier des laïques avant les 
propres frères de l'Empereur Othon et Philippe. 
C'était, surtout dans une réunion solennelle des princes 
de l'Empire, une faveur spéciale pour Simon, puisque, 
quelques jours seulement auparavant, à Aix-la-Cha- 
pelle, le 19 avril 1194, ce même Philippe passe avant 
les Ducs de Brabant et de Limbourg. Aussi Ferri de 
Bitche ne paraît dans aucun de ces diplômes. Son 
absence est d'autant plus remarquable que Trifels était 
tout près de Bitche, dont Simon avait dû traverser la 
seigneurie pour se rendre auprès de l'Empereur. 

Cependant, Ferri ne se tenait pas pour battu e^ 
espérait bien rentrer en faveur auprès d'un prince 
dont il avait été le compagnon d'armes en Italie. Aussi, 
dès le premier voyage que Henri VI fit sur la rive gau- 
che du Rhin après la mort de la Duchesse , nous 
voyons les deux princes lorrains figurer l'un après 

(1) Cunctos regni sut evocavit principes. Kaiser Henrich 
VI, voQ Theodor Toeche. Leipzig, 1867, in-8<», p. 331. 

(2) Voyez ces trois diplômes aux sources indiquées par 
M.Tœche, p. 667, et aussi Mittelrhein. Urkundenb., 2, 177. 



- 64 — 

l'autre, en évitant de se trouver ensemble, à la cour 
impériale. Ferri, àBrumath, le 21 juin 1196, et Simon (1), 
à Bruyères, le 28 du même mois. Il semble que Ferri 
fut mieux accueilli, cnr il obtint pour son vassal, Sige- 
bert de Francken bourg-, le Landgraviat de la Basse- 
Alsace. Cette faveur fortifiait beaucoup son parti. 

Le manque de documents nous empêche de dire s'il 
y eut, dès ce moment, des hostilités. Ferri était retiré 
dans son château de Bitchc cette année 1196 (2), tandis 
que Simon, à la même date, se trouvait à ïiosières et à 
Nancy (3). Le Duc était déjà âgé et sans enfants, l'Empe- 
reur avait donc intérêt à favoriser Ferri ; mais Simon, 
dont la patience était lassée, n'entendait plus tolérer 
aucun empiétement sur son pouvoir ; c'est lui-même 
qui nous le dit, avec une recherche de style qui prouve 
l'importance qu'il attachait à cette déclaration : a In 
« nomine sancte et individue trinitatis. Quoniam dies 
« mali sunt et laudatur pcccator in desideriis anime 
« sue et iniquus benedicitur. Ego Symon dei provi- 
« dencia Lotaringie dux et Marchio fortissimus qui a 
a domino potestatis potestatem accepi esse super capita 
« hominum ad vindictam malorum laudem vero 
« bonorum decrevi illorum propulsando maliciam 
« istorum pacem et quietem fovere continuam ». 

Après la mort de Henri VI , (Messine, 28 sep- 



(1) Simoa était sûr de ne plus trouver son fière à la suite 
de l'Empereur, car Ferri ne paraît ni dans le diplôme du 25, 
ni dans celui du 2G. Alsatia dipl. et Mon. germ. Voyez 
Stumpf, 5010, 5011, et Tœche, w' 420, 421. 

(2) Calmet, pr. 

(3) Charte de Ste-Marie-au-Bois. 



— 65 — 

tembre 1197), l'anarchie qui signala la lutte des 
Maisons de Souabe et de Brunswick , jointe à la 
misère (1) qui, pendant quatre années entières, désola 
notre province, permit à Ferri de déclarer ouvertement 
ses prétentions et, dans la lettre du 28 mai 1199 (et 
non 1198), adressée au Pape Innocent 111 (2) par les 
partisans de Philippe de Souabe, il ose prendre la 
qualité de Duc de Bitche. C'était la guerre déclarée 
contre Simon. Mais celui-ci, qui se donnait, en 1196, 
l'épithète de fortissimus, avait mis son courage au 
service de l'ancien ennemi de l' erri , Thiébaud de 
Briey, devenu Comte de Bar, et l'avait aidé à faire valoir 

(1) Sur cette famine de quatre aas, voy. PhiL de Souabe, 
par Winkelmana, p. 43 44. Digot, I, p. 361, dit 1197-1198. 
Voyez la Famine dans le diocèse de Trêves, 1196-1197, 
Mittelrhein. Regest.. n° 785, et ea 1198, ibid , n» 842. 
« Eoquod terra pauper et sterilis esset et bella ferre non 
valeret », Gesta, Trev. ampl., 4, 224. 

Hoc aano (1198) famés valida. Venitquartafrumeuti xx, so- 
lidisetfactaest mortalitas maxiraa(Chron. brève. Sancti Vin- 
centii metensis, ap. Labbe, Bibliotheca manuscriptorum). — 
Mais si le fléau était à son comble en 1198, dès l'année 1195 le 
pain manquait dans les environs de Nancy : œ In territorio 
de Moncellis... anno 1195, cura panis inopia multura angus- 
taretur idem Wirrif-us (de Muriviler) obtulit predictas 

iornales deo et Sancte Marie belliprati et habuit pro hoc 

Wirricus xx" wigas annoneetv sol. tull.,etc... ». Cartulaire 
de Beaupré, latin 11024, folio 110. 

Pour éviter les désordres à craindre pendant un tel fléau, 
Bertram, Evêque de Metz: « litteris oo anno (1196), testatur 
burgenses de Vico ob securitatem villam suam mûris 
cinxisse ».Galliachr. xiii ; original, abbaye de Trois-Fon- 
taines (Archives de la Marne). 

(2) Bohraer , Regesta imperii, t. V, edid. J. Ficker, 
Innsbruek, 1879, p. 11. 

5 



— 66 — 

ses droits à la succession de Namur (1). Reconnais- 
sant de ce secours et craignant sans doute que le Duc 
ne punit la félonie de Ferri en le privant, lui et ses 
descendants, de la succession au Duché, le Comte de 
Bar, pour qui, dans ce cas, la cession de Longwy, 
Stenay et Amance (2) aurait été un sacrifice inutile, 
conclut, dès le 26 juillet 1199, un traité de paix avec 
les Comtes de P'iandre et de Namur (3). Par ce 
traité (4), le Luxembourg et une grande partie du 
Comté de Namur restèrent à Thiébaud, et Ferri se vit 
menacé à la fois par le Luxembourg (5), au Nord, et 
par les Comtés de Briey et de Mousson, les états du 
Duc de Lorraine, à l'Est et au Midi. Ce fut le commen- 

(1) Benoît, Orig., p. 252. Galliot, Hisi. de Namur, t. I 
(1788), folio 182. 

(2) Cédés à sa fille en la mariant à Ferri de Bitche, le 
jeune. 

(3) Albéric (Mon. gerni, SS. 23., folio 871) nou.s montre 
bien que ce traité de paix (qui permit à Thiébaud d'attaquer 
Ferri de Bitche), fut l'origine du crédit que le Comte de Bar 
obtint auprès du Duc Simon, car il parle de la cession du 
Duché à Ferri, en 1206, comme d'un événement associé 
dans son esprit à ce traité. Le Comte de Bar prit à cœur 
cette guerre contre Ferri de Bitche. En effet, après la mort 
du Comte de Champagne, son cousin (1201), les croisés 
français lui proposèrent d'être leur chef ; il refusa, et Ville- 
hardouin, qui blâme le Duc de Bourgogne d'avoir aussi 
décliné cet honneur, ne fait aucun reproche à Thiébaud. 
C'est que la guerre contre Ferri était une excuse suffi- 
sante. 

(4) Thiébaud racheta aussi les droits du Comte de Bour- 
gogne sur le Luxembourg. 

(5) La châtellenie de Thionville, dépendant du Luxem- 
bourg, touchait à la châtellenie de Sierck. 



— 07 — 

cernent de sa perle, car, dès l'année suivante (1200), 
Simon sentait son frère assez affaibli pour lui refuser 
aucun droit à recueillir après lui le Duché de Lorraine 
et ne reconnaissait (1) pour ses héritiers que son frère 
Mathieu, Comte de Toul, et Ferri de Bitche le jeune, 
son neveu. 

C'était user de son droit, puisque Ferri de Bitche 
était coupable de félonie, mais c'était surtout très 
habile, car cette mesure frappait toute la descendance 
de Ferri de Bitche et la menaçait de voir passer le 
Duché à Mathieu de Toul. Aussi la division se mani- 
festa bientôt dans le camp de Ferri, et dès l'année 
suivante (1201) celui-ci qui, en 1200, comptait autour 
de lui tous ses fils (2) : « Matheus TuUensis electus, 
Fridericus, item Matheus, Philippus », se voyait aban- 
donné des deux plus puissants d'entre eux : Mathieu, 
alors Evêque de Toul, et Ferri (â). 

Cependant, il ne perdit pas courage; il lui restait 
encore ses deux autres fils, Mathieu et Philippe (charte 
originale à Coblence où il se dit : « divina gratia 
Bitensium Dominus (4) » ). Il continua la guerre, sou- 
tenu par l'Archevêque de Trêves qui avait tant de 
motifs d'inimitié (5) contre Thiébaud de Bar ; enfin 

(1) Benoît, p. 111-112. 

(2) Charte pour Viliers-Betnach, 1200. 

(3) Charte de 1201 pour Clairlieu, où ils figurent avec le 
Duc Simon. 

(4) Dominus, encore écrit ; Dns. 

[ô) Cet archevêque Jean avait supplanté Folmar, l'ami de 
Thiébaud de Bricy ; do plus, Thiébaud venait d'entrer en 
possession de l'héritage du Comte de Naraur et de Luxem- 
bourg, son beau-père, qui avait déjoué les efforts tentés par 
l'Archevêque pour se faire attribuer l'abbaye d'Epternach 
(liberias epternacensis vindicata). 



— m — 

voyant sa cause perdue, il voulut réaliser au moins un 
instant le rêve de toute sa vie, el le 30 juin 1202 il 
prend dans une charte de l'Archevêque (1) la qualité de 
Duc de Lorraine et Marquis. Ce n'était qu'une satisfac- 
tion d'amour-propre, car Ferri n'avait fait aucun 
progrès en Lorraine. Simon n'avait pas cessé d'être le 
maître du Duché (ducatum tenere, traité Bar-Toul, 
jjQybre 1202), et Ferri le jeune traitait quelques mois 
après avec le Comte de Bar, son beau-père, auquel il 
promettait entre autres avantages « ligeitatem Gomitis 
Wadanimontis si deo volente ducatum Lothoringie 
fuero adeptus ». 

L'exécution de cette clause, quand Ferri eut succédé 
à son oncle, confirme fortement le texte d'Albéric. 
Ferri de Bitche dut alors se contenter de sa petite 
seigneurie (2). Il était définitivement exclu de la succes- 
sion du Duché (3). 

Aussi, dès l'an 1203, nous le voyons, qualifié simple- 
ment seigneur de Bitche, approuver les donations que 
Simon avait faites du temps de l'insurrection (1200) ou 
paraître comme pleige dans les chartes (4) du Duc, son 
frère. Quanta Ferri lejeune, on voit par les titres de 1200 

(1) Mitteirheia. Urkundenb., t. 2, p. 236. 

(2) N'ayant jamais été légitimement Duc de Lorraine, il 
ue put laisser à ses fils d'autre nom que celui de Bitche. 
Aussi, l'un d'eux, Philippe, dans un diplôme du RdI Frédé- 
ric, 6 sept'"''^ 1215, est appelé « Philippus de Bitsch»; il 
était seigneur de Gerbéviller et non de Bitche, ce nom lui 
est donc donné parce que c'était le seul que son père avait 
eu le droit de porter. 

(3) Charte de Simon pour Ghastenoy, 1204. 

(4) Titres de St-Dié. 



— 69 — 

et 1204 que le Duc avait réservé ses droits au Duché, 
mais en leur préférant ceux de Mathieu de Toul. Cepen- 
dant par une charte (1) de cette même année 1204, 
nous voyons que Ferri le jeune était assez en faveur 
auprès de son oncle. Ce jeune prince sentait que le 
nom de son père lui nuirait auprès de Simon. Aussi, 
dans le traité de nov'"'" 1202 (2) il se dit : « Fridericus 
gêner comitis Barrensis TheobaMi », et en 1204 : 
« Fridericus junior » (3). 

C'est là qu'en était arrivé ce Ferri de Bitche, si puis- 
sant vingt-cinq ans auparavant ; ses fils le reniaient au- 
près de son frère triomphant . Ce triomphe, que l'autorité 
ducale venait d'obtenir grâce au Comte de Bar, donnait 
aux conseils de ce dernier un grand poids sur les déci- 
sions du vieux Duc. Que ferait-il ? laisserait-il le Duché 
à celui qu'il nomme en première ligne parmi ses héri- 



(1) A Metz, abbaye de St-Symphorien, liasse Arey, ori- 
ginal scellé : « Fridericus junior... favore domini Symonis 
ducis patrui nostri y>. 

(2) En 11 96 : « Fredericus miles tullen dyoc k (Celestin 3, 
bulle pour Saint-Pierremont. (Le Comte de Toul, dans son 
traité de novembre 1202 le nomme encore : « f. de bites. » 

Fridericus junior, 1204, (Charte de Saint-Symphorien. 
Sigillo domini frederici junioris, 1204. Prieuré de Flavigny. 
Moreau, 106, fol. 126. (collection Moreau, Bibl. Nat. Mscr.) 

(3) Le premier effet du traité passé entre le comte de Bar 
et Ferri le jeune, nov**™ 1202, fut d'obtenir du duc de Bour- 
gogne, ami du Comte, sa renonciation aux conventions pas- 
sées entre ce Duc et les Bitche, relativement au partage de 
la Lorraine. On comprend que cette renonciation était tout 
à l'avantage du Duc Simon. Elle est datée du 1"" janvier 
1202, vieux st. Elle rappelle, en plusieurs points, le texte 
du traité de novembre : « Processus teniporis... quod pro 
bono pacis et concordie fuit ordinatuin » Voy. Preuves IV. 



— 70 — 

tiers, Mathieu Comte de Toul ? C'eût été livrer la 
Lorraine à un prince bien faible et qui aurait trouvé 
dansFerri le Jeune un tiop puissant ennemi, car celui-ci 
possédait, ou du moins était assuré de posséder, après 
son beau-père , Longwy, Stenay et l'ancien comté 
d'Amance, aux portes de Nancy. De plus, le Comte de 
Bar, loin d'approuver ce choix, ne se déclarerait-il pas 
pour son gendre contre le Comte de Toul, cadet des 
enfants de Mathieu I" ? Tandis qu'en cédant de son 
vivant le duché à Ferri le jeune, Simon récompen- 
sait le Comte de Bar, laissait le pouvoir en des mains 
dignes de le faire respecter, et n'exposait pas son 
héritier aux revendications éternelles d'une branche 
aînée dépouillée de ses droits. C'est là ce que le Comte 
de Bar fit comprendre à Simon qui, en 1206 (1), cédant 
à ses conseils se démit du duché en faveur de Ferri le 
jeune et se retira à l'abbaye de Sturzelbronn. 

Ainsi, les anciens historiens, qui refusent à Ferri I*"" 
de Bitche la qualité de Duc de Lorraine, se trouvent 
conciliés avec la charte de 1295 et la Chronique polo- 
naise, qui lui accordent, après coup, un titre qu'il 
avait usurpé. 

Pièces fausses imprimées par Rosières et reproduites 
par Dom Calmet. 

Une seule pièce s'oppose à notre sysiènie. Nous nous 
étions proposé de prouver qu'elle est fausse, et nous avions 
préparé dans ce but une démonstration basée sur les lois de 
la diplomatique. Mais nous nous sommes aperçu que cette 

(1) Entre le 15 juillet et la fin de septembre (Henoît, 
Réplique"^. 



— 71 - 

pièce, ainsi que plusieurs autres que nous comptions atta- 
quer, est tirée de l'ouvrage du célèbre faussaire Rosières. 
Néanmoins, nous signalons ces cinq chartes, dont aucune 
ne nous est parvenue en original. Elles ont dû être faites 
par le même faussaire, sans doute Rosières lui-même, car 
elles tombent toutes dans les mêmes fautes de diploma- 
tique : 

1" Charte du duc Thierri pour Bouxières, 1120. Ce duc est 
mort en 1115, De plus la charte est datée du S août, façon 
alors inusitée. Enfin, dans cette charte comme dans les 
quatre autres, la formule d'invocation est terminée par le 
mot Amen. 

2» Charte de Simon 1" pour Bouxières, 1130. <t Sub magno 
meo sigillo », formule inusitée avant le 14" siècle dans les 
chartes lorraines. Invocation terminée par : Amen. 

3" Charte du duc Mathieu, datée du 21 mars {sic) 1156. 
Invocation terminée par : Amen. Aussi pour Bouxières. 

4° Charte du duc Simon H, encore pour Bouxières, 
8 juin (sic) 1176. Invocation terminée par : Amen. Dans 
cette charte, l'erreur historique se joint aux fautes de diplo- 
matique, puisque Simon dit sa mère fille et non sœur de 
l'empereur Frédéric. 

5» Charte du duc Ferri , toujours pour Bouxières, 
12 août {sic) 1206. C'est le document dont nous contestons 
absolument la valeur (1). Cette charte a la plus grande ana- 
logie, dans le fond et dans la forme, avec celle de 1176. 
Elle est datée suivant la méthode actuelle, l'invocation est 
terminée par : Amen, et elle est scellée : ï cum nostro 
magno sigillo ». 

Ces cinq chartes de Rosières ont été reproduites par 
D. Calmet, mais cette erreur de notre historien n'est pas 
sans excuse. Nous savons en effet que D. Calmet a consulté 
et utilisé pour ses ouvrages la Bibliothèque Séguier. Or, 

(1) Aubert le Mire le déclare suspect. 



72 

dans uu volume de cette Bibliothèque, aujourd'hui fonds 
Français 18849, nous trouvons, fol. 122 et suivants, les cinq 
chartes pour Bouxières, que nous venons de critiquer (1). 
Ces copies sont toutes, d'après un vidimus, notarié en 1628, 
« Cuiusdam transumpti signati V. de hault. », et sans date. 
C'est, on le sait, la méthode usitée en pareil cas : Dom 
Calmet a sans doute publié ces pièces d'après ce manuscrit 
et perpétué, sans le savoir, les erreur? de Rosières. On ne 
peut donc pas ajouter foi à cette charte de 1200, où le duc 
Ferri se dit fils de Mathieu (2). 



(1) Ces cinq chartes ont dû être fabriquées d'après un 
acte authentique de Ferri le jeune, pour cette même abbaye 
de Bouxières, en 12o6. Le P. Benoît Picart (Orig., p. 261 ; 
supplémt i^ p. 51) a vu, dans les archives de Bouxières, 
cette charte de Ferri le jeune, qui résume à elle seule la 
confirmation de toutes les donations des ducs, tandis que le 
faussaire a fait de chacune de ces donations une pièce ima- 
ginaire. 

(2) Nous devons encore signaler deux pièces fausses 
concernant les Bitche : Schœpflin, Alsatia Diplomatica, 
n"^ cccxiv et cccxli. Dans la dernière la fin seule est fausse. 



— 73 — 



PREUVES 



I. 

Pierre, évêque de Toul, associe le comte de Bar à la 
reconstruction de Liverdun, 1177. 

(Bibl. Nat'« fonds Fr., 11853, fol; 168. Coll. Lorr., 718, 
fol. 150, lettre de la réédification de Leberdun.) 

Necessaria litterarum recte indicatur scientia, quapreteri- 
torum gesta temporum fuint (sic) presencia : futuris illibata 
presentium conseruatur noticia. Ea propter ego petrus dei 
gracia leuchorum humilis minister. Notum facio presentibus 
et posteris quod consilio tocius cleri tullensis militumque et 
ciuinm disposai reedificare liberduni castrum. quod ab anti- 
quis rétro temporibus iniquorum machinatione fuerat diru- 
tum. quod ut melius facere possemus. placuit nobis abstriu- 
gere in auxilium nostrum etamieitiam uenerabilem comitem 
barri henricum potius quam aliquem alium. presertim cum 
idem cornes et predecessores sui extiterint fidelissimi ecclesie 
tullensi et adiutores ipsius. Et hec conuentio interposita 
est inter nos et predictum comitem. inter homines ipsius et 
nostros data utrinque fide et prestitis juramentis ab ipso 
comité et hominibus suis et nostris. uidelicet quod assensu 
iam dicti comitis prefatum castrum quandocumque oportu- 
nius poterimus reedificabimus. et cum castrum reedificatum 
fuerit : si forte contigerit quod aliquù potens uel aliqui 
ipsum obsederint. cornes per se et per homines suoa obsi- 
dionem soluere festinabit. et ad hoc pro posse suo laborabit. 
si autem per se et per homines suos hoc efficere non poterit. 



— 74 — 

aoldarios consilio doraini tullensis conducet. et dus tnllensis 
expensas soldariorum persoluet. et si cornes guerram 
habuerit. et prefata munitione indiguerit. peripsam et habi- 
tatores eius se adiuuabit cont7-a omnem hominem prêter 
quam contra clerum tullensem. et horaines de familia beati 
stephani. preterea qui iu turre predicti castri uel in ipso 
Castro, uel in suburbio commorabuntur. securitatem comiti 
facient. quod quandocuraque prefata munitione. indiguerit. 
ipsum et suos récipient, et adiuuabunt. ita quod cornes finita 
guerra sua. castrum dimittet liberum. et nichil per se uel 
per alios machinabitur. unde tullensis ecclesia amittat cas- 
trum. Dum etiam in ipso Castro comes uel homines eius pro 
guerra morabuntur. nuUara rébus beati stephani infèrent 
molestiam. uel inferri sustinebunt. Si uero ex eo quod 
dns tullensis comitem barri in castro prefato susceperit 
aliquis guerram aduersus eum mouerit : idem cornes pacem 
nuUam cum aduersario suo faciet sine tullensis episcopi 
assensu. nec episcopus sine ipso, hanc autem prescriptam 
conuentionem quam comes nobis et nos eidem fecimus. suc- 
cessores nostri et homines ipsorum heredibus comitis barri 
facient. et eius heredes et ipsorum homines eamdem 
conuentionem nostris facient successoribus et hec conuentio 
in perpetuum conseruabitur. neo licebit tuUensi episcopo 
similem conuentionem de predicto castro facere cum alio. 
Et si forte contingeret quod aliqua discordia de prefata 
emergeret conuentione. ad cyrographum recurrendum erit. 
et iuxta tenorem et testimonium ipsius firma conuentio per- 
manebit. Et ut huius rei factum immutabile in posterum 
permaneat sigilli nostri munimento nec non et sigillo 
comitis barri, sigillis quoque tullensium ecclesiarum robora- 
tum confirnaatur. harum conuentionum testes sunt. frede- 
ricus decanus Symon de borleinmont. fridericus frater 
episcopi. Stephanus aduocatus tullensis. hugo de chanen 
ual. Letardus de taiseio. Garnerus de iaulons. fulcho de 
iaulons. fulco asper. hugo de chatunru. Guiardus de saint 



— 75 - 

baslemunt. Galterus de vodio. Isti (1) omnes iurauerunt se 
tenere captionem barri, si forte predicta conuentio ab epis- 
copo non adirapleatup. Actum anno incarnati uerbi 
M. C. LXX. VU. 

C'est sans doute pour mieux indiquer cette associa- 
tion que le bar, armes parlantes du comte, figure au 
revers des monnaies que Pierre, évêque de Toul, frappe à 
Liverdun. (Robert, évèques de Toul, pi. IV. N" 1. — Des- 
cription de la collection Robert, n" 910 à 973.) On sait, par 
une charte originale (Archives de Meurthe-et-Moselle, 
layette Bri3y, n° 1.), qu'eu 1189 ce comte Henri de Bar et 
son frère Thiébaud de Briey portaient les bars. La disposi- 
tion du scel équestre de Henri n'en laisse voir qu'un seul. 
Mais le sceau armoriai do Thiébaud porte les deux bars. 

II. 

Traité (2) entre Ferri le jeune de Bitche et le comte de 
Bar, son beau-père. Novembre 1202. 

(Fonds Fr. 11853, fol. 262^" ; CoUect. Lorr.719, toi. US^" .) 

Ne processu temporum. obliuionis humane periculum 
incurrat. quod pro bono pacis et concordie fuit ordinatum. 
Ego F. gêner comitis barrensis. Th. presenti pagine com- 
mendaui quod cuni propter guerram quam Idem cornes 
contra patrem meum et fratres meos habebat ego longo 
tempore erga eumdem comitem in longa fuissem discordia 
tandem al eum rediens. cura ipso me per bénigne pacis 
reformationem pacificum reddidi in hune modum. quod ego 
F, dicto comiti iuramento mediante creantaui quod contra 
omnes homines qui uinere possunt uel mori ei subfragabor. 

(1) L'autre partie du cyrographe devait contenir le nom 
des otages que le comte de Bar donnait à l'évêque. 

(2) Cette pièce était à La Motho en 1634. Pacquet France, 
première production, T. B., n" 15 (Documents, IIF, 87). 
Elle est aujourd'hui aux Archives impériales à Vienne. 



— 76 — 

Et si quod deus auertat in hoc deficerem ego ferricus et 
Agnes uxor mea ipsius comitis barrens is filia. adquitauimus 
ei licet de iure hereditario nobis ex parte uxoris nostre 
peruenire deberent. Asmanciam. Lonwicum. Sathenayum. 
cum eorum appendiciis. et de eis idem cornes suam ad plé- 
num facere posset uoluntatem. et ego et uxor mea euntes 
per dicta castella adquitauimus tam hereditarium quam 
fidelitates. si in prefatis conuentionibus deficerem. preterea 
predicto comiti creantauimus quod si deo uolente ducatum 
Lotharingie fuero adeptus. dictus cornes barri ligietatem 
comitis wadanimcntis. et homagium domini Arardi de 
sorceio. cum feodis inde dependentibus. cura illis feodis que 
de duce antea tenebat laude nostra tenebit in casaraentum. 
Dictus uero cornes barrensis mihi in bona fide creantauit : 
quod ad retinendum ius et hereditarium meum. mihi erit 
in auxilium saluo creanto quod idem cornes comiti 
tullensi. creantauit cui de chastenoy et de Gonderuilla (1) 
débet esse adiutor tam in guerra quam in placito. Pro his 
autem conuentionibus firmius obseruandis memoratus cornes 
barrensis. in turribus et munitionibus de ulmis et de Gir- 
beruillari custodes suos si uoluerit reponet per creantum 
nostrum. Ut autem huiusmodi conuentiones ad bonum pacis 
ordinate stabiles et inuiolate permaneant. Ego Fridericus et 
Agnes uxor mea sepedicti comitis filia présentes litteras 
sigillorum nostrorum impressione confirmanimus. Anno 
uerbi incarnati millésime ducentesimo secundo. Mense 
nouembri. 

m. 

Traité entre Mathieu, comte de Toul, et le comte de Bar. 
Novembre 1202 (F. Fr. 11853, fol. 264; Coll. Lorr. 719, 
fol. 148.) 

(l) Le comte de Bar n'obtint pas ce démembrement du duché 
pour le comte de Toul. 11 préféra faire céder par Simonie 
duché intact à Ferri, son gendre. 



— 77 — 

Quoniam obliuionis humane fragilitatem scripti uendica 
teiiacitas rccompeasare cousueuit. Ego Maherus cornes tul- 
lecsia présent! pagine commendaui quod castrum meum 
fonteniacum cum appendiciis et blaireuillara a dno comité 
barri Tbeobaldo recepi in hominium. et inde ligius horao 
factus sum ipsius comi:)is post tuUensem episcopum contra 
omnes homines et filius meus Renaudus cui fontiniacum 
cum blareuilla contuli. ffonteniacum et blareuillam ab ipso 
comité barri recepit et inde ligius homo ipsius contra omnes 
homines factus est. Et post dictum comitem filio suo henrico 
de dictis casamentis cum integritate ab ipso receptis fecit 
hominium contra omnes homines et ligietatem. hoc addito 
quod si deo uolente dictus comes barri et filius suus h. esse 
desinerent et ipse comes de uxore sua hermensende here- 
dem habuerit. ego comes Tuliensis et filius meus R. et 
quicumque Fonteniacum et blereuillam tenuerit ab herede 
hermesendis de comité barri recipere et tenere tenebimur. 
Si uero dictus comes et filius suus h. esse desierint et her- 
mesendis dicta de comité heredem non habuerit. ego comes 
tuliensis et heredes mei quicunque fonteniacum tenuerint a 
filia comitis Agnete uxore. f. de bites et ab heredibus suis 
tonteniacum et blereuillam cum integritate appenditiorum 
recipere tenebimur et tenere ia ligietatem. Memoratus uero 
comes barrensis et filius suus h. mihi et filio meo in bona 
fide creantauerunt quod quam cictus Symon dux Loth. 
ducacum. quocumque modo tenere desierit de hereditario 
nostro de Chateaoi et de Gonderuilla contra omnes homines 
in placito et in guerra nobis suffragari tenebuntur. Predicte 
uero conuentiones de herede in heredem sicut dispositura 
est superius stabilité sunt in perpetuum conseruande. et 
ego da hiis firmius obseruandis. per iudicium a Sauarico de 
bello ramo factum oslagios constitui. Gerardum de fonte- 
niaco. Aubertum dictum de darneio. sauaricum dnum de 
bello ramo. Stephanum aduocatum tullensem. Lebaudura de 
befromoute. Ferricum de ualle coloris, in hune modum quod 



— 78 - 

si ego uel heredes mei contra iuramentum meum quod absit 
ab hiis coraueationibus ecederemus nec eas teneremua dicti 
hostagii cum feodis suis ad dictum coraitem barrensera et 
ad heredes suos traasire tenebuntur. omnes autem pres- 
cripte conuentioaes per iuramentum comitis sepedicti et 
nostrum aunt confirmate. Et ego M. tullensis cornes ad id 
melius confirmandum presentea litteraa sigillo meo conflr- 

o o 

raaui. Actum anno uerbi incarnati M. CC. secundo. Mense 
nouembri. 

IV 

(Arch. de la Meuae, B. 256, fol. 253 Imprimé: Généa- 
logie de la Maison du Chasteler, seconde édition, 1777, 
aux preuvea.) 

Plerumque processus temporis ea que fiunt in tempore in 
obliviosam consuevit sepelire cecitatem si memoriali Litte- 
rarum tenacitati non tradantur, ego quidem Odo dux ber- 
gondie quod pro bono pacis et conoordie fuit ordinatum 
voleus inviolabiliter observari per présentera paginam pre- 
sentibus et futuris notum facio quod quicquid juris heredi- 
tarii in Ducatum Lothorengie reclamabam et quicquid per 
convenliones inter me et Fredericum Majorera de Bithes et 
Fredericum filium ejus habitas secundura tenorem carte ab 
eis mihi tradite acquisieram resignavi et penitus acquittavi 
pro me et pro heredibus (1) meis hoc adjuncto quod ai frater 
meus Alexander supra eodem ducatu qnerimoniam moverit 
ego in nullo penitus meum ei consiliura vel auxiliura exhi- 
bebo. quod ut firmius et stabilius observetur présentes lit- 
teraa Sigillo meo confirmavi anao Incarnationis ûominice 

o c 

M. CC. secundo, prima die Menais Januarii. 

Préambule de la charte pour Roncourt. Cartulaire de Bar, 
fol. 2t) : 

In nomine sancte et indiuidue trinitatis. Ne processu tem- 

1,1) Impr. heridibua 



— 79 — 

porum in obliuiouern sepeliatur quod celebri posterorum 
dignum est Recordacione. Ego Tbeobaldus com. barri et 

lucebourgis hec autem acta sunt et ordinata Anno 

Incarnacionis dnice millesimo ducentesimo secundo. Mense 
Januario. La cbarte IV paraît donc émanée, comme les deux 
précédentes, de la chancellerie du comte de Bar. Cette ré- 
daction est absolument étrangère au style de la chancellerie 
du duc Eudes de Bourgogne. On peut donc reconnaître là 
r « industria » qu'Albéric de Trois-Fontaines attribue dans 
toute cette affaire au comte de Bar. 



Hugues, comte de Vaudémont, se reconnaît vassal du 
comte de Champagne, après le comte de Bar-le-Duc. Avril 
1219. Latin, 5993. fol. 87. voy. les sources indiquées par 
M. d'Arbois de Jubainville. Catalogue des Actes des comtes 
de Champagne, n" 1192 (1). 

(1) L'hommage lige du comte de Vaudémont appartenait 
anciennement au duc de Lorraine. Dans les fiefs de Cham- 
pagne vers 1172 (n° 1851) li cuens de Vaudesmons liges 
après le duc de Loorraine. Nous avons vu par la pièce n" II 
que cet hommage devait appartenir au comte de Bar si 
Ferri le jeune parvenait à succéder au duc Simon. Aussi, 
dès les premières années du règne de Henri II, comte de 
Bar, successeur de Thiébaud, Hugues, comte de Vaudé- 
mont, lui fit l'hommage auquel il était tenu par la 
mort (1214) de son seigneur et l'avènement du nouveau 
comte. Voyez cette charte en français, mars 1216, Benoît, 
Réplique, p. 199. Cette pièce de 1219 confirme le même 
fait, ainsi que le n" IV. Vaudémont n'a jamais cessé depuis 
lors d'être fief lige de Bar a contre tous homes qui puent 
vivre et morir ». Noua avons insisté sur ce fait, parce qu'il 
nous semble le nœud de la question. On ne connaît aucun 
acte par lequel les ducs de Lorraine aient cédé aux comtes 
de Bar la mouvance de Vaudémont. Cet abandon résulte 



— 80 — 

Ego hugo cornes watiani moatis notum facio tam presen- 
tibus quara futuris quod ego deueui horao ligius kariseime 
dae mee Blanche comitisse Treceu et karissimi doraini 
noei Th. comitis campanie et Brie nati eius. salua ligeitate 
comitis barri ducis. Pro homagio autem isto dederunt comi- 
tissa et cornes michi et illi heredum meorum qui comitatum 
wadaaimoutis tenebit. sexagiûta libras in feodo in nundinis 
Barri assignatas. et ibidem aaauatim percipiendas, Juraui 
siquidem dictis comitisse et comiti quod de me et de cas- 
teliia meis et Je gentibus meis boaa fide eos juuabo contra 
dominum Erardum de Brena et contra filias comitis henrici 
qui decessit in partibus traasmarinis. et contra heredes 
eorum. et contra oranem creaturam que possit uiuere et 
mori. preterquam contra comitem barri ducis. Simili modo 
tenebitur eos juuare contra omnes predictos. preterquam 
contra comitem barri ducis. hères meus qui comitatum 
wadanimontis tenebit. et qui feodum dictarum sexaginta 
librarum habebit. Coraitissa autem et cornes tam me quam 
heredem meum qui comitatum wadanimontis tenebit. simi- 
liter tenentur juuare sicut homines suos ligeos. quam diu 
parati erimus in eorum curia juristare. Actum anno gracie 

c o 

M. CG. nono decimo. Mense aprili. 

VI. 

Hugues, fils aîné du comte de Vaudémont, reprend du 

vivant de son père Vaudémont et Chatel-sur-Moselle, du 

comte de Bar, 1227. (Fr. 11853, fol. 130; Lorr. 718, 
fol. 173). 

Ego hugo cornes wadimontis. Notum facio omnibus pré- 
sentes litteras inspecturis. quod hugo primogenitus filius 
meus laude et assensu meo Recepit in feodum ligium 

donc de ce que la clause du traité de 1202 avait reçu son 
application en 1206. 



- 81 — 

coutra omnes qui uiuore possuut et mori. a comité barri 
ducis wadiraontetn cum appeadiciis omnibus et Castellum 
super Mozellam cum appendiciis omnibus similiter. Excepta 
moiinguilla que est de feodo comitis burgondie. In hune 
modum quod ego omnia supradicta sicut tenebam tenipore 
confectionis presentium litterarum quamdiu uixero possi- 
debo. Ita otiam quod cornes wadimontis et heredes ipsius 
milites et burgenses de predictis castellis et castellaniis 
comiti barri ducis et heredibus ipsius fidelitatem facere 
tenentur contra omnes qui uiuere possunf et mori. In cuius 
rei testimonium présentes litteras sigilli mei munimine 
Roboraui. Actum anno dni millesimo ducentesirao vicesimo 
septimo nriense augusti. 



-^-rsTL^ST-sa-»-- 



6 



LE BERCEAU DE NANCY 

ESSAI HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE H) 

PAR 

M. J.-B. Paul HANNION. 



Dans Les Lransformnlions do Nancy, très intéressan- 
tes annales publiées en 1879, un laborieux archéologue 
résume en ces termes — mais sans le résoudre encore — 
le problème historique, nombre de fois examiné déjà, 
qui va faire l'objet de cette nouvelle étude : 

« On doit se demander tout d'abord quelle est l'ori- 

(1) La Coramission nommée par la Société d'Archéologie 
Lorraine pour la publication <iu présent Mémoire s'est trou- 
vée en dissentiment avec l'auteur, dans un grand nombre de 
passages, pour l'appréciation de certains faits historiques, 
et surtout relativement aux systèmes philologiques qui s'y 
trouvent exprimés. Liée par le vote de la Société qui ordonne 
l'impression, elle croit cependant devoir dégager par cette 
note toute responsabilité au sujet de théories qu'elle estime 
difficiles à justifier, tout en rendant hommage au labeur 
considérable de M. Hanuion et à l'originalité do l'hypothèse 
émise par lui sur les premiers temps de Nancy. 



— 83 — 

« gine et quels furent les premiers temps de Nanc/. 
<i Est-ce une ville relativement moderne, comme la plu- 
ie part de nos historiens l'ont prétendu, ou bien sa nais- 
« sance remonte-t-elle à une époque reculée? — Cette 
« dernière opinion est celle de quelques antiquaires qui, 
« faisant dériver son nom du mot celtique nanl, . . . pré- 
ce tendent qu'elle existait déjà durant la période gallo- 
« romaine. — Suivant d'autres, son existence serait 
« constatée dès les temps mérovingiens, c'est-à-dire 
« avant 753, par la découverte d'un triens ou tiers de 
c( sou d'or sur lequel on lit : NANGIACO ; d'où il résul- 
« terait que Nancy aurait eu alors un atelier monétaire. » 
Aucune des solutions proposées jusqu'en 1879 ne 
paraissait donc satisfaisante, acceptable, définitive à M. 
Henri Lepage. Nous serons encore et complètement de 
son avis après avoir relu, dans les principales Histoires 
de la Lorraine ou de Nancy, publiées jusqu'à ce jour, 
les passages exclusivement relatifs à l'apparition de 
notre ville sous ses premiers Ducs héréditaires. 



LES HISTORIENS 

I 

« La ville de Nancy. . . n'est pas ancienne, et il n'est 
<■(■ pas croyable que, dès l'an 1000, c'ait été une Souve- 
« raineté particulière. — Nancy n'est point du tout 
« connu aux anciens Géographes. . . Ge_ qui est certain, 
« c'est que le Prince Odelric, frère du Duc Gérard 
« d'Alsace, porte le surnom de Nancy dans les titres de 
tt l'an 1069. Il transmit ce nom à sa postérité. Gertrude 
« Duchesse de Lorraine est qualifiée Ducliessu de Nancy 



— 84 — 

« en 1060 (1). Thierry le Vaillant son époux, Duc de 
a Lorraine, fonda vers l'an 1080 le Prieuré de NoLre- 
« Dame près Nancy. Le Duc Simon en 1130 avait son 
1 Palais près de la môme ville. — On croit que la 
« Ville ou le Bourg- de Nancy appartenait en propre aux 
« descendants d'Odelric (2) : car Drogon de Nancy, en 
« 1155 ou 1153, selon d'autres, échangea son Château 
« de Nancy et la Ville conliguë contre le Château et la 
« Ghàtellenie de Rosières, Lénoncourt, le Ban de Moyen 
« et Haussonville ; se réservant néanmoins pour lui et 
« ses successeurs le nom de Nancy et la charge de 
« Sénéchal de Lorraine. . . Au commencement du trei- 



(1) Cette date, 1060, cueillie parDom Calmet dans Albéric de 
Truis-Fontaines, est quelque peu erronée : Thierry I" n'a 
succédé à Gérard d'Alsace, son père, qu'en 10'7U et ne s'est 
iinrié qu'en 1080. — D'ailleurs, Albéric de Trois-Fontaines 
ne dit pas que Gertrude était duchesse ;:o Nancy en lOGO ; 
voici le texte même de sa chronique : « lOGO. Roberlus autem 
« Friso Gertrudem Frcsonum Comitiisain duxit in uxo- 
«■ rem... et genuit ex eâ Comitem Robertum... et duas soro- 
(s. res ejus, Adalam... et Gertrudetn Ducissam de Nanceio 
I quœ peperit... Ducem Symonem et Theoder'icum nobilem 
tt Flandriarum Comitem et Principem. » {Monumenta Ger- 
a maniœ historica..., Tomus XXlll). 

Traduisons : En 1060, Robert le Frison épousa Gertrude, 
Comtesse des Frisons ; de cette union sont nés un fils et 
deux filles. L'une de ces filles, nommée également Gertrude, 
devint Duchesse de Nancy, en 108u,par son mariage avec 
Thierry I^*" dont elle eut deux fils, savoir : Simon I""' qui 
succéda à son père en 1115 et le prince Thierry d'Alsace, qui 
fut appelé, en 1128, au Comté de Flandres. 

(2) Ou à ses successeurs. « Il n'est pas certain que ce frère 
de Gérard d'Alsace ait été marié ni qu'il ait eu des enfants. » 
Dom Calmet : Notice de la Lorraine. 1835. Tome I*' p. 476. 



— 85 — 

« zième siècle, Nancy appartenait certainement en pro- 
a pre à nos Ducs. 

« La duchesse Agnès, femme du Duc Ferry I" (i), 
a avait reçu la ville de Nancy pour son douaire. Elle 
« s'en dépouilla en faveur du Duc Mathieu II son fils, 
« au mois de Juin 1220. Lorsque le Duc Mathieu II en 
« 1249, mai'ia son fds Ferry avec Marguerite, fille du 
c( Comte do Ba.% il donna à cette Princesse pour 
« appanage Neufchateau, Ghàtenoy, Nancy, Port (St- 
« Nicolas) et Varengéville. » 

DoM Galmet (2) . 

Les divers renseignements contenus dans ce dernier 
paragraphe reposent sur des titres certains et con- 
nus (3) ; aucun historien ne les contes ant, je me 
dispenserai de les reproduire à la suite des extraits que 
je dois mettre encore sous les yeux du Lecteur pour 
l'édifier complètement sur l'état actuel de notre ques- 
tion. 

Au temps de Gérard d'Alsace, « Amance était une 
« ville forte et importante. Nancy n'existait pas ou 
« n'était que quelques maisons champêtres. — Ghàtenoy 
-t fut la résidence ordinaire des premiers Dm^s de 
« Lorraine. . . — Gertrude, femme de Thierri est 
« appelée dans les Chartres du temps Duchesse de 



(1) Lisons : Ferry II, d'après la chronologie généralement 
admise aujourd'hui. 

(2) Histoire ecclésiastique ei civile de la Lorraine. 1128. 
Tome 1'='', col. 1104, 1105 et leurs preuves. 

1^8) Ibidem, Tome II, page 243 et preuves, col. 429, 430 
et 475. 



— 80 — 

« Nancy (1). Nancy n'était alors qu'un château ou une 

« maison de campagne : villa (2). Thierri tenait sa cour 

« à Châtenoi. — Par son testament. Maltiieu I" donne 

« à l'abbaye de Glairlieu sa vigne de Nancy, « 

L'abbé Bexo.\ (3). 

« On prétend que Nancy n'était pas connu avant le 

« XIP siècle ; que ce n'était alors qu'un château qui 

« appartenait à Drogon de Nancy qui l'échangea, en 

« 1153, avec Mathieu I", Duc de Lorraine, contre le 

« château et la chatellenie de Rosières..., réservant 

« néanmoins le nom de Nancy... Odelric, frère du duc 

« Gérard d'Alsace, porte le surnom de Nancy dans les 

« titres de l'an 1069. — Nancy subsistait donc au 

« commencement du XP siècle, mais plutôt comme une 

« forteresse ou un château qui s'ag-grandit par la 

« résidence (lu'y firent les ducs Simon I" et Mathieu 

« son fils. » 

L'abbé Lionnois (4). 

(1) Mais on ne présente aucune de ces Chartres ou chartes, 
dont parlent plusieurs historiens probablement sur la foi 
d'Albéric de Trois-Fontaines. 

(2) a. Ce mot signifiait, sous les Gallo-Romains, une 
«. grande propriété particulière, composée de bâtiments et 
a de biens ruraux ; il prit plus tard le sens de domaine 
« collectif ou village. Sous les Mérovingiens, il signifiait 
a une terre en général et les personnes qui l'habitaient ; 
a sous les Carlovingiens, c'est très souvent un village et 
• déjà même une paroisse. ». M. Clesse : Le canton de 
Conflans... 1891. Tome 1", p. 7 et 8. 

(31 Histoire de Lorraine, 1*77. Tome 1, p. 10, 20 et 27. 

(4) Histoire des villes vieille et neuve de Nancy. Tome I, 
p. 9 et 10. 



— 87 - 

« Simon I"... se réfugia dans le château de Nancy (1). 

« La ville qui porte aujourd'hui ce nom n'existait pas 

« encore. Il y avait seulement une forteresse oii les 

« Ducs de Lorraine résidaient quelquefois, et qui, selon 

« tontes les apparences, était située sur l'emplacement 

« de la rue de la Monnaie et des quartiers voisins ; 

« près du château se trouvait une bourgade apparte- 

« nant aux descendants d'Odelric. frère de Gérard 

« d'Alsace ; au nord-ouest de cette bourgade, et près 

« 'le ses murailles, si elle en avait, on voyait le prieuré 

« de Notre-Dame ; et plus loin, au pied des collines 

'< fermant, du côté de l'Ouest, la vallée de la Meurthe, 

« était le bourg ou village de Saint-Dizier, que l'on 

« appelait aussi Boudonville {Bodonis villa) parcequ'il 

« avait appartenu, en tout ou en partie, à Bodon Leudin, 

« qui fut évêque de Toul au VII^ siècle. Enfin, mais à 

« une assez grande distance, du côté du midi, et sur le 

« bord d'un ruisseau ombragé par des saules, on avait 

« consti'uit un autre château, qui était aussi la pro- 

« priété des Ducs. 11 est probable que ce château 

« existait déjà sous le règne de Simon I"et se nommait 

« le château de Saulru (ou du ruisseau des Saules). 

« Telle était, vers la tin du premier tiers du XP siècle, 

« la situation des deux bourgades et des forteresses 

« dont la réunion constitua plus tard la capitale du 

« duché de Lorraine. » 

A. DiGOT (2). 



(1) Suivant Dom Calmet et d'après les textes authentiques 
4U0 nous citerons bientôt, il faut lire ici : a dans un château 
situé auprès de Nancy.... apud Nanciacum.... juxta Nan- 
ceium. 

(2) Histoire de Lorraine. Tome I", p. 31(5 et 317. 



— 88 — 

« L'histoire de Nancy la ville ducale, la ville polie et 

« la ville élégante par excellence, ne date pas de bien 

« loin... Quand on étudie l'histoire des temps obscurs 

a qui suivirent la décadence de la race mérovingienne, 

« il faut savoir se résigner souvent à laisser comme 

« insolubles des problèmes qui ne portent que sur des 

« faits d'un intérêt secondaire. L'origine du nom de 

« Nancy (1) nous paraît rentrer dans cette catégorie; 

« nous nous bornerons donc à mentionner les faits les 

« plus anciens qui se rapportent à cette ville, laissant à 

« de plus habiles le soin de chercher une origine dont 

« il est permis, ce nous semble, de ne pas se préoccuper 

« plus qu'elle ne le mérite. — Gérard d'Alsace, premier 

« duc (héréditaire) de Lorraine, avait un frère nommé 

« Odelric, lequel devint la souche de la noble maison 

« de Lénoncourt, etc., etc. » 

De Saulcy (2). 

Vingt autres historiens, également estimables et non 
moins désireux que nous de percer les ténèbres qui 
enveloppent le berceau de Nancy, ne fournissant rien 
de plus complet et de plus précis, nous bornerons là 
nos citations. 

II 

Or, est-il croyable (suivant l'expression de Dom 
Galmet) que le silence des anciens Géographes prouve 
qu'avant l'an 1000 Nancy n'était pas une souveraineté 

(1) Et sans doute siussi l'origine de la ville même qui 
portait ce nom ? 

(2) Histoire des villes de France... d'Aristide Guilbert. 
1845. Tome IV page 526. Nancy, par M. de Saulcy. 



- 89 — 

particulière, qu'il était inconnu ou même qu'il n'existait 
pas, comme on l'a admis jusqu'à présent? — Mais, « on 
« sait que les géographes anciens ont quelquefois 
« négligé de mentionner certaines villes... quand elles 
« étaient éloignées des grandes voies de communica- 
« tion... L'importante ville de Gran dans le départe- 
« ment des Vosges en est un exemple... Grand où, 
ft cependant, les Romains entretenaient une garnison 
« permanente très nombreuse » (1). 

Est-il croyable que, sous Gérard d'Alsace, 1U48-1070, 
Nancy n'était encore qu'une villa composée de quelques 
maisons champêtres et qu'en fondant cette bourgade, 
vers le XP siècle seulement, on aurait eu l'idée d'aller 
lui chercher un nom dans le celtique, langue oubliée 
depuis plusieurs centaines d'années ? 

Est-il croyable que notre premier Duc héréditaire, 
possesseur d'immenses domaines en Lorraine, en Alsace 
et dans l'archevêché de Trêves, n'en aurait distrait 
qu'un misérable village au profit du Prince Odelric, 
son frère, et que ce Prince s'est trouvé assez honoré du 
chétif apanage que lui assignent nos historiens pour 
adopter aussitôt le surnom de Nancy : Odelrkus de 
Nanceio, en 1069, et même pour se qualifier plus 
modestement encore : Advocalus de Nanceio, en 
1073? (2). 

(1) L. Beaulieu : Archéologie de la Lorraine, Tome L 
page 13 et Tome II page 243. 

(2) a Comment Odelric dcviat-il possesseur de la terre de 
a Nancy ? On ne peut former à cet égard qu'une supposition : 
a c'est que le Duc de Lorraine (Gérard d'Alsace) avait donné 
a ce domaine à son frère, à titre d'apanage ; que ce dernier 
0- s'y fixa, en prit le nom et y construisit un château que, plus 



— w — 

Est-il croyable qu'en 1080, Gertrude de Flandre, du- 
chesse de Lorraine, femme de Thierry I", aurait pris 
aussi le titre de duchesse de Nancy; si cette localité 
n'avait pas alors été autre chose qu'une humble bour- 
gade (1) ? 

Est-il croyable qu'en moins d'un siècle, à compter de 
1069 environ, ce Nancy, jusque-là inconnu, sans im- 
portance, sans illustration, aurait acquis, à l'insu de 
l'Histoire, assez de valeur, pour faire l'objet de l'échan- 
ge sérieux rappelé sous l'année 1155 et assez de gloire 
pour que Drogon, successeur médiat d'Odelric, ait 
tenu à stipuler expressément le maintien et la perpé- 
tuation dans sa famille du surnom de Nancy (2) ? 

a tard... ses descendants cédèrent au successeur de Gérard 
a d'Alsace. » (H. Lepage : Recherches sur l'origine et les 
premiers temps de Nancy, page 166.) 

a (1) Nous ne devons pas cependant omettre ici de men- 
ic tionner un fait bizarre et dont nous ne saurions donner 
a l'explication, c'est que Gertrude, femme du duc Thierry- 
le-Vaillant, prenait en 1060 (lisons : 1080) le titre de Du- 
« chesse de Nancy. Comme elle était fille du comte de Fian- 
te dre, il est difficile de comprendre comment elle se trouve 
< qualifiée de la sorte, tandis qu'Odelric prenait lui-même 
K la qiialification d'Odelric de Nancy dans des titres posté- 
o: rieurs de neuf ans. » (lisons : antérieurs de onze ans.) — (De 
a Saulcy : Nancy page 527.) 

Le prince Odelric étant mort après 1073, son successeur, 
contemporain de Gertrude de Flandre, devait également, en 
1080, porter le surnom de Nancy puisqu'en 1127, Drogon, 
dernier successeur d'Odelric, dans le domaine de Nancy, 
signait encore : Drogo de Nanceiaco. — Les confusions de 
dates n'enlèvent rien de sa valeur à l'observation de M. de 
Saulcy. 

(2) En 1342, suivant Mory d'Elvange {Mémoire sur la 



— 91 - 

Est-il compréhensible qu'en 1155, Mathieu I" ait été 
obhgé d'acquérir ce Nancy, bourgade et château, alors 
qu'il devait être déjà sa propriété après avoir été cer- 
tainement celle de Simon I", son père et de Thierry P"', 
son aïeul ? 

Si notre ville, au XIP siècle, n'était encore qu'une 
villa entourant peut-être un chateau-fort, et si le Prince 
Odelric n'en était que le Voué, advocatus (en admet- 
tant même que Gérard eiît, en faveur de son frère, ren- 
du héréditaire cette fonction inexpliquée), est-il croya- 
ble que Mathieu I" n'aurait pu recouvrer ce minuscule 
apanage qu'en cédant à Drogon des propriétés beau- 
coup plus importantes que le Nancy de nos historiens 
(1) et qu'en accordant a ce même Drogon, pour lui et 
pour ses descendants, le droit de porter à perpétuité le 
surnom de Nancy ? 

Est-il croyable enfin que Nancy, centre et siège du 
gouvernement de nos Ducs depuis 1155, a pu ensuite 
appartenir à titre de douaire : de 1213 à 1220, à la du- 
chesse Agnès de Bar, veuve de Ferry II : — de 1220 à 



maison de Lénoncourt) un membre de cette famille, qui se 
prétendait issue de Drogon et même <i'Odelric, signait encore: 
Gérard de Nancy. — Voir aussi Dom Calmet : Notice de la 
Lorraine, Tome I page 477. 

(l) La situation géographique de trois seulement des do- 
maines cédés à Drogon : Lénoncourt, Rosières et Hausson- 
ville, autorise à supposer que ces villages ne formaient 
alors qu'un seul tenant et à leur attribuer une surface to- 
tale de plus de 10.000 hectares ; sans compter le ban de 
Moyen dont nous ne pouvons aujourd'hui évaluer l'ancienne 
étendue. — Château, villa, bourgade ou hameau, le Nancy 
des historiens est bien loin de justifier l'échange de 1155 
qu'aucun d'eux cependant ne révoque en doute ' 



— 92 — 

1225, à la duchesse Gertrude de Dachsbourg qui, aus- 
sitôt après la mort de Thiébaut I", se remaria d'abord 
à un comte de Champagne, puis à un comte de Linange, 
auxquels elle aurait successivement porté la jouissance 
de tous les droits attachés à ce douaire / — et qu'en 
1249, Mathieu II, manant son fils Ferry avec Margue- 
rite de Navarre, fille d'un comte de Bar, a pu égale- 
ment donner à cette princesse pour apanage Neufcha- 
teau, Ghatenois, Saint-Nicolas-du~Port, Varangéville 
et Nancy, la nouvelle capitale de la Lorraine ? 

Singulière capitale qui; dans l'espace de trente-six 
ans, de 1213 à 1249, serait passée, réellement ou condi- 
tionnellement, entre les mains de cinq personnes parmi 
lesquelles ne figurent que Jf^UA'Ducs régnants de Lor- 
raine : Ferry II, de 1206 à 1213 ; Agnès de Bar, de 1213 
à 1220 ; — Gertrude de Dachsbourg, veuve de Thiébaut 
I", remariée ensuite à Thiébaut IV, comte de Champa- 
gne d'abord, puis à Simon, comte de Linange, de 1220 
à 1225 ; — Mathieu II, de 1225 à 1249 ; — et Margue- 
rite de Navarre, en 1249 ! 

Quelqu'idée qu'on se fasse de l'organisation politique 
et des institutions sociales du moyen-Age, il nous sem- 
ble que le plus simple bonsens déjà répond négative- 
ment à toutes ces conjectures sur la création, le déve- 
loppement et les destinées du premier Nancy. 

Cependant, il doit y avoir du vrai dans les divers 
renseignements recueillis et arrangés si Inbovieusemenl 
par tous les historiens pour établir l'origine de notre 
ville ; mais aussi combien de contradictions , com- 
bien d'anomalies déjà et combien d'autres encore res- 
sortiront des documents authentiques, antérieurs au 
XIV* siècle, qui sont parvenus jusqu'à nous. 



— 93 — 

LES TEXTES LATINS 

I 

Les titres en langue latine, oîi le nom de Nancy 
apparaît sous diverses formes, sont assez nombreux ; 
mais la plupart ne représentent que les signatures de 
personnages ou de fonctionnaires ayant habité cotte 
localité ou servi de témoins dans certaines circons- 
tances : Walterus, Lielardus, Drogo, Raynerus.... ; 
d'autres rappellent que les actes terminés par les 
mots : daluni, data, aclum, acta, ont été libellés soit à 
Nancy, soit auprès de Nancy. Quelques-uns seulement 
se rattachent à l'objet particulier de ce travail. 

Mais tous bien certainement concernent notre ville et 
c'est à tort, pensons-nous, que plusieurs commentateurs 
ont cru devoir appliquer aux Nançois (Meuse) cette 
phrase assez vague d'une bulle du pape Pascal II 
confirmanl, en 1106, les privilèges de l'abbaye de 
Saint-Mihiel sur « Apud Nanceyaciim povtionem quan- 
dam » (1), alors que d'autres textes indiscutables, de la 
même époque, nomment Nanciacum en 1080, Nanceia- 
cum en 1127, Nancoyacum en 1145, le Nancy que nous 
cherchons et dont ces commentateurs semblent ne pas 
vouloir admettre l'existence. Ou bien Pascal 11, en 
écrivant les quatre mots ci-dessus, avait réellement en 
vue une parcelle de terre voisine de Nancy, ou bien il 
a commis une erreur de nom, car partout ailleurs que 

(1) Dom Calmet : Histoire... Tume I, preuves, col. 522. 



— 94 — 

dans la bulle de 1106 les Nançois sont dénommés : 
Nanceiis, Nanceiiim saporosum, Nanceium supra 
Ornam, Nancetuni, Nanciorïs curlis, Nanselum, Nan- 
sitiim, Nansoyum, Nanzeiaciim, Nasitum (1) et jamais 
Nancevacum. 

Pour abréger, je ne donnerai de chaque texte latin 
que les mots indispensables et que les passages, mal- 
heureusement trop rares, intéressant notre ville. 



II 



Vers l'an 600 de notre ère : Nanciaco = Medoald. 
« Le nom de Nancy, sous sa forme primitive, dit 
« M. Godron (2), apparaît pour la première fois sur un 
«I tiers-sol mérovingien que M. Ponton d'Amécourt 
« nous a fait connaître (3) et qui porte très distincte- 
« ment sur l'avers le mot Nanciaco et sur 1 3 revers 
« Medoald. Les savants qui ont étudié scientifiquement 
« cette monnaie 1 1 rapportent au temps de Tlieode- 
« bert II, roi d'Austrasie, qui a régné de 596 à 612. » 

« Un diplôme de Gharles-le-Simple (4) — roi de 
« France de 893 à 923 — dit encore M. Godron, porte 

(1) Dictionnaire topoyraphique de la Meuse, par M. Félix 
Liônard. 

(2) De V origine des noms de plusieurs tulles et villages 
de la Lorraine... par D". A. Godron. 

(3) Annuaire de la Société française de Numismatique et 
d'archéologie pour 18(56, page 153, tabl. VIII. 

(4) Diplôme découvert par M. Henri Le^jagc dans les 
Archives de la Collégiale Saint-Georges et publié in-extenso 
par M. II. d'Arbuis de Jubainvillo dans le Journal de la 
Société d'Archéologie lorraine, a" de novembre 1852. 



— 95 — 

« donation en faveur de l'Abbaye de Salonne (près 
« Ghàleau-Salins) de différents biens et notamuient les 
a suivants : 

« 896. Et in Naiicelaco ni.uisos XII cuin vineâ ad 
nnodios G. ». 

1069. Signuni Odelrici de Nanceio. 
1071. Signuin Odelrici do Nanceio. 

1073. Signuni Odelrici advocati de Nanceio (1). 

Ces trois derniers textes présentent les deux diffé- 
rentes signatures d'Odelric- Ce Prince n'était-il donc à 
Nancy que le voué advocatiis, c'est-à-dire le mandataire 
de Gérard d'Alsace^ son frère ; ou bien, en 1073. une 
partie du Nantiaciini appartenait- elle soit à une abbaye, 
soit à l'évêché de Toul ':' 

1070. Walterus Nanceialensis villicus (2) ; villicus 
signiliant régisseur, administrateur ou maire. 

1076. Lietardus de Nanceio (3). 

1080. Notum sit... quod Theodoricus dux, in allodio 
suo apud Nanciaeum, dédit Deo et Béate Marie... cam- 
pum quemdam ad continendani ecclesiam (4). 

1106. Apud Nanceyacum porlionem quandam. Texte 
examiné précédemment. 

1126. Data apud Nanciaeum, die sancto Paschse (5). 

(1) Dom Calmet : Histoi'e... Toiue I, [)reuves, col. 468, 
472, 414. 

(2) CoUectioa Moreau, Tome XXX, fol. 78. 

(3) D. Calmet : Notice.. Tome 1, col. 63i. 

(4) Charte-notice rapportée par Vignier Jans : La v';ritable 
origine de la Maison d'Alsace, de Lorraine et d" Autriche. .. 
page 112. 

;5) Ibidem, page 214. 



— 96 — 

1127. Drogo de Nanceiaco (1). 

1130. Datum in Castro meo juxta Nanceium (2). 

Hï]8. Dominus Waldricus de Nancei (3). 

1140. Drogo Nanceii (4). 

1142. Raynerus de Nanccy. — Drogo de Nancey. — 
Galterus prsepositus (prévôt) de Nancey (5). 

1145 ou 1147. Locuni ubi ecclesia fundata est anle 
Nanceyum castrum meum, ... in ViWdi Nancey aco... in 
ecclesia que est ante Nanceyum castrum meum cons- 
tructâ... coram castro meo Nanceyo (G). 

Par cette charte, Mathieu I" rappelle et confirme les 
donations de Simon 1", son père et de Thierry I", son 
aïeul, à l'église Notre-Dame; église construite, vers l'an 
1080, par Thierry I" dans son propre alleu auprès de 
Nancy : apud Nanciacum... juxta Nanceium, comme 
disent les textes de 1080 et de 1130. 

1148. Drogo de Nanceio (7). 

1155. Mahus := Nancei. Monnaies de Mathieu I". 

1159. Hermandus de Nanceio. — Walterus villicus 
de Nanceio (8;. 

116-2. Data iVawcfîi (9). 

(1) Charte de l'abbaj'e de Beaupré citée par M. H. Lepage : 
Dictionnaire topot/raphique du département de la Meurthe, 
page 99. 

(2) D Calmet : Histoire... Tome II, preuves, col. 290. 

(3) Ibidem, col. 318. 

(4) Ibidem, col. 319. 

(5) D. Calmet : Histoire... Tome II, preuves, col. 322. 

(6) H. Lepage : Recherches su) Vorigine .. . page 181. 
(■7) D. Calmet : Ibid., col. 333. 

(8) Ibid., col. 45G. 

(9) Ibid., col. 359. 



- 97 — 

1168. Apud Nancei rohorari curavimus. — Drogo de 
Nancei (1). 

1176. Drogo videlicet de Nancei {2). 

1177. Drogo de Nanceio (3). 
1190. ... infra menia Nanceii (i). 

1214. Actum apud Nanceyum. — Actum apud Nan- 
cei (5) . 

1220. Ego Agnès, Ducissa Lotharingise, notuin facio 
universis... quod Nantiacum cum omnibus perlinentiis, 
quod nomine dotalitii possidebam... totum reddidi et 
quittavi Mathœo, Duci Lotharingia3, filio meo, ... co- 
ram domina Gomitissâ Trecensi et Theobaldo comité, 
nato ipsius ; ipse vero filius meus prsefalum Comitem 
et Gertrudem, uxorem ejus, de Nantiaco et de omnibus 
perlinentiis... investivit. Datum anno gratia3 millésime 
ducentesimo vicesimo, mense Junio (6). 

1220. Th. Dei gratià Trevirorum archiep universis... 
salutem in Dominum. Noveritis quod... Agnès... Ducissa 
Lotharing...., in nostrâ prœsentiâ constituta, cognovit 
se reddidisse et quittasse in perpetuum nato suo MathcBO 
Duci Lotharing... Nantiacum cum omnibus perlinentiis 
suis et quidquid ibi habebat... quas omnia nomine dota- 
litii possidebat. — Actum anno gratiœ MGGXX mense 
Junio (7). 

(1) Ibid., col. 363. 

(2) Ibid., col. 368. 

(3) Ibid., col. 378. 

(4) Charte de l'ordre de Malte citée par M. H. Lepage : 
Les communes de La Meurthe, Tome 11, page 96. 

(5) D, Calmot : ibid., col. 425. 

(6) Ibid,, cul. 429. 

(7) D. Calmet : Histoire... Tome II, preuves, col. 430. 

7 



— 98 — 

1240. Gertrudciu ducissain de Nanceio. 

Nous revenons sur ce texte déjà cité et analysé pré- 
cédemment, car on nous paraît outrepasser la logique 
en traduisant trop littéralement le latin du chroniqueur 
Albéric de Trois-Fontaines qui vivait au commence- 
ment du XIII" siècle. 

Si, en 1080, Nancy n'était encore qu'un groupe de 
maisons champêtres, une bourgade presque inconnue, 
entourant peut-être une forteresse, le titre de Duchesse 
de Nancy n'ajoutait guère de relief à la qualité de 
Duchesse de Lorraine : Gertrude aurait pu facilement 
trouver un nom plus illustre déjà dans les vastes états 
du Duc Thierry, son époux. 

Le texte d'Albéric n'est sans doute qu'une abrévia- 
tion; abréviation suffisamment claire, mais cependant 
regrettable au point de vue qui nous intéresse : parlant 
d'un fait accompli en 1080, il écrit vers 1240 : Gertrude 
devint Duchesse de Nancy au lieu de : Par son mariage 
avec Thierry I", Gertrude devint Duchesse de cette par- 
tie de l'ancienne Lorraine dont Nancy est maintenant 
(en 1240) la capitale. Les seuls mots : Ducissa deNanceio 
épargnent au lecteur la peine de chercher de quelle Lor- 
raine (Haute ou Basse) Gertrude a pu être Duchesse. 

Mais, nous le répétons, on ne présente aucun acte 
authentique à l'appui de ces trois mots et, parmi toutes 
les duchesses de Lorraine, je ne sache pas qu'aucune 
autre que Gertrude ait porté (si toutefois elle l'a vrai- 
ment porté) le titre de Duchesse de Nancy ; tandis que 
plusieurs i)assages de la même chronique (1) démon- 
trent que son auteur employait volontiers l'expression 
de Nanceio pour désigner la Haute-Lorraine. 

(1) Aux années 987, 1126, 1238, etc. 



— 99 — 



III 



Le plus ancien nom latin de Nancy, Nanciacus ou 
Nantiacus, réclame naturellement une place dans l'étude 
des textes. Ce vocable a-t-il une cause, une raison 
d'être, un sens particulier? (1) 

1° « Il y a assez d'apparence, dit Dom Galmet (2), 
« que le nom de Nancy, Nanceium, A'ancey, vient du 
« celtique Nant qui signifie un amas d'eau, une mare, 
« un marais... On sait qu'il y avait autrefois une grande 
« mare au lieu qu'occupe aujourd'hui la Carrière. » 

Cette explication du savant historien de la Lorraine 
est malheureusement aussi inexacte qu'incomplète, car 
Nancy s'appelait primitivement en latin Nantiacus et 
non Nanceium (8) ; car Nantiacus existait, croyons-nous, 
bien avant que l'emplacement actuel de la Carrière 
servît de cuvette à un marais ; car le mot celtique Nant 
signifie vallée (4) et non pas marais, ni mare, comme 

(1) a La raajorté des noms de lieux dérive des trois soiir- 
« ces suivantes : 1° les saints qui sont les patrons des 
« églises; 2° les premiers seigneurs ou possesseurs des 
œ domaines qui ont constitué le noyau des villages; 3° les 
« circonstances physiques. » (A. Digot : Histoire de Lor- 
raine, Tome l*"", p. 235.) 

Le mot Nancy découle- t-il de l'une de ces trois sources ? 

(2) Notice de la Lorraine, Tome II, col. 71. 

(3) Voir les textes des années 600, 896, 1127 et 1220. 

(4) a Nant (vallis ; cf. Nantuates, Cses). — Nantuates (i-e 
ce Yallenses). — Nans vallis. » J. G. Zeuss : Grammatica 
celtica, p. 764,814, 1077. 

La forme Nans du mot celtique Nant appartient au dialecte 
de Cornouailles. 



— 100 — 

on le répète aujourd'hui encore sur la foi de quelques 
commentateurs. 

2° Le très érudit M. H. d'Arbois de Jubainville estime 
que Nantiacus fut le nom primitif de notre ville et que 
ce vocable vient de Nantius, Naniiis ou Naiitos, nom 
d'homme qui aurait été porté soit par un Romain, soit 
par un Gaulois. — « La forme la plus ancienne du 
« nom de Nancy est probablement Nant-iacus dérivé 
« du genlilice romain Nantius. Nantius est lui-même 
« dérivé du nom d'homme gaulois Nantos parfaitement 
« reconnaissable dans le nom de lieu dérivé Nanleuil. 
a Les inscriptions romaines de Bordeaux. . . nous offrent 
<!i sous les numéros 209 et 277 deux exemples du génitif 
« Nanti d'un nom d'homme qui, au nominatif, était 
« évidemment soit Nantius, soit Nantus ou Nanlos, 
« dont Nantius lui-même vient. — Nancy a dû être 
« primitivement A^a;2^;flcus. (1). » 

Les Celtes et les Romains avaient-ils donc emprunté 
ce même radical Nant à une langue plus ancienne 
encore, au sanscrit par exemple? Ou bien Nantius, 
Nantus, Nantos était-il l'arrière-petit-fils de l'un des 
compagnons de Bellovèse ou de quelque autre Bren- 
nus ? 

Quoi qu'il en soit, si le radical de IVanliacus est 
vraiment d'origine celtique, notre ville aurait eu la 
double chance d'être fondée, probablement sous les 
Gallo-Romains, dans une superbe vallét et par un 
personnage appelé lui-même Vallée ou Lavalléc, Val 
ou Levai. Cette coïncidence n'est-elle pas extraor- 
dinaire et cette famille do Nantius, Nantus ou Nantos, 

(1) Revue celtique, tome X, p. 229 et tome XI, p. 253. 



— 101 — 

restée si long-temps introuvable, inconnue, aurait-elle 
aussi donné son nom aux Nantimtes qui habitaient 
certaines vallées des Alpes et aux localités appelées 
Nanf (Aveyron), Nnnteuil-en-VaUée (Charente) (1), 
Nanteuil-la-Fosse (Aisne), Nanlcuil-le-Haudouin (Oise), 
Nanteuil-notre- Dame (Aisne), Nantais (Meuse), Nantua 
(Ain), etc., etc., toutes situées également dans des 
vallées ? 

Il me semble plus simple d'admettre que le person- 
nage révélé par les inscriptions bordelaises était ori- 
g-inaire ou propriétaire d'un domaine sis dans une 
vallée et que. par cette raison, son domaine portait un 
nom commençant par le monosyllabe ISanl, dont la 
signification est aujourd'hui bien établie. 

3° Sur le même radical « l'abbé Marchai suppose que 
« Nant dérive du nom de la reine Nantechilde, femme 
« de Dag'obert I" (née vers 612) répudiée par lui en 
« 629 et qui peut-être aurait construit ou habité le 
(c castriim nanciacum pendant son veuvage. — Le 
« triens frappé au temps de Theodebert II (entre 596 et 
a 612), renverse cette hypothèse » (2). 

4" « Sans vouloir nous prononcer sur cette question 
« linguistique, continue M. Godron, nous ferons obser- 
« ver que Nancy est situé dans une magnifique vallée. 
« — Le suffixe ac se montre dans le nom de beaucoup 
« de villes anciennes, par exemple Mogontiacum, Bvi- 



(1) Le nom Nanteuil- en- Vallée, véritable tautologie, 
équivaut à Vallêe-en-ValUe et prouve qu'à l'époque di la 
translation en français de ce vocable on ne conaaissait déjà 
plus le sens du radical Nant. 

(2) D. A. Godron : De V origine des noms... 



— 102 — 

« siacum, Solhnariacum, Turnâcum, etc. Il se rencontre 
« un grand nombre de fois dans les vieux noms de 
« localités de la Lorraine et du Pays messin et se trouve 
a très répandu dans le reste de la France. — Parmi les 
« différentes séries de modifications qu'a subies la 
« particule ac, la série que les Lorrains ont le plus 
« souvent adoptée est celle qui de ac aboutit définiti- 
« vement à e/ et à y. — Enfin la désinence um de 
« Naneiacuin est d'origine latine. » 

C'est parfait; mais encore aurait-il été bon de nous 
apprendre ce que pouvaient signifier le suffixe gaulois 
ac ou i'ac, les suffixes français ej, y ou cy et pourquoi 
le Nanciacus des plus anciens textes est redevenu 
Nantiacus en 1220. 

5° ..( L'opinion la plus plausible sur l'antiquité de 
« Nancy, dit M. Lejeune (1), est celle qui la prouve 
« par la conformité de son nom avec sa situation. Le 
« mot Nant est gaulois et signifie un lieu où beaucoup 
« d'eau se rassemble. . . Il n'y a donc pas de doute que 
« cette ville doive son origine soit aux Gaulois, soit 
« aux Belges qui avaient dépossédé les premiers... 
« Le mot Naneiacuin a évidemment une origine gau- 
a loise... » 

IV 

Pour être complet, nous devons exposer aussi les 
principales interprétations de la particule ac ou iac, 
particule que l'on ne saurait négliger et au sujet de 

(1) Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 
tonio VII: Notice sur les antiquités du département de la 
Meurthe. 



— 103 - 

laquelle M. J. Quicherat s'est, depuis longtemps déjà, 
prononcé en ces termes : 

« Désinence iacum et ses équivalents, iaca, iacas, 
« iacus, iaga, iagas, iagiis. — Il n'y en a pas de plus 
« fréquente, car elle affecte peut-être un vingtième des 
« noms les plus anciens. Elle représente un suffixe 
« celtique qui a servi pour la composition au moins 
« jusqu'au septième siècle de notre ère... (1) » 

1° La particule celtique ac, dit-on, est attributive de 
propriété. — Cette explication, admissible pour cer- 
taines dénominations de lieux, tels que Turnac, Bren- 
nac, Juliac, Nantiac (2)... ne nous semble pas applicable 
aux noms de personnes et de peuples : Dumnac, Nep- 
tac, Divitiac, Valetiac, Segontiac, Teutobodiac... ni à 
certains autres noms de lieux : Mogontiac, Solimariac, 
Gesoriac, Nantiac (3)..., car il n'y a plus ici relation de 
propriété : Divitiac et Valetiac n'appartenaient sans 
doute pas à d'autres Gaulois appelés Divit et Valet, ni 
Solimariac à la déesse Solimara, ni Gesoriac et Nantiac 
a des personnages appelés Oesor et Nant, ces deux 
derniers mots, incontestablement celtiques, se tradui- 
sant respectivement en français par les mots port de 
mer et vallée. 

2° J. C. Zeuss constate (4) que les particules ac et 

(1) De la formation française des anciens noms de 
lieux..., p. 34. 

(2) Eu supposant, avec M H. d'Arbois de Jubainville, 
que Nantiacus vienne du nom d'homme Nantius, Nantus ou 
Nantos. 

(3) Dans l'hypothèse, préférable suivant nous, qui fait 
dériver Nantiacus du mot celtique Nant signifiant vallée. 

(4) Grammatica celtica, page 806. 



— 104 — 

iac se rencontrent fréquemment dans les dénominations 
d'hommes et de peuples gaulois : Galcacus, Damnacus, 
Nepiacus, Magiacus, Divitiacus, Valetiacus, Segontiaci 
et qu'elles sont adaptées parfois à des noms de divinités 
celtiques : Solimariacum, Magontiacum et parfois à 
des noms de personnages gaulois, fondateurs ou posses- 
seursde villes, bourgs et villages, tels que: Turnacum 
de Tui'ims, Brennacam de Brennus, Nemetacum de 
Nemet, etc. — Mais ce n'est encore qu'une constatation 
et non l'explication, la traduction littérale de ces deux 
particules. 

3" « Le suffixe acos tient dans l'onomastique celti- 
« que une place considérable, dit M. d'Arbois de Ju- 
« bainville (1). Sa valeur un peu vague est analogue à 
c( celle du suffixe français ier, ière qui sert à former no- 
ce tamment : des adjectifs dérivés d'adjectifs...., des 
« adjectifs dérivés de noms...., des noms d'agents 
« exprimant d'ordinaire une profession...., des noms 
« de lieux dérivés de noms communs...., des noms de 
« lieux dérivés de noms d'hommes.... — Le suffixe ier 
a a donc un sons très général et peu déterminé ; il a 
« cela de commun avec le suffixe acos. -^ Le suffixe 
« acos a servi à former des noms de personnes, de 

« lieux et de peuples : Dunmacus , Divitiacus , 

« Valetiacus...., Segontiaci , Teutobodiaci Un 

« nombre assez notable de ces noms de lieux est déri- 
« vé de noms d'hommes. Avant la conquête romaine, 
« les Gaulois vivaient de pâturage et de guerre.... Les 
a Gaulois vaincus abandonnèrent la guerre pour l'agri- 

(1) Etudes grammaticales sur les langues celtiques, pa- 
ges 16, 17, 18. 



— 105 - 

« culture ; une grande partie des terres affectées à la 
« pâture commune devint l'objet de la propriété pri- 
€ vée et souvent le propriétaire donna son nom au 
« groupe d'habitations élevées par lui pour lui-même, 
« pour ses clients et pour ses esclaves, sur la portion 
a du sol cultivable qu'il s'était fait attribuer. — De là . 
« une partie des noms de lieux en acos qu'on trouve dès 
a le temps de l'empire romain.... Les autres noms de 
« lieux en acos sont d'origine différente ; car le suffixe 
« acos n'a pas, môme dans les noms de lieux, le sens 
a exclusif de « propriété de » comme certains savants 
« paraissent le croire. » 

Ces observations très ingénieuses ne nous donnent 
pas non plus la signification primitive et précise de ce 
suffixe acos, qui tenait une place si considérable dans 
l'onomastique des Celtes, c'est-à-dire dans une langue 
répandue en Gaule avant la conquête romaine. Ne sont- 
elles pas aussi trop savantes pour concorder avec les 
lois, plus simples sans doute, qui devaient régir le 
bégaiement d'un peuple enfant ? 

4° Quelques auteurs déduisent iacus du mot latin 
viens (bourg), dérivé lui-même du grec oikos (maison). 
Nant-iacus, contraction de Nanli-vicus, signifierait 
donc : le bourg de Nantius ouïe bourg de la vallée. 

iMais, la contraction naturelle de Nanti-vicus ne devait- 
elle pas produire Nanticus et non Nantiacusl— Quel que 
fût le genre: masculin, féminin ou neutre du mot radical, 
le suffixe i'acus, équivalent de viens, ne devait il pas rester 
invariable et le bourg construit sous la protection de So- 
liniara, par exemple, être appelé Solimarte viens ou 
Soliniaricus et non Solimariaca ? — Au surplus, le mot 
latin viens n'explique pas les mots : Divitiacus, Vale- 



— lo;: - 

tiacus, Segontiaci.... et son intervention ne ferait remon- 
ter le nom et probablement la fondation de Nantiacus 
qu'au temps de Toccupation romaine. Bien que très 
respectable déjà, cette ancienneté ne satisfait pas l'es- 
pèce d'intuition éveillée en nous par le radical celtique 
Nant et par les trouvailles néolithiques dont nous au- 
rons bientôt à invoquer le témoignage. 

De ces quelques commentaires, choisis entre vingt 
proposés, il résulte que la signification absolue du 
suffixe iac n'a pas encore été trouvée. En fouillant les 
dialectes celtiques, ne la découvrirait-on pas dans un 
adjectif analogue à notre mot bon ? Alors le Nant-iac 
des Gaulois serait la ville de la Bonne- vallée, de même 
que Vallombreuse doit son nom à Vallis umbrosa, Val- 
romey à Vallis romana, Vaucluseà Vallis clausa^ Mont- 
médy à Mons médius ou Mous maledictus, etc. 



L'étymologie du nom de Nancy a bien peu élucidé 
notre problème. A la différence de l'Histoire cepen- 
dant, les textes authentiques nous prouvent que cette 
ville devait exister avant le xi^ siècle : car, vers l'an 
600, on a mis son nom sur une pièce de monnaie ; en 
896, son territoire renfermait certainement un vignoble ; 
loin d'être une bourgade ou seulement une forteresse 
sous les premiers Ducs héréditaires de Lorraine, 
Nancy, par son étendue et sa population justifiait déjà 
la présence d'un Villieus (maire) en 1070, d'un Advo- 
catus (voué) en 1073 et d'un Prseposilus (prévôt) 
en 1142. 

Mais, à moins de supposer au territoire de notre 



- 1U7 — 

ville, en 896, une très grande superficie, comme le t'ait 
remarquer si justement M. Godron (1), personne ne 
soutiendra qu'à cette époque on aurait pu trouver un 
visrnoble dans l'intérieur ni même dans les environs 
immédiats de la bourgade historiquement connue jus- 
qu'à présent, sachant que, sous le règne Charles II 
(i890 à 1431) Nancy Ville-vieille était encore borné, 
au nord, par le gros village de Saint-Dizier, devenu 
aujourd'hui le faubourg des Trois-Maisons ; à l'est, par 
la Meurthe souvent débordée et plus puissante qu'à 
présent, et, de tous autres côtés, par des marais que 
ce Duc de Lorraine commença à faire dessécher. Même 
en 1400, il n'y avait pas là un terrain favorable à la 
culture de la vigne. Cependant le diplôme de 896 porte 
bien et avec raison : in Nanceiaco... vJnea, une vigne... 
dans Nancy, sur le territoire de Nancy et non sur 
celui de l'une des communes qui alors pouvaient entou- 
rer Nancv. 

Il doit donc y avoir malentendu entre l'Histoire et les 
Textes authentiques, puisqu'il est impossible d'appli- 
quer tous ceux-ci à un lieu quelconque, unique, rai- 
sonnablement circonscrit ; plus impossible encore de 
les faire tous converger sur le chétif Nancy admis par 
les Historiens. Nécessairement, il faut chercher ailleurs 
qu'autour de la place Saint-Epvre actuelle le germe, 
l'emplacement et les ruines de Nantiacus. 



(l) « Le territoire primitif de Nanciacum paraît donc avoir 
Œ été assez étendu et soumis à de nombreuses cultures.... r 
D. A. Godron: De l'origine des noms.... 



108 



VI. 



De tous les renseignements fournis par l'Histoire et 
par les Textes, que subsiste-t-il maintenant d'incontes- 
table ? Bien peu de chose, mais assez, henireusement, 
pour nous permettre de rattacher le présent au passé 
ethnographique le plus lointain, car il reste acquis que 
Nancy doit son nom aux Celtes ; que, vers l'an 600 de 
notre ère, Nancy existait et possédait très probable- 
ment un atelier monétaire ; qu'en 896, on cultivait la 
vigne dans Nancy même et qu'en 1069 Odelric jouissait 
de ce Nancy soit en pleine propriété, soit comme vas- 
sal ou voué, dans tous les cas très largement, puis- 
qu'il put transmettre cette seigneurie à des héritiers ou 
successeurs connus qui, eux-mêmes, la rétrocédèrent 
par la suite et sous des conditions assez onéreuses à 
un descendant de Gérard d'Alsace. — Nous savons en- 
core qu'auprès de NantiRCiis, vers 1080, le duc Thier- 
ry I" possédait un alleu allodio suo apiid Nanciacum 
dont il détacha le terrain nécessaire à l'établissement 
d'une église et que cette église, détruite seulement à 
la fin du siècle dernier, occupait à peu près la place 
actuelle de l'Arsenal (1). — Nous savons également 
que Simon P"" et Mathieu P'' ont daté plusieurs actes 
d'un château sans nom particulier, situé tout à la fois 
auprès de cette église et auprès de Nantiacus, que 
Simon I" y soutint un siège et que Mathieu P'' y trans- 
porta le contre do son gouvernement : Ecclesia ante 
A'aflcej'M/iJ castrum meum.... Goram caslro meo Nan- 

(1) Voir Les transformations de Nancy, % 1. 



— lOU — 

ceyo.... Gasiruin juxta Nanceium, ante NanceiuDi, 
apud Nanciacnm (1). 

Qu'était-ce donc que Nanh'acus ? Qui l'avait fondé ? 
Où existait-il ? Qu'est-il devenu ? 

L'histoire, les textes, les monuments matériels, tout 
à présent nous fait défaut. Il ne nous reste plus qu'à 
interroger le sol lui-même. «.... Les pierres doivent 
parler. » 

LA GÉOLOGIE. 

L 

Entre Messein, Toul, Liverdun, Frouard et Laneu- 
veville-devant-Nancy, la Moselle et la Meui the forment 
aujourd'hui une sorte de presqu'île dont le massif de 
la Haye occupe tout l'intérieur. Le point culminant de 
ce monticule domine d'environ deux cent cinquante 
mètres le fond des vallées qui l'enceiiJjnent ; une vaste 
forêt couvre son plateau très accidenté et sur ses flancs 

(1) Le sens donné k juxta au moyen-âge précise, pour la 
même époque, la signification des mots ante et apud em- 
ployés dans les textes que nous rappelons : de même que Nova- 
villa juxta Nanceium désignait alors Laneuueviï/e, village 
situé à cinq kilomètres de Nancy ; de même les mots castrum 
juxta Nanceium, ante Nanceyum, apud Nanciacum, indi- 
quent assez nettement que le château sans nom des premiers 
Ducs héréditaires de Lorraine était situé dans le voisinage 
et non dans l'intérieur du Nancy dénommé tantôt Nantia- 
eus, tantôt Nanciacus et même Nanceium. Tandis que la 
phrase in Nanceiaco vinea montre bien que la vigne, donnée 
par Charles-le-Simple aux religieux de Salonne, en S96, était 
dans Nancy même, le Nancy plus ou moins vaste du ix' 
siècle. 



- 110 — 

inclinés, entre la forèl el les rives des deux fleuves, 
s'étalent maintenant vingt-cinq villes ou villages. 

Mais tel n'a pas toujours été l'aspect de cette pres- 
qu'île. Grâce aux patientes investigations de savants 
Géologues, nous pouvons, en quelque sorte, assister à 
la superposition des diverses couches sédimentaires, 
marines ou tluviatiles, qui constituent le sol lorrain, 
puis à leur dislocation partielle sous l'action des eaux 
sauvages produites par la fonte des épouvantables 
glaciers qui couronnaient autrefois les Vosges (1) ; 
torrents impétueux qui creusèrent leurs lits de plus en 
plus profondément dans les parties les moins résis- 
tantes des immenses dépôts laissés par les anciennes 
mers (2). 

Toutefois cette dislocation ne s^opéra qu'avec une 
extrême lenteur, car le volume des eaux et la rapidité 
de leur cours subissaient la double influence des tem- 
pératures les plus variées et des obstacles de tous gen- 
res qui entravaient leur descente vers l'Océan (3). 

(I) Aujourd'hui encore la cîrae des Vosges dépasse i'en- 
viron mille mètres les plus hauts sommets des monticules 
qui entourent Nancy. 

(■?) Entre le plus haut sommet de la Haye et le fond actuel 
de la Meurthe, la différence de niveau est d'environ 250 
mètres. Ce chiffre représente donc le minimum de l'affouil- 
lement opéré par les eaux sauvages dans la masse sédimen- 
taire dont une couche ou strate constitue l'assiette de la 
ville actuelle. 

(3) Aux amateurs de détails intéressants plus complets et 
plus scientifiques sur la formation du sol lorrain, on ne 
saurait trop recommander les œuvres de M. le docteur Blei- 
cher et particulièrement son étude intitulée : Nancy avant- 
l'histoire à laquelle je me peraietfe d'emprunter le tableau sui- 



- m — 

Ainsi, lie siècle en siècle, se formèrent par al'louil- 
leinent et par érosion les divers vallons qui séparent 
aujourd'hui les monticules de la Haye, de Malzéville, 
de Dommartemont, de Tomblaine (1), de Pont-Saint- 
Vincent, de Toul, de Pompey, etc, vallons qui ont 
constitué autour de nous le thalweg de la Moselle et 
celui de la Meurthe à peu près tels que nous les voyons 
maintenant. 

Dans notre presqu'île, le massif de la Haye émer- 
geant peu à peu de la nappe d'eau qui Tentourait, se 
couvrit de plantes, d'arbustes et de forêts, préparant 
ainsi un asile aux animaux supérieurs et aux hommes 
qui devaient un jour venir le peupler, 

II. 

« L'Europe (dans ses parties exondées) était alors, 
« comme la Gaule, couverte de forêts vierges, où 
« n'eussent été les tleuves débordés, l'écureuil aurait 

vant : a. Les eaux semblent donc, depuis la fin des temps 
« tertiaires, avoir obéi à un mouvement de descente qui a 
I transporté leur cours du sommet de nos plateaux à mi- 
« côte des collines dont elles ont modelé les contours et où 
a nous les trouvons dans les commencements de l'époque 
a quaternaire. C'est déjà ia Meurthe, mais avec des propor- 
« tions gigantesques, qui passe dans la vallée percée entre 
€ Boudonville et Malzéville dans le massif jurassique •> 
i.page 17). 

(1) « Le sol de ce village (Tomblaine), qui est composé de 
a sable et d'argile, a dû être beaucoup plus élevé il y a deux 
ce mille ans qu'aujourd'hui et il a pu être entraîné en partie 
a. par les eaux des pluies ou celles des rivières. y> H. Lepa- 
ge : Le département de la Meurthe, 2* partie, page 559.) 



« pu courir de l'Oural à l'Ucéan sans jamais loucher 
« terre, — Les Celtes, sortis des steppes de la haute 
« Asie.... s'engagèrent résolument dans l'insondable 
« profondeur des grands bois ; ils prirent à l'Ouest et 
« marchèrent dans cette direction tant qu'il y eut de 
« la terre pour les porter (i). » 

L'ethnographie estime que cette migration de l'Est à 
l'Ouest, que cette propagation de proche en proche 
franchit le Rhin quinze à vingt siècles avant notre ère, 
que nos premiers ancêtres historiques (2), trouvant les 
montagnes et glaciers des Vosges encore inabordables, 
furent obligés de les tourner par le Nord ou par le Sud, 
et qu'après avoir occupé les rives occidentales de la 
Moselle, une de leurs tribus ne put pénétrer que par 
l'Ouest dans le bassin de la Meurthe. 

Des lémoignages certains et nombreux révèlent 
qu'après avoir traversé la Moselle, les Celtes s'établi- 
rent d'abord sur le versant occidental de la Haye, puis 
dans la vaste forêt qui couvrait le sommet de ce massif 
et enfin sur son revers oriental. — Alors, la Meurthe 
était un fleuve majestueux, un véritable golfe, baignant 
d'une part l'île de la Haye, d'autre part les collines de 
Malzéville et de Dommartemont ; ses rives aux contours 



(1) Victor Duruy : Histoire des Romains tome III, pp. 

77 et 78. 

(2) L'Histoire, en effet, ûe connaît encore que les Celtes 
ou Gaulois ccmmo premier.s occupants de notre région ; 
mais la Paléontologie sait parfaitement que d'autres géné- 
rations humaines (Trogloilytes, Ibères, Ligures) se sont 
succédé en Gaule avant l'immigration celtique, dont le 
nom et la race subsistaient au temps de la conquête 
romaine. 



- iV-i - 

variés, ici en pente douce, là taillées à pic, achevaient 
de constituer une vallée, Nanl, grandiose et vraiment 
admirable avec ses forêts vierges, ses rochers superbes 
et ses promontoires verdoyants. 

NANTIACUS. 
I. 

A la lisière orientale du grand bois (1), dans le canton 
occupé aujourd'hui par les villages de Vandœuvre et de 
Villers-les Nancy, les Celtes trouvèrent une zone de 
terrain doucement inclinée, récemment abandonnée 
peut-être par les eaux et par conséquent recouverte 
encore de jeunes végétations et d'un limon fertile. Il 
leur eut été difficile de choisir, sur ce versant de la 
Haye, une installation plus commode, plus agréable et 
surtout mieux défendue contre les dangers extérieurs. 
C'est donc là, pensons-nous, qu'un de leurs clans fonda 
cette bourgade à laquelle, par la suite et en raison de 
ses mérites, fut donné le nom de Nant-iach, probable- 
ment la Bonne- Vallée {'2). 

(1) On sait que Keltes signifie Hommes des forêts: « Leurs 
« maisons furent d'abord les grottes naturelles ou le gourbis 
a de nos populations algériennes, des huttes rondes de bran- 
a chages recouvertes de terre pétrie ou gazonnée, avec un 
« trou au sommet pour la fumée et dont l'intérieur était 

<t souvent creusé en contre-bas du sol Ils plaçaient volon- 

Œ tiers leurs demeures au confluent de deux rivières, dans 
a les île.5, les presqu'îles, près d'une source ou dans le voi- 
ci sinage des forêts.... » V. Duruy : ibidem, page 95. 

(2) Cette hypothèse ne semblera pas étrange, je l'espère, 
si l'on veut bien se rappeler que, depuis les temps géologi- 

8 



— 114 — 

La bande de terre ainsi occupée, pâturage d'abord, 
culture ensuite, s'élargit de jour en jour à mesure que 
la Meurlhe, aflbuillant son lit, s'éloignait de la Haye 
et sur cette zone, se déroula pendant plusieurs siècles 
la civilisation rudimentaire de nos aïeux : les Kyniris 
y succédèrent aux Celtes et les Belgs aux Kymris ; 
puis les Romains s'y mêlèrent aux Belgs et les Fi'ancs 
enfin vinrent englober dans le royaume de Glovis ce 
territoire qui avait déjà vu et devait voir encore passer 
tant d'invasions. 

Examinons maintenant s'il est possible d'appliquer 
aux bans actuels de Vandœuvre et de Villers les rares 
documents authentiques en notre possession, de recons- 
tituer sommairement sur ce point la topographie du 
Nant-iach et d'y retrouver les divers quartiers qui com. 
posaient la première cité nancéienne. 

ques, le niveau des fleuves descendus des Vosges ne s'est 
abaissé que peu à peu entre les collines qui limitent au- 
jourd'hui leurs bassins A un moment donné, c'est-à-dire 
au temps de l'immigration celtique, le niveau de la Meurthe 
pouvait parfaitement se trouver à la hauteur de Vandœuvre 
et de Villers et par conséquent l'assiette actuelle de ces 
deux villages était réellement au fond même d'une vallée 
plus ou moins large, en contre-bas d'environ 200 mètres 
par rapport au sommet de la Haye. — Quant au vocable 
très significatif appliqué par les Celtes au campement, puis 
à la bourgade qui a précédé Vandœuvre et Villers, est-il 
plus étrange que tant d'autres de notre géographie tels que : 
Valbonne, Bonneval, Belval, Beaulieu, Vauxbons, Vaucluse, 
Bellecroix, Belle-Fontaine, Belle-Eglise, etc, etc. ? — Est-il 
plus étrange enfin de voir Nant devenir Nant-iach, Naniia- 
cuo, Nanciacus, Nanceiacus, Nancei, Nanceiam et enfin 
Nancy, que de voir Uxellodun (la haute montagne) devenir 
le Puij dClssolu, Brannodun (la montagne des corbeaux) 
Brancaster, Lucolet (la bourgade des marais) Lidèce, puis 
Paris, etc, etc. ? 



115 



II. 



Le séjour, sur le monticule de la Haye, des plus 
anciens habitants connus de la Gaule est prouvé d'une 
manière absolument incontestable par les nombreux 
objets (silex éclatés et polis, outils, ustensiles, orne- 
ments en bronze, en fer, etc.), par les monmnents 
(tumuli, alignements, nécropoles, etc.) et par les divers 
retranchements (camp d'Affrique, enceinte de la 
Fourasse, etc.) dont M. F. Barthélémy vient de publier 
le très curieux inventaire et la repartition par commune 
pour notre département (1). 

Tandis que, sur les territoires de Vandœuvre et de 
Villers, les trouvailles d'objets préhistoriques sont 
variées et presque innombrables, on n'en relève aucune 
dans la région occupée par Nancy au xvn' siècle, alors 
que son enceinte était mieux déterminée qu'aujourd'hui 
par les fortifications construites sous Charles III (2). 



(1) Recherches archéologiques sur la Lorraine avant 
V histoire. 

(2) tt C'est vers le sommet des plateaux et des collines, 
a dit M. Barthélémy, qu'où a signalé le plus grand nombre 
«■ de stations néolitiques, et quelquefois encore sur les ter- 
« rasses élevées, au voisinage des rivières poissonneuses. Il 
a ne semble pas toutefois que les néolithiques aient re:her- 
<t ché précisément les points culminants des plateaux ; au 
<t contraire, ils s'installaient de préférence au pourtour, mais 
a toujours dans des positions dominantes, ayant des vues 
a sur les pays d'alentour. » Ibid, page G3. 

Notre savant Archéologue se serait-il exprimé autrement 
s'il avait voulu décrire les pentes de Vandœuvre et de Villers 
telles qu'elles pouvaient être il y a trente siècles, c'est-à- 
dire à mi-côte de la Hâve et au bord de la Meurthe ? 



— 116 — 

Une telle disparité, au point de vue archéologique, 
entre ces territoires conligus corrobore le système de 
formation si merveilleusement retrouvé par nos érudits 
Géologues et nous dit aussi qu'au temps des Paléoli- 
thiques et des Néolithiques le sol actuel de Nancy, en- 
tièrement recouvert par laMeurthe, devait être inhabité 
et inhabitable. S'il en avait été autrement, les Celtes, 
ces insatiables chercheurs d'air et d'espace, ne se 
seraient-ils pas répandus également dans le fond de la 
vallée et aujourd'hui n'y découvririons-nous pas, com- 
me au pourtour des collines voisines, quelques restes 
authentiques des civilisations disparues de l'ancienne 
Gaule ? 

Sous la domination romaine et sous les Mérovingiens, 
Nant-iach, devenu Nanliacus, ne fut ni un pagus, ni un 
vicus, ni une ville urbs, mais resta sans doute une 
simple cité champêtre, villa (1), ce qui explique jusquVi 
un certain point le silence des anciens Géographes et 
pourquoi « ce serait en vain qu'on espérerait y trouver 
« des antiquités sacrées ou profanes : bâtiments, mo- 
« numents, tombeaux, statues, anciens vestiges de la 
« magnilicence romaine ou précieux restes des ouvra- 
•s. ges des rois d'Austrasie et des premiers Ducs de 
« Lorraine (2). » Son territoire situé entie les camps 



(1) Complurium ia agris mansionum vel îedium collectio. 
— Du Gange. 

(v) L'abbé Lionnois : Histoire des ville vieille et neuve de 
Nancy. Tome I, page 11. — Cette réflexion s'applique aussi 
bien à Nantia.h qui ne fut jamais une capitale sous les 
Gaulois, les Romains et les Mérovingiens qu'à Naacy Ville- 
Vioillo dont la fondation, suivant nous, ne remonte pas au- 
delà du XI* siècle do notre ère En s'éloignant de la Haye, 



— 117 — 

d'Affrique et de la Fourasse embrassait, sans aucun 
doute, une grande partie de la Haye et de jour en jour 
s'accroissait de tout le terrain abandonné par la Meur- 
the. Le campement primitif est devenu un village; le 
village s'est transformé on cité champêtre ; la cité elle- 
même a pris les proportions d'un canton, enfermant 
dans son circuit non seulement des centaines d'hecta- 
res de bois, mais encore tout le terrain laissé à sec, au 
nord, à l'est et au sud, par le reflux latéral et l'abais- 
sement graduel de l'ancien torrent. 

Et, dans l'étendue de ce canton, où l'existence hu- 
maine a laissé tant de traces certaines, ne pouvons- 
nous raisonnablement admettre la création d'une ou 
plusieurs maisons-fortes, abris si nécessaires au temps 
des épouvantables invasions qui détruisirent l'empire 
romiiin et donnèrent naissance au royaume des Francs ? 
— Gomme tant d'autres cités champêtres, Nantiacus a 
dû disparaître nombre de fois sous le fer des barbares, 
dans les incendies qu'ils semaient sur leur route et 
dans les guerres de la période mérovingienne (1). 

la Meurthe semble avoir arrêté les développements qu'aurait 
pu prendre la bourgade neltique, empêché qu'elle devienne 
une ville comme Trêves, Strasbourg, Metz, Reims, Besan- 
con.... et entraîné son dépérissement. Il est à remarquer, en 
effet, que les grandes villes sont presque toutes situées soit 
au bord de la mer, soit sur les rives d'un fleuve plus ou 
moins important. 

(l) Nous croyons devoir reproduire ici une observation de 
M. de Beaulieu, tout en faisant remarquer qu'elle n'est 
absolument juste que pour les temps antérieurs au xii'= siè- 
cle : (( Il y a peu de provinces en France qui soient aussi 
tt dépourvues que la Lorraine de documents historiques.... 
i Quelle contrée.... fut dévastée aussi souvent, avec autant 
a d'acharnement et par tant de peuples divers ? Dès le v' 



— 118 — 

Mais, l'invasion passée. Nantiacus renaissait de ses 
cendres. 

Vers le vi* siècle, nous le retrouvons gouverné peut- 
être par ce seigneur Medoald (1) qui y possédait pro- 
bablement un atelier monétaire et sans doute aussi un 
castrum. 

En 896, Nantiacus renfermait certainement \m vigno- 
ble assez important et de quelque mérite, pensons-nous, 
puisque Gharles-le-Simple en prélevait une partie au 
profit de l'abbaye de Salonne. — Le nom latin de Van- 
dceuvre, Vindopera (2), nous dispense de chercher 

<t siècle, sa population disparaît presque entièrement, 

tt foulée aux pieds par les hordes de barbares que l'Europe 
a et l'Asie vomissaient : Alains, Huns, Suèves, Vandales, 
a Franks, Bourguignons.... Partout on voyait régner la rai- 
a sère et la désolation.... Plus tard les Hongrois, les Suédois, 
« les Allemands, les Français même la dévastèrent à l'envi ; 
(( tous semblaient avoir conjuré sa ruine.... Les titres, les 
a chartes et les chroniques des monastères étaient brûlés ou 
ce perdus.... et l'on ne savait (même) plus le nom (primitif) 
a de la plupart des lieux dont les habitants étaient nou- 
a veaux ou étrangers, lorsqu'en 16W7 ce duché fut rendu à 
a son légitime souverain. » {Archéologie de la Lorraine, 
Avant-propos.) 

(1) a Le nom franc du seigneur Medoald qui a fait frapper 
a dans cette ville la première monnaie qui soit arrivée jus- 
« qu'à nous. » (D. A. Godron : De l'origine des noms.... 
page 38.) 

(2) Vindopera, Vendopera et Vanrfopera dont l'étymologie 
nous paraît être : vindemiarum opéra (vignoble). — Les vi- 
gnes de Vandœuvre sont, en effet, mentioanées nombre de 
fois dans les titres originaux, tandis qu'on demanderait 
vainement aux actes et aux traditions quelques renseigne- 
ments sur la forteresse de Vindos (Vindo-briga) autour de 
laquelle, disent d'autres commentateurs, ce village aurait été 
construit par les Gaulois. 



— 119 — 

l'emplacement de ce vignoble qui se trouvait bien ainsi 
in Nanceiaco, dans l'intérieur même du Nancy que nous 
reconstituons (1). 

Une charte de saint Gérard, rapportée par le P. 
Benoît Picart (2), nous apprend encore qu'un Beravdus 
de Vendopera était comte de Toul au x* siècle. — Ce 
quartier de Nantiacus aurait-il eu aussi uno seigneurie 
subalterne et un castrum particulier ? 

m. 

Appuyé sur les données générales de l'histoire des 
Gaules, sur les découvertes de la géologie et sur deux 
ou trois textes authentiques seulement, nous arrivons 
au temps où le prince Odelric est devenu Seigneur et 
Voué de Nantiacus par la munificence de son frère 
Gérard d'Alsace, premier Duc héréditaire de la Haute - 
Lorraine ou Lorraine Mosellane. Loin d'être l'apanage 
dérisoire que je n'ai pu m'empêcher de signaler, la 
cité nancéienne, par son étendue et par sa population, 
comportait dès lors la présence d'un Voué et d'un 
Maire. En 1142 nous y voyons môme un Prévôt (3) et 

(1) Rappelons aussi que Mathieu I", par son testament, 
donna à l'abbaye de Clairlieu sa vigne de Nancy (l'abbé 
Bexon) et que, pour les raisons indiquées précédemment, 
cette vigne ne pouvait pas plus que Nantiacus lui-même 
exister alors sur le territoire actuel de Nancy Ville-vieille. 

(2) Histoire de Toul.... page 66. 

(3) a Les Prévôts.... étaient des officiers à la fois civils et 
<L militaires chargés de commander et d'amener à l'armée 
(t ducale le contingent de leur circonscription territoriale, 
a de rendre la justice en temps de paix, de poursuivre et de 
a punir les malfaiteurs, d'observer et de contenir les sei- 
tt gneurs dont les ducs de liorraino commençaient, dès le 



— 120 — 

rien ne prouve que cette charge n'existât pas depuis 
un certain temps déjà dans le canton donné à Odelric. 
— S'il n'est pas croyable qu'avant l'an 1000, Nancy 
(le seul Nancy qui pouvait géologiquement exister) ait 
été une souveraineté particulière (D. Galmet), on re- 
connaîtra du moins qu'il présentait depuis longtemps 
tous les éléments constitutifs d'un domaine seigneurial : 
une forêt immense, des pâturages, des terres arables, 
un vignoble, des maisons de serfs et d'artisans grou- 
pées ou disséminées, le tout sous la protection d'un 
castrum au moins et des deux camps qui dominaient la 
vallée de la Meurthe, 

Au commencement du x*^ siècle, « les Hongrois re- 
« nouvelant les atrocités commises par les Normands, 
« firent de nouvelles invasions dans notre pays. On en 
a compte au moins quatre ou cinq entre les années 910 
« et 936 ou 937. Les maux qu'ils commirent furent tels 
« que les peuples, abandonnant les villages, se reti- 
« raient dans les montagnes et les villes fortifiées; em- 
« portant avec eux ce qu'ils avaient de meilleur. Ces 
« barbares pillaient, saccageaient, mettaient tout à feu 
« et à sang. Les plus anciens monuments du pays nous 
« apprennent que la plus grande partie des habitants 
« des diocèses de Metz, Toul (dont Nantiacus dépen- 
« dait) et Verdun 'périrent dans ces temps malheu- 
« reux (1). » 

« règne de Mathieu 1*^ â miDer sourdement la puissance, 
a Dans la suite, les Prévôts.... furent en môme temps gruyers 
Œ et receveurs c'est à dire officiers des forêts et des finan- 
a ces. » (H. Lepage : Les Etats de Lorraine en vers artifi- 
ciels, page 15, note L) 

(1) Havold : Histoire démocratique..., page 210. — Ces 



— 121 — 

En faut-il davantage pour expliquer la destruction à 
peu près totale des titres antérieurs au x= siècle, des- 
truction que nous déplorons, car elle nous empêche 
d'être plus explicite et plus aftirmatif dans la descrip- 
tion du Nantiacus gallo-romain et franc, d'indiquer 
exactement les limites de cette cité champêtre, de con- 
naître enfin le rôle qu'elle a pu remplir dans l'histoire 
des Leukes, des Francs et des Austrasiens ? 

IV. 

En 1613, la famille deLénoncourt (voir page 90 note 2) 
produisait en justice un Mémoire -contenant ce qui 
suit : 

« Die XI décemb. 1155. Drogo princeps supremus et 
« possessor Nanceianse civitatis dederat Duci Lotharin- 
« gorum Mosellanicorum castrum suum de Nanceio, 
« villam subter illud constructam et ap pendillas eorum 
« in escambium castri et castellaniae Roseriœ Salinita), 
« curtis Leonis comitis, banni Medii castri et Essonis 
« Villse, reservavitque sibi senescalchum et posteris 
a suis nomen de Nanceio » (1). 

quelques lignes résument parfaitement les longues et nom- 
breuses pages consacrées par nos Historiens aux ravages 
épouvantables exercés en Lorraine par les Normands et les 
Hongrois. 

(1) D. Calmet : Histoire.... tome H, col. 1105 : <r Le ] 1 
a décembre 1155, Drogon, prince souverain et possesseur de 
a la cité nancéienne, cédait à Mathieu I»"", duc des Lorrains 
Œ mosellans, son château de Nancy, la villa (bourgade) cons- 
oc truite au-dessous et leurs dépendances en échange du 
a château et de la châtcUenie de Rosières-aux-Salines, de 
a Lénoncourt, du ban de Moyen et d'Haussc.-nville, réservant 
«; pour lui-même la charge de Sénéchal et pour ses descen- 
a dants le surnom de Nancy. » 



122 

Après avoir examiné, discuté ù fond et presque rejeté 
cette charte-notice, M. Lepage finit par reconnaître que 
« dégagé des circonstances dont certains Généalogistes 
« se sont plu à l'entourer et des termes sous lesquels 
« ils l'ont présenté, l'acte d'échange (ci-dessus relaté) 
« devient un fait historique qui ne paraît pas devoir 
« être mis en doute (1). » Nous ne saurions être plus 
sévère ni plus exigeant que cet infatigable et conscien- 
cieux Lotharingiste. 

Sans doute l'exposé de 1613 n'a pas toutes les qua- 
lités voulues pour constituer un acte authentique ; son 
auteur a employé une expression probablement inusitée 
en 1155 : Mosellaiiicorum, et une formule trop obsé- 
quieuse : princeps supreinus et posses^sor. Mais, à part 
ces détails de style, sans importance au point de vue 
historique, le Mémoire de 1613 peut très bien ne ren- 
fermer que le récit exact, sincère, traditionnel peut-être 
d'un fait absolument vrai, car aucun autre titre original 
ne contredit ce rapport et aucun Historien postérieur 
n'est parvenu jusqu'ici à le réprouver. 

Malgré le silence des archives lorraines, nous com- 
prenons que Mathieu I" dût désirer le retour de Nan- 
tiacus à son alleu situé auprès de cette seigneurie ; 
que, dans ce but, il ait remis à Drogon, troisième suc- 
cesseur d'Odelric, un domaine à peu près équivalent, 
et qu'avec la charge de Sénéchal de Lorraine, il lui ait 
maintenu ses droits au surnom de Nancy. 



(1) Recherches sur Vorigine.,., page 208. 



— 128 - 



V. 



C'en était fait de ragglomération que la charte-notice 
de 1613 appelle : Nanceiana civitas. Mathieu I" ni ses 
successeurs ne l'habitèrent probablement jamais d'une 
manière suivie : un château-fort construit non loin de 
là était plutôt leur résidence. (Voir les textes latins des 
années 1080, 1126, 1130, 1145.) — Réintégré dans le 
domaine des Ducs de Lorraine, Nantiacus, ses bois, 
ses terres, ses châteaux, ses villages et tout ce qui en 
dépendait, ne doivent plus désormais sortir de ce do- 
maine que pour servir momentanément de douaire ou 
d'apanage à quelques princesses de la famille ducale. 

La Nanceiana civitas d'Odelric se désagrège ; une 
partie de ses habitants l'abandonne, son nom même lui 
sera bientôt enlevé (1) : le castrum de Drogon devient 
le Cliaslellet ; Vendopera est érigé en commune ; la 
villa va former Villare (Villers-Ies-Nancy) et immédia- 
tement au-dessous de ce dernier village, nous allons 
seulement voir poindre^, dans l'histoire de notre canton, 
cette maison-forte de Vancien Saurupt, qui peut-être 
existait déjà depuis longtemps et qui nous a conservé 
la souvenir de la vielle Nancy. 

La cure de Vandœuvre continua à desservir la cha- 
pelle du castrum ou Ghastellet jusqu'en 1533 et celle 
de Villers-lès-Nancy jusqu'en 1606. Cette commu- 



(1) De tels changements ne devaient pas être rares au 
temps des constructions en branchages, en bois et en pisé ; 
nombre de villages, en Lorraine surtout, ont été déplacés, 
transformés et anéantis, même depuis les temps histori- 
ques. 



- 124 — « 

naulé religieuse ne prouve-t-elle pas encore qu'à l'ori- 
g-ine le castrum, Vendopevii, la Villa, le Saiirupt de la 
vielle Nancy et leurs dépendances ont pu ne constituer 
qu'un seul domaine seigneurial, une seule aggloméra- 
tion, en un mot un canton unique, connu sous le nom 
de Nantiacus (1) ? 

Le plus ancien titre authentique concernant la com- 
mune de Villers ne remonte pas au-delà du xin* siècle, 
soit à cent années après l'échange de 1155 et après la 
dislocation de la Nanceiana civitas, dont nous allons 
maintenant voir les deux châteaux tomber en ruines et 
se relever peut-être pour la dixième fois. 

VI. 

Que devint le castrum de Drogon entre les mains de 
Mathieu 1" et de ses successeurs? Placé à l'entrée de 
la forêt de Haye, leur servit-il parfois de rendez-vous 
de chasse, de château ou de maison de campagne ^ 
Tant qu'il fut habitable, quelques membres de la fa- 

(1) a Oa lit dans l'Etat du temporel des paroisses : a La 
a. paroisse de Vandœuvre est composée de ce village et de 
a celui de Houdemont, du fief de Bricbambaut et de la ber- 
a gerie de Brabois. Villers dépendait aussi de cett'e paroisse, 

a mais il en a été détaché La communauté est composée 

a d'environ 50 ménages, parmi lesquels peu de laboureurs, 
a et le reste vignerons. » H. Lepage : Les communes de la 
Meurthe. Tome II, pagj C14. 

a Une charte d'Henri de Lorraine, évêquo de Toul de 1127 
« à 1168, confirme à l'abbaye de Clairlieu.... les dîmes des 
Œ vignes qu'elle avait ou pourrait acquérir dans la paroisse 
tt de Vandœuvre in parrochùi Vendopere. » (Ibid. pagoGlO ) 
Cette charte est le plus ancien document connu relatif à 
Vandœuvre. 



— 125 — 

mille ducale y résidèrent-ils, entre autres de 1213 à 
1220, Agnès de Bar, duchesse douairière de Nantiacus, 
comme le donnent à supposer (voir les textes) les actes 
qu'elle a signés en 1214 et 1220 (1) ? — Mathieu I" et, 
ses successeurs négligèrent-ils ce casirum avec inten- 
tion, soit parceque le retrait, l'éloignement de la Meur- 
the lui avait fait perdre son ancienne importance stra- 
tégique, soit parce que le maintien de cette seigneurie 
aurait pu retarder le peuplement et la prospérité de la 
nouvel le ville A^a72cei«m, qui avait leurs préférences? 

Tout cela est possible, vraisemblable ; mais rien ne 
nous éclaire. Quatre siècles de ténèbres historiques ont 
succédé à l'acte de 1155 : nous saurons seulement que, 
dans cet intervalle, le castriini nanceiuni d'Odelric et 
de Drogon a pris le nom de Chastellet. 

Le 24 mai 1527, Antoine, duc de Lorraine, accor- 
dait à son médecin des lettres patentes dont nous 
extrayons : 

« L'humble supplication de nostre trescher et féal 
« conseiller et médioin ordinaire maistre Jehan Geof- 



(1) tt Aux plaids annaux tenus à Vandœuvre le 13 jan- 
Πvier 1653, les habitants renouvellent, dans les termes 
a suivants, les droits, usages et coutumes dont ils avaient 
Œ accoutumé user de toute ancienneté : « Nous soûlions être 

« d'ancienneté à une dame de Bar Et depuis, sommes 

a tant allés et venus que nous sommiis maintenant à nostre 
a souverain seigneur Monseigneur le Duc de Lorraine et de 

«Bar....). H. Lepage : Les communes de la M eurthe 

tome II, page 611. 

Si je ne me trompe, cette « dame de Bar » pouvait bien 
être la duchesse douairière Agnès, veuve de Ferry II, dont 
le souvenir, à Vamlfouvre, s'était transmis par tradition de 
1220 à 1653. 



- 126 — 

« froy, docteur eu inédicine, avons receue, contenant 

« que il désire soy retirer des en avant et arrester 

« du tout en résidence soub nous et en nos pays 

« suppliant humblement.... lui vouloir donner en pur 
«don.... une nostre pièce de terre, laquelle a été de 
« long- temps et est encores de présent délaissée, inhabi- 
« tée, inculte et stérille et n'est en autre nature ({ue 
« d'espines, rapaille etmenu bois ; toutestbis il y a eu 
« aultretbis (comme les fossés et ruynes et aultres ves- 
« tiges et enseignes le démonstrent) maison forte, ap- 
« pelée du commun des villaiges voisins le Chastellet, 
« scituée et assise entre noz villaiges de Vandœuvre et 
« de Viller, auprès de nostre ville de Nancey, du costé 
« du soleil couchant, avec toutes ses appartenances et 

« despendances ; pour icelles place et terre appro- 

« prier et à ses propres coustz et despens remectre sus 
« en nature ulille et profittable.... pour lui, tous ses 

« hoirs et successeurs.... à perpétuité avec permis- 

« sion.... d'y reediffier et refaire ladicte ancienne forte 
« maison, ou d'en ériger et bastir une aultre comme ilz 
« verront le meilleur et icelle maison avec tout ledict 
« heu, place et terre.... vouloir douer, décorer et enri- 
« chir de privilèges, droictures, franchises et libériez... 

« Scavoir faisons que nous avons donné et 

« octroyé.... au dessusdicl maistre Jehan Geoffroy.... 
« ladicte place et pièce de terre dicte et appelée le 
« Chastellet.... avec son ban et toutes ses appartenan- 
ce ces.... voulans.... que dores et duy en avant tout le 
« porpris et comportement de terre dudict Chastellet 
« retiengne.... à jamais droict, nature et estai de franc 
« et libre alleud audict maistre Jehan Geoffroy, ses 
« dicts hoirs, successeurs et ayans cause.... Nous vou- 



- 127 — 

« Ions et désirons icelluy (ban) estre restably et 

« recouvrer son extendue légitime.... jusques à deux 

« cens jours de terres pour icelles estre joinctes 

« avec ladicte place.... du Ghastellet.... séparées ... de 
« tous bans circunvoiains.... ; et lequel ban du Ghas- 
c< tellet voulons.... estre.... ban à part.... et dores en 
« avant estre.... appelé la maison, ban, iinaige, terre 
« et franc alleud du Montel et non plus du Ghastellet, 
« pour en jouir.... avec droit.... d'y faire et avoir four, 
« pressoir, molin, coiumbier, garennes et aultres com- 
« médités et toutes espèces de manoirs, maisonnemens 
et bastimens.... y créer.... maire, juges, doyens, 
« gardes et tous auUres officiers nécessaires à l'exer- 
ce cice.... des juridictions et justice... (1). » 

« En 1538, le prieur de Vandœuvre.... permit au 
« Seigneur du Montet de bâtir une chapelle, d'y avoir 

un chapelain avec pouvoir d'y administrer les sacre- 
« ments audit Seigneur et à tous les résidents.... (2). » 

« Le Montet est qualifié, en 1710, de chàteau-fief et 
« censé ayant son ban particulier.... La vue en a été 
« gravée par Pérelle. La légende de cette gravure le 
« qualifie de village... (3). » 

Vendu en 1629 à François de P'isson par un succès - 



(1} H. Lepage : Lhs communes d". la Meurthe. Tome II, 
page 57. — Ces lettres patentes, octroyées sans doute à la 
suite d'entretiens amicaux entre le duc Antoine et son mé- 
decin, n'autorisent-elles pas à supposer que Jehan Geoffroy 
avait formé de grands projets pour la reconstitution de l'an- 
cien Ghastellet ? 

(2) Ibidem, page 58. 

(3) H. Lepage: Le département de la Meurthe. Tome II, 
page 290. 



— 1:28 — 

seurde Jehan Geoffroy, « ce domaine continua, jusqu'à 
« la Révolution, à appartenir à la famille des Fisson, 
« dans laquelle il est rentré, depuis quelques années, 
« par suite de l'acquisition qu'en a faite M. René de 
« Landrian, allié à cette noble et vertueuse famille (1). » 
Ainsi donc, en remontant le cours des siècles, nous 
apercevons, au-dessus de Vandœuvre et de Villers, le 
joli castel du Montet récemment construit ; puis le 
Montet des Fisson et des Geoffroy ; puis le Chastellet 
en ruines donné par le duc Antoine à son médecin ; 
puis le castrum Nanceium de Drogon et enfin le manoir 
du seigneur Medoald. — Mais, dans ce rayon, où l'histoi- 
re ne nous montre, d'une manière certaine et à de trop 
longs intervalles, que cinq ou six édifices, ne pouvons- 
nous admettre, sans forcer la vérité et sans rien ima- 
giner, que les Celtes avaient précédemment établi, en- 
tre les camps bien connus d'Atfrique et de la Fourasse, 
un premier refuge auquel succédèrent sans interruption 
les casteJIa, maisons- fortes, chaslellels ou châteaux 
qui, depuis les temps les plus reculés, servirent de 
résidences aux seigneurs de Nantiacus et avaient été 
construits, sinon sur les mêmes fondations, du moins 
dans un périmètre assez restreint, où quelque jour, soit 
par hasard, soit au moyen de fouilles raisonnées, on 
retrouvera leurs derniers vestiges [^ ? 

(1) Ibiii. : Les communes.. . Tome II, page 59. 

(2) Je ne pense pas que ces vestiges puissent être autre 
chose que des cachettes d'ustensiles, d'armes et de monnaies, 
des fondations et ruines de donjons, de chapelles, d'habita- 
tions j)rimitives et sans doute aussi des nécropoles gauloises, 
romaines et franquos, car toiit co canton a été bien bou- 
leversé depuis 1155, notamment par la circonvaliation de 
1633. 



— 129 



VII. 



D'autres lettres-patentes du même duc Antoine, da- 
tées du 9 septembre 1532 (les précédentes sont de 1527) 
nous renseignent sur le Saurupt : 

« Gomme tresillustre princesse, notre tréschière et 
« trésamée compagne et espousd, dame Renée de 
« Bourbon...., désirant pour son estât et pour auculnc 
« foys prendre récréacion près et à l'entour de nostre 
« ville de Nancy, bastir et faire quelque lieu plaisant, 
« nous ait déclaré avoir choisi et esleu pour ce faire 
« une place où il y a démonstracion ou apparence y 
« avoir eu par aultre fois bastiment ou commencement 
« de demourance, comme par l'inspection du lieu et des 
« fossez qui y sont peult apparoir, appelé et nommé 
« communément par ung chacun la Vielle Nancy, située 
« en notre bois de Sorroy, ban dudit Nancy.... ; à ceste 
« cause, complaisant à nostre dicte épouse.... lui avons 

«cédé et transporté icelle place dicte la Vielle 

a A^awc/.... etavec ce... trois cens journaux de terre... 
« ens et à l'entour de nostre dit bois de Soroy ; à pren- 
« dre de part et d'aultre part dudit lieu de la Vielle 
« Nancy, assavoir une partie depuis ladicte Vielle 
« Nancy.... jusqu'à un chesne.... et encore.... en ma- 
« nière que.... il puisse souffisamment avoir pour faire 
« deux cens jours de terres labourables et cent faul- 
« chiés de preix ou environ pour enjoindre à ladicte 
« Vielle Nancy.... (1). » 

(1) H. Lepage : Recherches sur Vorigine..., pag. 147 et 148. 

De ces deux lionations presque simultanées (1527-1532; il 

ressort évidemment qu'au commencement du xvi'= siècle, ou 

9 



— 1^0 — 

Ces mois, la Vielle Aa/.cr, répétés cinq fois, ne 
sauraient être le résultat d'une erreur quelconque : 
erreur de plume, de nom ou de lieu. — La plupart de 
nos historiens cependant n'y ont fait aucune allusion. 
Dom Galmet a-t-il connu ces lettres-patentes ? — Le 
doux abbé Lionnois se borne à dire : « J'ignore ce que 
c'étaitque cette Vielle Nancy » et continue sa paisible pro- 
menade (1). M. Henri Lepage, plus attentif, a scrutéce vo- 
cable, mais trop prudent, il n'a vu, dans la Vielle Nancy de 
1532, que les ruines d'un château abandonné ou d'une 
ville détruite : « Nancy était-il, dans le principe, à la 
« place oîi nous le voyons maintenant ; ou plutôt, les 
« premières habitations qui en furent comme le germe, 
« ne s'élevèrenl-elles pas sur un point qui fut ensuite 

« abandonné pour des causes (juo nous ignorons ? 

« Cette dénomination la Vielle Nancy avait bien certai- 
« iiement une origine ancienne et il me semble tout 
« naturel de supposer qu'elle était due à l'existence, 
« dans ce lieu, soit d'un château, soit d'un certain 
« nombre d'habitations qui, sous le nom de Nancy, 
«. avaient précédé la ville actuelle, dont le nouvel em- 
« placement fut jugé plus convenable que le premier. 
« Ne serait-il pas possible aussi que la localité primi- 
« tive ayant été détruite, à la suite d'événements qui 

rencontrait entre Vandœuvre et Villeis les ruines, fossés et 
dépendances de deux châtoaux-forts ou manoirs bien dis- 
tincts : que la propriété du château supérieur fut attribuée 
à Jean (îeoffroy et celle du»château inférieur à Renée de 
Bourbon. — D'autre part nous avons vu que du premier 
domaine est sorti la franc-alleud du Montet qualifié village 
en 1710 et nous allons voir le second faire place à l'ancien 
Saurupt détruit en 1671. 

(I) Histoire des villes...., tome 1, page 575. 



— 131 — 

« nous sont inconnus et dans un temps fort éloig-né, on 
« l'ait, plus tard, reconstruite ailleurs (1) ? » 

Pour nous, il n'y a pas eu, sur le promontoire de 
Vandœuvre, ébauche, existence réelle ni disparition ou 
destruction d'une ville proprement dite qui aurait porté 
le nom de Nancy ; mais d'abord un campement humain 
à ciel ouvert succédant à l'installation de nos plus loin- 
tains aïeux dans les grottes et cavernes de la Haye ; 
puis un éparpillement de huttes, de cabanes et de 
chaumières groupées sous le nom de Nanl-iach (2) ; 
puis des constructions plus perfectionnées constituant 
une souveraineté particulière dont nous ne connaissons, 
il est vrai, que cinq titulaires: Medoald.... Odelric, 
Herman, Simon et Drogon, et enfin cette dislocation de 
l'année H55 quia produit Vandjeuvre, Villers, le Ghas- 
tellet ou Montet et l'ancien Saurupt. Pour nous, la Vielle 
Nancy est la dernière ombre du Nanl-iach celtique, 
devenu Nanliacus sous les Gallo-Romainset cette déno- 
mination nous prouve que les Nancéiens du xvi* siècle 
n'avaient pas complètement perdu le souvenir de leur 
berceau, la tradition de leur antique origine (3). 

« Nos Historiens conviennent tous, dit l'abbé Mar- 
« chai, qu'il y avait aux environs de Nancy — le Nancy 

(1) Recherches sur l'origine pp. 147 et 149. 

(2) « Chaque demeure (celtique) était entourée de haies 
a faites avec des arbres abattus ; plusieurs de ces enclos 
Œ réunis par une pareille enceinte formaient un village ou 
a une ville. » V. Duruy : Histoire des Romains... . tome III, 
page 96. 

(3) La création de ce vocable, probablement au xii* siècle, 
ne fut-elle pas imposée alors par le besoin de distinguer 
la Vielle Nancy de Drogoa de la nouvelle Nancy (aujour- 
d'hui Nancy Ville-vieille) que Mathieu I" faisait construire, 
à quelques kilomètres plus au nord, sur les nouvelles rives 
de la Meurthe ? 



— l.iïi — 

« de 1858 — deux localités qui portaient le nom de 
« S:ïulru : l'une.... près de Viller; l'aulre à 350 toises 
« de la place (c'est-à-dire de la porte St-Nicolas actuelle). 
« Les divers plans de Nancy imprimés ne font aucune 
« mention de V ancien Saulru.... Je n'ai vu un dessin de 
« l'ancien Saulru que sur deux grandes cartes topogra- 
« phiques d'une partie de la Lorraine. Ces cartes ma- 
te nuscriles datent de 1730 à 1740. Elles sont proba- 
« blement du géographe Bugnon : elles placent l'ancien 
a Saulru à droite de la route du Montet, un peu au- 
« dessus de la Ghiennerie. vers le village de Villers. 
« L'ancien Saulru existait donc encore à cette époque... 
« Saulru, la vieille censé, a totalement disparu ; l'on 
« ne sait plus oîi entrouvertes débris dispersés... (1). » 
Les textes étant aussi rares que ces débris eux- 
mêmes , nous en sommes réduit aux présomptions 
quant à l'origine de celte autre maison-forte du pre- 
mier Nancy. 

Dans le principe, le castrum Nanceyum, construit à 
une certaine hauteur, entre les camps d'Affrique et de 
la Fourasse, suffisait sans doute pour défendre la Nan- 
ceiana civitas contre un ennemi survenant soit par les 
bois, soit par le fleuve qui coulait à ses pieds. Mais, 
lorsque le niveau des eaux, étangs et marais, laissés 
derrière elle par la Meurtlie se fut abaissé et éloigné 
de ce caslruni, lorsque le canton primitif fut devenu 
plus vaste, on jugea nécessaire probablement d'élever 
un second fort au-dessous du premier, afin que Nan- 
iacus se trouvât encore protégé du côté du fleuve, vers 
est, comme il continuait à l'être, vers l'ouest, du côté 
de la forêt, par le castrum supérieur. 

(1) Notice historique el descriptive sur le faubourg et la 
paroisse St-Pierre de Nancy, 1858. 



— 183 — 

Géologiquement, la création de l'ancien Saurupt pa- 
rait donc postéi'ieure à celle du castrum qui défendait 
Vandœuvre, Vendopera, connu dès le x' siècle, et 
Villers, probablement la Villa mentionnée dans la 
charte-notice de H55. Bien que le Mémoire de 1613 ne 
désigne pas no-nmément cette forteresse, il y a lieu 
de croire qu'elle e.xistait longtemps avant le xii^ siècle 
et qu'alors elle était comprise dans les dépendances 
appenditias de la villa cédée par Drogon. 

Un titre de novembre 1312 rappelle « la maison de 
« Soiruy devant Nancy, ses fossés, ses pourpris et ses 
ot bois » (1). 

« A la mort de Ferry IV (1328), la tutelle n'ayant 
« pas été ti.xée par testament du Duc, furent en la plaine 
« qu'est proche Nancey, entre la susdite ville et cer- 
« tain chastel qu'a nom Saulru, ajournés gentilshommes, 
« chevaliers et escuyers et fut la mainbournie (tutelle 
« et régence) acquise et baillée à puissante Dame et 
« haulte princesse Isabelle (d'Autriche, veuve de 
« Ferry IV et mère de Raoul) » (2). 

Enfî.n, « il paraît, dit M. H. Lepage, que ce château 
« fut négligé par les successeurs de Raoul et ne tarda 
« pas à tomber en ruines, car au mois de janvier 1366, 
« le duc Jean I" (1346 à 1390) donna aux cha:ioines de 
« St-Georges, pour les aider à parfaire leur église (3) 

(1) Trésor des chartes de Lorraine, lay ette Harbonnières. 

(2) De Haraucourt : Mémorial des grands faits et gestes en 
la province de Lorraine. 

(3) Cette église collégiale, corameacée vers 13i0, occupait, 
dans Nancy ville-vieille actuelle, une partie du terrain qui, 
depuis 1742, constitue la Place ou Square de la Petite- 
Carrière. 



— 18i — 

« toute la pierre de la tour de Soirui davant Nancey et 
« tous les autres édiffices appartenans à ycelle, laquelle 
« tour et édiffices sont descheus et alleir à niyne de 
« long temps (1). » 

Ajoutée aux invasions, pillages, guerres, dévasta- 
tions et incendies des époques antérieures, cette nou- 
velle manière d'accommoder les ruines ne facilitera 
certainement pas la tâche aux plus dévoués et opi- 
niâtres Archéologues ! 

Quant au nouveau Saulrupt, construit après 1532 
par Renée de Bourbon, autre part que sur l'emplace- 
ment de l'ancien, « c'était — dit Lionnois rapportant 
« les paroles de Claude Guillemin, auteur d'une His- 
« toire du Duc Charles IV — une maison de plaisance 

« à un coup de mousquet de la porte St-Nicolas De 

« Fer, Le Rouge, Moitey et Mique donnent un dessin 
« du nouveau Saulru.... Le nouveau Saulru était un 
« petit fort au xvn® siècle ; il n'est plus aujourd'hui 
« (1858) qu'une très belle maison de campagne.... On 
« découvre encore facilement les restes des fossés de 
« cette forteresse lorraine, ruinée en 1671, par les or- 
« dres du farouche maréchal de Gréqui (2). » 

NANGEIUM 

L 

Au temps des Celtes, avons-nous dit, l'emplacement 
actuel de Nancy Nnnceiiim devait être submergé, maré- 

(1) Les communes de la Meurthe, Tome II, page 520. 

(2) L'abbé Marchai : Notice historique et descriptive.,.. 



— 135 — 

cageux et par conséquent inhabitable : de là cette 
absence complète, absolue de tous vestiges paléolithi- 
ques et néolithiques dans notre vallée. 

Mais, dans la suite des âges, le fleuve créateur con- 
tinuant son gigantesque travail d'érosion, a brisé les 
obstacles qui entravaient sa marche vers l'Océan ; peu à 
peu les eaux se sont abaissées entre les hauteurs de la 
Haye et de Malzéville et leur rive occidentale s'est 
éloignée de plus en plus de l'ancienne bourgade celti- 
que. 

Au dessous de Nantiacus, l'affouiliement avait engen- 
dré ici et là dans la masse sédimentaire divers marais 
et étangs oiî venaient aboutir et séjourner cent ruisseaux 
descendus de la Haye, et le trop-plein de ces bas-fonds 
dont le dernier (l'étang St-Jean) n'a disparu que de 
nos jours, allait ensuite se jeter dans la Meurihe. 

Ces renseignements topographiques nous sont four- 
nis non seulement par la Géologie, mais quelque peu 
aussi par l'Histoire : en 1516, la place de la Carrière 
était encore un marécage ; au commencement du xv* 
siècle, le duc Charles II faisait « aggrandir la ville de 
« Nancy et dessécher autour de ses murs les marais 
« qui rendaient l'air malsain » (1) ; plus anciennement 
aussi, la Grande-Rue actuelle de Nancy était occupée 
par le ruisseau de Boudonville, dont elle rappelait en- 
core le nom, rue de la Boudière, en 1589. Ce ruisseau 
était même assez puissant au xhi« siècle pour faire mou- 
voir un moulin (qui a laissé son nom à la rue du Mou- 
Un actuelle) avant d'aller également se perdre dans la 
Meurthe, qui avait transféré son lit sur l'emplacement 
de la future Pépinière. 

(1) L'abbé Bôxod : Histoire de Lorraine, page 110, 



~ 136 - 

La science et l'histoire générale nous montrent bien 
le rôle joué par les eaux dans la formation de notre ma- 
gnifique vallée, dans les destinées de Nantiacus et dans 
la création de Nanceium ; malheureusement, la des- 
truction des documents authentiques laisse ignorer 
trop de détails qui ne manqueraient pas non plus d'in- 
téresser. 

A qui appartenait, en 1048, le village de Boudon- 
ville fondé, croit-on, au vu' siècle, sans doute sur son 
propre domaine, par Bodon Leudin, évêque de Toul ? 
Quelles étaient alors les bornes de ce village ? Quelles 
étaient aussi, vers 1070, les limites du Nantiacus, l'apa- 
nage donné par Gérard d'Alsace au prince Odelric, son 
frère ? En quelle année l'emplacement actuel du Palais 
ducal émergea-t-il du sein de la Meurthe ? Vers 1070 
encore, quelle surface de terrain embrassait l'alleu, 
qui auprès de Nantiacus, appartenait en propre à 
Thierry I" ? Alors, cet alleu renfermait-il déjà un 
château- fort ? Par qui et sur quel point très précis 
du domaine ducal ce château avait-il été construit? 

II. 

Les Historiens s'accordent à dire que Ghâtenois, 
Amance, Bitche, Gondreville, Neufchâteau et Remire- 
mont furent de 1048 à 1115, les diverses résidences de 
nos deux premiers Ducs héréditaires. Aucun ne les 
fait demeurer à Nantiacus ni à Nanceium (1). 

(1) te Nancy était un ancien château. On ne scait en quel 
temps il fut bâti. » Le P. Benoît Picard : Higtoin-. de la 
ville et du diocèse de Toul, page 30. 

a Nancy n'était qu'un château sous Thierry I" (1070 à 
1115) » J. B. Ravold : Histoire démocratique, page 297. 



— 137 — 

Nous le comprenons maintenant en ce qui concerne 
Nantiacus, la Vielle Nancy que Gérard avait aban- 
donnée à son frère et que les successeurs de ce der- 
nier possédèrent jusqu'en 1155. 

Quant à Nanceium, aujourd'hui Nancy ville-vieille, 
il est probable qu'avant l'an 1000 son territoire était 
trop marécageux pour que l'on ait pu y établir quoi que 
ce soit : une forteresse, une bourgade ou même quel- 
ques maisons champêtres. — On sait qu'en 1048, 
Amance était une ville forte et importante, mais aucun 
titre ne révèle l'existence de Nanceium avant la fin du 
xi« siècle (1). 

(i) a L'existence d'Amance est plus ancienne que celle de 
« Nancy ; Mercator l'appelle Antiqua Lotharingiœ cancel- 
« laria, ancienne chancellerie de Lorraine. » H. Lepage : 
Le département de la Meurthe, 2« partie, page 14. 

Si le quartier de Nancy, appelé aujourd'hui encore la 
ville-vieille, avait été jadis le territoire dénommé Nant ou 
Nantiach par les Celtes, Nanciaco ou Nanceiaco par les 
textes des années 600 et 896, il nous semble incontestable 
que les fouilles, faites en tous sens et à diverses profon- 
deurs dans ce carré, auraient dû amener au jour quelques 
objets qui attesteraient soit l'existence, soit seulement le 
passage de tribus ayant appartenu aux couches humaines 
connues sous les noms historiques de Celtes, Belgs, Kym- 
ris, Gallo-Romains, Francs et Austrasiens. 11 n'en est rien : 
cent générations auraient donc occupé ce quartier sans y 
laisser ou égarer ni une arme, ni un ustensile, ni un or- 
nement quelconque ! Est-ce admissible , alors que sur 
les moindres collines qui entourent Nancy, on a recueilli 
mille preuves d'établissements paléolithiques ? Est il ad- 
missible que, dans notre vallée, on n'ait pas trouvé jusqu'à 
présent la moindre trace des relations amicales ou hostiles 
qui ont dû exister entre les habitants des plateaux de la 
Haye et de Malzéville ? — A l'appui de ces observations, 
voir le Répertoire archéologique pour le département de la 



— vss — 

Vers l'an 1080 de notre ère seulement nous voyons 
naître là un Prieuré consacré à Dieu et à la bienheu- 
reuse vierge Marie : « Notum sit.... quod Theodoricus 
« dux in allodio suo apud Nanciacum dédit Deo et béate 
« Marie.... canipum quemdam ad continendam eccle- 
« siam. » 

De son alleu, situé auprès de Nantiacus, Thierry I" 
détacha le terrain nécessaire à l'édification d'une église. 
Or « ce prieuré — détruit à la fin du siècle dernier, — 
« occupait la partie nord de la place actuelle de l'Ar- 
« senal et son cimetière longeait la rue des Etats 
« qu'on appelait pour cette raison la rue des Morts (1). » 

Le texte de li45, complétant ceux de 1126 et de 
1130, démontre que cette église était voisine du châ- 
teau ducal : ante castrum....corani Castro el que le châ- 
teau lui-même était auprès et non dans l'intérieur de 
l'ancien Nantiacus : apud Nantiacum...juxta Nanceium. 

De ce qui précède nous pouvons déduire avec certi- 
tude que la place actuelle de l'Arsenal était comprise 
dans l'alleu de Thierry I^"- (2). 

Meurthe de M. F. Barthélémy, aux mots : Houdemont, 
Vandœuvre , Villers - lès- Nancy, Boudonville, Maréville, 
ChampigQeulles, Malzéville, Saint-Max, Sainte-Geneviève, 
Dommartemont, etc. 
(1) Les transformations de Nancy. 

{2, Par une charte datée de l'année 1147, — antérieure 
par conséquent à l'échange de 1155, — Mathieu I" accor- 
dait diverses faveurs à « la très sainte maison de l'hôpital 
de Jérusalem » dénommée plus tard : Commanderie de St- 
Jean-du-vieil-Aître. Pourrait-on déduire de là qu? cette 
Maison avait été également fondée dans l'alleu de nos pre- 
miers Ducs héréditaires et que, dans cette direction, le ruis- 
seau de St-Thiébaut et l'étang St-Jeao séparaient alors le 
domaine ducal du Nantiacus d'Odelric ? 



- 139 — 

Mais il est seulement présumable que le premier 
édifice construit dans cet alleu fut une forteresse, que 
cette forteresse fut bâtie entre 1070 et 1080 et qu'elle 
était à peu près inexpugnable. — On sait, en eftet, 
qu'après la bataille de Frouard, vers 1132, Simon P'', 
vaincu se réfugia dans un chàteau-fort près de Nancy 
oîi vinrent l'assiéger inutilement les troupes réunies do 
ses vainqueurs : l'archevêque de Trêves, l'évêque de 
Metz et le comte de Bar (1). — Des cinq emplacements 
attribués par divers Historiens au premier donjon de 
Nanceium, nous écarterons d'abord : le coin occiden- 
tal de la place St-Epvre, la rue de la Monnaie et l'an- 
cien Saurupt. Si la place de l'Arsenal pouvait, en 1080, 
constituer le parvis d'une église, c'est qu'elle n'était 
plus exposée aux inondations de la Meurthe : à plus 
forte raison, vers 1132, les trois emplacements ci- 
dessus désignés devaient-ils se trouver en pleine cam- 
pagne et assez éloignés du fleuve pour ne plus présen- 
ter les conditions exceptionnelles de résistance révé- 
lées par le siège que soutint Simon I". — On a suppo- 
sé également (2) que l'ancienne Tonderie, n° 96 et 98 
actuels de la rue St-Nicolas. aurait été construite sur 
les ruines de la première forteresse élevée près de 

(1) a II paraît, dit M. Henri Lepage, que ce château était 
a assez bien fortifié, car, entre 1132 et 1135, Simon I" y fut 
a. assiégé par les troupes d'Adalbéron de Montreuil, archevê- 
« que de Trêves, que commandait le comte de Faulquemont, 
« sans que celui-ci pût parvenir à s'en rendre maître. •» 
Recherches sur Corigine, page 204. Voir aussi : Dom Cal- 
met : Histoire... tomQ II, col. 6 et 7 et A. Digot : Histoire... 
tome I'=^ page 317. 

(2) Mémoires pour servir à l'histoire de la Lorraine., par 
F. J. B. Noël, n» 6, page 69. 



— 140 — 

Nantiacus. Cet endroit nous semble trop éloigné (2.000 
mètres environ) du Prieuré de Notre-Dame pour cor- 
respondre aux expressions: anle castrum coram 

Castro.... qui indiquaient la position de l'église par 
rapport au château ducal. 

Si nous interrogeons encore la Géologie, elle répond : 
A un cei'lain moment, la Meurthe contournait la butte 
actuelle de l'Arsenal ; plus tard, ses eaux continuant à 
s'abaisser, le sol occupé aujourd'hui encore par le Pa- 
lais ducal émergea entre trois bas-tonds bien connus, 
savoir : le ravin qui est devenu la Grande-Rue (1) 



(1) « L'exhaussement du sol, qu'on remarque partout dans 
a les villes anciennes, se rencontre aussi à Nancy. Trois 
a pavés l'un sur l'autre, construits, sans doute, à des époques 
« peu éloignées ; l'ancienne porte Saint-Nicolas (^aujour- 
« d'hui place Vaudémont) dont les socles étaient plus bas 
Œ que le sol moderne, de neuf â dix pieds, prouvent évidem- 
a. ment les différentes catastrophes et ruines que cette ville 
a. a éprouvées anciennement. » (Lejeune : Notice sur les an- 
tiquités du département de la Meurthe.) 

<t Lorsqu'on a démoli, en 1847, l'ancienne porte Saint- 
(i. Nicolas, ou a mis au jour des parties qui accusaient d'une 
ce manière positive le xii« siècle. » H. Lepage : Recherches 
sur V origine..., page 217. 

Ces renseignements corroborent l'idée que, d'après la Géolo- 
gie, on doit se faire du ravin qui a précédé la Grande-Rue 
actuelle ; mais ils ne prouvent nullement « ks différentes 
catastrophes et ruines que Nancy a éprouvées anciennement» 
puisque Nanceium, la Ville-vieille actuelle n'existait pas et 
ne pouvait pas exister, une grande partie de son emplace- 
ment étant occupé par des eaux courantes ou stagnantes. 

S'il est vrai que les Celtes peuplaient le promontoire de 
Vandœuvre quinze siècles avant notre ère et que vers l'an 
1100 après J.-C. l'emplacement actuel du Palais ducal appa- 
rut à fleur d'eau, un calcul très simple montre que, dans 
cet intervalle, le niveau de la Meurthe est descendu, eu 



— 141 — 

après avoir été d'abord le lit du ruisseau de Boudon- 
ville, puis la rue de la Boudière ; — le marais qui, au 
xvi' siècle, devint la place de la Carrière ; — et enfin 
le parc de la Pépinière actuelle dont la Meurlhe s'est 
aussi peu à peu retirée. Trois cents mètres à peine 
séparaient alors du Prieuré Notre-Dame l'îlot ainsi for- 
mé (îlot dont le sous-sol, respecté par l'affouillement 
des eaux, devait et doit encore être très consistant, 
car, depuis l'an 1300, à la connaissance de l'Histoire, 
il n'a pas cessé de supporter les divers palais de nos 
Ducs). Borné vers l'ouest par un ravin asse7, large, 
assez profond et rempli d'eau ; vers l'est par le fleuve 
lui-même, ce terre-plein est tout indiqué comme ayant 
servi de plate-forme, dès lexi' siècle, au premier don- 
jon de Nancy Ville-vieille (1). 

Nous pensons que ce casinim existait en 1080 et que 
sa création dut précéder celle du Prieuré, suivant 
l'usage général à cette époque de placer et d'édifier les 
églises, abbayes et monastères sous la protection de 
forteresses royales ou ducales préexistantes. D'autre 

moyenne, de trois centimètres par année et, mathématique- 
ment, ferait remonter à 8 ou 9.0C0 ans le premier afFouille- 
ment de la masse sédimentaire qui constitue les massifs 
montagneux entre lesqu'îls le fleuve a creusé son lit. 

(1) La tradition confirme, sur co point, les données géolo* 
giques : 

a. Le château du prince Simon 1" était près de la ville. Il 
« y soutint un siège en 1131.... Ce château était, dit-on, où 
« est à présent le Jardin de la Court, à l'extrémité orientale 

« du nouveau Palais, v D. Calmet : Histoire , tome 11, 

page 1. 

Cet emplacement est occupé aujourd'hui par le jardin et 
les écuries du Gouvernement et par la partie de la Terrasse 
de la Pépinière qui leur est contiguë. 



— 142 - 

part, la puissance de ce même château, vers 1132, 
donne à supposer qu'il aurait porté un nom particulier 
et qu'il en serait fait mention dans l'histoire de Gérard 
d'Alsace, s'il avait réellement existé avant l'année 1070. 
Après les travaux de M. H. Lepage, il faut renoncer à 
l'espoir de découvrir cette simple mention. Les guer- 
res intestines qui remplirent tout le règne de notre 
premier Duc héréditaire ne lui permirent sans doute 
pas d'apporter la moindre pierre à l\ construction des 
nombreux édifices qui surgirent partout ailleurs au 
lendemain de l'an 1000. Amance et Ghâtenois étaient 
les principales résidences de Gérard et il n'eut que 
trop souvent l'occasion d'en sortir pour aller combattre 
les seigneurs lorrains sans cesse en révolte contre son 
autorité. — Les huit premières années du règne de 
Thierry I", son fils (1070-1115), lurent également très 
agitées ; mais ensuite, ce prince put consacrei* le reste 
de sa vie (37 ans) à l'administration de la Haute-Lcr- 
raine. C'est alors, croyons-nous, qu'après avoir assuré 
la défense de Nantiacus et celle de son alleu personnel 
par l'établissement d'une puissante forteresse dans un 
îlot de la Meurlhe, en face la trouée de Ghampigneulles 
(1), il créa dans ce même alleu le prieuré de Notre- 
Dame. Cette dernière fondation prouverait encore que 
Thierry songea le premier à améliorer et embellir son 



(1) Les invasions normandes des siècles précédents, inva- 
sions dont M. Ravold donne le résumé (op. cit., pp. 198, 201, 
205, 218), n'ayant pas plus épargné les rives de la Meurthe 
que celles de la Moselle, il est probable que la crainte de les 
voir se renouveler dut également conseiller à nos ducs la 
construction d'un donjon dans cet alleu qui leur appartenait 
en propre auprès de Nantiacus. 



— 143 — 

domaine. Enfin, si l'on veut admettre que Gertrude de 
Flandre a porté le titre de duchesse de Nancy, con- 
cluons-en seulement que cette princesse, par une déli- 
cate et touchante attention, désira consacrer et ennoblir 
l'une des créations favorites de son époux (1) et non se 
parer d'un titre absolument sans lustre encore, alors 
qu'il lui était facile, je le répète, de trouver, dans 
la Haute-Lorraine, d'autres noms et souvenirs glo- 
rieux. 

m. 

Quoiqu'il en soit de ces hypothèses, le domaine privé 
de nos Ducs, auprès de Nanliacus, renfermait certai- 
nement une église vers 1(J80 et un caslriim en 1130. — 
Ce castrum étail-ii autre chose qu'une forteresse ? La 
réponse à cette question sera affirmative si l'on croit 
avec D. Galmet que « le Duc Simon, en 1130, avait son 
« Palais près de Nancy. » Mais aucun autre Historien 
ou Chroniqueur ne fait résider à Nanceium nos deux 
premiers Ducs héréditaires ; Sunon I-"", le troisième, 

(1) Thierry I"-, surnommé le Vaillant, ne fut pas seule- 
ment un guerrier, mais aussi un législateur et un homme 
politique remarquables. « La fermeté d'esprit, la modéra- 
tion et l'amour de la justice formaient son caractère Les 

Lorrains qui n'avaient pas voulu accepter la domination du 
père (Gérard d'Alsace) obéirent au fils. » (Ravold : Histoire 
démocratique ..., page 297.) 

Dom Csilmet {Histoire...., tome I, col. 1119 et suivantes) 
lui attribue la construction du ch^iteau d'Arches, l'agran- 
disseraent de la ville de Neufchâteau, l'édification de plu- 
sieurs églises et abbayes : à l'Etanche en 1148, à Clairlieu 
en 1159, etc., etc ; sans parler des avantages et faveurs qu'il 
accorda à plusieurs autres établissements religieux, tels que 
Ste-Marie-aux-Bois, Bjnfay, St-Epvre, etc., etc. 



— i44 — 

paraît y avoir séjourné quelquefois (voir les textes de 
1126 et de 1130) et ce serait seulement son fils Mathieu 
(1139 à 1176) qui aurait choisi ce lieu pour y établir le 
centre du gouvernement ducal. 

De même que la Vielle Nancy n'est venue à notre 
connaissance que par les Lettres patentes qui ont con- 
sommé l'anéantissement de ce vocable, de même la 
résidence princière de nos premiers Ducs héréditaires 
à iNanceium, Vanliqiimn palaUum n'apparaît aussi dans 
un titre ajlhenlique que le jour oui Ferry lll, sixième 
successeur de Mathieu 1'', abandonne aux Dames prè- 
cheresses ou Dominicaines, en 1298, « domum suam 
dictam Palatium Ducis sitam in Castro de Nanceio (1) » 
et va habiter le nouveau palais qu'il avait fait recons- 
truire, croyons-nous, sur l'emplacement probable du 
vieux donjon de Simon l'^ 

Nous avons vu quelles furent pour Nantiacus les 
conséquences de l'échange rappelé sous l'année 1155 
par le Mémoire de 1613 (2) ; Pinverse dut se produire à 
Nanceium, la nouvelle et définitive résidence des Ducs 
de Lorraine. 

En effet, Mathieu 1" (1139-1176) s'empresse d'y 

(1) H. LepagG : Les communes de la Meurthe, 2^ volume, 
page 99. — « Sa maison appelée le Palais du Duc et située 
« (la as l'enceinte fortifiée de Nancy, » 

(2) « Ce qui sans doute fit désirer à ces princes (les Ducs 
<t de Lorraine) la conclusion de l'échange qui devait les 
« mettre en po?session de Nancy (notre Nantiacus), c'est 
a qu'ils avaient un palais (!) auprès de cette ville ; ce fait 
a est mis hors de doute par une charte datée de 1130 et qui 
a nous apprend que le du2 Simon résidait près de Nancy, d 
(De Saulcy : Histoire des villes de France, tome IV, 
p'ige 527). 



— 145 — 

faire frapper monnaie sous ce nom de Nancei que 
l'alleu de son père et de son aïeul empruntait et peul- 
êlre disputait depuis trois quarts de siècle au domaine 
d'Odelric ; il construit probablement, rue actuelle de li 
Monnaie, ce Palatium qu'une charte de 1^99 nous mon- 
tre déjà en partie ruiné ; il entoure de murailles la 
nouvelle cité et attire dans son enceinte ceux des habi- 
tants de Nantiacus que le château délaissé et décapité 
de Drogon ne retenait plus dans l'ancienne Naiiceinna 
civitas. Bientôt « il y a un hôpital hors des murs (de la 
« nouvelle ville) ; à l'intérieur un oratoire ou une cha- 
« pelle servant de paroisse, indépendamment de la 
« paroisse du bourg de Saint-Dizier. — Les ducs font 
« battre monnaie à Nancy, qui est devenu, de fait, la 
« capitale de leurs Etats (1147-1180). — iMalhieu II 
« (1220-1 "251) y établit quatre tabellions ou notaires. — 
« Il y a une halle et un poids public. » (1). 



(1) L'eQceinte de Nancy Ville-vieille, dénommée 7nenia 
lYanceiJ dans le texte de 1190, est donc assez bien délimitée, 
à la mort de Mathieu I" 1 1176) par trois édifices : raacienne 
forteresse de Simon P"" (jardin actuel du gouvernement) dont 
l'existence est incontestable ; Vantiquum Palatium (aujour- 
d'hui les Archives, rue de la Monnaie) déjà ruiné en 1298, et 
l'ancienae porte Saint-Nicolas (maintenant la place Vaudé- 
mont) dont l'architecture a accusait d'une manière positive 
le XII* siècle. » 

Au xiv« siècle seulement a les Bourgets (rue du Haut et 
or du Petit Bourgeois) et le prieuré de Notre-Dame (partie 
« nord de la place actuelle de l'Arsenal) sont renfermés dans 
■i l'enceinte de la ville, reportée jusqu'à l'extrémité de la 
K Grando-Ruo que Ion pave devant le Palais ducal, i Les 
transformations de Nancij. 

10 



146 



IV, 

Toutefois, le nom de Nantiacus ne disparut pas aus- 
sitôt après rechange de 1155, car nous le retrouvons 
encore dans les deux textes de l'année 1220. A celte 
dernière date, le vocable de Naneeium était bien acquis 
à la ville qui, depuis un siècle et demi environ, s'éle- 
vait et grandissait auprès de l'église Notre-Dame, 
ainsi que le prouvent les textes de 1155 Malius-Nancei, 
de 1162 Data Nancei et de 1190 infra meniaNancei. — 
S'il s'était agi de cette ville nouvelle, comme le croit 
Dom Galmet : « La Duchesse Agnès, veuve de Ferry III, 
avait reçu Nancy pour son douaire, » les deux actes 
authentiques de l'année 1220 renfermereient-ils exclu- 
sivement le mot Nantiacus ? 

En 1220, Nantiacus n'était plus une seigneurie, mais 
ce nom seul suffisait encore pour indiquer d'une ma- 
nière assez précise l'emplacement et la composition du 
domaine qui constituait le douaire de la duchesse 
Agnès, domaine qu'elle abandonna à son fils Mathieu II, 
que celui-ci remit aussitôt à Gertrude de Dachsbourg, 
veuve de Thiébaul I" et que celte dernière entln porta 
en dot, de 1220 à 1225, d'abord à un comte de Cham- 
pagne, puis à un comte de Linange. 

La méconnaissance de la Vielle Nancy, Nantiacus, a 
tellement égaré nos Historiens qu'elle fait écarter com- 
me invraisemblable et inexplicable, aussi bien par 
M. M. Lepage (1) que par M. Noël (2) cet incendie qui, 

(1) Recherches sur C origine..., pp. 215 et 216. 

(2) Mémoires pour servir à V histoire de la Lorraine, n°6, 
page 69. 



- 147 — 

en 1218, détruisit complètement Nancy, Nanceiain : 
incendie rapporté par deux écrivains qui en furent pres- 
que les témoins oculaires. « Illud oppidum totum ig-ne 
succenderunt » dit Richerde Senones (1) contemporain 
de cet événement. — « Et ne resta maison que fut en- 
tière et qui ne fut en tlame dans la ville dudit Nancei » 
disent les Mémoires attribués à Errard (2) valet de 
chambre du duc Thiébaut, dont le règne embrasse les 
années 1213 à 1220. 

Voici le raisonnement de M. Noël, raisonnement 
accepté par M. Lepage: 

« On a écrit que Blanche, comtesse de Champagne, 
« aurait fait brûler Nancy par ses troupes. Nous n'en 
« croyons rien. Elle aura fait brûler et détruire le chà- 
« teau que s'était réservé le duc Thiébaut sur le terri- 
« toire de Nancy et qui se trouvait alors sans défense. 
« La ville et l'ancien château qui appartenaient à Agnès 
« de Bar, duchesse douairière de Lorraine, avec la- 
« quelle Blanche n'était point en g'uerre furent néces- 

« sairement respectés Une preuve encore que la 

« ville de Nancy et son ancien château.... n'ont point 
« été brûlés, c'est que le duc Thiébaut, mort dix- neuf 
« mois après l'incendie de son château, temps dont une 
« partie a été passée hors du duché et le surplus dans 
« un état de maladie, n'a pu avoir ni le temps ni l'ar- 
■( gent nécessaires pour reconstruire ville et château 

(1) Monumenla Germaniœ historica, Tomus xxv, p. 299. 

(2) Monumenta ibid. — Alors même que l'on récuserait 

les Mémoires d'Errard, il nous suffit de posséder, sur le fait 
que nous examinons, le récit du Moine de Senones dont la 
chronique est considérée comme un monument historique 
digne de toute confiance. 



- 148 — 

« et qu'à sa mort (en 12^0) il existait encore un château 
« et une ville de Nancy qui faisaient partie du douaire 
« de la princesse Agnès et que celle-ci céda à la prin- 
« cesse Gerlrude (de Dachsbourg) devenue veuve du 
« duc de Lorraine (Thiébaut 1"''). Certes Gerlrude n'au- 
« 'rait pas demandé pour son douaire une ville incendiée 
« et un château démantelé. Il est donc évident que 
« c'est à tort que les hislotiens prétendent que la com- 
« tesse Blanche de Ghanipag-ne détruisit la ville de 
« Nancy ; elle n'a pu détruire que le château que le 
« duc de Lorraine s'était réservé. » 

Et, en note, M. Noël donne à supposer que ce dernier 
château était situé vers les n° 96 et 98 actuels de la 
rue Saint-Nicolas. 

Notre hypothèse sur les emplacements respectifs et 
distincts de Nanliacus et de Nanceium, en 1218, non 
seulement résout la question discutée par M. Noël, 
mais encore elle restitue aux récits de Hicher et 
d'Errard le caractère de sincérité, dont la critique his- 
torique les a inutilement dépouillés et explique un fait 
de guerre en apparence seulement incompréhensible. 

Rétablissons la situation. — A la mort de Ferry II, 
en 1213, sa veuve, Agnès de Bar, se retire à Nanlhwus, 
la Vielle Nancy, qu'elle avait reçu pour son douaire et 
qu'elle habita jusqu'en 1220. Les actes de 1214 et 1220 
signés par elle en font foi. — Thiébaut 1" est proclamé 
duc de Lorraine à Nanceiiiin, c'est-à-dire à Nancy 
Ville-vieille, érigée en capitale depuis l'échange de 
1155. 

En 1218, le nouveau duc déclare la guerre à l'cm- 

perein- Frédéric. Celui-ci pénètre en Lorraine ; Thié- 
baut (luitle Nanceium , marche contre Frédéric et 



— 149 - 

va s'enfermer dans la ville d'Amance. L'empereur 
met le siège devant cette dernière place et de là 
mande à Henri, comte de Bar et à Blanche, com- 
tesse de Champagne, ses alliés, de venir le rejoin- 
dre avec leurs troupes. — Ces dernières ayant 
pénétré dans Nancy, Nanceium, qui se trouvait alors 
sans défenseurs (puisque Thiébaut et son armée étaient 
enfermés dans Amance), y passèrent la nuit et au point 
du jour incendièrent entièrement cette Ville, dit le 
chroniqueur de Senones. 

Il reste donc admissible que Nanceium la nouvelle 
capitale a pu être complètement détruite par un incen- 
die en 1218, tandis que Nantiacus, la Vielle Nancy, 
résidence d'Agnès, aurait été respecté. 

M. Noël ajoute même que. dans son château (de Nan- 
tiacus,) Agnès paraît avoir reçu Blanche de Champagne 
et Gertrude de Dachsbourg, la duchesse régnante que 
Thiébaut avait laissée à Nanceium et que, dans leur en- 
trevue, ces trois princesses projetèrent sans doute le 
mariage qui devait, deux ans plus tard, être contracté 
entre Gertrude, veuve de Thiébaut I" et le comte Thi- 
baut IV, fils de Blanche de Champagne. 

Remarquons encore qu'en 1126, Simon I" qui, sui- 
vant nous, résidait à Nanceium, près l'église de Notre- 
Dame, terminait ainsi ses actes : Data apud Nanciacum 
et qu'en 1214, Agnès de Bar, retirée à Nantiacus, écri- 
vait : Actum apud Nanceyum.... Actum apudNancei. — 
Le contraste symétrique de ces deux textes fait ressor- 
tir le changement qui s'est opéré entre 1126 et 1214 : 
avant 1155, l'alleu de Thierry I" et le château-fort de 
Simon I" sont indiqués auprès de Nantiacus, juxla.... 
apud.... ante ; après 1155, les divers quartiers de l'an- 



— 15(1 - 

•^ien Nantiacus, (le Gastrum Nanceium d'Odelricet de 
Drogon, le vieux Saurupt, Vendopera ou Vandœuvre, 

la Villa ou Villers) sont désignés : apud Nauceyum 

apud NanceL... devant Nancy, le Nancy qui étaiL deve- 
nu la capitale de la Lorraine de par la volonté de Ma- 
thieu I". 

Il est vrai qu'un titre de 1168, signé par ce même 
Duc, porte : « Apud Nancei roborari curavimus. » Mais 
cet acte, dans lequel figure encore Drogon. n'a-t-il pu 
être libellé soit pendant un séjour de Mathieu I" dans 
l'un des châteaux de l'ancien Nantiacus, soit partout 
ailleurs autour de Nanceium, au nouveau domicile de 
Drogon, par exemple ? — Cette interprétation se jus- 
tifie par l'emploi que faisait un peu plus tard et exacte- 
ment des mêmes mots apud Nancei, la duchesse Agnès 
qui, suivant nous, résidait soit au Ghastellet soit à la 
Vielle Nancy. 



Nantiacus et Nanceium, dont le degré de voisinage 
se traduisait par les mots juxta.... apud.... ante, for- 
maient donc au xi' siècle et plus tard encore, deux 
localités absolument distinctes : la première éparpillée 
sur le versant oriental de la Haye et protégée par le 
camp d'Affrique, par l'enceinte de la Fourasse et par 
ce castrum qui fut ensuite le Ghastellet, puis le Montet ; 
— la seconde, construite beaucoup plus tard vers la 
place actuelle de l'Arsenal, mais se rattachant intime- 
ment à la première par son origine historique, par les 
phénomènes géologiques qui ont creusé notre admira- 
ble vallée et par les modifications stratégiques et socia- 



~ 151 — 

les qu'entraîna, aux temps préhistoriques, le mouve- 
ment rétrograde de la Meurthe (1). 

A défaut de preuves écrites, la fondation deNantiacus 
par les Celtes, sa magnifique installation au pourtour 
oriental de la Haye, ses agrandissements successifs, ses 
résidences seigneuriales ne nous expliquent-elles pas 
pourquoi Drogon désira perpétuer dans sa famille le 
surnom de Nancy, pourquoi Talleu et le donjon de nos 
premiers ducs héréditaires restèrent jusqu'en 1155 sans 
dénomination connue, pourquoi enfin les fondateurs de 
la nouvelle ville, Nanceium, lui ont transféré ce nom 
dont l'origine — si l'on admet que les Celtes occupaient 
le sol lorrain environ 1500 ans avant notre ère, — ne 
remonterait pas aujourd'hui à moins de trente siècles, 
donnant ainsi à la capitale de la Lorraine une noblesse 
de race égale à celle des plus anciennes cités de la 
France ? 

VI 

Dans cette reconstitution du Nantiach, du Nantiacus, 
de la Nanceiana civitas, de la Vielle Nancy, de l'ancien 
Saurupt et de Nanceium ou Nancy Ville-vieille, imagi- 
nant aussi peu que possible, je me suis efforcé de ne 

(1) Naacy, Nanceium, n'est donc pas et n'a jamais été 
dans Nancy, Nantiach ou Nantiacus. Constatons toutefois 
que ces deux localités ont toujours été reliées l'une à l'autre 
par des domaines historiques : l'hôpital de Jérusalem, la 
coramanderie du Viel-Aître, l'étang Saint-Jean, la Vielle 
Nancy, l'ancien Saurupt, la Chiennerie.... et qu'après avoir 
été brusquement transférée au nord de son premier empla- 
cement, la ville fondée par Mathieu l^' tend de plus en plus 
à regagner le versant oriental de la Haye. 



- i52 — 

rien avancer qui ne puisse être ratifié, un jour, par la 
découverte de documents originaux. L'examen de quel- 
ques textes authentiques démontrant qu'un autre Nancy 
a précédé celui que nous habitons aujourd'hui et les 
conceptions de nos Historiens ne satisfaisant pas une 
curiosité bien naturelle, j'ai cru devoir en appeler aux 
lumières d'autres sciences. 

Depuis longtemps, en effet, de laborieux Archéolo- 
gues recueillaient sur le monticule de la Haye les plus 
anciennes preuves de la vie liumaine en Gaule, lorsque 
la Géologie est venue révéler le mode de formation du 
promontoire qui nous semble avoir été l'assiette du 
Nantiach. Depuis longtemps aussi l'Histoire avait 
reconnu aux Celtes le titre de premiers occupants quel- 
que peu civilisés de notre région, lorsque dans le nom 
du premier Nancy, la Linguistique a retrouvé le voca- 
ble celtique qui dépeint le mieux son ancien empla- 
cement. 

A ces découvertes et coïncidences scientifiques, ajou- 
tons l'impossibilité d'expliquer autrement que par 
l'existence d'une cité, bourgade ou villa abandonnée la 
Vielle Nancy de 1532. d'appliquer à une seule localité 
tous les textes qui font m.ention de notre ville et nous 
devrons admettre que le Nant-iach des Celtes n'a pu 
voir le jour que sur les pentes du Montet. 

Le résultat de ces investigations aurait certainement 
été beaucoup plus intéressant s'il avait révélé qu'une 
ville est enfouie sous le promontoire de Vandœuvre et 
de Villers-lès-Nancy, que cette ville renfermait des mo- 
numents gaulois, romains et francs et par conséquent 
promis aux Archéologues quelques merveilleuses exhu- 
mations. Mais je ne crois pas à un tel enfouissement : 



— 153 — 

la découverte d'objets celtiques à la surface même du 
sol doit faire écarter celle hypothèse et, d'autre pari, 
Nantiacus n'a jamais été probablement qu'une cité cham- 
pêtre composée de plusieurs hameaux ou villages 
construits, ruinés et reconstruits autour des divers cas- 
tra, donjons, manoirs et châteaux qui se sont succédé 
sur ce point de la Haye. 



LA 



COMMUNAUTE DES ENFANTS-PRETRES 



ET 



L'INVENTAIRE DES FONDATIONS 



DE LA PAROISSE DE MIRECOURT 



PAR 



M. Gh. GUYOT 



On a souvent fait remarquer la variété infinie des 
institutions locales au moyen-âge : non seulement d'une 
contrée à l'autre, mais d'une ville au bourg voisin 
apparaissent des formes caractéristiques, parfaitement 
appropriées au buta remplir ; dès qu'il fallait pourvoir 
à quelque besoin social, l'ingénieuse prévoyance de nos 
pères savait organiser aussitôt le mécanisme le plus 
complet et créer des ressources dans la forme la plus 
solide. Quelques-uns ont pensé que ces hommes du 
xii' au XV' siècle étaient esclaves ; il nous semble au 
contraire que chez eux la liberté vraie se pratiquait 
sans entraves, sinon dans la sphère désintérêts politi- 



— 155 — 

ques,du moins dans celle, plus importante peut-être, de 
la famille et de la cité. 

C'est une de ces institutions lorraines que nous 
voudrions tirer de l'oubli, en étudiant la formation, le 
fonctionnement et les vicissitudes diverses de la com- 
munauté des Enfants-Prêtres de Mirecourl. Ce titre, 
quelque peu bizarre, éveille l'attention, et provoque 
les recherches. On le rencontre dans plusieurs villes 
du duché, et H. Lepage donne excellemment, en quel- 
ques lignes, le caractère général de ces collèges de 
clercs séculiers : 

a Dans quatre villes : Epinal, Mirecourt, Nancy et 
« Rosières, il existait des communautés de prêtres 
« chargés de seconder les curés des paroisses dans 
i l'exercice de leur ministère , ou d'instruire la 
« jeunesse... » (1) 

Nous verrons en effet que telle fut la double mission 
des Enfants-Prêtres de Mirecourt, Ce caractère a été 
méconnu par le seul auteur qui se soit occupé d'eux : 
M. Yverneau, auquel on doit un recueil fort curieux 
d'anciens documents (2) sur la capitale du bailliage de 
Vôges, s'expi'ime delà manière suivante : 

(1) Pouillé de Toid, p. 425. Mém. de la Soc. d'Arch. 
L'jrraine, 1863. D'après les notes de Chatrian, on les rencontre 
encore à Lunéville, Remiremont, Pont-à-Mousson, Toul, 
Plombières, Charmes, Mattaincourt, Blâment, Châtel, Gerbé- 
viller, Rambervillers. (Renseignement fourni par M. l'abbé 
E. Buisson.) 

Dans d'autres provinces françaises on les appelait Prêtres- 
filleuls (d'aprèsune requête de 1765, dans un procès dont il 
sera parlé plus l(jin). 

(2) Ce recueil, resté manuscrit, appartenait à feu M">« Car- 
rière, de Mirecourt. 



— 156 — 

« Il y avait à Mirecourt une maison destinée à rece- 
« voiries prêtres qui, à raison de leur âge, se trouvaient 
« hors d'état de continuer leur ministère. On n'y recevait 
« que les prêtres qui étaient nés à Mirecourt. C'était une 
« espèce d'hospice dont l'administration appartenait 
« exclusivement au Conseil de ville. » 

Ce passage renferme presque autant d'erreurs que 
de mots : bien loin de vivre confinés dans un hospice 
d'infirmes, les Enfants-Prêlresavaient un ministère très 
actif, ei formaient une partie importante du clergé de 
la paroisse. Mais avant d'entrer dans le détail de leur 
institution, il nous semble nécessaire de donner quel- 
ques notions sur l'église de Mi recourt qu'ils contribuaient 
à desservir. 

La description et l'histoire de cette église n'ont pas 
encore été tentées. Le monument n'a rien en effet de 
comparable aux grandes cathédrales et aux chefs- 
d'œuvre d'architecture que nous a légués le moyen- 
âge, dans d'autres parties de la Lorrame. Il ne s'est 
rencontré ici aucun de ces hardis bâtisseurs tel que 
Symon Moycet à Saint-Nicolas-de-Port, aucun riche 
donateur comme le cardinal Huin à Etain, aucun sei- 
gneur tenant à perpétuer par une œuvre de ce genre 
son nom et celui de sa famille. Mirecourt était du 
domaine propre des ducs de Lorraine, et pourtant il ne 
semble pas que ces princes se soient fort inquiétés de 
contribuer à l'embellissement de leur bonne ville. Peut- 
être enfin le voisinage de Poussay, et de sa grande 
abbaye nuisait quelque peu aux établissements religieux 
que l'on eût pu créer à une aussi faible distance. 
Quoiqu'il en soit, l'église de Mirecourt fut et resta 



— 157 — 

toujours un edilice exclusivement municipal, — s'il est 
permis d'employer ce mot trop moderne, pour marcjuer 
que la communauté avec ses seules ressources, et ses 
bourgeois avec leurs seules offrandes, durent assumer 
la lourde charge de bâtir un monument dont l'érection 
ne laissait pas que d'entraîner de sérieuses difficultés. 
Lorsque le développement de la population, coïnci- 
dant sans doute avec la construction d'une enceinte de 
murailles et de tours sur la rive gauche du Madon, eut 
rendu insuffisante l'ancienne chapelle Notre- Dayie, 
situés de l'autre côté de l'eau, (1) on se décida, vers le 
commencement du xiv^ siècle, à créer une église 
nouvelle sur un terrain donné à cet effet par le maire 
Henriet et Idète sa femme {2). La situation n'était pas 
heureusement choisie ; l'énorme déclivité du sol rendit 
nécessaires des travaux de soutènement considérables, 
et l'espace n'en resta pasmoins fort étroitement mesuré, 
malgré les reconstructions multiples qui intervinrent 
dans le but d'augmenter l'éditice primitif. 

Quoiqu'il en soit^ et quelque justifiées que puissent 
être les critiques adressées à cette église pour sa pau- 
vreté architecturale, elle n'a pas moins été, depuis 
bientôt cinq siècles, comme le cœur de la j)etite cite, 
conservant encore, en dépit de tant de changements 

(î ) Ullrà flumen. D'oii le nom de chapelle de la Outre, con- 
servé encore aujourd'hui à ce petit é'Iifice, qui servit longtemps 
de chapelle du cimetière, jusqu'au transfert du Campo Santo 
au noni de la ville, du côté de la route de Neufchâteau. 

(2) L'acte de fondation, en latin, est daté du dimanche 
Estn rrihi de l'an 1304 n. s. Cet acte avec sa traduction est 
reproduit par M. Ch. Laprevote. Notice sur Mirecourt, p. 
172-1'74 (Mém. de la Soc. d'Arch. lorr. 1877). 



— 158 - 

imposés par la mode ou la nécessité, de nombreux 
souvenirs de l'histoire locale qui fut écrite sur ses 
murs ou dans ses archives. 

C'est là que se réunissaient, jusqu'au xvm^ siècle, les 
assemblées communales (1) ; c'est là que les corpo- 
rations de métiers, nombreuses et florissantes à Mire- 
court (2), célébraient leurs fêtes et invoquaient leurs 
patrons : grâce à leur piété, des tableaux et des statues, 
les uns et les autres supprimés aujourd'hui, peuplaient 
les, voûtes et en cachaient la nudité. Peu à peu, des 
notables ou de riches marchands, des seigneurs voisins 
tels que les Bassompierre, le chapitre de Poussay, 
avaient fondé et doté un grand nombre de chapelles que 
pouvaient à peine contenir les dimensions restreintes du 
monument (3). Enfin, l'obituaire de la fabrique nous 



(1) En 1736. requête â S. A. des officiers de l'hôtel- 
de-ville de Mirecourt, représeataat qu3 les assemblées com- 
munales et de police se sont toujours tenues sous les voûtes 
de réglisc, faute d'emplacement, et demandent, à titre 
d'acensement perpétuel, moyennant 200 francs annuellement, 
d'occuper le derrière de la Maison de S. A., dont le devant 
est occupé par le bailliage. Accordé. (Inv. sommaire des 
Archives dép. des Vosges, CC, 49). 

(2) Voir, pour les chartes de ces corporations, M. Lapre- 
vote, op. cit. p. 187-193. 

(3) n: L'estat des autelz et chappelles, en l'église parocliialle 
de Mirecourt » (Arch. raun. GG. 8), vers 1612, n'indique pas 
n.oins de douze chapelles ; mais le nom des collateurs n'y est 
pas toujours porté. MM de Bassompierre a pourvoient » à 
la chapelle St-Nicolas et à une autre dont le nom du patron 
n'est pas lisible. « Mmes de Poursas i (les chanoinesses de 
Poussay) sont collatrices pour St-Cosme et St-Damien, 
proche les fonts baptismalz. La chapr^Ue St-Didier et celle 

'e St-Michel « sont do la collation des Roucelot dudit 



— 159 — 

donne la longue liste des institutions pieuses de dix 
générations de fidèles, riches ou pauvres, nobles ou 
bourgeois : c'est vraiment un livre d'or sur lequel 
chacjue famille tenait à voir inscrire son nom, pour 
l'honneur des ancêtres et le soulagement des défunts. 

Cet obituaire a été composé vers 1610, parle curé 
Paris (1) : il contient les extraits d'un assez grand 
nombre de testaments concernant des fondations pieu- 
ses, puis une énuméralion sommaire des autres titres 
en vertu desquels l'église perçoit des rentes et des 
redevances ; enfin les obils se trouvent classés par 
chaque mois de l'année, de manière à rendre plus 
facile la recherche des services à acquitter. Postérieu- 
rement à 1610, les indications de l'obituaire peuvent 
être complétées par un inventaire général de 1757, dont 
nous aurons à parler plus loin. 

Les documents de ce genre présenteraient un grand 
intérêt si leurs mentions étaient moins sommaires ; 
malheureusement pour nous, des dispositions faites en 
faveur de l'Eglise, on ne retenait que ce qui é'ait d'une 
utilité immédiate, et même lorsque des copies de 
testaments s'y trouvent insérées, ce ne sont que quel- 
ques phrases, qui ne nous apprennent pas tout ce que 

Mircourt. » Oa cite encore la famille Flameat pour N. D. de 
Pitié ; les sieurs Daily procho Dompaire pour St-Jeaa- 
Baptiste. Restent les chapelles Notre-Dame, St-Claude, 
St-Dominique, St-Jacques, Ste -Catherine. 

(1) Arch. mun. GG. 8. Cahier do 45 feuillets dont 39 seu- 
lement sont remplis. Une copie meilleure est faite dans un 
autre cahier qui a pour dimension 31 sur 10 cm. et compte 
42 feuillets. Ces cahiers contiennent, outre l'obituaire, des 
pièces diverses, et notamment l'I'^tat jmentionné à la note 
précédente. 



— 160 - 

nous voudrions savoir sur la famille des testateurs ou 
les conditions de la libéralité. Nous ne pouvons donc en 
tirer des renseignements complets, et d'ailleurs la 
situation relativement modeste des constituants enlève 
à ces recherches la valeur qu'elles auraient si elles 
s'appliquaient à des personnages historiques (1). 11 
convient donc de nous borner à donner une idée géné- 
rale des fondations relatées dans cet obituaire. 

La première en date est de 1385 ; elle concerne la 
fondation d'une chapelle (2). Vient ensuite une simple 
mention relative à la « messe journalle « créée le 
2 novembre 14:29, et mise à la charge de la confrérie 
de Notre-Dame; on ne lait connaître ni le chiffre de la 
dotation, ni même le nom du fondateur ; nous voyons 
seulement ensuite que, par contrat du 17 janvier 1636, 
« demoiselle Claudine Marchai, veuve du sieur Joseph 
Moilessier, docteur-médecin, donne 1.400 fr. pour trois 
messes de requiem, et afin d'aider à dire la messe 
journalle. » Dans l'espace de deux siècles, l'abaissement 
du signe monétaire avait eu pourconséquence de rendre 
insuffisante la somme primitivement assignée, et pour 
éviter une réduction dans les services religieux, un 
surcroît d'émoluments devenait nécessaire. 

En 1513, nous trouvons la fondation de messiro Didier 
Tallard, sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir, 
lorsque nous arriverons à l'institution des Enfants- 
Prèlres. En 1541, Thierriot Graboyel ou Graboué, d'une 
bonne famille bourgeoise, donne une maison et une 

(1) Cpr. Les testaments au profit de VEaLise de Toul, par 
AI. de Morière (Mém. de la Soc. d'Arch. lorraine, p. 141- 
\S-2, 1884). 

(2) Nous en parlous plus longuement dans V Appendice. 



— 161 — 

somme d'argent (1). A partir de cette époque, les dispo- 
sitions deviennent de plus en plus nombreuses et nous 
devons nous borner aux principales. Ainsi, Thouvenin 
le Comte, en 1549, donne 42 jours de terre, bans de 
Mazirot et de Ghauffecourt, plus 3 jours à Mirecourt, 
pour une messe haute tous les mardis. En 1661, Mar- 
guerite Richard fonde la messe du jeudi, moyennant 
un capital de 1.000 fr. Parunesérie de dispositions des 
14 avril 1681, 13 avril et 12 juillet 1682, 9 février 1683, 
le sieur Guyot, de Mircourt, doyen des professeurs en 
droit de l'Université de Pont-à-Mousson, établit la 
messe du St-Esprit, qui doit se célébrer « dans la 
chapelle érigée en l'auditoire du bailliage, à 7 heures 
et demie en esté et 8 heures et demie en hyver, à moins 
que les juges ne le demandent autrement » ; la rétribu- 
tion suffisante est assurée par un gagnage à Diavville, 
de 17 paires, — un à Maroncourt, de 3 paires \\2, — 
un à Mattaincourt, de 3 paires ; — deux contrats de 
1.700 fr. de capital et un cens de 25 fr. Gitons encore 
le sieur Lhuillier, curé de St-Léger, qui donne 3.600 fr. 
pour trois messes basses par semaine et trois obits par 
an (21 oct. "1691) ; — le sieur Mathieu, avocat, pour 
douze messes basses, « savoir six pendant les six mois 
d'été en l'église de la Outre, les six autres pendant les 
six mois d'hiver en 'a paroisse de Mirecourt » (du 
33 oct. 1735) ; 700 fr. de capital, plus un gagnage à 
Mirecourt, du rapport de 2 paires et un demi resal 
d'orge) ; — enfin, en l'33. M™* de Thilly établit la 
messe quotidienne dite d'on;^e heures, et assigne pour 
celte messe une somme de 7.000 livres tournois à 
prendre sur son gagnage de Maroncourt. 

(1) Cf. Ch. Laprevote, op. cit. p. 135. 

11 



— 162 — 

Nous avons choisi, dans les exemples qui précèdent, 
les plus fortes sommes données à l'église ; mais combien 
d'autres, plus modestes, pourraient être signalées dans 
la longue liste des obits ! Habituellement le donateur 
s'assure un service de messes hautes ou basses, à une 
époque déterminée ; parfois il y joint d'autres messes 
au jour de fête de son patron ou à certaines dates de 
l'année. Mais plusieurs de ces rétributions sont fort 
minimes : ainsi le service de Menne Vincent, veuve de 
Claude Alba (1) (1687), n'est assuré que par une rente 
de 3 fr. ; celui d'Anne Goinot, veuve Bourlié (1691) 
produit 2 fr. seulement. Le temps aggravait l'insuffi- 
sance de redevances aussi modiques, et l'on ne trouvait 
plus de prêtres consentant à accomplir pour si peu les 
charges imposées par les fondations. En 17-49, le clergé 
de Mirecourt, profitant de la présence de l'évêque de 
Toul, Mgr Bégon, lui proposa une réduction des services 
correspondant à la valeur actuelle des émoluments ; 
cette réduction fut approuvée, et l'ordonnance de Mgr 
Bégon servit de règle à cet égard jusqu'à la lin de 
l'ancien régime (2). 

Avant de quitter cet obituaire, nous signalerons 
encore, parmi les noms qui s'y trouvent énumérées, 

(1) V. sur la famille Alba, la notice bibliographique 
donnée par M. Ch. Laprevote (op. cit. p. 122), qui commence 
à François Alba, anobli en 1663. 

(2) Pour donner une idée de l'importance de ces réductions, 
nous citerons la fondation de Didier Tallart, dont les émo- 
luments étaient de 60 francs pour une mesbe quotidienne en 
1513. Il y eut d'abord, à une époque (jui nous est inconnue, 
une première réduction à 40 messes par au, puis à '32, en 
vertu de l'ordonnance de Mgr Bégon. 



— 163 - 

ceux des familles nobles ou remarquables à quelques 
égards pour l'histoire de la cité. En 1528, les enfants de 
noble Jean des Pilliers, jadis lieutenant du bailli de 
Vôges (1), fondent la messe delà Croix, qui doit se 
dire chaque vendredi de l'année, et y affectent le demi- 
tiers des dîmes de Mattaincourt et Hymont. En 1607, 
testament de noble Jean Parisot, chirurgien (2). En 
1609, celui de noble Philippe Vuillaume, veuve de feu 
noble Mengeot Gennetaire, désignée ailleurs sous le 
nom de Philippe de Portsas (H). En 1611, nous trouvons 
les obits d'Anne Abram et d'Etienne Husson, son mari ; 
Barbe Abram, veuve de Sébastien Royer, qui paraît 
en 1673, était sans doute de la même famille, et toutes 
deux parentes d'Elienne-Gharles Abram, avocat dis- 
tingué, anobli par Léopold (4). En 1614, testament de 
noble Claude de Pont, veuve de Claude Guérin de 
Mirecourt. En 1624, dispositions de Marie Rousselle, 
« femme de M, Canon, premier juge au baiUiage de 
Vôges (5). » 

Le testament d'Anne Ferry, veuve de feu Georges 
La Salle, ancien jnayeur de Mirecourt. est un peu plus 
explicite que les autres et a été transcrit moins sommai- 
rement ; à la date du 21 avril 1633, honorable Anne 
Ferry fonde à perpétuité une messe solennelle « à 
célébrer annuellement en l'église parochiale, au jour de 

(1) V. Ch. Laprevote, op. cit., Biographies, p. 145. 

(2) Eod loc, p. 142. 

(3) Eod loc, p. 153. 

(4) Eod loc, p. 121. 

(5) C'est le jurisconsulte auquel on doit le Commentaire 
sur les Coutumes de Lorraine, imprimé à Epinal en 1G34. 
V. Ch. Laprevote, p. 126. 



— 164 - 

feste Ste-Anne, en l'honneur d'icelle, qui échoit au 
26* du mois de juillet, sur l'autel de Notre-Dame, proche 
duquel ladite fondatrice a fait ci-devant poser l'image 
etreprésentation de ladite Ste-Anne (1). » A ce moment, 
on subit dans toute la Lorraine les horreurs de la 
guerre, de la famine et de la peste ; voici unp menlion 
(sans date précise) qui rappelle les misères de celte 
triste époque: « Testament fait en tems de peste, reçu 
par les frères Biaise et Anaclet, capucins d'Arches, 
confesseurs des Loges, par Claude Vincey, pestiféré, 
qui légua 2,000 fr... » Enfin, nous terminerons cette 
nomenclature, forcément incomplète, par deux fonda- 
tions du xviu* siècle : celles de Nicole Mathieu, veuve 
de Louis Thiriet (2), écuyer (1738), — et d'Anne Ninot, 
veuve de noble Léopold Pochard (1747). 

Toutes ces dispositions créaient à l'église de Mire- 
court un patrimoine considérable, dont l'administration 
était contiée à un bourgeois, sans doute désigné par le 
mayeur et les commis de ville, et à partir de 1609, par 
le Conseil de Ville. Cet administrateur portait le nom 
à'échevin de réglise ; ses fonctions étaient annuelles, 
et il rendait, en sortant de charge, ses comptes de 
receltes et dépenses, que vérifiaient les membres du 
Conseil. Les comptes de l'échevin de l'église de 
Mirecourt existent encore, à partir de 1631 ; on y trouve 

(1) h'imaye due à la piété d'Anne Ferry est celle, croyons- 
nous, qui existe encore à la placo indiquée. Elle a été 
heureusemect épargnée dans les restaurations modernes de 
l'église de Mirecourt. 

(2) Est-ce la famille Tfiieriet, mentionnée par M. Laprevole 
(p. 149) jusqu'en 1~23 seulement V 



— 165 — 
plusieurs renseignements curieux (1). Ils ne compren- 

(1) Les Comptes de la fabrique de Mirecourt comprennent 
un grand nombre de cahiers cotés aux Ar.'»hives municipales 
GG, Sàl. Voici quelques mentions qui donneront une idée 
de l'intérêt qu'ils peuvent présenter. 

Compte de 1631 : <i Chacun bourgeois dud. Mirecourt et des 
faubourgs doit au jour de Pasques, au devant de ladite 
Église, lors du payement du cierge bénit, denier et maille, 
pour suppléer à l'achapt d'huile en la lampe de la chapelle 
du cimetière dicte la Oultre...» Il en résulte que le montant 
de cette collecte peut nous renseigner exactement sur le 
nombre des bourgeois de la ville. Or, en 1G33, année 
désastreuse, signalée par une grande émigration, conséquence 
de la peste (V. Ch. Laprevote, op. cit. p. 75), la recette du 
jour de Pâques n'a donné que xxiij gros ij deniers, qui 
correspondent à 1-85 bourgeois seulement. 

Le produit des quêtes de chaque dimanche montre aussi 
que cette détresse ne fit que s'aggraver pendant les années 
suivantes ; on trouve en effet que 
t£ les aulmones i pour 1634 ont donné 

— 1635 — 

— 1636 — 

— 1637 — 

— 1638 — 

Dans la plupart des Comptes, un chapitre spécial est 
consacré aux receltes <r pour sépultures accordées en l'Église 
parochialie. » Les concessions de sépultures, sous les dalles 
mêmes de l'église, sont plus fréquentes qu'on ne pourrait le 
supposer : on on trouve de deux à cinq par an, de 1632 à 
1638, et il ne faut pas croire que c'était une faveur réservée 
aux familles riches : nous voyons par exemple, eu l'année 
1632 : 

pour un soldat de l'armée du roy ijf'- vj k'' 
pour l'hostelain de la fleur de lys v » etc. 

Voici encore deux mentions qui ont leur importance : 
Compte de 1732.34, dépense : « Six cents cinquante-neuf 
frans deux gros, payés à François Lafosse et Charles Morpas, 
orphèvres à Mirecourt, pour avoir faiot un reliquaire d'argent 



cxxvf'" 


vijg"' 


iii.i' 


ICII 


iiij^iij 


v 


';'j 




Ixij 


IX 


viij 




1 


V 


vij 




xxxvj 


V 


xiij 





— 166 — 

nent, bien entendu, que la partie des recettes revenant 
à la fabrique, car les communautés religieuses, même 
séculières, avaient leurs revenus gérés par des comp- 
tables spéciaux : il en était ainsi des confréries (1), et 
notamment de la Communauté des Enfants-Prêtres, 
dont l'histoire sera plus facilement comprise après les 
détails qui précèdent. 

La plus ancienne mention des Enfants-Prêtres que 
nous connaissions se trouve dans des lettres patentes du 
duc Antoine, portant la date du 14 juin 1513, et dont 
voici le principal passage : 

« Anlhoine, par la grâce de Dieu... Gomme notre 
amé et féal aulmosnier et auditeur en n" chambre 
des Comptes messire Didier Tallart, prestre, chantre 
et chanoine en n'"'' église Monsieur St-George de 
Nancy, ayt puis certain tems en ça acquesté à Henry 



pour mettre la relique du Bienheureux père de Mattaincourt, 
suivant le traité faict avec eux le 3« mars 1733. * (La 
béatification de P. Fourier est du 6 octobre 1729.) 

En vertu d'un décret de Madame Régente du 3 mars 1732, 
construction de bancs uniformes, contenant en tout 545 
places, de 13 pouces l'une. Dépense 1855' 13*^ , à raison de 
3' 8^ par chacune place. Ces places ont été ensuite 
vendues aux enchères, et la recette provenant de cette vente 
monte à 4162' P 6''. Le comptable fait remarquer que 
beaucoup de familles avaient déjà payé des emplacements à 
perpétuité, qu'elles continuent à occuper sans être taxées à 
nouveau. 

(1) Les comptes de la fabrique nous font connaître la 
Confrérie de Notre-Dame, celles de St-Joseph, dos Agonisants. 
Il devait encore en exister d'autres. Enfin l'hôpital de 
Mirecourt, dont l'acte de fondation date du 28 septembre 1455, 
avait un patrimoine distinct et ses gouverneurs à part. 



— 167 — 

Le Gierc, fils de feu Henry Le Clerc, en son vivant 
grenetier de Joinville, la somme de 60 frans de rente 
annuelle sur le proffit et revenu de nos salines de 
Ghâtel-Salins.... et que d'icelle rente ledit Tallart ait 
dévotion et désir d'en fonder, faire dire et célébrer par 
chacun jour à perpétuité une messe en l'Église paro- 
chialle de notre ville de Mircourt, et sous tiltre de 
bénéfice, par les gens d'Église célébrans qui auront été 
nez et baptisez es fonts d'icelle Eglise parochialleet qui 
feront leurs demourances audit Mircourt et aux condi- 
tions que en la fondation de ladite messe sera déclaré 
plus amplement... Scavoir faisons... « (1). 

La principale condition à laquelle cet acte fait allusion 
consiste en ce que : « si le curé du lieu est résident et 
veut aussi dire la messe, il le fera à son tour. « 

Telle est pour ainsi dire la Charte initiale des 
Enfants-Prêtres de Mirecourt : nous y voyons une 
association de prêtres originaires du lieu, y habitant, 
et concourant avec le curé pour la célébration du 
service divin. Bien que des textes plus anciens nous 
fassent défaut, il n'est pas douteux que cette institution 

(1) Copie aux Arch. mun. G. G. 11. 

11 est remarquable que cette fondation primitive subsista 
sans changement jusqu'à la fin du xviii' siècle. On lit en 
effet dans une liasse de pièces provenant de la Chambre dos 
Comptes de Lorraine (Arch. Meurthe, B. 1862). a Ex" 1774, 
n" 156. Rentes anciennes. Bordereau de 60 fr. barrois, faisant 
en livres 25' 14» 3ii. Je soussigné Louis Léopold Frichelet, 
prêtre, receveur de MM. les Enfans- prêtres de la ville de 
Mirecourt, reconnais avoir reçu de M. Pierre Rousseau, 
conseiller du roi, receveur général ancien des domaines et 
bois de Lorraine et Barrois, la somme de 22' 14« S"", pour une 
année de rente, échue au dernier décembre 1774... A Nancy, 
le 2' février 1777. » 



— 168 — 

fonctionnait déjà, depuis longtemps peut-être, dans des 
conditions identiques. C'est ce qui est attesté par de 
nombreuses pièces postérieures, qui, sans fixer de dates 
précises, font toutes remonter à une époque plus 
éloignée la fondation de cette compagnie. Nous savons 
que celle de Rosières existait au xiv' siècle, et il est 
permis de présumer pour Mirecourt une date aussi 
reculée. Les lettres patentes de 1513 sont donc invo- 
quées simplement comme un acte écrit précisant la 
nature des obligations et des services de la communauté, 
acte sur lequel sont venues se modeler toutes les 
dispositions de nombreuses libéralités analogues. 

Par conséquent, il serait faux de dire que c'est le duc 
Antoine qui a autorisé l'établissement des Enfants- 
Prêtres : ce serait se faire une idée fort peu exacte des 
relations qu'avaient au moyen âge les pouvoirs publics 
avec les bourgeois des villes ou les communautés, tant 
laïques que religieuses. Celles-ci se formaient et 
pouvaient vivre sans aucune intervention nécessaire du 
prince ou de ses officiers. Elles existaient en fait par la 
libre et spontanée agrégation de leurs membres ; elles 
pouvaient dès lors se constituer un patrimoine, l'admi- 
nistrer et le défendre par les voies légales ; de 
nombreuses décisions judiciaires on font foi, et dans 
les procès assez nombreux que les Enfants-Prêtres 
eurent à soutenir, on voit les juges admettre sans 
difficulté leurs représentants, sans leur demander de 
justifier des origines de leur institution. 

Si, dans l'espèce, le donateur Didier Tallart requiert 
l homologation ducale, c'est qu'il s'agissait d'une rente 
due par le domaine, et dont il était nécessaire d'auto- 
riser le transfert au profit des nouveaux titulaires. 



— 169 — 

C'est pour le même objet que, le 28 juin 1702, de 
nouvelles lettres furent données par le duc Léopold ; 
nous n'en connaissons pas la teneur, mais on peut 
présumer qu'elles furent nécessitées par une modifica- 
tion que nous révèle l'inventaire de 1757 : au lieu d'être 
assignée spécialementsurles salines de Château-Salins, 
vers cette époque, la rente de 60 fr. fut payable 
simplement sur les revenus du domaine de Nancy. 

Une autre cause d'intrusion des officiers ducaux dans 
les affaires de la communauté résultait de l'assiette et 
du paiement des impôts 'auxquels elle se trouvait 
astreinte, comme tous les gens de mainmorte, notam- 
ment en ce qui concerne le droit d'amortissement et de 
nouvel acquêt (1). Mais jamais nous ne voyons qu'il 
soit nécessaire d'une permission expresse pour la 
création d'une communauté nouvelle. Le droit public 
ne fut à cet égard modifié en Lorraine qu'en vertu d'un 
Editde Stanislas, promulgué en 1759 (2). 

(1) Lettres d'amortissement du 8 octobre 1754, eatérinées 
à la Chambre des Comptes le 12 mars 1755, au profit du curé 
et de la communauté des Enfans-prêtres de la ville de 
Mircourt. Quittance de 19' 15** 3'' pour le droit d'amortisse- 
ment et nouvel acquêt d'immeubles sur le ban de Mattaiu- 
court, estimés 85' 14" 3'' acquis par échange de Claude 
Berlot, suivant acte du 24 mai 1735. — Autre quittance de 
212' G'i à quoi a été modérée celle de 235' 8^ 4'' à cause d'un 
gagnage du rapport de 2 paires et un demi resal d'orge, situé 
au finage de Mircourt. de valeur de 1,000' , à ladite com- 
munauté donné et légué pour fondation tant dans l'Eglise 
paroissiale que dans la chapelle de la Houtre, par J. Fr. 
Mathieu, avocat audit lieu, suivant codicille reçu par 
Boulanger, tabellion, le 23 octobre 1735 (Arch. Meurthe, B. 
11.379.) 

(2) Edit de Stanislas du mois de septembre 1759. - Art l'^ 
Tout établissement de chapitres, maisons ou communautés 



— 170 — 

A partir de 1513, les mentions relatives aux Enfants- 
Prêtres deviennent de plus en plus fréquentes. Dans les 
fondations pour services religieux faites au profit de la 
fabrique de l'église de Mirecourt, les constituants, à 
l'exemple de Didier Tallart, ne manquent point d'ordi- 
naire d'associer au clergé de la paroisse la communauté 
ou la compagnie des Enfants-Prêtres, ou plus ordinaire- 
ment encore de spécifier que les donations sont faites 
« aux sieurs curé et Enfans-Prêtres de Mircourt. » 
Leur patrimoine alla donc sans cesse s'accroissant, et 
il serait trop long d'énumérer les titres souscrits en leur 
faveur, d'autant mieux que nous n'aurions guère qu'à 
répéter les mentions données précédemment au sujet 
de l'obituaire. Nous nous bornerons à rappeler une 
disposition importante qui vint améliorer notablement, 
au XVII' siècle, les finances de la communauté. 

Par testament du 27 août 1517, Husson Thouvenel ou 
Ghauvenel, de Remoncourt, ancien receveur du 
Domaine à Mirecourt, avait doté largement la chapelle 
de « Notre-Dame de Pitié et St- Antoine de Pade », 
érigée en l'église paroissiale. Un siècle plus tard, les 
bourgeois de Mirecourt entreprirent d'affecter cette 
dotation au curé et aux Enfants-Prêtres : il fallait pour 
cela obtenir d'abord l'autorisation épiscopale, puis le 
consentement du chapelain pourvu du bénéfice, ainsi 
que des coUateurs. On s'adressa d'abord à l'évêque de 
Toul, et les termes de cette supplique, qui ne porte 

religieuses... érection de chapelles ou autres titres de 
bénéfices, ne peut avoir lieu qu'en vertu de lettres patentes 
dûment enregistrées... — Art. 13. Ces dispositions s'appli- 
quent rétroactivement à tous les établissements fondés depuis 
le mois de décembre l'73'5 (Rec. des Edits, x, 18.) 



— 171 - 

point de date, sont assez caractéristiques pour que nous 
croyions utile d'en reproduire le passage suivant : 

« Exposent humblement (les mayeur et conseillers) 
pour tout le corps de ladite ville, qu'il y a une seule 
église paroissiale en ladite ville sous l'invocation de 
Notre-Dame, St-Nicolas et St-Didier, laquelle, bien 
que chargée de grand nombre de paroissiens, n'a néan- 
moins revenu fixe que du tiers es dixmages gros et 
menus du finage dudit Mircourt, qui ne peut monter 
annuellement qu'à 15 ou 16 paires pour les gros, et à 
quasi rien pour les menus ; qu'à raison de la grande 
charge de ladite église, à laquelle un sieur curé ne peut 
suffire, ladite ville aurait dès un très long temps affec- 
tionné d'obliger des enfans originaires du lieu, promus 
à l'ordre sacré de prêtrise, à y faire résidences per- 
sonnelles, afin de secourir et soulager ledit sieur curé 
en ses fonctions spirituelles ; et à ce dessein successi- 
vement, par obils et autres dispositions pieuses (aurait) 
constitué quelque fond, lequel néanmoins n'étant que 
de quelque 30 paires de grain ou environ de revenu 
annuel, jaçois qu'ils soient pour le présent au nombre 
de six, et que par événement ils se puissent rencontrer 
en plus grand nombre, ils prévoyant que le peu de 
moyens qui en revient auxdits prebstres pour en vivre 
commodément, les pourra occasionner de chercher 
parly ailleurs et déserter ladite église, s'il n'y est obvié 
par augmentation dudit fonds ; à quoi lesdits exposans 
incitant leur pensée, comme aussi lesmoyens d'agrandir 
de quelque chose le revenu fixe et certain d'icelle église, 
et considérant qu'un moyen se présentoit si certaine 
chapelle de patronage laie, fondée sous l'invocation de 
N.-D. de Pitié et de St-Antoine de Padoue, par feu 



— 172 — 

Husson Ghauvenel de Remoncourt... pouvant valoir 
annuellement 300 fr.... s'unissaità ladite église.... » (1). 

Cette pétition reçut un accueil favorable : l'autorisa- 
tion fut accordée à la date du 20 mars 1630 par le 
cardinal Nicolas-François ; le chapelain, messire Jean 
Simonin, sans doute indemnisé par la ville, avait déjà 
donné son adhésion. Restait à obtenir celle des coUa- 
teurs, les sieurs Flament père et fds, qui formulèrent 
d'abord une opposition par l'organe de François 
Flament, bourgeois de Verdun ; mais ils finirent par 
s'en désister, comme il résuite d'un actedu4 juillet 1630. 
Les biens de la chapelle furent attribués de la manière 
suivante ; 

« Une maison en dépendant pour servir de résidence 
<r perpétuelle au sieur curé de la paroisse, et les autres 
« biens, rentes et revenus à la Compagnie des Enfans- 
« prebtres, moyennant l'acquit du service y affecté et 
« charges y appartenantes. » 

Il ne faudrait pas croire cependant, malgré le nombre 
considérable de fondations auxquelles participèrent les 
Enfants-Prêtres, que leur communauté arriva jamais 
!i une véritable opulence. Nous avons essayé de faire le 

(1) Arch. mun. GG. 18. — Retenons de ce document que 
la communauté se compose alors de six prêtres. Quant à la 
mention par laquelle la ville aurait l'habitude d'obliger les 
enfants du lieu, promus à la prêtrise, à y faire résidence, 
nous croyons qu'il ne faut pas l'appliquer à la lettre : on ne 
voit pas on effet par quels moyens, au xyii* siècle, des fils 
de bourgeois auraient pu être empêchés de changer de 
domicile à leur guise ; ils n'étaient obligés à la résidence que 
s'ils voulaient participer aux émoluments. 

Fin 1769, nous trouvons onze Enfants-Prêtres, y ccmpri.? 
le curé (Ms. de Chatrian, La Lorraine ecclésiastique, s. d.) 



— 173 — 

relevé de tous lus actes mentionnés à l'inventaire de 
1757 et d'estimer la valeur des legs et des donations qui 
s'y trouvent exprimés. Cette opération n'est pas 
susceptible d'une grande rigueur, parce (|ue rentes et 
capitaux proviennent de fondations faites à des époques 
très diverses, et aussi parce que ces derniers consistent 
tantôt en sommes d'argent, tantôt en fonds de terre 
dont le revenu n'est pas aisément appréciable. Quoiqu'il 
en soit, en ramenani ce revenu de 1757 à sa valeur 
intrinsèque actuelle, nous ne dépassons pas 3.100 fr. (1). 
C'est peu assurément, si l'on réfléchit que les partici- 
pants, qui étaient au nombre de six en 1607, sont treize 
y comprrs le curé à l'époque de l'inventaire. Il y a donc 
loin de ce modeste émolument aux riches dotations de 
certaines communautés religieuses sous l'ancien 



'O' 



régime. 



Nous n'aurions que peu de chose à ajouter pour 
compléter l'histoire des Enfants-Prêtres de Mirecourt, 
s'ils n'avaient été mêlés à plusieurs procès dont les 
pièces sont parvenues jusqu'à nous. Ces documents, à 
travers le langage prolixe de la procédure, nous laissent 
apercevoir certains détails intéressants que nous allons 
résumer de notre mieux, en faisant tout d'abord obser- 
ver que ces pièces ne sont pas complètes, et qu'elles 
n'émanent que d'une seule des parties (les Enfants-- 
Prêtres), de sorte (jn'il convient de se tenir en garde 
contre les développements oratoires d'avocats enclins 

(1) Nous nous sommes servi, pour ces calculs, des Tables 
de M. de Riocour, en ce qui concerne les sommes d'argent, et, 
relativcmetit aux fonds de terre, des résultats de notre tra- 
vail sur V Aisance relative du paysan lorrain, Nancy, 1889. 



— 174 — 

à charger la partie adverse, afin de faire mieux valoir 
la cause de leurs clients. En comptant bien, nous trou- 
vons au moins six affaires dans un peu moins décent 
ans, ce qui prouve que le goût de plaider fut toujours 
assez vif en Lorraine, même chez les ecclésiastiques. 
Circonstance aggravante, la plupart de ces affaires sont 
motivées par des difficultés entre les Enfans-prêtres et 
leur chef naturel, le curé de Mirecourt, 

On ne s'en étonnera pas trop si l'on réfléchit combien 
étaient vagues les termes des fondations, attribuées 
sommairement « aux sieurs curé et Enfants-Prêtres, » On 
ne disait pas quelle serait la part des uns et des autres, 
quelle devait être l'organisation de la communauté, 
comment devaient être admis les nouveaux membres : 
toutes ces questions ne pouvaient se résoudre, à défaut 
d'entente amiable, qu''à coup dé décisions judiciaires, 
qui dévoraient en pure perte le patrimoine commun et 
laissaient derrière elles de longues inimitiés, difficiles 
à oublier. Somme toute, la question d'argent et la ques- 
tion d'étiquette, furent les origines de ces trop fréquents 
débats. 

Le premier en date, — le seul oîi le cuié ne soit pas 
en cause, — concerne l'admission d'un sieur Maurice, 
qui ne remplissait pas les conditions de la fondation du 
chanoine Tallart. Un arrêt du Parlement de Metz, du 
10 septembre 1672 (1), déclare la nullité de toute 
réception dans laquelle l'élu ne peut justifier qu'il est 
né et qu'il a été baptisé à Mirecourt. Le curé de la 
paroisse est seul dispensé de celte double preuve. 

(1) Relaté dans riaventaire de 1757. 



— 175 — 

Quelques années après, les Enfants-Prêtres sont en 
discussion avec le curé de Mirecourt, qui était alors 
Nicolas-François de Germiny « au sujet du partage et 
division des rentes et revenus appartenant à la commu- 
nauté. » Nous n'avons que cette indication sommaire 
sur l'objet du litige et nous voyons seulement que les 
parties ayant voulu soumettre à l'Official de Toul leur 
différend , un jugement du Bailliage , rendu le 
28 juillet 1681 (1), sur les réquisitions du sieur Alba, 
substitut du procureur général, revendique l'affaire, 
faisant à tous juges ecclésiastiques les plus expresses 
inhibitions et défenses de s'en occuper. C'est donc un 
simple conflit de juridiction qui ne nous appi'end rien 
sur le fond du débat. Cet incident n'engendra pas de 
mauvais souvenirs, car nous voyons qu'en 1693 et 
1694, M. de Germiny remplit les fonctions de receveur 
des Enfants-Prêtres, charge qui se conférait par l'élec- 
tion de tous les confrères. 

Des difficultés plus graves s'élevèrent avec son 
successeur, Louis-François Payen, qui régit la paroisse 
de 1704 à 1710. 11 s'agissait, autant que nous pouvons 
le présumer d'après une mention sommaire, de décider 
si le curé était en droit d'appeler des prêtres du dehors 
pour les services mortuaires, messes de confréries, 
corps de métiers et autres semblables. Il intervint en 
1705 une transaction (2) qui semble tout à l'avantage 
des Enfants-Prêtres: le curé déclare qu'il se conformera 
à la pratique ancienne et qu'il ne pourra employer 
d'autres ecclésiastiques que ceux de la communauté. 

(1) Copié dans le recueil ras. dj M. Yveraeau. 

(2) ivlentionué dans les pièces du procès de 1765. 



— 176 — 

Dans ces conditions, on ne comprend pas bien pour- 
quoi l'animosilé continua, toujours plus vive de la part 
des Enfants-Prêtres, qui se permirent des attaques au 
moins fort déplacées à l'égard de leur pasteur. Ils firent 
imprimer notamment, sous le titre d'Avis au public, 
un placard dans lequel ils accusent celui-ci de ne pas 
remplir les devoirs de son ministère, et de faire payer 
ses services plus cher que ne le permettait le tarif du 
diocèse ; en revanche, la communauté des Enfants- 
Prêtres est louée pour sa modération et sa discipline (1). 
Il résulterait de ce libelle la preuve d'une sorte de con- 

(1) Avis au public. — Les 26 et 27 juin 1709, M. de 
Camilli, évêque de Toul, étant dans cette ville dans le cours 
de ses visites, MM. les magistrats et officiers de l'Hôtel-de- 
Ville présentèrent à S. G. deux requêtes renaplies de 
plusieurs plaintes contre leur curé, notamment au sujet des 
rétributions et himoraires qu'il exigeait, de sa négligence 
à visiter les malades, ne les visitant pas dans les derniers 
momens de la vie, etc. Sur quoi, lesdites deux requêtes 
vues, information sommaire faite, le s' curé et MM. les 
magistrats ouïs par Mgr, il fut ordonné, réglé et statué ce 
qui suit : 

(C'est un règlement avec tarif pour le Conseil de la 
paroisse. Le placard se termine ainsi :) 

La Communauté ecclésiastique vulgairement dite des 
Enfans-prêtres n'ayant jamais donné occasion de ciier 
contre ses rétributions et honoraires, il ne s'est jamais vu 
aucun règlement particulier contre elle ; sa règle sont (sic) 
les statuts du diocèse... Elle perçoit ses droits comme 
s'ensuit... 

Pour l'assistance de chaque prêtre aux enterrements, 7 gr. 
valant 5 sols ; — pour deux messes solennelles, vigiles, les 
laudes, obsèques et le libéra, 14 fr. valant 6 livres ; — pour 
chacun de MM. les prêtres qui f.jnt diacre et soudiacre aux 
trois messes des services, 6 sols, ce qui fait 30 sols ou 
r 16''. 

(Arch. m"''='*G. G. 11.) 



— 1 / / — 

curretice déloyale, particulièrement odieuse eu égard à 
la nature des intérêts en présence. Puis venaient des 
accusations d'un autre genre, qui nous font souvenir 
que nous sommes au temps du Jansénisme et de ia 
bulle Unigenitus : le curé aurait dit, en parlant de 
l'ouvrage de Mgr de Cambrai (1), qu'il aimerait mieux 
être débaptisé que de croire à l'infaillibilité du pape ; 
dans ses sermons, il tend à supprimer la dévotion 
envers la sainte Vierge et les saints ; il dit que Ton doit 
s'adresser directement à Dieu, que le jeûne est inutile 
sans l'aumône, que le prône est aussi nécessaire que la 
messe... (2). Bref ses adversaires le font passer pour 
un franc hérétique ; montée à ce point, l'irritation dura 
sans doute jusqu'à la mort du curé Payon. et nous ne 
pouvons dire jusqu'à quel point étaient fondées d'aussi 
âpres critiques. 

Suit une longue période de calme, qui ne prend lin 
qu'en 1743. La cure de Mirecourt était alors occupée par 
Jean-François Gouvenot, d'un caractère emporté, très 
jaloux de ses prérogatives et impatient de toute contra- 
diction. Le receveur des Enfants-Prêtres, le sieur La- 
traye, étant venu à mourir en novembre 1742, le curé 
requit d'abord un inventaire en forme des titres et papiers 
de la communauté (3), ce qui fut accordé ; il prétendit 

(1) S'agit-il du livre de FéDelon sur les Maximes des 
Saints, coudamué par le pape ea 1G99 ? 

(2) Inventaire-sommaire des Arch. dép'*^* des Vosges, DD. 
38 (Registre contenant un ensemble de pièces de 1692 à 1706.) 

(3) Après de nombreuses péripéties, dans le détail dos- 
quelles nous ne pouvons entrer, cet inventaire ne fut achevé 
qu'en 175C, et accepté seulement le 14 Juin 1758, Ont signé : 
Gouvenot (curé), Arthaud (doyen), Lanvers (receveur), 
Bourgeois, Vernet, Cabasso, Dubois, Gaillard, Pierson, 

12 



— 178 — 

ensuite (jue ces documents ne devraient plus être laissés 
à la disposition du seul receveur, mais qu'il convenait 
de les enfermer dans un coffre à deux serrures, dont 
lui, curé, aurait une des clefs. Cette marque de défiance, 
contraire à la pratique ancienne, souleva une vive 
opposition et dès ce moment les hostilités furent 
engagées. 

Entre temps, un jeune prêtre nommé Frichelet, étant 
venu se fixer à Mirecourt, son lieu d'origine, requit du 
receveur de la communauré son inscription au nombre 
des Enfants-Prêtres. Or, la coutume voulait que le nouvel 
entrant fît auparavant visite à chacun de ses futurs 
collègues; Frichelet s'étant dispensé de ce devoir, sur 
les conseils, paraît-il, du curé Gouvenot, le receveur 
lui refusa son immatriculation. Aussitôt le curé conduit 
Frichelet à l'Hôtel-de-Ville, se plaint auprès des officiers 
de l'abus de pouvoirs dont son protégé est victime et 
leur persuade de prendre fait et cause pour ses intérêts. 
Il parvient à obtenir une requête dans laquelle, attendu 
la négligence des Enfants-Prêtres à remplir leurs 
devoirs, on demande, pour les y contraindre, la mise 
sous séquestre de tous leurs biens. Il serait curieux de 
savoir sur quels motifs était fondée cette prétention 
exorbitante; nous voyons seulement, en marge d'une 
des pièces, la solution fort sage donnée par le chancelier 
La Galaizière : 

« Cette affaire est de nature à être réglée par 



Henry, Frichelet, Legros et Verdun (Enfaas-prêtres). C'est 
cet inventaire qui nous a été particulièrement utile pour 
notre travail, et que nous avons fréquemment cité dans les 
pages qui précèdent. 



- 119 — 

« l'Ordinaire entre le curé et les Enfans-prebstres, 
« sans que l'Hôtel-de- Ville doive s'engager pour cela 
« dans les frais d'un procès en justice réglée. Fait à 
« Lunéville, ce S4 janvier 1758 (1). » 

Une transaction intervint, aux termes de laquelle 
Frichelet dut fournir communication de ses titres pour 
être admis dans la communauté ; on ne nous dit pas 
s'il fît. enfin ses visites. 

Les contestations ne tardèrent pas cependant à 
renaître sous une autre forme. Les Enfants- Prêtres 
accusaient Gouvenot de ne point annoncer en chaire les 
fondations à acquitter chaque semaine, laissant entendre 
qu'il omettait volontairement de dire les messes qui 
étaient trop peu rétribuées. Le curé se détendit en allé- 
guant que s'il avait fait quelque omission, c'était 
involontairement, unj liste exacte et complète des 
services dûs par l'Eglise n'ayant jamais été dressée. Les 
Enfants-Prêtres se hâtèrent de composer cette liste et de 
l'afficher à la sacristie dans des cadres ou tabulaires 
qu'ils disposèrent à cet effet. Messire Gouvenot se 
fâcha tout à fait : ne le laisserait-on maître nulle part ? 
Obligé déjà de souffrir des auxiliaires à l'Eglise, serait- 
il encore forcé de les subir jusque dans sa sacristie ? 
Sans plus tarder, il fit arracher et détruire les tabulaires ; 
en même temps, il ordonna d'enlever une console 
sculptée que les membres du Conseil de ville avaient 
fait mettre au-dessus du banc destiné au doyen des 
Enfants-Prêtres, dans le chœur, à l'opposite de celui du 
curé : il entendait avoir seul droit à cette marque 
d'honneur. Cet acte d'autorité fit grand bruit dans la 

(i) Archives m»'"-'% GG. 11. 



— 180 — 

ville et l'affaire des tabulaires eut un retentissement 
pareil à celle du Lutrin de la Sainte-Chapelle, immor- 
talisé par Boileau. 

Enfm M. Gouvenol éleva la prétention de se faire 
suppléer par son vicaire dans tous les actes du minis- 
tère sacré pour lesquels il devait requérir l'assistance 
des Enfants-Prêtres, tandis que ceux-ci soutenaient que 
le curé devait toujours officier en personne. Tous ces 
griefs et d'autres secondaires furent portés à la fois, 
d'abord devant lès juges de Mirecourt, puis en appel 
devant la Cour Souveraine de Nancy. Les parties firent 
appuyer les conclusions prises en leur faveur par de 
volumineux mémoires dans lesquels l'adversaire était 
aussi peu ménagé que possible. Nous avons retrouvé la 
Reqnclle demploy (1) libellée au nom des Enfants- 
Prêtres ; c'est un beau et long morceau d'éloquence 
juridique, dans lequel on discute l'un après l'autre les 
cinq chefs de demandes produits par « Messire Gouve- 
not » ; nous pouvons par ce moyen apprécier d'une 
manière suffisante les prétentions réciproques. 

Le curé commence par dénier aux Enfants-Prêtres la 
personnalité juridique ; on lui répond facilement sur 
cette question purement théorique, en argumentant du 
vieux droit lorrain et de l'Edit de 1759, Ce point vidé, 
on s'attaque à sa prétention d'être seul maître et chef 
des Enfants-Prêtres : il n'est et ne peut être que pritnus 
in ter pares, associé au même titre que ses collaborateurs 
pour le service des fondations, devant par conséquent 
ces services en personne, obligé comme les autres 
prêtres de se soumettre aux règlements épiscopaux et 

(1) Cette pièce porte la date du 13 mars 1765. 



~ 181 — 

notamment au tarif des oblations de la paroisse. On 
revient ensuite longuement sur tous les griefs accumulés 
depuis plusieurs années : les préséances, l'affaire 
Frichelet, les tabulaires, et le mémoire se termine par 
des conclusions dont voici quelques passages : 

« Ce considéré. Nosseigneurs, plaise à la Cour 
« donner acte aux suppliants de la présente requête, et 
a en conséquence mettre l'appellation de Messire 
« Gouvenot au néant... Emendant. condamner Jean- 
« Claude Mathon, sacristain, à rétablir les tabulaires... 
« Ordonner l'exécution de la transaction passée en 1705 
« avec M* Payen... Condamner M* Gouvenot à acquitter 
« à son tour les fondations, si mieux n'aime renoncer 
« aux rétributions correspondantes... » 

La Cour souveraine fil-elle justice en accordant aux 
appelants leurs conclusions ? Comme il arrive assez 
souvent dans ces recherches, nous n'avons pu lire la 
pièce essentielle, l'arrêt qui vint clore cette longue 
procédure. Nous ne savons donc comment elle ae 
termina ; mais comme déj.i au xviii' siècle la marche 
des instances n'était pas fort rapide, nous pouvons 
supposer que celle-ci se prolongea jusqu'à la mort de 
l'opiniâtre curé, qui arriva dans l'année 1767. 

On trouvera sans doute que nous nous sommes attardé 
trop longtemps au récit de pures chicanes, qui si elles 
rappellent cevtains traits de mœurs de l'époque, ont 
pour inconvénient de jeter quelque peu de ridicule sur 
les hommes dont nous venons d'esquisser Thistoire. 
Nous ne voudrions pas cependant qu'on les jugeât 
uniquement sur ces misères. Dans les trois ou quatre 
siècles d'existence de la communauté des Enfants- 
Prêtres, les procès, quelqu'ait été leur nombre, ne furent 



- 18ïî — 

en somme que des intermèdes qui ne doivent pas faire 
oublier les longues années de services dévoués et de 
piété charitable. De même qu'à côté du curé Gouvenot, 
toujours prêt à la bataille, nous pouvons placer son 
saint prédécesseur, M. de Germiny, qui consacra sa 
fortune h la construction de l'hôpital actuel de 
Mirecourt (1), de même aux agitations regrettables de 
quelques meneurs, nous pouvons opposer par exemple, 
la mission acceptée et remplie par les Enfants-Prêtres 
dans les dernières années de leur existence légale, et 
les origines peu connues de l'œuvre des Apprentis 
dans la petite ville lorraine. 

(1) Voir, sur cet hôpital, M. Ch. Laprevote, op. cit., p. 
205-207, et notre Notice historique, en préparatiun. 

On trouvera ci-après, en Appendice, une liste aussi com- 
plète que possible, des curés de Mirecourt. 

L'abbé Chatrian, dont les manuscrits, conservés à la 
bibliothèque du grand Séminaire de Nancy, sont une mine 
si précieuse d'informations pour l'histoire ecclésiastique, se 
montre fort dur pour les Enfants-Prêtres. Voici quelques- 
unes des appréciations de cet irascible auteur : a En 
novembre 1768, mort de M. de Noncourt, curé de Mirecourt 
depuis dix-huit mois; on prétend que le chagrin que lui ont 
causé les mauvaises façons des Enfans-prêtres et le regret 
d'avoir quitté Neufchâteau, l'ont conduit au tombeau... En 
1769, mort de M. François Arthaud... obligé de se retirer à 
Mirecourt, il s'y est montréconstamment le chef des ennemis 
de son curé, grand plaideur et le plus zélé partisan de 
l'anarchie et de l'indépendance. 

a En 1771, l'abbé Boulay, précepteurdes jeunes enfans du 
comte de Fresnel,... se retire à Mirecourt où, en attendant 
la Providence, il restera Enfant-prêtre et apprendra l'art 
de persécuter M. le Curé... » 

Ces passages nous ont été signalô.s par notre confrère 
M. l'abbé E. Buisson. 



— 183 - 

Dans le testament de Bonne Thiriet, à la date du 
3 mai 1760, se trouve le passage suivant : 

« Je prie le plus âgé des prêtres nés, baptisés, icy 
demeurant, de se charger de la somme de 2.500', pour 
les placer et en employer la rente à faire apprendre un 
métier à des enfans nés icy, pauvres garçons et filles 
alternativement et perpétuellement choisis à la pluraUté 
des voix des prêtres nés icy et y demeurant, auxquels 
seul chaque année le susdit ancien rendra compte du 
capital qu'il pourra placer seul avec les sûretés de 
droit, et il aura chaque année un louis pour ses soins. 
Et comme les sieuis curés sont chargés d'obligations, 
mon intention est qu'il ne soit pas (sic) de cet établis- 
sement, qui n'est pas une fondation dans la paroisse, 
mais pour les anciens à perpétuité des prêtres nés, 
baptisés, résidants icy, m'en rapportant à leur probité 
pour ce sujet... (1). » 

Ainsi les Enfants-Prêtres se réunissent pour choisir 
les apprentis et pour entendre les comptes de leur 
ancien, qui est chargé des détails de l'administration. 
Cette organisation est simple, logique, et fonctionnera 
sans difficulté. Qu'on remarque encore, en passant, 
l'entière liberté dont proiitentà ce moment les testateurs. 
Bonne Thiriet, fille d'un simple bourgeois, a l'excellente 
idée de créer une œuvre éminemment utile : elle peut 
choisir pour l'exécution de ses volontés telle commu- 
nauté qu'elle estime la plus propre à entrer dans ses 
vues ; elle ne risque point de voir son testament brisé 
ou ses intentions méconnues, et aucune loi ne lui 
impose un mandataire forcé dont elle pourrait ne pas 

(1) Archives m^'^s GG. 11. 



— 184 — 

vouloir ; stimulant énergique dont il serait sage de ne 
point se priver de nos jours. 

Une seule modificatiou fut apportée aux clauses si 
précises du testament de 1760. En 1773, les Enfants- 
Prêtres imaginent que l'exclusion du curé est chose 
blessante et fâcheuse ; que par ses fonctions le curé de 
la paroisse a une connaissance plus parfaite des besoins 
de tous, et (ju'il convient de l'admettre au choix des 
apprentis, nonobstant la disposition contraire de lu 
testatrice ; quelle différence avec le temps oii les Enfants- 
Prêtres repoussaient avec toute Ténergie que l'on sait 
l'ingérence du curé Gouvenot : on était au mieux avec 
son successeur. La Goi.r souveraine voulut bien homo- 
loguer la requête à elle présentée ; ce lut la seule 
circonstance dans laquelle la nouvelle fondation motiva 
une décision judiciaire (1). 

Les comptes de Vancien des Enfants-Prêtres men- 
tionnent, avec plus ou moins de détails, les marchés 
d'apprentissage passés pour le placement des pauvres 
choisis par la communauté. En 1782, traité avec 



(1) Du 4 mafs 1773. Requête au nom do Claude-Dominique 
Lauvers, François-Gabriel de Vernet, Joseph Cabasse, Louis- 
Léopold Frichelet, Jean-Baptiste Collin, Georges Boulet, 
tous Enfans- prêtres de la ville de Mircourt (François Pier- 
son, l'un desdits Enfans-prêtres, ayant refusé de se trouver 
en Irt convocation)... Supplient la Cour qu'il lui plaise 
admettre dans le nombre de? prêtres le sieur Curô, pour les 
raisons dessus dites.... Et pour, de la part dus^ Lauvers, 
donner des marques de son désintéressement, mettre dans 
la requête qu'il se déporte du louis a lui légué (comme plus 
ancien) pendant sa vie durante, pourêtre ledit louis réuni à 
la rente du capital de 2.500i . — L'homologation de la Cour 
est du 18 mara 1773. 



— 185 — 

Laurent, charpentier; un autre en 1784, moyennant 
2 louis et demi : un autre encore, pour trois ans, en 
1786, avec Charles Pierrefitte, tailleur d'habits, 
moyennant 200' pour toute la durée de l'apprentissage. 

A Dominique Lanvers succéda, comme ancien, en 
1789, le sieur Elophe, dont les comptes sont plus 
expHcites. Ainsi, pour cette année 1789 : 

« Jour pris avec M. le procureur du roi pour 
l'assemblée, le 18 mai, laquelle fut annoncée au prône 
dimanche 17. Personne ne s'y trouva que M. le curé 
et moi. Remise au jour de l'Ascension, entre nones et 
vespres. Furent présens MM. le curé, Elophe, Mougenot, 
Salle, Le Clerc. Remise au lundi 25, annoncée de 
nouveau au prône. Enfin, lundi 25, se trouvant à 
l'assemblée MM. le curé, Mougenot, Salle et moi, nous 
avons choisi cinq garçons pauvres. Le sort a favorisé 
le nommé J.-B. Belval dit BeautVène, âgé d'environ 
16 ans, lequel a choisi le métier de menuisier. En 
conséquence, marché fait le 26 avec J'' Philippe, maître 
menuisier, pour trois années consécutives, pendant 
lesquelles le jeune homme sera nourri, logé, chauffé, 
moyennant six louis, dont Philippe a touché la moitié, 
aujourd'hui 26 mai 1789. » 

Mais Belval se trouve d'un tempérament trop faible 
pour le métier de menuisier ; on résilie le marché 
passé avec Philippe, et le 3 janvier 1791, l'apprenti est 
confié à François Lngage dit Namur, cordonnier, qui se 
charge de lui apprendre le métier dans six mois, 
moyennant 7' 15^ pour nourriture par chaque mois. 

Voici maintenant le choix et le placement d'une 
apprentie : 

« Le 10 mai 1790. Assemblée oii se trouvèrent 



— 186 - 

MM. le curé, Mougenot, Le Clerc, Gablan. Lagrange 
et moi. Aucun des gens du roi ne s'y trouva, quoique 
M. Delpierre, avocat du roi, en l'absence du procureur, 
ait pris jour afin qu'on annonçât le tirage au prône, 
comme fut fait lo 5* dimanche après Pâques. Sept filles 
se présentèrent. Le bon billet échut à Jeanne-Glolilde 
Huel, âgée de 13 ans, fille des défunts Henri Huei et 
Jeanne -Ursule Rémi, laquelle a choisi le métier de 
tailleuse d'habits. Traité fut fait avec sa sœur, Marie- 
Elisabeth Huel, fille maîtresse tailleuse à Charmes, pour 
trois années d'apprentissage, moyennant six louis d'or 
une fois paies, dont elle a reçu la moitié en signant le 
traité. » 

On voit parces exemples qu'une nouvelle modification 
s'était introduite depuis la mort de Lanvers : on 
admettait à l'assemblée « les gens du roi, » sans doute 
dans le but de contrôler la sincérité des opérations. 
Mous ne savons en vertu de quelle décision cette inno- 
vation fut acceptée. 

La dernière mention du dossier est la suivante : 

ΠDu 20 germinal an II. Inventaire fait par Jean- 
François Demay, officier municipal de la commune de 
Mirecourt, des titres et papiers dépendant de la 
fondation de feue Bonne Thiriet... lesquels ont été 
déposés par le citoyen Claude-François Elophe, ancien 
des ci-devant Enfans-prêtres, et directeur de ladite 
fondation depuis 1789 jusqu'en 1793... » 

C'était la fin. La dotation de Bonne Thiriet fut 
naturellement confisquée par la Nation. Aux 2.500' du 
testament de 1760 était venu se joindre un supplément 



— 187 — 

de 200', provenant de la demoiselle Alba (1). Sans cette 
suppression inopinée, l'institution se fût sans nul doute 
fortifiée peu à peu, et les donations ne lui eussent pas 
manqué, car elle répondait à un besoin réel. 

Depuis, l'œuvre des Apprentis a été momentanément 
reprise à Mirecourt, et si les circonstances n'en ont 
pas permis le maintien, cependant les résultats obtenus 
en 1875 n'étaient pas moins précieux qu'en 1780 et 
en 1789. Lorsqu'un jour, que nous souhaitons prochain, 
cette utile institution sera enfin rétablie, les nouveaux 
fondateurs pourront se rappeler qu'il y a plus d'un 
siècle une fille de Mirecourt leur a donné l'exemple, et 
sans doute ils aimeront aussi à se rattacher à la com- 
munauté des Enfants-Prêtres, dont nous avons cru in- 
téressant de renouveler le souvenir. 



(1) Du 15 sept. 1784. Testament de Mlle Alba, sœur de 
de M« Alba, avocat à la Cour, léguant 200' pour augmenter 
la fondation de Mlle Thiriet, en faveur des pauvres 
enfants. 



APPENDICES 



I. 

Liste des curés de Mirecourt (I). 

Aubriel (Jehan). — Témoin de la donation faile le 
25 juin 1 i"23, par Richard le Favart à l'hôpital de 
Mi recourt. 

TramoDzaul (Villaume). — De Rosières-aux-Salines, 
curé de « l'église parochiale do Mirecourt » en 1461 
(Testament de Hawy, femme do Richard le Favart, 
fondateur de l'hôpital). 

Tallart (Didier). — Aumônier du duc Antoine, audi- 
teur en la Chambre des Comptes, etc. Mort en 1513. 
C'est à lui que l'on doit la première fondation connue en 
faveur des Enfants- prêtres. Il est désigné comme curé 
de Mirecourt dans l'Inventaire de 1757 mentionné ci- 
dessus. 

Paris (Arnoulf). — Cité comme curé de Mirecourt 
dans le testament de Jacques Pasticier, du 20 août 1598. 
A signé l'obituaire rédigé en 1611. 

(1) Nous avons puisé les principaux éléments de cette liste 
dans dos travaux de feus MM. Ch. Laprevote et 'e président 
Bastieu, de Mirecourt ; nous les avons complétés par nos 
recherches personuellei;, notamment dans les archives de la 
ville, dans celles de l'hôpital, et dans les manuscrits de 
l'abbé Chatrian {Pouillê du diocèse de Toitl, 17H0 ; Notice 
du diocèse de Nancy, 1805, etc). 



— 189 — 

Paticier (Claude). — Baclielier en théologie ; a 
occupé la cure de 1613 à 1635. 

Hucher (Nicolas). — Curé de 1636 à 1638. 

De la Motte St-Jean (Barthélémy). - Curé de 
1638 à 1642. 

Martin (Didier). — Ancien curé de Girecourl-Ies- 
Viéville, prolonotaire apostolique, doyen de Jorxey. 
Curé de Mirecourt de 16i3 à 1667. 

De Germiny ou Germiny (Nicolas-François). — 
Docteur en théologie. Démissionnaire en 1704 ; mort 
le 29 mars 1707, à l'âge de 82 ans. Inhumé au pied et en 
face du maître-autel. Second fondateur de l'hôpital 
(selon Ghatrian, il serait sorti de la cure, par permuta- 
lion, en 1700 ; cependant, des lettres d'amortissement 
du 2 mars 1703 lui donnent encore la quahté de curé 
de Mirecourt (1), 

Grandoïen (Jean-Dominique) (2). — Natif des Trois- 
Vallois. Docteur en théologie. Aurait occupé en la cure 
1700 par permutation du précédent (Ghatrian). 

Payen (Louis-François). — - Docteur en théologie. 
Guré de 1704 à 1710. Mort le 2 août 1710, âgé de 56 ans. 
Inhumé au chœur. 

Didelot (Joseph). — Natif de Grévic. Docteur en 

(1) D'après son acte de décès, il a gouverné la paroisse 
l'espace de 37 ou îi8 ans : eu supposant qu'il ait été nommé 
en 1667, l'année même de la mort de son prédéce.sseur, 
l'année de sa démission est bien 1704. 

(2) Son existence ne nous est signalée que par Ghatrian. 
Mais on trouve, à la date du 17 novembre 1703, une quit- 
tance signée Payen, curé. Nous avons des raisons de douter 
que Grandoïen ait jamais été curé de Mirecourt. 



— 190 — 

théologie. Gi-devaat cuiédeCeinlrey. Curé deMirecourt 
au concours du 10 septembre 1710. Mort subitement 
en chaire le 22 novembre 1722, âgé de 60 ans. Inhumé 
au chœur, côté de l'Evangile. 

Gros (François). — Désigné comme administrateur 
de la cure en 1722-23. 

Michelet. — Natif de Nancy. Docteur en théologie. 
Mentionné à cette place dans les pièces du procès de 
1765. D'après M. Laprevote, il avait été curé d'Harau- 
court, et il a occupé la cure de Mirecourt de 1723 à 
1724. 

Foissey (Joseph-Etienne-Sébastien). — Natif de 
Mirecourt. Docteur en Sorbonne, aumônier de S. A. R. 
le duc de Lorraine. Curé de 1724 à 1742. Mort le 
7 août 1742, âgé de 52 ans. Inhumé au chœur, côté de 
l'Evangile (du côté de l'Epître, suivant M. Laprevote). 

Gouvenot (Jean-François). — Natif de Nancy. Prêtre 
de 1736, ci-devant vicaire à Saint-Amand de Toul. 
Curé au concours de 1742. Promoteur du doyenné de 
Jorxey. Mort le 27 juillet 1767, âgé de 55 ans, inhumé 
au chœur, côté de l'Epître. 

De Noncourt. — Natif de Neufchàteau. Docteur en 
théologie de la faculté de Ponl-à-Mousson. Vicaire à 
Saint-Laurent de Pont-à-Mousson, puis curé de Neuf- 
chàteau. Curé de Mirecourt au concours de 1767. Mort 
en novembre 1768, âgé de 56 ans. 

Chevresson (Joseph-Nicolas). — Natif d'Illoud-en- 
Barrois. Prôtre de septembre 1756, curé au concours 
du 18 janvier 1760. Mort à Nancy, où il s'était retiré, le 
31 (29 d'après Chatrian) décembre 1791, âgé de 00 ans. 



— 191 — 

— Ghevressori avait éle chassé de Mirecourt par les 
révolutionnaires, vers le mois d'octobre 1791. (Voir à 
ce sujet un [>amphlet intitulé : La tolérance constitu- 
tionnelle dans les provinces, ou relation de ce qui s'est 
passé à Mirecourt le 12 octobre 1791... In-8, 47 p., 
Paris, 1791). 

Frichelet (Louis-Léopold). — Né à Mirecourt en 
1732, ci-devant curé légitime de Ravenel et Enfant- 
prêtre de Mirecourt, est établi en avril 1791 adminis- 
trateur de cette paroisse par l'évêque constitutionnel 
Maudru, en attendant les élections populaires (Ms. Gha- 
trian, Plan du croquis d'une histoire du clergé du 
diocèse de Nancy pendant la Révolution). Il passa 
ensuite à Poussay. 

Poirot (Remy). — Curé constitutionnerde Mirecourt, 
depuis 1791 jusqu'en l'an II. La brochure sur la tolé- 
rance constitutionnelle signale déjà en 1791 : « Poirot 
intrus à la cure, Mougenot à l'hôpital. » Bien que 
désigné de la sorte par les réactionnaires du temps, 
Poirot l'ut envoyé au tribunal révolutionnaire de Paris, 
avec cinq autres citoyens de Mirecourt, comme suspects 
de fédéralisme et de modérantisme, par arrêté du 
représentant Faure, du 5 frimaire an II, à la suite de 
la Journée des Cloches, qui causa dans la ville une 
vive émotion. Par un hasard fort rare à cet'e époque, 
les accusés furent acquittés le 25 nivôse — 14 janvier 
1794 (V. H. Wallon, Hist. du trib. révolutionnaire de 
Paris, II, 534;. 

Démange. — Curé constitutionnel. — Nous n'avons 
sur son compte aucun autre renseignement. 

Perrin (Joseph-Pierre). — Né à Laneuveville-sous- 



- [di — 

Ghâtenois, le 18 mars 1751. Ex-lazariste. Déporté 
pendant la Révolution. Curé à Ghâtenois en janvier 1803, 
à Mirecourt en mai suivant (Cf. Ghatrian, Notice 
ecclésiastique du diocèse de Nancy, 1805). Mort le 
l" juin 1816. A été transporté de l'ancien cimetière 
dans le nouveau. 

Collin-Mathieu (Nicolas -Antoine). — Né à Remire- 
inont. Guré de Mirecourt de 1816 à 1821. Mort le 
2 avril 1821, âgé de 60 ans. Inhumé à gauche de 
la porte du vieux cimetière. 

Parisot (Pierre-Michel). — Né à Laneuveville-les- 
Nancy. Chanoine honoraire de Saint-Dié. Guré de 
Mirecourt de 1821 à 1868. Mort le 22 juin 1868, âgé de 
77 ans. Inhumé au pied de la croix du nouveau 
cimetière. 

Gravier (Nicolas-Auguste). —Ghanoine honoraire de 
Saint-Dié. Installé le 1" mai 1868. 



IL 

Observations au sujet d'un acte du XIV»- siècle concernant 
une fondation dans l'église de Mirecourt. 

Cet acte est daté du 23 septembre 1385 ; il est rédigé 
en latin, et il ne nous en reste qu'une copie du 
2i mai 1762(1). L'affaire qui s'y trouva relatée est fort 
simple : ce sont les exécuteurs testamentaires d'un 
nommé Albert, de Mirecourt, qui, pour remplir ses 
dernières volontés, réalisent une fondation dans 
l'église paroissiale de cette ville. Ils dotent d'une 
maison et de nombreux revenus l'autel déjà construit 
aux frais du défunt en l'honneur de saint Didier et 
sainte Catherine ; ces biens serviront à l'entretien d'un 
chapelain qui doit être désigné par la famille, et 
autant que possible parmi les descendants du fondateur; 
si la présentation n'est pas faite dans les quarante jours 
de la vacance, le droit de désignation appartient au 
curé de la paroisse. 

Toutes ces dispositions sont entièrement conformes 
aux habitudes du temps et nous donnent un exemple 
de ces érections de chapelles, si nombreuses au moyen- 
âge, (jui ont assuré largement dans nos églises le 
service divin, et créé successivement une partie du 
domaine ecclésiastique confisqué par la Révolution. 
Cet acte, émanant de simples particuliers, est sans 
doute, au point de vue civil, une donation avec charges : 



(1) Arch, m-"'^^* G. G. 18. 

13 



— 1U4 — 

le cliapelain nommé profite des émoluments de la 
fondation, et est tenu en échange de dire, trois fois par 
semaine, à l'autel Saint-Didier et Sainte-Catherine, une 
messe pour le repos de l'âme du défunt ; — mais il y a 
là bien plus qu'un simple contrat de droit civil, la 
constitution d'une de ces personnes morales si 
fréquentes dans la société de l'ancien régime, et dont 
nous avons trouvé déjà un exemple dans la communauté 
des Enfants-Prêtres. Ici, le bénéficiaire n'est pas tel 
chapelain nommé, c'est la chapelle^ être perpétuel, 
impérissable (au moins dans la volonté du donateur), 
([ui devient propriétaire, qui jouit, qui administre, 
conformément aux intentions des constituants. Cette 
liberté laissée à l'initiative individuelle par le droit 
public du moyen-âge, liberté si complète que le pouvoir 
central ne la réglementa qu'assez tard, — si féconde 
que toutes les formes de la charité et de la dévotion de 
nos ancêtres purent s'en accommoder, contraste pénible- 
ment avec le formalisme exagéré de la législation 
moderne qui arrête toutes les bonnes volontés et entrave 
la bienfaisance. 

Mais nous avons déjà rencontré ailleurs ces considé- 
rations, et c'est pour d'autres motifs que nous voulons 
attirer Taltention sur factede 1385, Il peut nous servir 
à étudier certaines particularités curieuses, à notre 
avis, concernant les noms de lieux, les noms de 
personnes, la nature des rentes et redevances usuelles 
en Lorraine, et enfin la composition de la fortune d'un 
bourgeois de celte époque : petites questions sans 
doute, mais dont la solution n'est pas inutile lorsqu'on 
veut se rendre compte de ce qu'était alors notre pays. 

Pour déterminer les noms de lieux et les noms de 



— 195 — 

personnes, une difficulté assez grave résulte de ce que 
notre texte est écrit en latin ; le rédacteur a dû s'ingé- 
nier pour revêtir d'une désinence classique des fermes 
assez rebelles à cette transformation ; il les a souvent 
défigurés au point de les rendre méconnaissables. Ce 
défaut est beaucoup moins sensible pour les rentes et 
redevances. 

Le premier nom de lieu est celui de Mirecourt, sous 
deux formes : Mirecuria elMyrcuria. Il est à remarquer 
que l'omission de l'e dans la seconde syllabe est très 
fréquente et s'est perpétuée communément jusqu'à la 
fin du xviii* siècle. Notre titre qualifie Mirecourt de 
villft, terme qui peut sembler impropre, si l'on se réfère 
à l'étymologie ancienne ; en effet, villa signifie le domaine 
rural, et par extension le village ; or, au xiv* siècle, 
Mirecourt ne comptait plus sans doute qu'une minorité 
de cultivateurs; son finage a toujours été assez étroit, 
et en 1303 elle avait déjà son enceinte de murailles (1). 
Le terme de villa, employé dans ces circonstances, 
montre qu'il avait changé sa signification ancienne et 
qu'on commençait à l'appliquer aux villes, dans le sens 
moderne, fortifiées ou non. Notons encore que la 
chapelle est dite exister dans l'église paroissiale érigée 
en l'honneur de saint Nicolas ; ceci est en désaccord 
avec l'acte de fondation de cette église qui lui donne 
pour patronne unique la Vierge Marie, aussi bien 

(1) oc Unam areara quam habebaat extra muros dictse 
villcG, a 1303. — Fundatio ecclesiae Mircuriensis. V. Ch. 
Laprevote, Notice sur Mirecourt, p. 172. — Au mot villa 
correspond villicus, le chef, le représentant du seigneur, 
le maire en un mot, et non le fermier, comme traduit à 
tort le copiste de la charte de 1234, trancrite par M. Lapre- 
vote, op. cit. p. 161-167. 



— 196 — 

qu'avec un autre titre, celui-ci du xvii* siècle, dans 
lequel la même église a trois patrons : Notre-Dame, 
saint Nicolas et saint Didier. 11 y eut donc, à plusieurs 
reprises, des changements à cet égard ; aujourd'hui 
même, saint Nicolas, Tunique patron de 1385, a été 
dépossédé de l'autel qui lui avait été dédié, depuis 
bientôt six siècles, et relégué dans une niche creusée à 
une certaine hauteur, dans le mur septentrional de 
l'édifice (1). 

Parmi les noms de lieux énumcrés dans notre titre, 
les uns sont orthographiés tels que nous les lisons de 
nos jours, les autres ont reçu une désinence latine. 
Dans la première catégorie nous rangerons Domèvrc 
(sous Montfort), Rozerotte, Viviers (lès-Offroicourt), 
Viacelle (localité détruite, près de Gripport). Dans la 
seconde, nous reconnaissons facilement dans Oiïrociiria, 
OflVoicourt ; dans Manilliis pvope BazoUcs, le Ménil 
près Bazoilles qui fait mainîenaiit partie de la commune 
de Rozerotte ; enfin la forme de BmoUis désigne 
itéralivement le village de Bazoilles près Mirecourt. 
Deux noms seuls peuvent prêter au doute : Pusuelz 
nous semble désigner Puzieux (cà 5 kilomètres de 
Mirecourt); quanta Pourli, c'est la forme génitive de 
Pourlus ou Portas, sans doute Porlussuavis, Poussay, 
cflèhro par son abbaye. Sauf Viacelle, située dans la 

(I) ("!ett'î translation, fàohfiuso au point do vue des souve- 
nirs que rappelait l'ancion autel du patron de la Lorraine, 
a eu pour conséquence la disparition do deux statues de 
saint Crépin et saint Ci opinion, qui se trouvaient à la idaco 
occupée par la nouvollo niche, ('es deux statues étaient 
.= aas doute d'e.xécution médiocre; niais elles rappelaient 
l'existence de la corporation des cordonniers, et étaient 
peut-être contemporaines de la Charte qui leur fut octroyée 
en 1595 (Ch. Laprevote, . op. cit., p. 191). 



— 197 — 

vallée de la Moselle, tous ces lieux sont autour et très 
voisins de Mirecourt. 

Les noms de personnes sont bien plus nombreux : 
les débiteurs de rentes sont pour la plupart des liabi- 
tanls de Mirecourt, et c'est seulement sans doute pour 
les forains qu'on a soin de spécifier le domicile. Dans 
cette énumérntion de plus de quarante personnes, nous 
pouvons apercevoir les procédés par lesquels se sont 
formés les noms patronymiques, en Lorraine comme 
dans toute la Franco. Originairement, il n'y a qu'un 
nom de baptême, qui suffit à désigner un individu, et, 
pour éviter les confusions, on le fait suivre parfois du 
nom du père ou d'un autre ascendant : Rêveras, filius 
domini Cugnonis ; Vaulrinus et Cntherina, liberi 
Thureli ; Thoveninas iilius Joaimis ; Philipinus gêner 
Tulon; Tliovene Uns filius SibiIIee. Plus fréquemment, 
le nom unique est suivi d'un surnom, qui va se perpé- 
tuer après la mort de celui qu'il a désigné le premier, 
et qui deviendra le nom de famille. Ce surnom est tiré 
quelquefois d'un caractère physique ou du métier 
exercé : Joannes carpenlnrias, Jean le charpentier, 
— Thimeles fabor, Thimès le forgeron ; Joannes magnus 
carpeniarius, le grand Jean le charpentier ; — Uelinus 
Vanner JUS, Bélin le vannier; — Albertus quadrigarius, 
Albert le charretier, ou plutôt le charron. Ailleurs, le 
surnom ne présente pas de sens susceptible d'une tra- 
duction: Albertus dictus Vassaul ; — Jannoninus dictus 
Grauzires ; Andréas dictus Enseriorv ; Joannus dictus 
Cliallcmaine {\) ; — Girardus dictus Chipons (2); — 

(1) Chaliemaine, sya. de Challemastre ? terme d'injure, 
emploi vil et bas. (Dict"" de Godefroy, hoc v°). 

(2) Chipons, syn. de chip ier, ouvrier qui se sert de lalène, 
sellier; ou de chip oe, chipaue, grimaces, mines, façons (Ib.) 



— 198 ^ 

Thomasoldictus Courant ; Gerardinus diclus Bobelins; 
Joannos die tus Tavillieri, alias Travilliers; — Thuretes 
dictus Graierel; Vuilleminus diclus Atalenas {i). Dans 
une troisième série, nous rangerons les noms pour 
lesquels la transformation est opérée, et le surnom 
devenu un vrai nom de famille ; la forme est identique 
à celle usitée de nos jours : Joannes Henriet ; — Joan- 
nes Aubrieti ; — Girardus Siremairc ; — Joannes 
Fourcault ; — Joannes Fericus. D'autres enfin sont 
restés tels qu'autrefois et n'ont encore subi aucun 
changement: Franquignonus, Tuton, Bogent, Avoiscl, 
Parisius, ainsi encore tous les noms de femmes : Poin- 
sota uxor, Janota, Isabellis, Ideta uxor. 

Le xiv* siècl3 est donc, à cet égard, une période de 
transformation intéressante à saisir ; on voit facilement 
les termes de la progression : Jean ; J(3an, fils de 
Gérard; Jean le charpentier ou Jean dit Grandsire ; — 
et enfin Jean Aubry ou Jean Fourcault. Cent ans plus 
tard, révolution sera terminée, et les désignations 
familiales partout définitives, au moins dans notre pays. 

Passons maintenant aux dispositions essentielles de 
notre acte de 1385; les biens, rentes et redevances 
faisant l'objet de la fondation. Et d'abord, que savons- 
nous de la situation sociale du donateur? à peu près 
rien, sinon que les exécuteurs testamentaires lui 
octroient la qualification de dominas ; ce n'est pas sans 
doute à la légère ; tandis que la plupart des débiteurs 
sont désignés par leurs noms purement et simplement, 
un seul d'entre eux reçoit aussi le même qualificatif : 
dominas Cur/non. Voilà donc parmi cinquante per- 
sonnes au moins, habitants de la ville ou de la campa- 

(1) Atalenas, syn. de Atalentable ? agrôable, plaisant. (Ib.) 



— 199 — 

gne, deux seulement qui semblent mis à part et au- 
dessus des autres. Nous ne pensons pas cependant 
qu'Albert et Gugnon soient des seigneurs, dans le 
sens attaché à ce mot pendant les siècles de féodalité ; 
ce ne sont sans doute que des bourgeois, plus riches 
que les autres ; il peut fort bien se faire qu'ils soient 
prêtres, ou tout au moins clercs : le mot dominus 
devrait alors se traduire par niessirc, désignation ordi- 
naire des membres du clergé à cette époque et dans les 
temps postérieurs. 

Ainsi Messire Albert, dit Vassal, prêtre habitant 
Mirecourt, consacre une partie de sa fortune à doter la 
chapelle de St-Didier et Ste-Gatherine. Nous n'avons 
pas l'inventaire complet de sa succession', mais par 
rénumération contenue au titre, nous pouvons nous 
faire une idée de la composition de cette fortune bour- 
ereoise. C'est d'abord une maison à Mirecourt, avec 
jardin et dépendances ; point de gagnages ou autres 
héritages ruraux : le testateur en avait sans doute dis- 
posé en faveur de ses héritiers naturels ; en revanche, 
un grand nombre de rentes en argent et de redevances 
en nature, qui constituent la partie mobilière, et qui 
nous donneront l'occasion d'observations intéressantes. 

Les redevances consistent en poules et chapons, puis 
en blé (frumentum), chènevis (canabus ou canabum), 
et oignons (cepa ou cœpum). Les mesures de capacité 
sont le resal (environ 120 1.), la quarte (moitié du resal 
environ), l'imal (8^ du resal), et enfin le vaxel, qui fut 
d'assez bonne heure réservé pour le sel, mais que 
nous voyons appliqué ici au blé et au chènevis (moitié 
de la quarte, environ). 



— 200 — 

Les rentes sont principalement évaluées en sous (1) 
(solidi, solidi denariorurn) ; on compte aussi par 
deniers (denarii fortes) (2), par gros tournois (3) et 
enfin par petits florins (i). Le sou et le denier ordinaire 
sont des monnaies de compte ; le denier d'or, le florin 
d'or et le gros d'argent sont des monnaies réelles. Cha- 
cune de ces rentes est assez faible ; aucune d'elles ne 
dépasse^ en valeur intrinsèque, 20 fr. de notre monnaie; 
l)eaucoup sont très minimes, et descendent Jusqu'à 1 
ou 2 francs. Néanmoins, vu leur nombre, elles finissent 
par former un total assez respectable pour l'époque, et 
si on les joint aux redevances, on peut croire que le 
revenu annuel du chapelain, sans compter le logement, 
approchait de 200 fr. de notre monnaie (5), revenu à 
peine suffisant, si on le compare aux 300 fr. barrois 
(jui, au xvu^ siècle, formaient la dotation d'une autre 

(1) Le Eou est le 20* de la livre et vaut à cette époque 
enviroQ fr. 50 c. 

(2) Le denier est le 12' du sou ; comme celui-ci, c'est une 
monnaie de compte. Le denier fort serait-il le denier d'or à 
l'agnel frappe en France au xiii' siècle et valant environ 
14 fr. ? Ce serait une somme considérable, à côté des autres 
redevances beaucoup plus faibles. 

(3) Le gros, monnaie d'argent, valait alors environ f. 70. 
C'est le 12e (\q Ja livre tournois. 

(4) Le florin vaut à cette époque environ 10 fr. ; c'est le 
florin de Florence ou du Rhin, appelé petit florin, pour le 
distinguer d'autres, valant plus de IG fr. 

(5) Pour les monnaies et mesures, voir M. de Riocour, 
Monnaies Lorraines, dans les Mémoires de la Soc. d'Arch. 
lor.. 1883 et 1884. 

Pour les estimations de denrées, voir notre travail sur 
VAimnce relative du paysan lorrain, dans les Mémoires de 
l'Académie de Stanislas, 1888. 



— 201 - 

chapelle de la même église, celle de N.-D. de Pitié et 

de St- Antoine (1). 

Ainsi, au xiv® s iècle, au lieu d'avoir comme de nos 
jours de la rente sur l'Etat, des obligations hypothé- 
caires ou de simples billets sur des particuliers, le 
bourgeois d'une petite ville lorraine composait son 
actif mobilier de rentes perpétuelles dues par d'autres 
bourgeois ou par des paysans. Mais ces rentes ou rede- 
vances, quelles en étaient les garanties? C'est ce qu'il 
serait important de connaître, et c'est ce que notre 
titre ne dit pas, car il se borne à l'énumération des 
revenus et aux noms des débiteurs. Alors pourtant, 
comme de nos jours, à côté de la dette personnelle on 
connaissait la garantie immobilière ; la seule différence 
consistait dans la perpétuité de la rente, l'échéance du 
remboursement n'étant point habituellement prévue 
entre les parties. 

Nous pensons que la simple créance consistant, uni- 
quement dans la reconnaissance du débiteur, devait être 
alors assez rare. Presque toujours les actes font men- 
tion d'immeubles qui servaient de garantie pour l'exé- 
cution des engagements stipulés aux contrats, et cette 
garantie, bien que participant de la nature de nos 
hypothèques modernes, en était cependant différente. 
Au lieu d'une relation personnelle, et de droits direc- 



(1) V. sup7-à, p. 170. 

Ces 300 fr. barrois représentaient, vers 1607, environ 540 
fr. de notre monnaie. Mais la fondation primitive d'Albert 
Vassal a dû s'accroître postérieurement par dos legs succes- 
sifs. Quant au loyer de la maison et du jardin, qui doit 
s'ajouter aux rentes et redevances, les éléments d'estimation 
nous font défaut. 



— 202 — 

tement fondés sur l'engagement d'une personne, ou 
créait une charge réelle, de telle sorte qu'un immeuble 
déterminé, non seulement se trouvait affecté au paie- 
ment, mais bien plus devenait le véritable et perpétuel 
débiteur, en quelques mains qu'il fût ultérieurement 
transféré. C'est ce qu'expriment ces termes anciens de 
sondées, daiirées, ûorénées... de terre. C'est-à-dire 
tant de sous, de deniers, de florins, dus annuellement 
et perpétuellement par tel héritage, qui se transmettait 
ensuite grevé de cette charge. Plus tard, on spécifie 
très fréquemment dans les actes que telle rente est 
assise sur tant de jours de terre, telle redevance sur 
tant d'omées de vigne, etc. Sans pouvoir affirmer que, 
dans notre litre de 1385, il n'existait aucune dette pure- 
ment personnelle, nous croyons que les rentes dues au 
chapelain de Mirecourt étaient des cens, suivant le 
terme vulgaire employé pour indiquer la garantie dont 
il s'agit. Avec plus de vérité (1), nous dirons qu'au 
XIV* siècle, à côté de quelques rentes constituées, 
c'étaient surtout des rentes foncières qui se trouvaient 
dans le patrimoine des bourgeois et composaient à cette 
époque la fortune mobilière. 

Cette étude de l'acte de fondation de la chapelle 
SL-Didier semblera peut-être bien longue, puisqu'elle 
ne soulève aucune question nouvelle ; notre excuse 
sera que de semblables monographies; fréquemment 



(1) Le cens, dans son acception étroite, suppose toujours 
la relation entre un seigneur et un détenteur d'immeubles ; 
la rente foncière existe quelle que soit la qualité des con- 
tractants. V. à ce sujet Riston, Des différentes formes de 
la propriété en Lorraine (Paris, 1887), p. 199 et suiv. 



— 203 — 

répétées, sont le meilleur moyen de pénétrer et de 
comprendre sous ses différents aspects, la vie civile de 
nos pères, si rarement envisagée à ce point de vue 
éminement instructif et trop longtemps dédaigné. 



Erratum. — Dans la liste des curés de Mirecourt, 
p. 191, supprimer Friehelet (Louis-Léopold), mentionné 
à tort comme ayant été nommé à Mirecourt par l'évêque 
constitutionnel Maudru. C'est pour Charmes que cette 
nomination a été réellement faite. En conséquence, 
Poirot dut succéder immédiatement à Chevresson, en 
octobre 1791. 



NOTE SUR LA FAMILLE 



DK 



CHRÉTIEN DE CHASTENOY 



PAR 



M. Raymond de SOU H ES M ES 



Les travaux généalogiques, n'offrant pas un intérêt 
général, sont d'une lecture assez difficile, mais la tâche 
est ingrate surtout quand on se trouve en présence 
d'erreurs et de confusions tellement nombreuses qu'elles 
sont peut-être voulues. Aussi, n'aurais-je jias songé à 
publier cette note si le rôle joué par Chrétien do 
Ghastenoy, à l'époque la plus glorieuse de notre his- 
toire nationale, ne donnait de l'intérêt à tout ce qui le 
concerne. 

Le tome V des Bulletins do In Sociélô tV archéologie 
lorraine contient une notice d'Henri Lepage sur les 
secrétaires de René R, Jean Lud et Chrétien de Ghas- 
tenoy. Notre savant et regretté confrère a emprunté au 
Nobiliaire de Dom Pelletier les renseignements généa- 



— "J05 — 

logiques qu'il donne sur la famille du second, or il 
semble résulter des procès-verbaux rédigés par Didier 
Richier dit Glermont, dans sa Recherche de 1577, que 
Dom Pelletier, trompé par une triple similitude de nom, 
de prénom et de profession, a confondu non seulement 
des personnages différents mais encore des familles 
distinctes et « sans consanguinité aucune «, suivant les 
termes mêmeb de la déclaration reçue par le poursui- 
vant d'armes. 

Voici, d'après Dom Pelletier complété par Henri 
Lepage, la généalogie de Chrétien de Chastenoy : 

I. — Warry Simonin de Chastenoy, secrétaire de 
René I"', mort le 31 juillet 1459, laissant pour fds » selon 
toutes les probabilités » : 

II. — Chrétien Simonin, natif de Chastenoy (1) (ou 
Chrétien de Chastenoy). Nommé secrétaire de René II 
et tabellion des ville et prévôté de Nancy, le 24 février 
1473 (2) ; envoyé en Suisse, en 1476 (3) ; il assiste, en 
1477, à la bataille de Nancy (4). Le 15 janvier 1482 (5), 
et non le 5 comme le dit Henri Lepage, il est nommé 
contrôleur des haut-conduit (6) et passage de Nancy. 

(1) Chastenoy ou Châtenois, aujourd'hui chef-lieu de 
canton de l'arronàissement de Neufchâteau (Vosges). 

(2) Arch. de Meurthe-et-Moselle, Pat. de Ji'73-7S, f»' 76 
v° et 77. — H. Lepage renvoie par erreur au f» 8. 

(3) Ibid., Rec. gen., 1 470-77. 

(4) H. Lepage. ^- Notice sur Jean, Lud et Chrétien 
{Bull, de la Soc. d'Arch. lorr., année 1855) p. 238. 

(5) Arch. de Meurthe-et-Moselle, Pat. de 1478-S6, 
f" 264. 

(6) Le haut-conduit était un droit de péage sur les den- 
rées et marchandises traversant la Lorraine. — (Cs. Guyot, 
Dict. de Jurisprudence, VIII, p. 432.) 



— 206 — 

Le 20 février 1488 (1), il est anobli par René II, et 
reçoit pour armes D'or au favier de sable ; entin, il 
est nommé auditeur en la chambre des comptes, le 
12 février 1496 (2), et non en 1508 comme le dit Dom 
Pelletier. Chrétien de Chastenoy meurt en 1510, ayant 
épousé Auleix Duban (3) dont trois iils et une fille : 

1'' Thomas, qui suit. 

2" Jean-Chrétien, qualifié d'huissier au conseil, le 
28 janvier 1528 (4) ; nommé secrétaire du duc Antoine, 
le 22 janvier 1531 (5) ; il meurt, en 1556, ayant 
épousé Claudon le Briseur, dont trois fils et une fille : 

a. — François, b. — Georges, c. —Alexandre, d. — 
Antoinette. 

3° Beatrix, mariée à Claude de Vandœuvre, prévôt 
de Nancy. 

4" Jacques, nomm.é secrétaire et tabellion du bailliage 
de Nancy, le 17 janvier 1507, et confirmé en cette qua- 
lité par le duc Antoine, le 24 février 1508 (6). 

III. — Thomas, tabellion juré du bailliage de Nancy, 
le 1" mars 1504 (7), puis contrôleur du passage de 

{\) Arch. de Meurthe-et-Moselle, Pat. de I4S0-89, {" 22ô. 
— Aucune incertitude ne peut régner sur la date des lettres 
d'anoblissement de Chrétien de Chastenoy, puisqu'on en 
possède le texte. Doni Pelletier (p. 121) a bien donné la 
date du 20 février 1488, et c'est par erreur que le Complé- 
ment au Nobiliaire indique celle du 20 février 1489 
(p. 253) ou même de 1490 (p. 349). 

(2) Ibid,, Pat. de i497-!J8, f" 75 v". 

(3) Appelée plus loin Annet du Han. 

(4) Arch. de Meurthe-et-Moselle, Pat. de iSW-30, f» 162. 

(5) Ibid., Pat. de 1S31-3Î, f" 26 v". 

(6) Ibid., Pat. de loOO-OO, f- 192. 

(7) Ibid., Pat. de ISO^-ûo, f" 133. 



— 207 — 

Nancy, le 10 novembre 1510(1). I! est qualilié de 
conseiller et secrétaire ordinaire du duc Antoine, le 
27juin 1527 (2), et il obtient, le 9 décembre 1531 (3), 
la charge d'auditeur en la Chambre des Comptes. Il 
avait épousé Marguerite de Naves, dont : 

IV. — Chrétien (II), seigneur de Han-sur-Seille (4) 
qui épousa Jeanne Pierson, dont postérité. 

En résumé, suivant Dom Pelletier et Henri Lepage, 
la famille de Chastenoy s'appelait en réalité Simonin. 
Elle avait pris le nom du village d'oîi elle était origi- 
ginaire, et avait été anoblie en 1488. 

Lionnois paraît avoir soupçonné une autre extraction, 
quand il dit, en-parlant du tombeau de Wary de Chas- 
tenoy, mort le 31 juillet li59 et inhumé dans la cha- 
pelle du Saint-Sacrement de l'ancien Saini-Epvre: 
« sous les pieds de l'ange, de part et d'autre, se voit 
« l'écu de Chatenoy, d'or au favier de sable, tel que 
« D. Pelletier l'attribue seulement en 1488, vingt-neuf 
« ans après, à Chrétien de Chatenoy (5). » 

Si l'on en croit le procès-verbal de Didier Richier, il 
y avait plusieurs familles du nom de Chastenoy (6). 
L'une d'elles était d'ancienne noblesse et portait D^or 

(1) Ibid., Pat. de 1310-14, f" 46 v. 

(2) Ibid., Pat. de 1527-19, £« 16. 

(3) Ibid., Pat. de 1S31-32, f" 5. 

(4) Aujourd'hui commune d'Arraye-et-Han, arrondisse- 
ment de Nancy. 

(5) Lionnois, Hist. de Nancy, I, p. 251. — Voir aussi 
Henri Lepage, Notice siir Jean Liid et Chrétien, p. 234, 
2= note. 

(6) Nous verrons plus loin qu'il y eut, je crois, quatre 
familles de ce nom. 



— ïJ08 — 

au fnvier de sahle ; l'autre avait quitté le nom de 
Simonin pour prendre celui de Chastenoy, elle avait 
été anoblie en 1488 et avait reçu les mêmes armes que 
la première. 

En 1579, Chrétien (III) de Chastenoy, qui prétendait 
descendre de l'ancienne maison de ce nom et n^avoir 
rien de commun avec la famille Simonin de Chastenoy, 
fut recensé par le poursuivant d'armes chargé d' « in- 
« former et enquérir à la vérité... de toutes et chas- 
« cunes les personnes qui se disent nobles ». Chrétien 
n'ayant pas comparu en personne, Didier Richier ouvrit 
une enquête, reçut les dépositions des témoins et 
rédigea un premier procès-verbal oh il accusa Chrétien 
et ses cousins d'usurpation de nom. 

« Tous se surnomment et disent de Chastenoy et 
« néantmoins leur surnom est Symonin », dit le pour- 
suivant d'armes, et plus loin : « ... Pour être mieux 
« informé de Torrigine desd. surnommés de Chastenoy 
« passant ez led Chastenoy, le XXVP d'aoust mil 
« v^'lxxix, estant au chasteau d'illec que est présente- 
« ment de Jehan Cannot, preuost dud. lieu, Robert de 
« Chastenoy, sieur de Mandre sur Vaire, m'a heu juré 
« et affirmé le susnommé Chrestien Symonin (1) estre 
« natif dud Chastenoy et que estant jeune se yssit (?) 
a pour aller demeurer où fortune lui donneroit et se mit 
« au service d'hommes de lettres (?), dont enfin il fit sy 
« bon debuoir qu'il fut faict tabellion de Nancy, coe 
« il est sy dessus déclairé, et après secrétaire et venu 
« au service des princes, come il se peult voir par les 
« pattentes qu'ils en ont par deuers eulx. Lequel n'a 

(1) Probablement Chrétien ;_I1). 



— 209 — 

« jamais cependant signé en toutes les despeches qu'il 
« a heu faict que Glirestien, corne il se peult veoir ez 
•i registres des patentes de Ghateauneufs et ailleurs. 

« Et après auoir demandé aud Robert sy le susd. 
« Ghrestien Symonin estoit fils d'un nommé Warry de 
« Ghastenoy, inhumé en une chappelle de l'Eghse 
«t Saint-Epvre de Nancy, m'a dit et affirmé que non, et 
« que, toutes les fois qu'il plaira à Monseigneur le 
« comte (1), qu'il luy fera parai.stre que led. Ghrestien 
« Symonin, quand il sortit de Ghastenoy, s'appeloit 
« Ghrestien Symonet, de nom de son père, et qu'aud 
« Ghastenoy estoient encor viuans plus de vingt 
a persones tant homes, femes, jeugnes fils que filles 
« qui sont yssus tant du père dud. Ghrestien que de ses 
« frères, les quels sont tous surnommés Symonin. 
« Mesme il me montra la maison d'oià il estoit venu et 
« où son feu père demeuroit. » 

Voilà qui est bien formel et confirme entièrement les 
dires de Dom Pelletier. D'après cette déposition, 
Ghrétien Simonin n'aurait même aucun lien de parenté 
avec Warry de Ghastenoy qu'Henri Lepage pensait 
être son père. 

Robert de Ghastenoy, si sévère pour ses homonymes, 
appartenait, comme nous le verrons plus loin, à une 
troisième famille de Ghastenoy qui n'avait rien de 
commun avec les deux autres. Robert se prétendait 
« sorty d'ancienne gentillesse » et il en apporta la 
preuve au poursuivant d'armes, le 25 mai 1583 ; c'est 

(1) Jeau comte de Salra, barou de Viviers, etc., maréchal 
de Lorraine et gouverneur de Nancy ; chargé de faire la 
Recherche de la noblesse, il avait délégué ses pouvoirs à 
Didier Richier. 

14 



— 210 — 
donc par erreur que Dom Pelletier (1). sur la foi du 
Nobiliaire de Csllot, dit que sa famille fui anoblie en 
1473 (2). 

Didier Richier consigna soigneusement cette déposi- 
tion dans son procès-verbal de 1579, mais quatre ans 
plus tard, en 1583, il reçut de Chrétien (III) deChastenoy 
une déclaration tellement différente de la première qu'il 
modifia sa première rédaction. Cependant celle-ci figure, 
quoique raturée, dans la copie que M. de Haldat a bien 
voulu me communiquer. Dans celle que je possède au 
contraire, on a intercalé quatre feuillets pour recevoir 
les nouvelles déclarations de Chrétien (III) qui établit 
ainsi sa généalogie : 

I. — Warry de Ghastenoy, secrétaire du roi de 
Sicile puis du duc Jean, qualifié de « noble homme » 
dans un échange du 23 novembre 1458, mourut le 
30 juillet 1469 (3) et fut inhumé à St-Epvreoù son tom- 
beau portait ses armes D'or au tavier de sable. Il eut 
pour fils : 

IL — Simon qui mourut probablement en accompa- 
gnant à Naples la duchesse Ysabeau (4). Il eut pour 
fils : 

III. — Chrétien (I), secrétaire du duc Jean, le 
20 juin 1465, puis du duc Nicolas, le 13 octobre 1471. 
Il eut deux fils et une fille : 

(1) Cf. D. Pelletier, p. 123, et le Complément, p. 251. 
(2)Canot dit le 20 février 1465. 

(3) Le 31 juillet 1459. — Cf. Lionnois, loc. cit. ; P. 
Grand'Eury et L. Lallement, U Eglise St-Epvre (Bull, de la 
Soc. d'Arch. lor., année 1855, p. 325.) 

(4) Isabelle s'embarqua, le 18 octobre 1435, pour aller 
prendre possession du royaume de Naples, échu à son mari, 
le roi René, par la mort do sa belle-sœur. 



— 211 - 

1° Chrétien (II) qui suit. 

2° Warry (II), curé de Maizéville, mourut le 2 

septembre 1511, et fut inhumé dans son éghse. 
3° Claude, épousa Simon Liébault d'Ormes. Elle 

est citée dans un bail du 28 février 1485. 

III. — Chrétien (II), secrétaire de René II, puis 
contrôleur du passage, et enfin auditeur des comptes 
en 1496. Le 20 juillet 1 480, il reçut une pension de 
20 francs, et une autre de vingt florins d'or, le 5 jan- 
vier 1503. — Il laissa six fils et deux filles : 

1° Thomas, qui suit. 

2° Jacques, secrétaire du duc Antoine, le :^^ 

février 1508. 
3° Jean, dit Chrétien, secrétaire des ducs Antoine 

et François, puis des régents de Lorraine, 

le 1®' juin 1546. Il épousa Claudon Briseur, 

dont trois fils et une fille. 

a. — François, argentier de S. A. (1). 

b. — Georges, conseiller et secrétaire ordi- 

naire de S. A., pensionnaire de S. M. 
Catholique. 

c. — Alexandre, trésorier de S. M. de Danemark. 

d. — Antoinette, épousa noble homme Claude 

Willermin, receveur et gruyer de Luné- 
ville, anobli le 26 octobre 1572. 
4" François, maître d'hôtel de Louis de Lorraine, 
mort dans le voyage de Naples (2). 

(1) V. Lepage, Les offices des duchés de Lorraine et de 
Bar {Mém. de la Soc. d'Arch. lorr., année 1869, p. 363, n.). 

(2) Louis de Lorraine, fils de René II, d'abord évèquc de 
Verdun, prit du service dans l'armée française et mourut au 
siège de Naples, le 11 septembre 1528. 



— 212 - 

5° Claude, conseiller. 
6° Nicolas, curé de Malzéville. 
7° Beatrix, épousa Claude de Vandœuvre, prévôt 

de Nancy. 
8» Marguerite, religieuse aux Sœurs grises de 

Nancy. 

JV. — Thomas, secrétaire du duc Antoine, le 24 
février 1508. 11 eut un fils et une fille: 
1° Chrétien (III), qui suit. 

2" Anne , épousa noble homme Joseph Friche, 
cellérier de Nancy et écuyer de cuisine 
de Madame. 

V. — Chrétien (III) écuyer, seigneur de Han-sur- 
Seille, qui comparaît devant Didier Richier, en 1583. 

Il peut être intéressant de rapprocher cette généalo- 
gie de celle qui était peinte sur un vitrail de la chapelle 
de Chastenoy, dans l'ancienne église Saint-Epvre (1). 
Suivant celle-ci : 

I. — Wary de Chastenoy, secrétaire du roi de Jéru- 
salem et de Sicile, épousa Valence de Barizy, dont : 

II. — Simon, qui mourut àNaples où il avait accom- 
pagné la duchesse Ysabeau. Il avait épousé Anne de 
Châteauneuf, dont : 

III. — Chreslien, secrétaire des ducs Jean et Nicolas 
en 1471. Il eut pour hls : 

IV. — N., auditeur des comptes du roi René de 
Sicile, épousa Annet du Han, dont il eut deux fils : 

1" Thomas, qui suit. 

(1) Monographie de la basilique Saint-Epvre, p. 11. 
La pi, IV donne la reproduction de ce vitrail d'après un 
dessin communiqué par M. A. de Roche du Teilloy. 



- 213 — 

"1° Jean Ghrestien, secrétaire des ducs Antoine, 
François et Charles, épousa Claude Brizeur, 
dont il eut trois fils : 

a. — François, argentier de S. A. puis auditeur 

des comptes, épousa Marie Vaillot. 

b. — (jeorge, secrétaire de S. A., épousa Fran- 

çoise de Viller. 

c. — Alexandre, trésorier de la reine de Dane- 

mark. 

V. — Thomas, secrétaire du duc Antoine, puis audi- 
teur des comptes, épousa Marguerite de Nayves, dont: 

VI. — Ghrestien, sieur de Han, épousi Jeanne 
Pieresson. 

On remarquera que cette généalogie, qui paraît dater 
de la fln du xvi* siècle, ressemble beaucoup à celle que 
Chrétien (III) do Chastenoy présenta au poursuivant 
d'armes, en 1583. 

A l'appui de sa déclaration, il fournit à Didier Richier 
plusieurs pièces justificatives, et le poursuivant d'ar- 
mes donne copie de six d'entre elles. Ce sont : 1° Les 
lettres du duc Jean, en date du 20 juin 1465, donnant 
la charge de secrétaire à « Ghrestien nepveu de... 
Warry de Chastenoy. » — 2° Les lettres du duc Nico- 
las, en date du 13 octobre 1471, maintenant le même 
Chrétien de Chastenoy dans ses fonctions. — 3° Les 
lettres du duc René II, en date du 20 juillet 1480, accor- 
dant une pension de vingt h-ancs à Chrétien (II) de 
Chastenoy. — 4° Les lettres du même, en date du 5 
janvier 1503, accordant à Chrétien (II) uneaulrepension 
de vingt florins d'or. ~ 5° Les lettres du duc Antoine, 
en date du 24 février 1508, donnant la charge de secré- 



— L>14 — 

taire ordinaire à Thomas de Ghastenoy, « fils de... 
Christien de Ghastenoy ». — 6° Enfin les lettres de 
Chrétienne de Danemark et Nicolas de Lorraine, en 
date du l"juin 1546, confirmant « Jehan Ghreslien de 
Ghastenoy » dans la charge de secrétaire ordinaire du 
duc. 

Après une argumentation établissant son droit au 
nom de Ghastenoy et au titre d'écuyer, Ghrétien (III) 
déclare ce qui suit : 

« Enuiron le même temps desdz de Ghastenoy 
« suruint ung noine Ghrestien Symonin, natif de Ghas- 
« tenoy, duquel l'on presumoit lesds de Ghastenoy estre 
" yssus et descendus ; mais les tiltres deuant declrez 
« tesrnoingnent le contraire. Gar ce Ghrestien Simo- 
« nin, coa il fust arriué à Nancy, s'estant adonné à la 
« praticque de la plume, y fut faict tabellion par le Roy 
a René (1), le 24^ feburier 1473. Et depuis, pour 
« scauoir bien escripre et estre homme d'entendement, 
« fut retenu par led' Roy en estât [de] Secrétaire, en 
a l'an 1488 (2). 

« Et au contraire led^ premier Ghrestien de Ghaste- 
« noy, petit filz dud^ Warry de Ghastenoy estant dez 
« au parauant au seruice des priées obtint du Duc Jean, 
« iilz dud' Roy René (3), son Secrétariat, le xx^ Juing 
« 1465, que sont vingt trois ans au parauant que led' 

(1) René II. 

(2) C'est uQe erreur, les lettres patentes nommant Chré- 
tien Simonin de Ghastenoy aux fonctions de Secrétaire sont 
du même jour que celles qui le nomment tabellion, c'est-l- 
dire du 24 février 1473. (C?. Arch. de Meurthe-et-Moselle, 
Pat. de 1473-18, f» 77.) 

(3) René I. 



— 215 — 

« Ghrestien Simonin y ait esté receu. Ainsy, c'estoient 
« deux familles diuerses et séparées, sans consangui- 
<i nité aucune. 

« Aussy tient on que led^ Ghrestien Simonin qui, en 
« lan 1495 (1), entra en estât d'auditeur de compte à 
« Nancy, vacquant par le trespas dung [nommé] Thierry 
« Morcel qui estoit aussy procureur gnal de Lorraine 
t< et dont le feu président Huyn Roynette receut le 
« sairement, fut en l'an segner 1496 fait procureur 
<x gnal de la barronnie du ^aine, où il se retira, lais- 
« sant son estât d'auditeur de compte, duquel estât 
« led^ Ghrestien de Chastenoy, secrétaire du Roy 
« René (2) de Sicille, contrôleur du passage de Nancy, 
« fut pourveu. Et en laquelle baronie du Maisne led' 
« Simonin mourut luy succédant en son estât de pro- 
« cureur gnal en icelle (en faueur d'un Euesque de 
« Metz (3) que le feu Roy René de Sicille appeloit 
« son oncle) ung nommé maistre Pierre Gotteblanche. 

« La femme dud* Simonin appelée dame Glande 
« Liebault (4) est enterrée aux Sœurs grises D'ormes 
« où elle sestoit retirée, coaie il ma esté vérifié. » 

Il est inutile de faire ressortir les divergences nom- 
breuses qui existent entre la généalogie dressée par 
Dom Pelletier et les déclarations de Chrétien de Chas- 
tenoy. Si ces dernières sont exactes, il faut reporter sur 

(1) Le 12 février 149d. (Cs. Let. pat. de 1407-98, 1° 75, 
V".) 

(2) René IL 

(3) Henry (II) de Lorraine, évoque de Metz de 1484 â 
1501 ; il était, fils d'Antoine de Vaudemont et par suite oncle 
de René IL 

(4) A rapprocher de la mention du mariage de Claude de 
Chastenoy avec Simonin Liebault d'Ormes. 



— 216 — 

Chrétien (II) plusieurs actes attribués par Henri Lepage 
à son collègue et homonyme Chrétien Simonin. Sauf la 
patente du 24 Février 1473 qui est adressée à a Chres- 
tien Symonin de Chastenoy, « tous les documents cités 
par Henri Lepage sont au nom de « Chrestien de Chas- 
tenoy » et peuvent concerner Chrétien (II) aussi bien que 
Chrétien Simonin. Ainsi, la nomination à l'office de con- 
trôleur des haut-conduit et passage de Nancy, en date 
du 15 Janvier 1482, paraît devoir être appliquée à Chré- 
tien (II) ; tandis que la charge d'auditeur des comptes 
pourrait bien avoir été conférée à Chrétien Simonin qui 
remplaça certainement Thierry Morcel, Sur ce dernier 
point, les dires de Chrétien de Chastenoy sont confir- 
més par le texte des lettres patentes de 1496 (1). Main- 
tenant, Chrétien Simonin abandonna- t-il cette charge 
en la même année 1496, et eut-il pour successeur Chré- 
tien (II) de Chastenoy, comme le prétend le petit-fils 
de celui-ci, c'est ce que je n'ai pu vérifier. 

Outre les deux familles de Chastenoy dont nous ve- 
nons de constater l'existence, il y en avait encore deux 
autres du même nom, et, si Dom Pelletier et Henri Le- 
page ont confondu les Chastenoy avec les Simonin de 
Chastenoy, le Nobiliaire manuscrit de la bibliothèque 
de Nancy connu sous le nom de Nobiliaire annoté de 
Dom Pelletier di fondu ces quatre familles l'une dans 
l'autre. 

On y lit, au f° 264 V° : « Chatenoy, maison de Tan- 
ce cienne chevalerie, actuellement éteinte. George 
4. Chrétien de Chatenoy fut déclaré gentilhomme par le 
<i Grand duc Charles, le 6 de Septembre 1593. — Porte 

(1) Let, ^at. de i497-98^{" 75 V», 



— 217 — 

« De Gueules à trois têtes de loup arrachées, 2 et 1, 
« mises en front. » 

Remarquons tout d'abord que Georges et Chrétien 
sont deux personnes différentes. La table des lettres 
patentes de 1593 porte, sous la date du 6 Septembre 
1593, « déclaration de gentillesse pour le S"" Chrétien 
de Chastenoy, seigneur de Surseille (Ij » et pour « le 
S' George de Chastenoy, seigneur Darmaeourt (2). » 
Je n'ai pu consulter le texte même des lettres patentes, 
les f"^ 131 et 132 auxquels renvoie la Table ayant été 
enlevés. Dom Pelletier (p. 122) reproduit la même date 
pour la déclaration de gentillesse de Georges ; cepen- 
dant, suivant MM. Lepage et Germain (3), ces lettres 
seraient du 6 avril 1592. — Quant aux armes indiquées, 
elles paraissent appartenir, en transformant les têtes de 
loup en têtes de léopard, à une troisième famille de 
Chastenoy qui était d'ancienne chevalerie et semble 
n'avoir rien de commun avec Georges et Chrétien. 
Ceux-ci portaient D'or au favier de sable. 

Au f" 265 du même Nobiliaire annoté on lit « Cha- 
« TENOY, autre maison de l'ancienne chevalerie. George 
« de Chatenoy, seigneur d'Armoncourt, se trouva à la 
« journée de L'Epante, l'an 1571. Cette maison est 
« éteinte. Porte D''or à un jambon de sable ; cimier, le 
« jambon. » 

Il s'agit évidemment du même Georges de Chastenoy, 
cousin-germain de Chrétien. Le copiste aura lu 
jabon pour fabuler , de même qu'il a transformé 
Armaucourt en Armonconrt. 

(1) Evidemment Han-sur- Seille. 

(2) Armaucourt, arrondissement de Nancy. 

(3) Complément auNob. de Lorraine, p. 349. 



— 218 — 

Au verso du même f" 265, on lit : « Chastenoy. 
« Robert, reconnu noble par le grand-duc Charles, en 
« 1584. Porte D'azur à la croix engrclée d'argent. — 
« Georges et Chrétien de Chatenoy, seigneur d'Ar- 
« moncourt, furent déclarés gentilshommes par le 
« grand- duc Charles, le 6 septembre 1593. — Chrétien 
« Chatenoy, seigneur de Haute-Seille, mourut à 
« Escuaille (1), le 2 juillet 1610 ; il avait épousé Jeanne 
« de Guebensons (?), morte en 1592. L'un et l'autre 
« sont enterrés à Bouxières-aux-Chênes ; on voit leur 
« tombe devant l'autel du Rosaire. » 

Ici, la confusion est complète et les erreurs abon- 
dent. Robert appartenait à une quatrième famille de 
Chastenoy, signalée à tort par Dom Pelletier comme 
ayant été anoblie en 1473 ; elle portait D'azur à la croix 
ancrée (elnonengvelée) d'argent {2), tandis que Georges 
et Chrétien portaient, comme nous l'avons dit, D'or au 
favier de sahle. Répétons que le Complément au Nobi- 
liaire donne aux lettres de gentillesse de Georges la 
date du 6 avril 1592 et non celle du 6 septembre 1593. 
Chrétien de Chastenoy était seigneur de Han-sur- 
Seille et non de Haute-Seille, qui était une abbaye. 
Enfin Dom Pelletier donne pour femme à Chrétien, 
Jeanne Pierson et non Jeanne de Guebensons (?) dont 
le nom, probablement estropié, est peut-être Gueben- 
housen, famille mentionnée par Dom Pelletier sans 
indication d'alliance avec les Chastenoy. 

Le Héraut darnies de Callot indique bien l'existence 

(1) Ecuelle, annexe de Bouxières-aux-Chênes, arrondis- 
sement de Nancy. 

(2} Didier Richier dit Clermont arrondit les crochets de 
la croix et les transforme en pommettes^ 



— 219 — 

de plusieurs familles de Ghastenoy ; mais, lui aussi, 
confond, je crois, deux d'entre elles. Aux f" 452 et 
464, il signale une maison de Ghastenoy, portant 
De Gueules à 3 têtes de léopard d'or (1) et faisant partie 
de l'ancienne chevalerie. — Au f" 466, il porte le nom 
de Ghastenoy sur la liste des gentilshommes déclarés 
en 1593. — Eniîn, aux î°' 386 et 468, il fait figurer 
parmi les anoblis : « Jean Ghastenoy [secrétaire du 
« Roi René] (2), annobli le 20 feburier 1465, portoit 
« D'or à un favier ou tiege de febves de sable. » 

Ce Jean Ghastenoy paraît être celui que mentionne 
Dom Pelletier comme ayant été anobli en 1473(3), et il 
est probable que Gallot lui a donné par erreur le favier 
au lieu de la croix ancrée. 

En résumé, il y aurait eu quatre familles de Ghaste- 
noy : la première était d'ancienne chevalerie et portait 
De Gueules à trois têtes de léopard d'or ; la seconde 
aurait eu pour auteur Warry de Ghastenoy et portait 
D'or au favier de sable; la troisième serait également 
d'ancienne extraction, contrairement aux dires de 
Gallot et de D. Pelletier, et portait D'azur à la croix 
ancrée d'argent ; enfin, la quatrième aurait été anoblie, 
en 1488, en la personne de Ghrétien Simonin de 
Ghastenoy et portait, comme la seconde, D'or au favier 
de sable. 

Quelque invraisemblable que cela paraisse, René II 
semble avoir eu quatre secrétaires (4) du nom de Ghas- 

(1)A rapprocher des armes que le Nobiliaire ms. de Nancy 
attribue par erreur à George-Chrétiea de Châteuoy. 

(2) Ces quatre mots sont rayés dans le manuscrit. 

(3) Cf. D. Pelletier, p. 123, et le Complément, p. 251. 

(4) En 1607, Charles III avait 2 conseillers-secrétaires des 



— 220 — 

tenoy, appartenant à trois de ces différentes familles. 
Chrétien (II) de Ghastenoy serait de la seconde, Jean 
de la troisième, Chrétien Simonin de Ghastenoy et son 
tîls Jacques seraient de la quatrième. Enfm quel était 
ce Chrétien de Ghastenoy qui prit part à la bataille de 
Nancy et en fut le premier historien (1) ? Quoi qu'en 
dise Chrétien (III), les lettres patentes du 24 février 
1473 et les lettres d'anoblissement du 20 février 1488 (2) 
permettent de croire, avec H. Lepage, que c'est bien 
Chrétien Simonin de Ghastenoy qui eut l'honneur de 
combattre, aux côtés de son souverain, à la journée de 
Nancy. 

Celte opinion semble confirmée par les déclarations 
mêmes du secrétaire de René II. « Ne vous souvient-il 
« point, dit JeanLudà Chrétien, que quand vous etmoy 
« vinsmes premier par deçà, peut auoir enuiron qua- 
« rante ans, au service de feu très noble et généreuse 
« mémoire le bon duc Jehan de Calabre et de Lor- 
« raine, comme nonobstants qu'il fut empesché à la 
tf prinse et conqueste du royaume de Sicile, par le 

commandements, 2 autres secrétaires des commandements» 
1 conseiller-secrétaire et 34 secrétaires tous dépendants du 
Conseil d'Etat. (Lepage, Les offices des Duchés de Lorraine 
et de Bar — Mém. de la Soc. d'Arch. lorr., année 1869, 
p. 54.) 

(1) H. Lepage, Notice sur Jean Lud et Chrétien, l. c. 
p. 238, 2" note ; Commentaires sur la Chronique de Lor- 
raine {Mém. de la Soc. d'Arch. lorr., année 1859, p. 412 et 
suiv.) ; Les offices des Duchés de Lorraine et de Bar (Ibid., 
année 1869, p. 412). 

(2) Ces lettres rappellent les services « que, en maintes 
manières, il a faict par le passé à noz prédécesseurs ducs de 
Lorraine et à nous en bataille et autrement... » 



221 

« commandement du Roy René son père... » (i). 
Gayon suppose que Chrétien, de même que son col- 
lègue Jean Lud, était originaire de la Provence et qu'il 
avait été amené en Lorraine par le duc Jean, vers 1458; 
M. Léon Germain incline au contraire à penser qu'ils 
étaient tous deux alsaciens, Lud portait le surnom de 
Pfaffenhoffen et Chrétien pouvait tirer le sien du vil- 
lage de Chatenois, près Schelestadt. Dans ce système, 
l'expression « par deçà » employée par Jean Lud signi- 
fierait « sur l'autre versant des Vosges ». Ce qui paraît 
certain, c'est qu'ils n'étaient lorrains ni l'un ni l'autre, 
tandis que Chrétien (II) de Chastenoy était fils, petit- 
fils et arrière petit-fils de secrétaires de la maison 
ducale. 

En terminant on peut se demander si Chrétien (III) a 
fait au poursuivant d'armes une déclaration exacte. 
Robert de Chastenoy prétendait qu'il s'appelait Simonin 
et ne descendait pas de Warry de Chastenoy. Chré- 
tien (III) soutient au contraire que Warry, mort en 
1459, était le trisaïeul de son père Thomas, lequel fut 
nommé secrétaire du duc Antoine en 1508. Cinq géné- 
rations en un demi-siècle, c'est beaucoup. — Entre ces 
deux déclarations contradictoires, Didier Richier a donné 
la préférence à celle de Chrétien (III), mais la situation 
que la famille de ce dernier occupait à la cour de Lorraine 
permet de suspecter l'indépendance du poursuivant d'ar- 
mes, et on peut se demander si Chrétien descendait 
réellement de Warry dans la ligne mascuHne. Son bis- 
aïeul, Chrétien (I), est désigné, dans les lettres patentes 

(1) J. Cayon, Chronique de Joannes Lud et Chrétien, p. 
p. IX et 5. 



— 222 — 

du 20 juin 1465, comme neveu de Warry, et Chré- 
tien (III) s'empresse d'ajouter : « aultremet son petit 
« fiiz, car de ce temps là, l'on appeloit les petitz filz 
« nepveu comme encore pntement en certains lieux. » 

Celte insistance ne masquerait-elle pas une reprise 
du nom de Chastenoy par un descendant du côté mater- 
nel? Ces reprises étaient déjà fréquentes, et il faut recon- 
naître que le nom et les armes octroyés à Chrétien 
Simonin, par les lettres de noblesse de 1488, donnent 
quelque vraisemblance à cette hypothèse. D'autre part, 
s'il eût encore existé d'anciens Chastenoy, en 1488, ils 
n'auraient pas manqué de protester contre la collation 
de leur nom et de leurs armes à un anobli qui leur eût 
été complètement étranger, et je me demande si Chré- 
tien (III) de Chastenoy qui déclarait en 1583, n'avoir 
« consanguinité aucune » avec Chrétien Simonin de 
Chastenoy, a bien dit la vérité. 

Quoi qu'il en soit, les renseignements contenus dans 
la Recherche de Didier Richier complètent, s'ils ne les 
corrigent pas, ceux que donnent Callot, le Nobiliaire 
manuscrit, Dom Pelletier et Henri Lepage, et, à ce 
titre, ils méritaient je crois d'être signalés. , 



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LE RÉT A BLE 



DE 



L'ÉGLISE D'AINGERAY 



PAR 



M. Victor RISTON 



Le petit village d'Aingeray, dont la population 
s'élève à peine à 450 habitants, est situé sur la rive 
droite et sur les bords de la Moselle, sensiblement à 
égale distance de Liverdun et de Fontenoy. 

Son église vue de l'extérieur ne semble pas de nature 
à attirer l'attention de Tarchéologue, qui ne pourra que 
l'egrelter son aspect insignifiant, mais une agréable 
surprise attend le visiteur lorsqu'il pénètre dans le 
monument. 

L'église actuelle se divise, au point de vue de sa 
construction, en deux parties fort distinctes : le chœur 
et l'avant-chœur d'une part, la nef de l'autre. Celle-ci 
qui est toute moderne, ne mérite aucun examen. Le 
chœur et l'avant-chœur au contraire sont anciens et 
datent de la dernière époque de l'architecture romane. 
Les deux travées, dont ils sont composés, sont 



— 224 - 

soutenues par des piliers encastrés dans la muraille, et 
présentent des chapiteaux à abaques très développés 
consistant en corbeilles garnies de feuilles à crochets. 

L'intérêt que présentent ces deux travées est certain ; 
mais ce n'est pas à beaucoup près la pièce capitale, et 
nous avons hâte d'arriver à la description du retable, 
qui, à lui seul, suffit pour individualiser l'église d'Ain- 
geray, si nous pouvons nous exprimer de la sorte. 

Tout d^abord en entrant dans l'édifice, alors même 
que l'on est prévenu, ce morceau de sculpture ne 
frappe pas la vue, car il est malheureusement placé 
dans une position déplorable, et encastré dans le mur 
au-dessus du tambour de la porte d'entrée, à environ 
trois mètres du sol, de telle manière qu'il est très 
difficile de l'examiner à son aise et comme il le mérite. 

Nous devons avouer qu'en dirigeant nos pas vers 
Aingeray le hasard seul nous guidait, et que nous ne 
nous attendions guère à trouver une œuvre semblable. 
Des recherches faites lors de notre retour, il résulte 
qu'à notre connaissance du moins, ce rétable n'a 
encore été signalé que par notre regretté collègue 
Olry dans son « Répertoire archéologique de T arron- 
dissement de Toul », cantons de Domèvre,Toul-Nordet 
Thiaucourt {Mém. de la Soc. d'arch. lorr., 1871, p. 
363). La statistique du dép&rlement de la Meurthe est 
complètement muette à ce sujet, et il nous a semblé 
d'une part qu'en présence du laconisme de M. Olry, 
qui pour ainsi dire n'a fait que mentionner ce rétable 
en deux lignes, et de l'autre de la valeur de l'œuvre, 
il ne serait pas inutile d'en entretenir quelques instants 
la Sociélé d'Archéologie lorraine et d'en publier la 
reproduction. 



— 22b — 

La destination de ce chef-d'œuvre ne parait pas 
devoir susciter la moindre difficulté, et sans aucun 
doute, l'on se trouve en présence d'un ancien retable 
complétant la décoration d'un autel. Quant à son ori- 
gine, malgré toutes nos investigations il nous a été 
impossible jusqu'ici de la déterminer d'une façon abso- 
lue. D'où provient ce rétable ? Ni les archives de l'église, 
ni celles de la commune ne donnent à cette question 
une réponse satisfaisante, et à défaut de documents 
écrits, on est obligé de recourir à la tradition locale 
transmise de père en fils. D'après ce qu'ont entendu 
raconter par leurs ancêtres les plus âgés des habi- 
tants d'Aingeray le retable proviendrait de l'ancienne 
église de Molzey, dont la destruction remonterait au 
xvu'^ siècle. Molzey (Molisiacus), Malzey ou encore 
Marley était un village situé sur le plateau qui sépare 
Liverdun d'Aingeray et à deux kilomètres de cette 
dernière localité. Remontant à une très haute anti- 
quité, cette agglomération fut ruinée en même temps 
que son église, et il n'en subsiste plus actuellement 
que d'informes monceaux de pierres au milieu des 
vignes 

Aingeray, centre proche de Molzey, reçut naturelle- 
ment la plus grande partie des habitants du village 
démoli et il y a tout lieu de croire que ces pauvres 
exilés aient tenu à sauver du désastre cette sculpture 
qui pour eux était comme une relique, et qu'on l'ait 
placée à l'endroit indiqué lors de la reconstruction de 
la nef actuelle. La tradition est donc en parfaite harmo- 
nie avec la raison, et rien ne nous empêche de l'accepter 
comme exacte. 

Le retable d'Aingeray est taillé dans un seul bloc de 

15 



— 226 — 

pierre, provenant du pays autant que l'on peut en juger; 
il mesure dans sa partie la plus large 2", 01*= sur 0'".92'= 
de hauteur. Le cadre, qui entoure la partie principale, 
est formé dans le haut par une forte moulure accom- 
pagnée par une triple baguette, et porte comme fronton 
un cul-de-lampe à relief peu accentué. La partie basse 
de l'entourage consiste en un simple bandeau formant 
entablement. 

Le retable proprement dit mesure l'",94'' de longueur 
sur 0'",50'= de hauteur. Il se compose de six niches pla- 
cées de front, acccolées les unes aux autres et séparées 
entre la troisième et la quatrième par une niche cen- 
trale plus importante. 

Chacune des petites niches, large de 0'" 25 centimè- 
tres, est coiflée par un dais formé d'une ogive en acco- 
lade ornée de choux et abrite deux statuettes en pierre 
d'égale grandeur (0'" 25*^ de hauteur). La niche du 
milieu conçue sur le même plan est occupée par trois 
personnages, et le triple dais qui la surmonte résulte 
de la juxtaposition de trois ogives en doucine. 

Les dais découpés à jour sont couronnés par une 
ravissante et délicate grille en pierre également 
sculptée à jour et dont les motifs d'ornementation diffè- 
rent tous d'une niche à l'autre. Il y a là un travail admi- 
rable et une finesse surprenante de dessin et d'exécu- 
tion, étant donné surtout le grain des matériaux 
employés. 

Ajoutons enfin que les niches, les dais et la grille, 
font partie intégrante du bloc et qu'ils ont été sculptés 
dans son épaisseur. 

L'effet produit tant par l'ensemble que par les détails 
est très réussi ; malheureusement les petites statuettes 



mmmmmmmÊ 
mmmmmmmi' 






•■«HMii 





i,1ii;m«: lie i-AllllMH 



l'hololypie J. Roycr, Nancy. 



LE RÉTABLE DE L'ÉGLISE D'AINGERAY 

(détail) 



227 

ont été, à une époque relativement récente, horrible- 
ment enluminées avec les couleurs les plus criardes ; 
aussi ne pourrions-nous trop désirer voir enlever ce 
disgracieux badigeonnage multicolore. 

Les personnages qui se trouvent deux par deux dans 
les six petites niches, figurent vraisemblablement les 
douze apôtres ; tous sont drapés à la façon tradition- 
nelle et portent, à l'exception d'un seul, longue cheve- 
lure et barbe abondante. Ils n'ont, ni sur eux, ni à côté 
d'eux, aucun emblème de nature à permettre de les 
reconnaître. 

La niche principale est occupée par trois personna- 
ges : à droite, en regardant le retable. Dieu sous la 
forme du Père éternel, la tête couronnée, tenant de la 
main gauche le globe du monde et bénissant de la main 
droite une jeune fille ou une jeune femme agenouillée 
devant lui les mains jointes, tandis qu'un ange placé à 
gauche dépose sur sa tête une magnifique couronne. 
Que représente ce groupe ? Faut-il y voir, comme cela 
se rencontre souvent, le couronnement de la Vierge, 
ou plutôt ne pourrait-on pas considérer cette œuvre 
comme la représentation allégorique "de Dieu bénissant 
son Eglise en lui promettant une durée aussi longue 
que les siècles, un empire universel et assurant à ceux 
qui lui seraient fidèles une récompense éternelle? 
Cette dernière interprétation, qui pour nous d'ailleurs 
reste une simple hypothèse, nous semble toutefois ca- 
drer avec l'ensemble du sujet. 

Le retable d'Aingeray appartient au style ogival 
tertiaire ou flamboyant ; aussi, à défaut de documents 
historiques , est-il possible d'en faire remonter l'exécu- 
tion avec vi'aisemblance au commencement duxvi^ siècle. 



— 228 - 

On n'en connaît pas l'auteur, mais ici encore la tradition 
veut que l'ancienne église de Molzey, dépendant d'un 
monastère d'hommes, ait été desservie par ses reli- 
gieux, qui dans le but d'orner leur sanctuaire, auraient 
édifié, pour un de leurs autels, ce retable dont ils 
auraient à la fois conçu le dessin et exécuté la sculp- 
ture. 

Quoi qu'il en soit de cette question et quoique l'on 
puisse regretter de ne pas connaître le nom de l'artiste 
à qui nous devons ce petit chef-d'œuvre, il nous est 
permis de constater que le retable d'Aingeray est 
incontestablement fort intéressant et qu'il mérite de 
prendre place dans l'inventaire des richesses archéo- 
logique de nos églises lorraines. 



LA SUEUR ANGLAISE 

EN ALSACE ET EN LORRAINE 

Notes à propos d'un imprimé lorrain, présumé 

de 1529. 

Par m. Jules ROUYER 



Nous devons à l'obligeance de M. Léopold Delisle la 
connaissance de la pièce qui motive plus particulière- 
ment ce mémoire. 

Il s'agit d'une demi-feuille de papier, des commen- 
cements du XVI* siècle, sur laquelle est imprimé, en 
deux pages de format in-4°, un remède contre la 
suette, ou sueur anglaise, maladie contagieuse, origi- 
naire d'Angleterre, en effet, d'où elle se jeta sur le 
continent pour y exercer également les plus désas- 
treux ravages. La communication que M. Delisle a 
bien voulu nous faire reposait sur cette remarque de 
réminent savant, que l'exemplaire conservé à la Biblio- 
thèque nationale sous la cote Te'^'^-i2 {Réserve), et 
peut-être unique aujourd'hui, de l'imprimé dont noua 
parlons, est établi sur la partie laissée inoccupée, et 
en blanc, d'un exemplaire de certaine formule de lettres 



— 230 — 

d'indulgences, à l'usage des quêtes que l'Hôtel-Dieu de 
Paris faisait de toutes parts, pour l'aider à subvenir 
aux besoins de ses malheureux assistés ; formule dont 
un approvisionnement tout entier, sorti en 1511 des 
presses lorraines de Saint-Nicolas-de-Port, était tombé 
en rebut, et demeuré pour compte à l'imprimeur, à 
cause, sans doute, d'un vice de forme dont nous avons 
déjà expliqué ailleurs la gravité (1). M. Delisle expri- 
mait avec toute raison le vœu qu'il fût possible de bien 
constater l'origine commune, quant au lieu d'émission, 
des deux imprimés ainsi couchés sur un même papier 
volant, l'un au reclo, l'autre au verso. 

A la condition de reprendre le sujet plus loin, nous 
devons nous borner, pour le moment, à cette observa- 
tion que la composition des deux imprimés a été faite 
au moyen de caractères qui existaient, les uns comme 
les autres, dans l'officine de Pierre Jacobi, à Saint- 
Nicolas-de-Port, et que, particulièrement, ceux du 
texte du Remède contre In Sueur d'Angleterre sont, 
non seulement pour les lettres, mais jusque dans les 
moindres détails, comme pour ce qui concerne, par 

(1) Voiries Mêmoiresde la Société d'archéologie lorraine, 
année 1883, p. 235. Nous rappellerons en peu de mots de 
quoi il s'agit : 

La formule rebutée commence par le mot Universis, et 
l'î/ initial consiste en une grande lettre grise au centre de 
laquelle est gravée l'image de saint Nicolas avec les trois 
enfants. Eq l'espèce, c'était comme une sorte de non-sens, 
attendu que l'Hôtel-Dieu de Paris se trouvait sous la pro- 
tection de patronage, non pas de ce saint, mais bien de 
saint Christophe, pour sa chapelle, et de saint Jean-Baptiste 
pour ce qui concernait plus particulièrement l'administra- 
tion de l'établissement. 



— 231 — 

exemple, les abréviations, la ponctuation, et tous signes 
accessoires, tout-à-fait les mêmes que ceux dont Jacobi 
a fait usage en 1518, pour l'impression du texte de la 
Nancéide, de Pierre de Blarru. 

Ce n'est guère avant 1529, autant que nous en 
pouvons juger, que l'on trouve bien précisément des 
traces de la sueur anglaise en Lorraine et dans les 
contrées voisines. En Angleterre, au contraire, cette 
maladie s'était très cruellement manifestée dès 1485, 
dans l'intervalle de la mort du roi Richard III, tué 
dans la bataille de Bosworth, le 22 août, au cou- 
ronnement de son successeur, Henri VII. Nous ne 
pouvons mieux faire que de rapporter ce que contient 
sur ce sujet V Histoire du règne de Henri VU, roi 
d'Angleterre, traduite du latin de François Bacon 
par La Tour-Hotman, Paris, 1627 (1) : 

« En la saison de l'automne, et sur la fin de sep- 
tembre (1485), la ville de Londres et quelques autres 
endroits du Royaume furent affligés d'une maladie 
qu'on n'avoit point encore connue, et qui fut appelée 
Sudoriïique, à cause des symptômes et des accidens 
qui l'accompagnoient. Le cours de cette maladie fut 
prompt, tant en la personne de ceux qui en furent 
affligés que pour le regard du temps de sa durée, car 
ceux qui en étoient frappés, ayant échappé les vingt- 
quatre heures, se tenoient comme assurés de n'en 

(1) Ce n'est pas cette éditioQ de 1627, déjà qualifiée rare 
en 1724, que nous avons eue entre les mains. Notre citation 
est tirée de l'édition de Bruges, 1724, in-12, pp. 12 à 14. 
Nous n'avons pas tenu à conserver absolument l'orthogra- 
phe, assez douteuse, de cette réimpression, ce qui eût été 
sans intérêt ici. 



— 232 — 

mourir pas. Pour ce qui est du temps de ce mal conta- 
gieux, il commença environ le 21 de septembre et cessa 
sur lafm d'octobre ; si bien qu'il n'apporta point d'obs- 
tacle au couronnement du Roi, qui fut fait le dernier 
d'octobre (1), ni même à l'assemblée des Etats, qui ne 
commença que sept jours après. G'étoit une fièvre pes- 
tilentielle qui, se^on les apparences, n'avoit son siège 
ni dans les veines, ni même dans les humeurs, pour ce 
qu'il ne s'ensuivoit pas de charbon, et que, en la per- 
sonne de ceux qui en étoient travaillés, on ne remar- 
quoit îiucune tache livide. Tellement qu'on pouvoitbien 
conjecturer que ce n'étoit qu'une vapeur maligne qui, 
enveloppant le cœur, se saisissoit des esprits vitaux et 
ainsi forçoit la nature à un combat violent, pour la 
repousser au dehors par les sueurs. Aussi l'expérience 
fit voir que cette maladie étoit plutôt une surprise de la 
nature qu'un mal qui s'obstinât contre les remèdes, 
puisqu'il en étoit susceptible si l'on y pourvoyoit de 
bonne heure. Car si l'on avoit soin d'user d'une égale 
modération envers le patient, ensemble de le couvrir 
et le faire boire assez chaudement, lui faisant prendre 
des breuvages propres à fortifier le cœur, et empêcher 
que, ni l'opération de la nature ne fût irritée par la cha- 
leur, ni retenue en ses fonctions par une froidure exces- 
sive, il ne tardoit guères à recouvrer sa santé. Gela 
n'em])êcha j as qu'un grand nombre de personnes ne 
mourût soudainement de ce mal, devant que la méthode 
requise à le guérir fût connue... » 

Plus loin, Bacon revient sur ces faits pour rappeler 
le présage que le « commun peuple » en avait tiré, 

(1) En réalité, ce fut .'c 30 octobre. 



— 233 — 

qi/alfct à Henri VII lui-même, « que son règne seroit 
o^nible, à cause qu'il J'avoit commencé par une maladie 
pleine de sueur (1) ». 

La citation que nous devons faire encore est 
empruntée à un ouvrage technique : 

<i Suetle ; nom donné à une fièvre éruplive, conta- 
gieuse, presque toujours épidémique. Cette maladie 
éclata en Angleterre en 1486 (2) pour la première fois, 
et y exerça ses ravages à quatre reprises jusque vers 
le milieu du xvi*^ siècle :.de là son nom de Sudor angli- 
cus. Elle ne se borna pas à l'Angleterre et passa sur le 
continent. Dans les premiers temps cette fièvre offrait 
une sueur profuse, mais peu ou point d'éruption. Le 
danger en était très grand, et les épidémies de suette 
anglaise doivent être comptées parmi les plus formi- 
dables qui ont désolé les populations (3). » 

On conçoit que, précédée d'une réputation dont on se 
fait aisément l'idée, la suette, quand elle se répandit 
sur le continent, ait été accueillie avec les sentiments 
d'inquiétude les plus marqués et les plus justifiés, de 
la part des habitants des pays envahis ou menacés par 
le fléau. Les autorités de ces pays recouraient aux 
médecins les plus habiles, ou qu'e'les considéraient 
comme tels, pour obtenir d'eux les meilleures recettes 
curatives ou préservatrices. On faisait imprimer ces 
recettes, afin de les mettre, autant que possible, à la 
portée des intéressés. 

(1) P. 54 de l'éd. de Bruges, de 1724. 

(2) Lisez : 1485. Le témoignage de F. Bacon que nous 
avons relevé plus haut, ainsi que des autres historiens 
anglais, ne peut laisser aucun doute sur ce point. 

{2) IHctionnaire de médecine, publié par Baillière ; 13» 
édition, par Littré et Robin, Paris 1873. 



— 234 — 

Ici se termine l'excursion que nous avons été obligé 
de faire en dehors de la Lorraine et des pays voisins, 
et que l'intérêt même des recherches que nous avions 
entreprises ne nous a pas permis de rendre plus rapide. 
Voyons ce que, rentré chez nous, ou à peu près, nous 
trouverons de relatif à notre sujet. 

M. Gh. Schmidt a publié dans les Annales de l'Est, 
année 1890 (1), au sujet de Laurent Pries, de Golmar, 
« médecin, astrologue, géographe «, une étude de haute 
valeur et qui a été très remarquée ; elle méritait, sans 
nul doute, de l'être à tous égards, et notamment pour 
les documents nouveaux ou mal connus jusqu'alors, au 
moyen desquels on peut bien dire que l'auteur a fait 
revivre son personnage. Quant à nous, il ne nous était 
pas possible, à la lecture du travail de M. Schmidt, de 
ne pas en extraire le passage suivant : 

'i En 1529, la maladie dite sue//e, qui d'Angleterre s'était 
répandue sur le continent dès 1525, était aussi venue à 
Metz. Craignant que cette épidémie nouvelle ne s'étendît 
jusqu'en Alsace, l'évêque Guillaume, de Strasbourg, 
fit demander une consultation à Pries, qu'il connaissait, 
et à Jean Brunon de Tsidbruck. qui depuis 1520 était 
médecin stipendié de Metz, et plus connu comme diplo- 
mate que comme disciple d'Esculape. Ils envoyèrent 
au prélat un petit traité, rédigé à la hâte et. selon 
toute apparence, par Pries ; il fut aussitôt imprimé à 
Strasbourg... (2) ». Le traité est en latin. Voici l'indi- 
cation qu'en donne M. Schmidt : Sudoris anglici exi- 
tialis pestiferiqiie morbi ratio, prseservatio et cura, 

(1) Pages 523 à 575 (fascicule n" 4, du mois d'octobre), 

(2) Annales de VEst, 1890, pp. 534, 535. 



— 235 — 

Joanne Nidepontano et Laurentio Frisio. inelylœ civi- 
tatis Metensis medicis, autoribus, prsecipito calamo 
conscripta. Argent, J. Knobloch junior, 1529, 12 
feuillets in-4°. — Voici, en outre, d'après M. Schmidt 
également, la traduction d'un passage relatif au traite- 
ment du mal nouveau, par le moyen, disent nos deux 
praticiens, des armes que leur ont fournies contre 
cet ennemi furieux les traditions des anciens, et leur 
propre expérience : « Il faut coucher le malade dans 
un lit chauffé, l'envelopper jusqu'au cou, le préserver 
du contact de l'air, lui donner une potion sudorifique ; 
après six heures, on l'essuiera, puis on l'enveloppera 
de nouveau de hnges bien chauds ; il pourra boire un 
peu de vin mêlé d'eau, mais avant douze heures il ne 
mangera rien, et pendant trois jours il s'abstiendra de 
viande. 11 lui faut des gardes ; ils l'empêcheront de 
dormir en le tirant par les cheveux et par la barbe, en 
lisant à haute voix, en chantant, en faisant du 
vacarme (1). » Nos auteurs se livrent ensuite à une 
digression qui sent un peu l'esprit de secte, et qui 
n'aurait véritablement que faire ici, sur les qualités à 
rechercher dans les gardes... 

A titre de comparaison, on rapprochera ce qui vient 
d'être exposé, si l'on veut bien, du Remède consigné 
dans la rareté typographique dont nous donnerons la 
copie pour terminer ce mémoire ; il y a là plus d'un 
point de rapport que permet de saisir le plus simple 
examen. 

L'opuscule de Fries et de son collègue était, nous 
l'avons dit, rédigé en latin, et ne pouvait, par consé- 

(1) Loc. cit., p. 555, 



— 236 — 

quent, convenir à la très-grande majorité du public 
alsacien ; celle-ci n'y aurait rien compris. C'est pour 
cette raison, sans doute, qu'il parut en langue alle- 
mande, à Strasbourg, dans la même année 1529, et sur 
le même sujet, un livret imprimé en 16 feuillets in-4'', 
dont l'auteur, HansMelbrey, nous fait savoir M. Schmidt, 
était courrierà cheval de la Chambre aulique de Spire, 
à laquelle il a dédié son traité. Nous en conclurions 
assez volontiers que l'édition strasbourgeoise du livret 
de Hans Melbrey pourrait bien être déjà une réimpres- 
sion. L'établissement de l'imprimerie à Spire remonte à 
1471 (1). 

Nous avons vu la préoccupation causée par la suette 
à Metz et à Strasbourg. Le hasard nous montrera 
cette même préoccupation, à la même époque, répan- 
due, en France, vers la frontière lyonnaise ; nous ne 
saurions expliquer autrement l'existence d'un dernier 
opuscule qu'il nous reste à signaler, avant de donner 
le texte de l'imprimé lorrain dont la découverte a 
motivé nos recherches. 

Comme nous parcourions VElude biographique et 
bibliograpliiqiw, de P. Allut,sur le lyonnais Symphorien 
Champier (2), que l'on sait avoir été fort longtemps le 
premier médecin du duc de Lorraine Antoine, notre 
attention fut arrêtée sur l'endroit oii il est question do 
l'exemplaire, à toutes marges et dans sa première 
reliure, que conserve la Bibliothèque publique de 
Nîmes, de V Antiquité^ origine et noblesse de la très 
antique cité de Lyon, Lyon, 1529, in-4° gothique. 

(1) Voir le Dictionnaire de géographie, de P. Deschanips, 
à l'article Augusta Nemelum. 

(2) Lyon. 18ôS<, in-S». Voir aux pp. 227 et 228. 



— 237 — 

A la suite de cet ouvrage se trouvent, dans l'exem- 
plaire dont il s'agit, deux opuscules que l'on a pu 
considérer comme faisant partie du livre même, tandis, 
au contraire, que ce sont deux pièces indépendantes de 
toute publication, et d'une rareté exceptionnelle l'une 
comme l'autre. Allut croit pouvoir d'ailleurs aflirmer, 
en se fondant sur la similitude absolue du papier, du 
format et des caractères d'impression, qu'elles sont 
sorties des mêmes presses lyonnaises que VAnliquilé 
de Lyon. Une des deux pièces n^a aucun rapport avec 
notre sujet (1). Voici, d'après Allut, le titre et Vexplicil 
de la seconde, qui est un pe lit in-4° gothique de quatre 
feuillets non chiffrés : 

Du docteur Pierre Wild de Ysny remède consola- 
loire contre la nounelle maladie nomee Sueur angloys, 
laquelle règne a présent au pays de ïlandrcs ^ allemai- 
ffne, Sf est a craindre que cy après elle ne règne plus 
amplement, tant aux dessusdilz pays que par tout luni- 
versel monde. Au vertueux Sénat S^ pour la commune 
utilité de la noble cite de Wormbs. 

Après le titre, une ligure en bois, et au bas : « Faicte 
pénitence car le royaulme de dieu s'approuche. » 

A la fm : Donné le jour de Sainct Michel (2) ar- 
change, 1529. 

Tout-à-l'heure; c'était l'Allemand Hans Melbrey, que 
nous voyions offrir à la Chambre aulique de Spire ses 

(1) C'est une plaquette de 4 Û\ iii-4" goth., publiée en 
1530, relativement au retour en France, et au passage par 
Lyon, de ceux des enfants de François I" qui étaient restés 
en otage à Madrid après la captivité de leur père, et à la 
suite du traité de Cambrai. 

(2) 29 septembre. 



moyens curatifs pour le traitement de la sueur anglaise. 
Ici nous sommes en présence d'un autre Allemand, le 
docteur Pierre Wild, d'Isny, que nous ne connaissons, 
au surplus, que de nom, offrant, à son tour, au Sénat 
de Worms ses élucubrations sur le même sujet. En 
rapprochant ces circonstances, on peut juger aisément 
de quels côtés l'épidémie suivait surtout son cours. 
Nous n'avons pas trouvé de trace du texte original de 
Wild, qui devait être bien évidemment en allemand ou 
en latin ; mais le fait de la traduction en français qui 
en a été donnée à Lyon, dès 1529, dit assez combien le 
néfaste renom que s'était acquis la suelte en faisait déjà 
craindre l'apparition de ce côté également. 

Pendant que la maladie nouvelle étendait ainsi ses 
ravages sur le continent, la Lorraine partageait l'épou- 
vante générale, ce dont elle n'avait que le trop juste 
sujet. Les titres de la collégiale de Saint-Georges, de 
Nancy, ont conservé le souvenir de processions qui 
furent faites dans la ville, en novembre 1529, et où 
furent portés le Saint Sacrement, ou Corpus Domiiii, et 
le cuissal ou coiixa saint Georges (1), « pour la mala- 
die chaude et aultres adversités ». C'est ce qui résulte 
des travaux historiques de notre regretté président 
Lepage, qui désigne indistinctement le même mal sous 
les dénominations de « maladie chaude » et de 



(1) Cette relique de saint Georges, célèbre ea Lorraine, 
consistait en un os de la cuisse (coxa) ; elle était conservée 
dans le trésor de la collégiale placée sous l'invocation du 
même saint. Voyez Lionnois, Histoire de Nancy, t. I, 
1805, p. 8, et H. Lepage dans les Bulletins de la Société 
d'archéologie lorraine, t. I, p. 27ô, dé l'édition de 1853. 



— 239 — 

« chaude maladie », d'après les documents qu'il a 
compulsés (1). 

(1) Les Archives de Nancy, 1865, t. I, p. 1*74 ; Inven- 
taire sommaire des Archives départementales de Meurthe- 
et-Moselle, t. IV, p. 73 (série G. 623). 

M. Léon Germain a bien voulu vérifier pour nous, aux 
Archives du département, les sources qu'avait utilisées 
M. Lepage. Elles sont au Registre G, 623, des rentes, cens 
et revenus de l'église collégiale Saint-Georges, pour l'année 
commençant à la Saint-Jean-Bapt>ste 1529, finissant à pareil 
jour de 1530, et consistent en ces doux articles du chapitre 
des dépenses extraordinaires : 

— « Le xiij^ jour de novembre, acheté du ruban de soye 
pour pendre une branche de choral après le vessaux du 
Corpus Domini, pour pourter à la procession que l'on fit 
ledit jour pour la paix {de Cambrai), et contre la chaude 

maladie, pour ce xij"* . t. 

— « Le XV* jour de janvier, compté à Margo de Tonuoy 
pour cierges et torches quelle a fourny pour les processions 
que furent faictes en novembre pour pourter Corpus Domini 
et pourter le couxa saint George, et pour les commemo- 
racions que l'on fit oudit moys povr la maladie chaude et 
aultres adversités, pour ce iij'* xvj".» 

Les expressions œ maladie chaude » et « chaude maladie » 
se trouvent donc bien, dans le même registre, pour dési- 
gner le môme fléau. 

Quant à la branche de choral, c'est-à-dire de corail, que 
nous lisons avoir dû être attachée à l'ostensoir ou autre 
vaisseau eucharistique renfermant le Cornus Domini, comme 
il fut porté dans la procession du 13 novembre 1529, contre 
la « maladie chaude », on ne peut guère y voir autre chose 
qu'une sorte d'amulette ayant pour mission d'écarter les 
artifices des démons, auxquels il n'était que trop permis 
d'attribuer, au moins en partie, les adversités que les pro- 
cessions et autres prières publiques donnaient l'espoir de 
pouvoir conjurer. A cette époque on reconnaissait encore 
certaines vertus particulières à chacune des pierres quali- 
fiées précieuses, ou des gemmes, au nombre desquelles le 



— 240 — 

A notre grande confusion, nous sommes trop étranger 
à toutes connaissances médicales, anciennes ou moder- 
nes, pour nous croire autorisé à prétendre que la 
sueur anglaise, nonobstant ses symptômes sudorifiques, 
fût toujours de soi une maladie chaude ; mais la 
manière dont on la traitait, en faisant endurer aux 
malades « challeur véhémente » , afin de provoquer 
des sueurs plus fortes, aurait suffi, sans nul doute, 
pour que l'on pût, vulgairement, lui appliquer cette 
appellation. 

Ce que nous avons dit en dernier lieu montre assez 
comment on s'est trouvé, en Lorraine, avoir eu à 

corail était compté. Nous avons sous les yeux, de l'éditloQ 
de Cologne, 1539, le poème de Marbodseus, auteur qui 
vivait au xi^ siècle, de gemmarum lapidumque pretiosorum 
formis, naturis, atque viribus, avec les commentaires d'Alaid 
d'Amsterdam, contemporain de l'édition. Parlant du corail, 
Marbodseus dit : 

Timbras dœmonicas ac Thessala monstra repellit, 
vers qu'Alard fait l'objet de ce commentaire : « Umbras 
dœmonicas .... lege Dioscoridem : Atque ab omni maleficio, 
atque umbris dœmonum, et inanibus studios custodit. Non 
est igitur ociosum, nec ab ratione prorsus alienum, cur 
sacras coralii bacculas, quibus in numerandis precibus 
utimur, prudens instituit vetustas ». — Alard désigne ici, 
comme on le voit, les grains des patenôtres de corail et le 
motif pour lequel ils étaient faits en cette matière, qui a 
toujours été assez recherchée, même en dehors des vertus 
qu'on lui supposait. — Ajoutons, comme dernière observation, 
ce que M. Anatole de Barthélémy, de l'Institut, nous disait 
récemment, mais d'ailleurs en simple causerie, que bien des 
Italiens ont encore aujourd'hui, pendant à la chaîne de leur 
montre, quelque bijou de corail, sur lequel ils se hâtent de 
porter la main aussitôt qu'ils se supposent menacés de 
malencontre ou de quelque mésaventure ; c'est comme une 
sorte de conjuration. 



— 241 — 

imprimer et à rendre publique quelque recelte pour 
traiter les sujets atteints de la sueur anglaise, comme 
aussi à l'effet de prémunir contre le fléau ceux qui en 
craignaientlesattaques. L'édition du Remède sigasilée ici 
d'après l'exemplaire de la Bibliothèque nationale dénote 
tellement^ au plus simple aspect, son origine lorraine, 
que, loin d'avoir à la prouver, on se demande plutôt 
s'il serait seulement possible de la contester. Imprimée 
sur un papier provenant de formules rebutées, mais que 
l'on sait être sorties, en 1511, des presses de Pierre 
Jacobi, à Saint-Nicolas-de-Port, auquel tout l'appro- 
visionnement avait été laissé pour compte, composée 
elle-même, identiquement, avec les caractères ronds 
qui avaient servi à Jacobi, en 1518, pour l'impression 
de la Nancéide, nous ne voyons pas ce qui pourrait 
bien manquer encore pour démontrer moralement quel 
a été le berceau de la pièce. 

Les bibliophiles savent de quelle grande rareté, sans 
exception , sont les divers produits que Ton a pu 
retrouver du premier établissement typographique de 
Saint-Nicolas-de-Port. La liste de ceux que l'on connaît, 
datés, s'échelonne, avec des lacunes considérables dans 
l'ordre des années, de 1501 à 1528 (1). On nous accor- 
dera aisément, sans doute, que l'établissement devait 
bien exister encore l'année suivante. 

A cette dernière époque le matériel de l'imprimerie 
de Saint-Nicolas-de-Port était toujours celui qu'avait 
organisé Pierre Jacobi, mais on ne trouve plus, que 
nous sachions, le nom de celui-ci après 1521 ; en 



(1) Beaupré, Nouvelles recherchas de bibliographie lor 
raine, Naacy, 1856, chap. I", pp. 12 à 19. 



— 242 — 

1525 paraît le nom d'un autre typographe, , Jérôme 
Jacob ; et le seul livret que l'on connaisse portant la 
date de 1528 est anonyme en ce qui concerne l'impri- 
meur (1). Quanta la demi-feuille sur laquelle s'étale le 
Remède contre la Sueur d'Angleterre^ imprimé que 
nous devons, assurément, nous croire très-autorisé à 
classer à 1529, on y reconnaît bien toujours encore, 
et sans conteste, les caractères ronds de la Nancéide, 
naguère si beaux ; mais, par la double raison, peut-on 
penser, de l'usure et du manque de soin, ils se 
montrent ici empâtés et encrassés. Aussi nous a-t-il 
semblé que, dans ces conditions, nous devions nous 
bornera donner une transcription de la pièce, sans 
recourir au moyen dispendieux d'une reproduction en 
fac-similé, le principal intérêt qu'elle présente consis- 
tant dans le fait de pratique médicale dont elle fournit 
l'échantillon. 

Une observation que nous devons faire encore, c'est 
que les deux pages que comporte le texte de la pièce 
sont placées en regard l'une de l'autre, de telle sorte 
que la formule de 1511 imprimée de l'autre côté dis- 
paraissait entièrement quand on jugeait à propos d'afli- 
cher en placard le Bemède. 

Pauvre formule, quant à sa destinée, que celle de 
1511 dont il s'agit ! Et combien a-t-il donc fallu qu'il y 
en ait eu d'exemplaires pour que le stock n'en fût pas 
absolument épuisé dix-huit ans après le rejet de la 
livraison ? On en avait fait des feuillets de garde pour 
les livres qui sortaient des ateliers de Jacobi, et, au 
besoin, du carton pour la reliure de certains volu- 

(1) Beaupré, loc. cit., p. 19. 



— 243 — 

mes (1). La remarque de M. Léopold Delisle, que nous 
tenons à remercier encore de son obligeance, devenue 
proverbiale, nous en fait voir d'autres exemplaires utili- 
sés, comme il en était jadis, pourrait-on dire, du parche- 
min des manuscrits palimpsestes, à la réception d'un 
second texte, en remplacement d'un texte précédent. 
On se demande quelle valeur relative pouvait avoir 
alors le papier, pour qu'il en fût disposé avec un sem- 
blable esprit d'épargne. Mais, quoi qu'il en soit^ l'ar- 
chéologue n'aura pas à se plaindre de ce qui, de notre 
temps, pourrait être considéré comme un bien singu- 
lier exemple de parcimonie, puisque ce n'est qu'à l'em- 
ploi des divers expédients que nous venons de rappe- 
ler que quelques exemplaires de la curieuse formule 
ont dû d'être conservés, et de parvenir jusqu'à nous. 
Il est temps de donner la copie du Remède. On la 
trouvera à la suite de celle notice, que nous terminons. 
Nous ne saurions déterminer, d'ailleurs, à quel praticien 
est due la rédaction qne nous allons ainsi mettre sous 
les yeux du lecteur. Nous avions d'abord pensé à Sym- 
phorien Ghampier. qui était, nous l'avons dit, premier 
médecin du duc de Lorraine ; mais on ne voit, dans 
le libellé du Remède, rien qui précise le caractère 
officiel de la pièce, à supposer qu'elle en ait eu un. 
Ajoutons que, à l'époque où elle remonte, Ghampier, 
fixé régulièrement à Lyon, ne devait plus venir que 
rarement à Nancy (2) et que le duc avait un autre 

(1) Beaupré, Recherches sur rétablissement de l'impri- 
merie en Lorraine ; Nancy, 1845, p. 53 à 56. 

Voir en outre les Mém. de la Société d'archéologie lor- 
raine, 18S3, p. 135, et 1884, p. 214 et 217. 

(2) Voir H. Lepage, dans lo Journal àe la Société d'ar- 
chéologie lorraine, année 1860, p. 218. 



— 244 — 

médecin, jouissant à la cour de Lorraine d'un cer- 
tain crédit : c'était le mystérieux Bartolomeo Gastel- 
San-Nazar (1). Tout cela, en somme, est bien vague. 
Aussi ne saurions-nous mieux faire que de laisser en 
son entier, à qui voudra reprendre la question de 
paternité de l'opuscule, le soin de la résoudre. 



(l) Voir la^notice de M. Fourier de Bacourt au sujet de ce 
personnage, dans les Mémoires de la Société d'archéologie 
lorraine, année 1887, p. 5 à 35. 



— 245 — 



liT Remède contre la malladie 
nommée la sueur Dengleterre 
Régnant en plusieurs lieux (1). 

■r II est nécessairement requis que incontinent que 
quelcun se sent mal dispose par auoir troup chault, 
troup froit, ou tremblement, ou par troup g-rant mal 
destomach, ou de teste. Gomme cesle malladie com- 
mence. Il se retire en son lougis.Et quesoubdainement. 
il face chauffer des linceux et accouslrer ung lict. Se 
despouiller le plus tosl que sera possible devant le feu 
et se coucher et couurir modereementne troup ne troup 
peu, mais comme dugne couuerte commune Et de 
quelque Robe doublée, et qu'on se garde dy mecttre 
fourrure aulcune. Couche quil sera fault mettre ses 
bras au long de ses coustes sans se bouger et sans 
dormir. Et que Ion garde bien quil ne sendorme. Car 
si lespace dun aue maria il dormoit se seroit faict de 
sa vie. Aussi quil ne mette hors du lict membre quil 
aye fors la teste. Aultrement s'il estoit atouche daer 
en quelque aultre partie de son corps il seroit mort. 
Douze heures passées après quil aura endure challeur 
véhémente, luy fauldra demander sil peult remuer les 



(1) Pour plus de clarté, nous avons supprimé les abré- 
viations qui existent en grand nombre dans le texte original, 
abréviations que les caractères typographiques actuels n'au- 
raient pas toujours permis de reproduire bien exactement. 



— 246 — 

mains et les piedz a son aise. Si ainsy le peult faire. 
Adoncques fauldra commencer a eschauffer des 
seruietes ou aultres draps de linges et faire quelque 
brouuet sans espices, demy heures auant que le leuer. 
Mais après les xii iieures passées encor faut il quil 
demeure couche iii ou iiii heures. Et faull quil y aye 
iiii ou cincq personnes auprès du pacient Iheure xvi 
approuchantes Affin que sil perdoit entendement 
(comme iay veu en aulcuns) ou quil se voulcist leuer, 
que Ion le tint par force. Et le mallade estant au lict 
Ion prendra de leauue Roze ou de Lavande : et la 
chauffera on vng peu auec vng petit drap de linge. Lon 
luy en mecttera par fois deuant le nez et aux oreilles, 
et de quelque bon vinaigre aussy. Et si luy peult on 
bailler a boire, mais peu a la fois, de ceruoyses 
chauffée, ou eauue cuycte, ou luy bailler en la bouche 
du succre candy, quant il a troup grant soief. Lheure xvi 
passée Lon le viendra essuer avec les seruiettes ou 
draps chauffes dessusdictes par tout le corps. Et quant 
il sera essue fauldra lenuelloper en quelque linceux 
chauffes et dune robe ou cappe sans fourrure. Et le 
leuer et mecttre en vne cliayere deuant vng moyen feu. 
Luy présenter incontinent a menger de ce brouuet sans 
espices que l'on aura appreste auant que le leuer. Et 
pendant qu'il mengera retourner le lict chauffer des 
blancs draps. Et quant il aura menge le recoucher et 
laisser dormir s'il poura deux ou trois heures pen- 
dantes lesquelles fault lesueiller trois ou quatre fois. 
Apres il poura demeurer au lict tant et si longuement 
qu'il vouldra ou se leuer tout à son plaisir. Mais il est 
nécessaire quil tiengne la chambre huict iours durant. 
Ce faisant il sera garanly. 



— 247 - 

([ Contre icelle mallaidie est bon de prendre de la 
fleur de nois muscade, du poyure, des Rozes rouges, et 
de la muscade autant dung- que daultre. Et après iauoir 
pille ou broyé ensemble le meclre en vne demye chop- 
pine de vinaigre dedans quelque fiolle ou bouteille. Et 
de celle boire vnecuillier auant que sortir du logis. 



HARANGUES 

DES 

lîODIAMS DE PONÎ-A-iOeSSON 

AU DUC DE LORRAINE HENRI II 

1614 

Par M. J. FAVIER 



Le duc Henri II passe pour avoir été prodigue des 
finances de la Lorraine. Les constructions et les res- 
taurations qu'il commanda pendant les premières 
années de son règne coulèrent, disent les historiens, 
de? sommes énormes. Mais ces dépenses semblent avoir 
eu leur raison d'être, car les états généraux, tout en 
se faisant prier, consentaient toujours à accorder les 
aides qu'on leur demandait pour construire des châ- 
teaux, embellir et fortifier les villes. 

Les jésuites de Pont-à- Mousson que Charles III avait 
un peu gâtés par ses largesses, ne se firent pas défaut 
de profiter de la générosité de son fils, et ce dernier 
n'avait nullement l'intention de se montrer intraitable 
à l'égard d'une institution qui était l'honneur du règne 
de son père. Les historiens onl pu constater souvent 
qu'en ce qui concerne l'Université lorraine, Henri II 
a été le digne successeur de Charles III. 

« Ce prince, dit le P. Abram, en racontant sa niort, 
a toujours aimé notre Université, Il était d'une lar- 



— 249 - 

gesse et d'une libéralité toute royale ; il avait coutume 
de dire : « Notre langue n'a qu'un seul mot pour 
« exprimer le refus, et cependant ma nourrice n'a 
« jamais pu me l'apprendre. » (1). 

C'était dans des cas toujours très pressants, par 
exemple au lendemain d'une catastrophe quelconque 
qui ne se pouvait réparer qu'à prix d'or, que lo P. 
recteur avait recours à la « royale libéralité y> . 

« La septième année du rectorat du P. Bouvet (en 
1613), pendant la nuit du 11 décembre, le feu prit au 
chauffoir des séminaristes, et de là se propagea du 
côté de la salle d'académie et des chambres des pen- 
sionnaires, en réduisant tout en candres. Peu s'en 
fallut que le feu ne dévorât encore deux autres bâti- 
ments et ne gagnât les maisons voisines. Par bonheur 
les efforts des habitants accourus au secours parvin- 
rent à concentrer l'incendie dans son foyer. 

» L'année suivante, les ravages de l'incendie furent 
réparés, grâce à la libéralité du prince. La grande 
salle fut rebâtie, et près d'elle on construisit une fort 
belle classe pour la théologie. » (2) On ajouta à cela une 
maison de campagne très confortable et la note s'éleva 
à plus de deux mille écus. Cette fameuse salle des 
actes peut se voir encore aujourd'hui : c'est celle qui 
occupe le fond de la cour du collège de Pont-à-Mous- 
son ; il est vrai qu'elle a beaucoup perdu de son 
antique splendeur : Elle mesure environ trente mètres 
sur treize ; à l'une des extrémités s'élevait une plate- 



(1) L'Université de Pont- à-Mousson, publiée par le P. 
Carayon. Paris, 1870, ia-8", page 479. 

(2) Ibid, page 434. 



— 250 — 

forme du haut de laquelle les rhétoriciens prononçaient 
des discours en public ; à côté s'étendaient des gradins 
en amphithéâtre pour les étudiants en théologie et en 
philosophie lorsqu'ils soutenaient des actes; et un peu 
au-dessous se trouvait la place pour les écoliers qui 
assistaient à ces séances solennelles. Le plafond était 
peint en rouge semé de fleurs. Cette construction était 
plus élevée que les voisines, d'environ trois pieds. La 
porte d'entrée ornée de deux colonnes latérales était 
surmontée des armes de Lorraine ; les initiales des 
noms de Jésus et de Henri étaient peintes au-dessus de 
chaque fenêtre. 

La façade en a été représentée par Appier Hanzelet 
dans la planche principale qui accompagne le Sacra 
atque hilaria du P. Wapy. Elle se trouve à droite de 
la gravure ; on y aperçoit, à travers la porte large 
ouverte, une foule compacte qui assiste à une fête quel- 
conque. Cette salle d'honneur servait à tout : Examens, 
soutenances de thèses, joutes littéraires, représenta- 
tions théâtrales, réunions plénières de l'Université, 
réceptions officielles du Souverain. Il faut croire qu'on 
en ouvrait souvent les portes, car la vie universitaire 
était intense à Pont-à-Mousson, au commencement du 
xvn' siècle ; on profitait de toutes les occasions pour 
la manifester ; les fêtes y étaient fréquentes et souvent 
même éclatantes. 

Une salle des actes, vaste, commode et richement 
décorée, méritait bien une inauguration solennelle. Le 
duc ne pouvait Jaire autrement que de rehausser la 
cérémonie par sa présence ; c'est encore l'inépuisable 
P. Abram qui nous le raconte (1). 

(1) Ibid, page 446. 



— 251 — 

« En 1614, les écoliers de l'Université étaient au 
nombre de quinze cents, sans compter ceux qui sui- 
vaient les cours de droit ou de médecine... Jamais les 
classes supérieures n'avaient réuni un aussi grand 
nombre d'étudiants ; plus de cent suivaient les leçons 
de théologie scolastique. Quand le duc de Lorraine 
Henri vint nous voir, au retour d'un voyage (1), 
vingt et un jeunes gens, choisis parmi ses condisciples 
de classe, le complimentèrent en autant de langues 
différentes, et presque tous dans leur langue mater- 
nelle. Cet exercice plut infiniment et montra en com- 
bien de contrées étrangères s'était répandue la répu- 
tation de l'Université, puisqu'elle appelait dans son sein 
des représentants de langues si diverses ». 

Jusqu'ici, on avait dû croire l'historien sur parole; 
on se contentait de dire avec l'abbé E. Martin : 
« Nous aimons à croire que les harangues étaient 
courtes ». 

Aujourd'hui nous pouvons nous faire une idée très 
précise de ce qu'étaient ces harangues, ou plutôt ces 
compliments, car la Bibliothèque publique de Nancy 
vient d'avoir l'heureuse tortune d'acquérir un recueil 
oîi ces morceaux si variés de littérature ont été 
conservés. 

Dix-neuf langues seulement sont représentées dans 
ce volume ; il en man(}uerait donc deux à l'appel ; mais 
ce qui reste suffit pour modifier un peu ce que nous 
dit l'historien quand il affirme que les jeunes gens ont 
parlé presque tous dans leur langue maternelle. D'un 
autre côté, nous avions admiré la patience dont le duc 

(1) Ce fut vers le milieu du mois de décembre ; Henri II 
revenait des Etats généraux de Bar. 



— 252 — 

avait fait preuve en écoutant tous ces écoliers, cepen- 
dant nous étions encore bien loin de compte : on a 
parlé vingt et une langues, c'est possible, mais il n'y 
eut pas qu'un seul orateur pour chacune d'elles. Nous 
possédons en effet cinquante-trois compliments, dont 
huit seulement sont signés par des étrangers ; les 
quarante- cinq autres portent des noms français et 
surtout des noms lorrains. Le nombre des contrées 
étrangères représentées par les orateurs, n'était donc 
pas aussi grand qu'on aurait pu le croire ; mais le 
personnel enseignant qui, lui, était cosmopolite avait 
qualité pour préparer cette belle mise en scène. 

Il faut aussi remarquer que les étudiants appelés à 
charmer le duc par leur éloquence, étaient exclusive- 
ment des élèves du collège et delà faculté des arts (1) ; 
ceux des autres facultés ont sans doute célébré cette 
visite d'une autre façon, et même il est à supposer que 
les étudiants en droit et en médecine n'y ont joué 
qu'un rôle de spectateurs, car les bâtiments que l'on 
inaugurait ne devaient pas servir à leur usage. 
Nous avons vu. en effet, dans la description de la 
grande salle, que le P. Abram ne parle que des places 
aménagées pour les exercices des rhétoriciens. des 
philosophes et des théologiens. 

Henri II n'était pas polyglotte, paraît-il, car, à la 
suite de tout compliment qui n'était ni en français ni 
en latin, venait un autre compliment qui en donnait la 
traduction ou au moins l'explication, en l'une ou en 

(1) Au poiat de vue du nombre des étudiants étrangers, 
la faculté de droit aurait certainement présenté plus de 
ressources, si l'on en croit H. Lepage, Annuaire de la 
Meunhe, 1865, pages 33-40. 




l'iiot. ^. HoyfT, Kancy, 



HARANGUE de PHILIPPE des ARMOISES 



(l)iiiiensions exactes : 'r!Mi niiliiin. sur .'170.) 



— 253 — 

l'autre de ces deux langues. Le duc qui avait été 
étudiant de l'Université comprenait certainement le 
latin que lui récitaient ses anciens condisciples ; mais 
il n'entendait pas même le patois lorrain, la langue de 
son peuple. 

Il nous serait difficile de dire dans quel ordre les 
orateurs ont pris la parole ; les pièces qui composent 
notre recueil sont un peu pèle-mèle ; il n'est pas pro- 
bable qu'elles aient été reliées suivant un classement 
quelconque. 

Ce doit être une coutume déjà ancienne que celle de 
faire écrire par l'enfant bien sage, une lettre parfaite- 
ment soignée, sur un beau papier à fleurs, à l'adresse 
de son père pour lui souhaiter une bonne fête. Les 
compliments des écoliers de Pont-à-Mousson ne sont 
pas autre chose : 

Quelques vers (quatre, six, huit et quelquefois plus) 
calligraphiés sur une grande feuille de papier (1) ; 
tout autour des guirlandes de fleurs et de fruits; en 
haut les armes du duc, tantôt peintes, tantôt gravées ; 
en bas celles de l'orateur, lorsqu'il en avait. 

En général les armes de Lorraine y sont assez 
correctes ; la gravure notamment nous a semblé remar- 
quable, nous supposons qu'elle a été faite pour la 
circonstance : elle mesure 215 sur 140 millimètres; au 
centre, les armes pleines supportées par deux aigles ; 
à gauche, la figure de Mars ; à droite, celle de 
Minerve ; et au-dessus de la frise, des anges formant 
deux groupes et soutenant les armes simples de Lor- 
raine et celles de Jérusalem. 

(1) Ces feuilles mesurent 490 millim. sur 370. 



— 254 — 

Malheureusement, toutes les feuilles ne sont pas 
restées intactes de ce côté : il n'y en a plus que sept 
avec les armes peintes et onze avec la gravure ; on a 
enlevé cette partie décorative dans les autres, en res- 
pectant toutefois et le texte et les armoiries des étu- 
diants. Ces dernières sont rarement exactes ; elles 
renferment bien, la plupart du temps, les pièces que 
leur attribuent les armoriaux, mais le dessin et la 
peinture n'y sont pas toujours conformes aux règles 
de l'art héraldique. 

La personne quia fourni la note pour la rédaction du 
catalogue annonçant la mise en vente du recueil, 
semble bien connaître l'histoire de l'Université de 
Pont-à-Mousson. Après avoir dit à quel propos les étu- 
diants avaient composé ces sonnets, ces épigrammes et 
ces madrigaux, elle ajoute : « On réunit en un volume 
bizarrement orné toutes ces pièces de vers écrites et 
signées par les auteurs et on les offrit au duc de Lor- 
raine » (1). 

Que sont devenus pendant plus de deux siècle», ces 
chefs-d'œuvre d'un art enfantin ? Par quel hasard 
sont-ils venus échouer chez un libraire de Paris ? Nous 
l'ignorons. Quelques notes, des renvois au nobiliaire 
de Dom Pelletier, d'une écriture du xvni^ siècle, nous 
font supposer que notre album a été en la possession 
d'un amateur qui en faisait beaucoup de cas et qui a eu 
soin de recoller les déchirures, de rassembler les lam- 

(1) Catalogue de la librairie Téchener, à Paris, janvier 
1892, page 25. Ce volume faisait partie de la bibliothèque 
J.-J. Téchner; il est déjà décrit au t. II, page 102 de la 
Description raisonnée de sa collection choisie d'anciens 
manuscrits. Par4.86is, 1 



- 255 — 

beaux, de reboucher, avec du papier blanc, les trous 
qu'on avait faits en enlevant les armoiries. 

En publiant la liste des orateurs avec l'indication de 
la langue dont ils ont fait usage, nous n'avons pas la 
prétention de combler une bien grande lacune dans 
l'histoire de la Lorraine ; mais les archives de notre 
ancienne université ne sont pas tellement riches que 
l'on ne doive en recueillir avec soin toutes les épaves. 

En prévision de l'ennui que pourrait causer cette 
nomenclature, il serait peut-être bon d'emprunter à 
l'étudiant JeanWasselin de Paris, la précaution oratoire 
par laquelle il a réclamé la patience du duc. Après avoir 
exposé, dans trente alexandrins^ cette idée que d'au- 
tres, plus pressés, résument dans ces deux mots « no- 
blesse oblige », il termine : 

c Endurez, permettes et admettes l'hommage 
Que ceste infanterie en faict jeune et en aage 
Veult vous rendre ; elle a droict de demander cela 
Voslre Altesse pouvoir de dire le holal a 

Un autre orateur, Gabriel Mercier de Ghaumont, a 
développé dans le même but cette autre adage « bien- 
fait oblige », et a conclu : 

Voyez ces jeunes gens. 

Recevez, oyez-les, ce sont autant d'agents, 
De légats, d'crateurs qui de diverses terres, 
Se rencontrent ensemble après lointaines erres 
Pour vous rendre l'hommage et vous rendre l'honneur 
Et la reconnaissance et grâce du bonheur 
Qu'amplement votre Pont, votre cité très sage 
Leur a soub vous fourny sans loyer, sans payage. 
Ils seront trop heureux. Prince, de saluer 
Votre Altesse et en peu de peur de l'ennuyer. 



— 256 — 

Voilà ce qui a fait dire à Tauteur du catalogue de 
Téchener; « Il paraît que les élèves et les professeurs de 
l'Université de Pont-à-Mousson s'occupaient rare- 
ment de poésie (ajoutons: française). Les vers français 
de ce recueil sont d'un style à faire Irémir les Muses. » 
Les jésuites ne se faisaient pas d'illusions à ce sujet ; 
l'un d'eux, le P. de Jouvency ne disait-il pas : « Je ne 
conseillerai jamais à nos maîtres de composer leurs 
tragédies en français ; car dans ce genre, nous sommes 
généralement maladroits et ridicules (1) » ? 



Onze orateurs ont pris la parole en latin (2) : 

1 (2) Jacques Le Moleur de Glermont, qui devint 
plus tard chanoine de la Primatiale de Nancy et 
chancelier du duc Charles IV. — Six vers avec ce 
titre : Henrico II oh veslilulam Mussiponti absumplam 
iiicendio aulam. — Armes de l'orateur (D. Pelletier, 
p. 471). 

2 (3). Guillaume le Pasticier, de Pont-à-Mousson. 
Probablement de la famille de Jean-Philippe le 
Paticier qui fut anobli le 27 janvier 1616. — Six vers. 

Voici, à titre de spécimen, ces trois distiques qui 
certes auraient pu être plus mauvais ; ils sont assu- 
rément meilleurs que les vers français reproduits plus 
haut. 

Le duc y est comparé à Apollon, il fallait s'y 
attendre ; et par un de ces jeux de mots si fréquents à 



(1) E. Martin, op. cit., page 310. 

(2) A la suite du numéro d'ordre de cette liste, nous 
avons mis entre parenthèses celui que porte la pièce dans 
le recueil. 



— 257 — 

l'époque, les écoliers ;22uss/pontains se comparent aux 

Muses . 

Henrico II 

Cum doclas intercersatur Apo'Ao cohortes, 

Ex animo Musis carmina docta fluunt. 
Mussonios inter quando versaris alumnos, 

riurima Castalio carmina fonte fluunt. 
Anne sacras nobis cupisexundare liquores ? 
Mussonio.:, Princeps, sœpe révise lares. 

Tibi addictissimus atque subditus 
humillimus 

Guillemus le Pasticier 
Mussipontanus . 

3 (4). François RegnauU, de Pont-à-Mousson ; de la 
famille de Nicolas Regiiault, précepteur des pages du 
marquis do l'ont-à-Mousson. — Quatre vers. — 
Armes ducales peintes soutenues par deux anges. — 
Armes de l'orateur (D. Pelletier, p. 086). 

4 (5) Abraham de Landres, dit de Briey ; de l'an- 
cienne chevalerie de Lorraine. — Huit vers en lettres 
d'argent, sur fond pourpre. — Armes de l'orateur. 

5 (7). Simon Messier de Montmirail. — Traduction 
de l'hébreu du même auteur (voy. n" 17 [6]). — Huit 
vers. — Armes ducales gravées. 

6 (-20). N. de Véroncourt, petit-fds de Thierry Alix. 

— Quatorze vers en lettres d'argent, sur fond pourpre. 

— Armes de l'orateur (D. Pelletier, p. 6). 

7 (48). Jacob de Bermand, second fils de Jean de 
Bermand et de Beatrix de Bourg ; il devint le chef de 
la branche des seigneurs de PuUigny. — Quatre vers 
en lettres rouges, intitulés: Austrasiœ gratulatoria. 

17 



— 258 — 

8 (49). Le nom a disparu. — Quatre vers, en lettres 
rouges, sous le titre Gueldria que supportent deux 
lions d'or. 

9 (50). Le nom de Toralcur qui se dit de Florence, 
a disparu. — Six vers, en lettres rouges, sous le titre ; 
Sicilin gloviatur. — Armes ducales gravées. 

10 (51). Nicolas Mengin de Nancy = Il devint conseil- 
ler-secrétaire d'Etat et garde du Trésor des Chartes 
(D. Pelletier, p. 561). — Huit vers, en lettres rouges, 
sous le titre : Terra sancta. 

11 (52). Masselin de Nancy, l'un des deux fils de 
Charles Masselin et d'Antoinette La Ricq (D. Pelle- 
tier, 542). — Six vers, en lettres noires sur fond 
pourpre, surmontés de deux lions d'or soutenant l'écu 
de Bar. 

Quatre en grec : 

12 (1). Pierre-Ernest Molart (le comte), de Vienne, 
Autriche. — Deux vers, en lettres d'argent sur fond 
pourpre. — Armes ducales peintes. — Armes de 
l'orateur. 

13 (12). Pierre Thouvenin. Le nom du lieu d'ori- 
gine a disparu. — Six vers. — Armes ducales gravées. 

14 (14). Jean'Mauljean, natif du Pont, petit-fils de 
Jean Mauljean, lieutenant de conservateur des privi- 
lèges de l'Université. — Quatre vers. — Armes de 
l'orateur (D. PcUeiier, p. 548). 

^5 (46). Charles Ghalmian (?). — Le texte est dis- 
poséen' forme de croix de Lorraine, en lettres blanches 
sur fond pourpre. — Armes de l'orateur. 



— 259 — 
Deux en hébreu : 

16 (17). Louis de Mouzay. — Deux versets en lettres 
blanches sur fond pourpre, — Armes de l'orateur 
(Grandmaison, col. 190). 

17 (6). Simon Messier de Montmirail. — Huit ver- 
sets. 

Un en syriaque : 

18 (21). N. iMartiny, de la famille de Claude Martiny, 
châtelain de la Garde, anobli en 1595, par le cardinal 
Charles de Lorraine, évêque de Metz et de Strasbourg- 
(D. Pelletier, p. 541). — Le texte et la dédicace, en 
lettres blanches sur fond rouge, sont disposés de façon 
à former la lettre H. — Armes de l'orateur. 

Un en bohémien : 

19 (11). Philippe-Ballazar de Dalbourg. — Six vers. 

— Armes de l'orateur. 

Un en allemand : 

20 (23). Pierre-Ernest de Neyss de Huma (?). — 
Huit vers en lettres rouges. — Armes ducales peintes. 

— Armes de l'orateur. 

Deux en écossais : 

21 (42). Jean de Weisse dont le père avait été anobli 
en 1601, devint conseiller d'Etat et procureur général 
du bailliage d'Allemagne. — Quatre vers, en lettres 
d'or sur fond pourpre. — Armes de l'orateur (D. 
Pelletier, p. 830). 

22 (35). Philippe des Armoises, (jui devint seigneur 



— 260 — 

d'Hanoncelles, baron d'Anderny et Mureau, pair de 

l'évêché et C3:nté de Verdun. — Six vers en lettres 
d'or sur fond pourpre. — Armes ducales peintes. — 
Armes de l'oratear. 

Un en anglais : 

23 (87). Hénart. Christophe Hénarl fut conseiller et 
sénéchal de l'évêché de ïoul. — Six vers en lettres 
d'argent sur fond pourpre. — Armes de l'orateur (D. 
Pelletier, p. 358). 

Un en flamand : 

24 (25). Le nom de l'auteur, qui se dit sujet français, 
est rogné et dlisible. — Seize vers en lettres rouges. 

Un en wallon : 

25 (4i). Hermolaus (?). — Le texte est écrit sur le 
pourtour de deux cœurs dessinés en rouge, l'un dans 
l'aulre. — Armes ducales gravées. — Armes de l'ora- 
teur. 

Un en italien : 

26 (28). Joseph Arnollini de Lucques. — Quatorze 
vers en lettres rouges. — Armes de l'orateur. 

Un en ostjue : 

27 (26). Ghrestien d'Anglure de Ghambrey, lils de 
Jean d'Anglure et de Marie de Saint-Ligier. — Sept 
vers en lettres d'argent sur fond pourpre. — Armes de 
l'orateur. 

Un en espagnol : 

28 (33). Philippe-Théodore de Manderscheidt Keyll, 



— 261 — 

d'une famille autrichienne. — Dix vers en lettres d'or 
sur fond pourpre. — Armes de rorateur. 

Un en turc : 

29 (39), Antoine de Bourg. — Deux vers en lettres 
d'argent sur fond pourpre ; au-dessous du turc ces 
deux vers français : 

a Le turc encore qu obscur hnile le lorrain 

Ne vo'.is étonnez pas, vous le rendez humain » 

— Armes de l'orateur. 

Un en polonais : 

30 (40). Snietoslausky. — Quatre vers en lettres 
d'or sur fond pourpre. — Armes de l'oraleur. 

Vingt en français : 

31 (15). Jean Vasselin de Paris, humaniste. — 
Trente-quatre vers en lettres rouges, avec ce titre 
L'entrée à Son Altesse. — Armes de l'orateur. 

32 (16), Gabriel Mercier, chaumontois. — Trente- 
huit vers, en lettres rouges. — Armes ducales peintes. 
— Armes de l'orateur. 

33 (9). Claude Notaire, natif du Pont. Auditeur des 
comptes de Lorraine, il fut anobli par Charles IV, en 
1634, — Trente- deux vers, —Armes de l'orateur (D. 
Pelletier, p. 599). 

34 (10). Jean Lut.., (le reste du nom a disparu), — 
Trente-deux vers, sous le titre A son Altesse sur le 
même sujet de In salle rehastie. — Armes ducales 
gravées. 



26ïi 

35 (13). Galaade de Hault, champenois. — Quatorze 
vers, 

36 (18). Louis de Mouzay. — Six vers donnant la 
traduction du texte hei^reu du même (voy. n° 16.) — 
Armes ducales peintes. 

37 (19). Alexandre Le Grand (le nom du lieu d'ori- 
gine a disparu). — Vingt-huit vers en lettres rouges. 

38 (22). Erard Humbert, second fils de Jean Hum- 
bert et de Christine Bouvet, fut conseiller d'Etat et 
lieutenant général au bailliage d'Allemagne. — Six 
vers donnant l'explication du syriaque (voy. n° 18). — 
Armes do l'orateur (D. Pelletier, p. 391). 

39 (24). Pierre de Rutant, qui fut conseiller d'Etat 
en la cour des Grands jours de Saint-Mihiel. Il est de 
la branche des Rutant seigneurs de Pullenoy. — Huit 
vers en lettres rouges. — Armes de l'orateur (D. 
Pellelier, p. 724). 

40 (27), François Perin, de Nancy. C'est sans doute 
le même que nous retrouvons, dix ans plus tard, ban- 
quier et second conseiller de la ville de Nancy. — Six 
vers donnant lexpUaalion du lorrain, do l'oscain et du 
bohémien. — Armes ducales gravées. 

41 (29). Barthélémy Arnolphini de Lucques ; sans 
doute le frère de l'orateur du même nom cité plus 
haut. — Quatorze vers, sous le titre : Sonnet italien 
tourné en français (voy. n" 26). — Armes de l'orateur. 

42 (31). Jean de Blaive, barrisien. — Quatre vers 
donnant la traduction du gascon du même auteur 
(voy. n° 51). 

43 (32). François Marchai de Bar. La famille Mar- 
chai de Bar fut anoblie en 1700 (D. Pelletier, p. 532). 



— -263 — 

— Huit vers expliquant le flamand (voy. n° 24). — Armes 
ducales g-ravées. 

44 (34). François de Gourcy ; de l'ancienne cheva- 
lerie de Lorraine ; il devint lieutenant-colonel et gou- 
verneur de Vildestein, pourleservicedu duc Charles IV. 

— Vingt-deux vers avec la dédicace : A Son Altesse 
nu retour des estats généraux. 

45 ("36). Paul des Armoises, de l'ancienne cheva- 
lerie de Lorraine, fut plus tard capitaine-lieutenant 
d'une compagnie de chevau -légers, dans l'armée de 
Charles IV. — Vingt-quatre vers donnant la reddition 
de l'escossois du n°22. 

46 (38). Jean Badet de Nancy ; probablement le fiLs 
de Dominique Badet, avocat et conseiller de la ville de 
Nancy, lequel fut anobli en 1605. — Huit vers, explica- 
tion de l'anfflois du n° 23. — Armes ducales gravées. 

47 (41). Charles Didier; rien n'indique à quelle 
famille de ce nom il appartenait. — Six vers en lettres 
rouges, donnant la translation du polonais du n° 30. — 
Armes ducales gravées. 

48 (43). Luc Lombard de Verdun. — Quatre vers en 
lettres rouges, donnant la traduction de l'écossais du 
n''2i. 

49 (45). Jean-Baptiste Dimercelz (?). Seize vers en 
lettres rouges, contenant l'explication du wallon du 
n°25. 

50 (47). Chrestien d'Anglure de Ghambrey, le même 
qu'au n° 27. — Six vers. — Armes ducales gravées. 

Un en gascon : 

51 (30). Jean de Blaive (Janot de Blebe) ; plus tard 



— 264 — 

seigneur de Tannoy et conseiller auditeur des comptes 
de Bar. — Quatre vers. — Armes ducales peintes. — 
Armes de l'orateur (différentes de celles que donne D. 
Pelletier, p. 58). 

Un en provençal : 

52 (53). Mourot. — Six vers. — Armes ducales 
gravées. 

Un en patois lorrain : 

53 (8). JeanHuin; de la même famille que Baltazar 
Huin, conseiller à la Cour Souveraine, et intendant de 
la duchesse Marie-Louise d'Apremont, seconde femme 
de Charles IV. — Huit vers. 

Les monuments de la langue populaire de la Lor- 
raine sont assez rares pour que celui-ci mérite les 
honneurs de la publication : 

A très ha très pouchant chignon 

Monchieu le brauve, voyant 

Seyge, Prince de Lorraine 

Monchieu Son Altesse 

Dey H donne boine vie et longe 

Se je svo let brauve paslure d'in Ciceron esloquan 
Ou d'Virgil Vinvantion, Messieu, j'esro foche effaire 
Espanse bin que fen posro ercontet ce qu'en a veu fera 
Let gernation lorraine so Prince en santet voyant 
May sa couttt sraje erpry ou srasge heuchie esleudhy 
D'moset mantret sy hesdhy, que d'iy d'net in ptet escry 
Non non quat je li dvayrt l'honnou,parme torlot noste pesy 
In sy voyant, in sy dou, in sy brauve prince que vassy. 

Vout valot 
Chan Huin 



— 265 — 

En voyant ce texte, on pourrait croire que Huin a 
pa>"lé en iroquois, mais son seul tort est d'avoir écrit 
son patois sans ortographe, c'esl-à-dire sans tenir 
compte des racines des mots qu'il emploie. 

Voici la traduction littérale de ce compliment, 
pour les personnes à qui cette langue n'est pas fami- 
lière : 

« A très haut, très puissant Seigneur Monsieur le 
brave, prudent, sage prince de Lorraine, Monsieur Son 
Altesse. Dieu lui donne bonne et longue vie. 

« Si je savais le brave langage d'unCicéron éloquent, 
ou (si j'avais) l'imagination de Virgile, Messieurs, j'au- 
rais fort à faire. Je pense bien que j'en pourrais 
raconter sur ce que j'ai vu faire par cette génération 
lorraine, à la vue de son prince en bonne santé. Mais, 
sans compter, serai-je biàmé, serai-je loué de me 
montrer assez audacieux pour lui donner un petit écrit. 
Non, non, car nous lui devons l'honneur dans tout 
notre pays, à un si prudent, si doux, si brave prince que 
voici. Votre serviteur. Jean Huin». 



CONTRIBUTION 



L'ÉTUDE DES CAMPS VITRIFIÉS é CALCINÉS 



PAU 



M. F. BARTHELEMY 



Les premières publications relatives aux enceintes 
vitrifiées remontent déjà à un siècle. C'est en Ecosse, 
on le sait, que furent signalés d'abord plusieurs 
ouvrages de ce genre; puis on en découvrit d'analogues 
en France, en Allemagne et en Danemark. La biblio- 
graphie des travaux auxquels ils donnèrent lieu serait 
trop longue pour le cadre modeste de cette note ; qu'il 
nous suffise de citer parmi les archéologues français 
qui s'en sont occupés : P. Mérimée, Rallier, MM. de la 
Pylaie, Mangon de la Lande, Goudert de Lavillatte, de 
la Sicoltière, Noëlas, Darcel, de Montaiglon, J. Marion, 
général Prévôt, et plus récemment, MM. Geslin de 
Bourgogne, P. de Gessac, Thuot, P. Mayaud, etc.; 
enfin M. le professeur Daubrée qui étudia le procédé 
de vitrification des roches, et M. le colonel de la Noë, 
dont les recherches sur la classification des enceintes 
antiques sont connues de tous. 

Pendant de longues années, l'étude de ces monu- 
ments étranges, dont aucun document écrit ne men- 
tionne l'existence, avait passionné les archéologues ; 



— 2(M — 

aujourd'hui, ils sont retomliés dans l'oubli, et pourtant 
le problème de leur origine et de leur antiquité n'est 
point encore résolu. A quelle cause attribuer cet aban- 
don? Serait-il téméraire de le rapporter à la divergence, 
à la multiciplité des opinions émises, divergence qui a 
découragé les plus hardis ? Chaque auteur, en effet, 
limitant ses recherches au seul monument qu'il explo- 
rait, ou tout au plus, aux enceintes d'une même région, 
appuyait ses conclusions sur l'examen d'un cas unique. 
Aussi se trouve-t-on en présence des hypothèses les 
plus variées au sujet de l'antiquité relative de ces 
singuliers ouvrages. 11 n'en pouvait être autrement, 
faute de points de comparaison. 

La découverte toute récente de murailles de défense 
construites, non plus en roches cristallines, mais en 
matériaux calcaires transformés en chaux sur place, 
remet en question l'origine des parapets élevés avec 
l'aide du feu, quelle que soit la nature minéralogique de 
la roche employée, car, dans l'un et l'autre cas, le 
même procédé a été mis en œuvre pour obtenir la prise 
en masse des matériaux. La destination défensive de 
ces enceintes n'étant plus en cause, cette étude aura 
pour principal objet de rechercher leur origine proba- 
ble, ou du moins la date de l'application du procédé sur 
notre sol. Dans ce but, nous passerons successivement 
en revue les enceintes les mieux explorées et nous 
utiliserons les documents archéologiques fournis par 
chacune d'elles. 

On compte en Europe plus de vingt camps vitrifiés ; 
ils sont répartis de l'Allemagne à l'Ecosse et du 
Danemark à l'Aquitaine. En France on a signalé les 



— 268 — 

enceintes de Péran (Côtes- du-Nord), de la Courbe 
(Orne), de Ste-Suzanne (Mayenne), du Puy de Gaudy, 
de Châteauvieux et de Thauron, dans la Creuse, et enfin 
le Hartmannswillerkopf, dans l'ancien département du 
Haut-Rhin. 

Les camps à murailles calcinées actuellement connus 
sont au nombre de cinq : le camp d'Affrique, la Fou- 
rasse et la Butte Ste-Geneviève, tous trois dans le 
voisinage de Nancy, l'enceinte de Céneret (Vienne), et 
le camp de Vœuil, près d'Angoulême (Charente). 

Tous les monuments que nous venons de citer ont 
été l'objet d'explorations et de fouilles dont les résultats 
se trouvent consignés dans de nombreuses publications. 
L'ensemble de ces travaux, dus pour la plupart à des 
archéologues éminents, fournit des renseignements 
descriptifs très complets, mais en même temps nous 
met en présence des conclusions les plus diverses au 
point de vue de l'attribution d'époque. Basant leurs 
hypothèses sur le caractère des objets recueillis dans 
les fouilles, certains auteurs font remonter la cons- 
truction des enceintes vitrifiées aux temps de l'indé- 
pendance des Gaules, tandis que d'autres la reportent 
aux débuts de la féodalité. Nous ne parlerons pas de 
l'opinion qui attribue la vitrification des matériaux à 
l'incendie de poutres de bois intercalées dans la muraille, 
il n'est plus personne, en France du moins, pour la 
défendre. L'examen d'une coupe pratiquée dans l'un 
quelconque des parapets vitrifiés démontre que la fusion 
a été produite intentionnellement ; et du reste, il 
suffirait de calculer la quantité de combustible néces- 
saire à la production d'un volume donné de blocs 
fondus, pour en démontrer l'inanité. 



— 269 — 

Il résulte de cette discordance d'opinions émises, 
qu'à l'heure actuelle, les éléments indispensables font 
défaut, lorsqu'on veut étendre des conclusions géné- 
rales à l'ensemble des ouvrages de défense vitrifiés ou 
calcinés. Mais telle n'est point notre intention, nous 
tenons à le rappeler ici pour éviter toute équivoque, et 
notre but sera de rechercher à quelle époque la plus 
ancienne ce mode particulier de construction apparut 
et fut appliqué pour la première fois en Gaule. 

Lorsqu'on entreprend l'étude des murailles en roches 
agglutinées par le feu, la première question qui se 
présente à l'esprit, c'est l'utilité, la destination de ce 
mode de construction. Quelques-uns ont vu, dans les 
cendres et calcaires brûlés inclus dans les murailles, 
des restes de ces foyers de cuisine qu'on retrouve 
partout, disposés régulièrement au pied du parapet des 
enceintes antiquss ; d'autres pensèrent y reconnaître 
les vestiges de sépultures à incinération. Ni l'une, ni 
l'autre thèse n'est soulenable, car, en examinant 
attentivement une coupe pratiquée à travers une muraille 
calcinée ou vitritiée, on se rend facilement compte du 
dispositif employé pour obtenir la fusion ou lacalcinalion 
du massif: le charbon et la roche superposés par lits 
alternatifs, indiquent bien que l'intervention du feu fut 
intentionnelle et qu'elle eut pour but de consolider le 
parapet par la prise en masse des matériaux. 

Ce premier point étant admis, on recherchera par 
quels hommes, et à quelle époque, semblable procédé 
fut mis en œuvre. Le problème a été formulé en ces 
termes : Doit-on rapporter les camps vitrifiés à un 
même peuple ayant envahi progressivement toute l'Eu- 



— 270 — 

rope occidentale ? Ou bien, les populations autochtones 
qui les élevèrent durent-elles recourir à un mode de 
construction particulier, à défaut de matériaux propres 
à bâtir des murs en terre, pierres et bois ? 

Si la première proposition demeure non résolue, par 
contre, la découverte de camps à murailles calcinées, 
c'est-à-dire faits de calcaire intentionnellement trans- 
formé en chaux, est contraire à la seconde. Elle per- 
met d'éliminer de prime abord la conjecture qui limite 
aux seuls pays dépourvus de calcaire, ou de moellons 
propres à bâtir, l'utilisation de la chaleur appliquée aux 
matériaux. Telle était, en effet, l'opinion la plus accré- 
ditée jusqu^au jour où une tranchée pratiquée dans les 
remparts du camp d'Affrique, près de Nancy, prouva, 
sans doute possible, que le feu fut également mis en 
œuvre pour l'édification de murailles calcaires, aussi 
bien que pour la construction de murailles en roches 
granitiques. 

Plusieurs découvertes, plus anciennes cependant, 
avaient passé inaperçues. Dès 1842, au Congrès scien- 
tifique de France tenu à Strasbourg, V. Simon signa- 
lait la trouvaille d'objets en bronze (épingle, hache à 
douille et faucilles), au sommet du coteau de Lessy, 
près de Metz, « cinns Jes ruines d'une conslrucl ion anti- 
que j). Il décrit en ces termes la muraille dans laquelle 
les ubjets se trouvaient enfouis : « C'est un mélange 
de galets calcaires, ramassés pêle-mêle sur le sol, cl 
de chaux sans sable ^ faite avec le calcaire de la forma- 
tion oolithique... et cuite d'une manière très grossière, 
à en juger par les débris de plantes clmrbonnces mêlés 
avec la chaux... U origine celtique, ajoute Simon, joara// 
confirmée par ks instruments en bronze mis au jour 



— 271 — 

pav les fouilles. » D'après cette description, on doit 
penser qu'il est question ici déjà d'une muraille à noyau 
calciné. 

Mais l'étude critique des murs d'enceintes construits 
à l'aide de calcaire transformé en chaux est bien plus 
récente, elle date de quelques années à peine, à la 
suite des publications do MM. Gaillard de la Dionnerie, 
sur le camp de Géneret (Vienne), Lièvre; sur le camp 
des Anglais, à Vœuil (Charente) et les nôtres sur les 
enceintes lorraines. Enfin, c'est en 1886 seulement, 
quand le génie militaire fit passer une route stratégi- 
que à travers les énormes remparts du Camp d'Affrique 
(près de Nancy), que l'on reconnut dans ses murs cal- 
cinés (1) une œuvre comparable, sinon identique 
aux murs vitrifiés. Depuis lors des ouvrages analogues 
ont été découverts dans la même région lorraine, à la 
Fourasse et à Ste-Geneviève. 

Les rares spécimens des murs calcinés, actuellement 
connus, se trouvent répartis aux deux extrémités de la 
France, dans les régions même où l'on connaissait déjà 
des enceintes vitrifiées ; impossible donc de les consi- 
dérer comme le résultat d'un accident ou comme une 
manifestation sporadique d'un procédé appliqué au 
hasard et sans principes. Bien plus, la distance qui 
sépare des ouvrages identiques fait naître la certitude 
que bien d'autres seront signalés avant longtemps. 

Si Ton compare les enceintes à vitrifications les mieux 
étudiées aux enceintes à calcinations que nous venons 



(1) La découverte due à MM. Millot et Bleicher, profes- 
seurs à la Faculté do Nancy, a été publiée dans les comptes 
rendus de l'Association française (Congrès de Nancy, 1886). 



— 272 — 

de citer, on observe que la méthode employée pour 
fondre les roches cristallines, ou pour transformer le 
calcaire en une masse homogène de chaux, semble 
avoir été partout la même. Les produits obtenus ne 
diffèrent entre eux qu'en raison de la nature variée des 
matériaux soumis au feu. Dans tous les cas décrits, le 
combustible se retrouve, à l'état de charbons et de 
cendres, intercalé à plusieurs niveaux dans les blocs 
brûlés ; d'où il est permis de conclure que la chauffe 
s'opérait en entassant alternativement des lits de bois 
et des lits de pierres. Un autre détail mérite d'être 
relevé : avant d'établir leurs foyers, les constructeurs 
élevaient un bourrelet de terre ou de pierres brutes 
contre lequel ils appuyaient ensuite le massif à sou- 
mettre au feu. Ce fait a été constaté à Péran et au Puy- 
de-Gaudy, comme au Camp d'Affrique. 

Par leur profil, les parapets qui ont subi l'action du 
feu ne se distinguent en rien des levées en pierres 
sèches, toutefois plusieurs d'entre eux sembleraient 
avoir mieux conservé leur relief primitif que ces der- 
nières. 

Le tracé des ouvrages calcinés ou vitrifiés corres- 
pond a tous les types connus de fortilicalion préhis- 
torique : éperons barrés par un mur sans fossé, enceintes 
appuyées à une falaise, oppidums, etc. De la ressem- 
blance de quekiues enceintes à matériaux brûlés avec 
celles que l'on considère comme prototypes, on serait 
tenté de conclure que l'application de la chaleur aux 
ouvrages de défense est aussi vieille que les enceintes 
murées les plus anciennes. On objectera, il est vrai, 
que la fusionjou la calcination peuvent être dues à un 
remaniement postérieur ; mais, après examen, il sera 



— 273 — 

impossible de prouver un pareil remaniement dans les 
éperons barrés par un mur sans fossé de Vœuil ou de 
la Fourasse. Par conséquent, lorsqu'on cherche à dater 
ces ouvrages ou à les comparer entre eux, il importe 
de tenir compte, non seulement de leur tracé et de leur 
superficie, mais surtout des objets d'industries carac- 
téristiques trouvés dans chacun d'eux. Dans le cas de 
trouvailles d'objets de plusieurs époques, les pièces 
qui, par leur gisement ou par leur type, paraissent se 
rapporter aux plus anciennes occupations des enceintes 
offrent seules de l'intérêt. Les silex taillés ou même 
polis ne doivent être considérés qu'autant que le sol 
enclos ne renferme aucune trace d'industries plus 
récentes; car les emplacements que la nature elle- 
même a pris soin de fortifier avaient été presque tou- 
jours occupés antérieurement à la construction des 
remparts. 

L'importance en surface des enceintes fortifiées 
n'aurait que peu de valeur si l'on admettait qu'elle 
correspond simplement au chiffre de la population à 
abriter. Mais la faible superficie de certains forts vitri- 
fiés, ceux de l'Ecosse, de Ghateauvieux et de Hart- 
mannswiller, par exemple, ne répond pas à cette 
donnée, et M. le colonel de la Noë assim.ile à juste titre 
ces dernières aux châteaux forts du moyen-âge. Il en 
résulterait que l'art d'édifier des murailles à Taide du 
feu fut pratiqué à plusieurs époques fort distantes 
puisque leur superficie correspondrait à différents états 
de civilisation. 

S'il est difficile de comprendre tous ces ouvrages 
dans une même étude et de leur appliquer des conclu- 
sions générales, on peut tenter cependant de rechercher 

18 



— 274 — 

l'époque de leur première ou plus ancienne utilisation ; 
et, dans ce but, il convient de rassembler tous les ren- 
seignements fournis par l'exploration des principales 
enceintes calcinées ou vitrifiées. 

Enceinte de Céneret 

Après les nombreux travaux relatifs aux camps du 
Puy de Gaudy et de Péran , travaux qui remontent 
au commencement de ce siècle, la découverte la plus 
ancienne en date émane de M. Gaillard de la Dion- 
nerie; qui publia en 1884, dans le Bulletin de la Société 
des Antiquaires de TOuest, le résultat de ses fouilles au 
camp de Céneret, dans la Vienne. L'enceinte de Céneret, 
près de Quinçay et de Veuille; occupe une presqu'île 
formée par un repli de l'Auzance ; la superlicie serait 
de 40 hectares environ (d'après M. Lièvre). Les faces 
entourées par la rivière ne portent aucune défense 
artificielle ; seul, le côté de la plaine se trouve barré 
au moyen d'un parapet précédé d'un fossé. 

D'après la coupe pratiquée par M. Gaillard, le 
parapet, dont la section présente 12 mètres de base sur 
2 m. 40 de hauteur, est formé pour la plus grande partie 
de pierres jetées au hasard ; mais, dans l'intérieur du 
mur, on découvrit à 0.80 centimètres au-dessous de la 
crête, « une couche de chaux épaisse d'un mètre for- 
mant une sorte de banc incliné vers Pintérieur. La 
chaux est compacte^ résistante et sans mélange de sable 
ou do terre. On y trouve seulement quelques rares 
silex oubliés au milieu des calcaires qui ont été réduits 
en chaux. Le massif calciné, ajoute l'auteur des fouilles, 
est séparé des pierres sèches par une couche de terre 



— 275 — 

d'environ 0.15 centimètres qui a subi l'action d'un feu 

des plus violents // demeure évident que la chaux a 

été faite sur place. » Près de l'endroit où M, Gaillard 
opéra ses recherches, on avait découvert auparavant 
« et presque sur la couche de chaux, une hache en fer, 
une pointe munie d'une douille et une barre de même 
métal. » Dans l'intérieur du camp on trouva un bracelet 
et une statuette en bronze, enfin dans le voisinage, 
mais au dehors de l'enceinte, une sépulture à char 
avait été exhumée (1). 

11 est fort difficile d'apprécier la valeur des décou- 
vertes faites à Géneret, car les objets trouvés au-dessus 
de la chaux avaient été recueiUis longtemps avant les 
fouilles, et l'on est en droit de les croire plus récents 
que la calcination puisqu'ils n'ont pas été déformés par 
le feu. La présence de silex dans le parapet ne prouve 
rien autre chose, sinon qu'il s'en trouvait sur le terrain 
d'où proviennent les matériaux employés. 

Camp des Anglais 

L'enceinte de Vœuil, près d'Angoulême, connue 
sous le nom de Camp des Anglais, occupe un promon- 
toire bordé de falaises à pic. Elle figure un triangle 
de trois hectares de superficie, dont la base est fermée 
par une levée rectiligne de 210 mètres de développe- 
ment, sans fossé extérieur. La section du parapet (2) 
mesure 5 à 6 mètres de hauteur, sur 25 mètres de base. 
A l'intérieur du camp, le sol inculte et très plat ne 

(1) Bulletin des Antiquaires de l'Ouest, 1881. 



— 276 — 

présente aucune trace de constructions, tumulus, etc., 
rien autre chose que de rares éclats de silex. 

Une coupe pratiquée dans le parapet, sous la direc- 
tion de plusieurs archéologues (1), a permis de recon- 
naître les éléments de sa construction : « A un mètre 
au-dessous de la crête, composée de pierrailles et de 
terre, nous avons découvert, écrit M. Lièvre, une couche 
de chaux hydratée épaisse de 0,80 centimètres en 
moyenne, renfermant des cendres et charbons et des 
fragments de poteries et de sUca. La hase du parapet 
est formée de pierres et de terre amoncelées, et les 
matériaux qui supportent immédiatement la chaux sont 
fortement colorés par faction du feu. » Le massif cal- 
ciné présente une section lenticulaire dont le grand axe 
s'abaisse vers l'intérieur de Tenceinte. La calcination 
intentionnelle et pratiquée sur place n'est pas douteuse; 
et du reste, l'effet obtenu démontre bien le but pour- 
suivi, puisqu'il en est résulté un noyau solide, immua- 
ble, qui contribue à conserver le relief du mur, dont 
le profd est encore très régulier et nullement affaissé. 

Actuellement, la chaux a presque repris la dureté du 
calcaire, nous avons pu le constater nous-mêmes dans 
une visite récente, car dans la tranchée ouverte depuis 
1884, on voit le massif calciné, dénudé peu à peu par 
suite d'éboulements successifs de la blocaillle qui l'en- 
toure, se maintenir en surplomb. 

Les objets recueillis dans le rempart à l'occasion des 



(1) Le résultat desfouillles, exécutées de 1885 à 1888 sous 
la direction d'une commission de la Société archéologique 
de la Charente, a été publié dans le Bulletin de cette So- 
ciété, (année 1888). 



— 277 — 

fouilles consistent en (1) : « des silex taillés de lapé' 
riode néolithique et de menus débris de poterie, dont 
deux ou trois portent des ornements qui peuvent les 
faire attribuer à Page du bronze. A différentes repri- 
ses, dit le rapport précité, on a trouvé des grattoirs, 
des flèches, des haches en silex, dans le camp et dans 
son voisinage, et tout ce que la Jetée recèle en ce genre 
a dû être apporté avec les terres ramassées sur le pla- 
teau pour la former. Ces objets, par conséquent, indi- 
quent une date au-delà de laquelle on ne saurait faire 
remonter sa construction ». Et les explorateurs con- 
cluent en ces termes : « // résulte de cet ensemble de 
faits que c'est entre la période de la pierre polie et 
f arrivée des Romains que les contreforts ou promon- 
toires de nos plateaux, depuis longtemps utilisés comme 
lieux de refuge, ont vu s'ajouter un retranchement à 
leurs moyens naturels de défense «. Nous adoptons 
entièrement les conclusions de M. Lièvre, et nous pen- 
sons avec lui, que si le parapet calciné de Vœuil ne 
remonte pas aux temps de la pierre polie, la position 
de l'enceinte, la simplicité de ses défenses et l'absence 
de toutes traces de constructions dans l'intérieur ne 
permettent pas de l'attribuer à une époque postérieure 
à la civilisation gallo-romaine. 



(1) Le camp de Vœuil, rapport présenté à la Société 
archéologique de la Charente, par M. Lièvre, — Angoulême, 
1889. 



— 278 



La Fourasse- 



L'enceinte de la Fourasse (1), près de Nancy, pré- 
sente la plus grande analogie avec le camp de Vœuil ; 
c'est aussi un éperon JDarré par un mur établi sur un 
massif de chaux. Elle est assise à l'extrémité d'un 
promontoire élevé qui domine la vallée de la Meurthe, 
entre GhampigneuUes et Nancy. La surface enclose, 
d'environ 6 hectares, se trouve entourée de trois côtés 
par des pentes raides sans défenses artificielles ; tandis 
que la face accessible a été séparée du plateau par une 
levée rectiligne sans fossé extérieur. Cette levée, longue 
de 338 mètres en ligne droite, présente en coupe (2) 
une section triangulaire de 9 mètres de base, sur 1 m. 
30 de hauteur moyenne. Elle est constituée par un 
massif de chaux très homogène entièrement recouvert 
de blocaille non calcinée. Les charbons de hêtre, répan- 
dus à profusion dans la masse de chaux montrent clai- 
rement que la calcination s'est effectuée sur place. 

Plusieurs tumulus en pierres sèches se voient dans 
les environs ; l'un d'eux, situé dans l'intérieur même 
de l'enceinte, nous a donné quelques restes humains 
et les fragments d'un vase funéraire, sans aucun objet 
de métal. En outre, nous avons retrouvé, le long de la 



(1) Nous avons précédemment décrit cette enceinte dans 
les publications suivantes : Nancy et la Lorraine, Berger- 
Levrault, 1886, p. 324 ; Compte rendu de VAssoc. franc, 
pour l'avancement des sciences, Nancy 1886 ; et Recherches 
archéologiques sur la Lorraine aoant Vhistoire, J.-B. Bail, 
lière, 1889. 

(2) Planche I. 



- 279 — 

levée, du côté intérieur, uue série de foyers recouverts 
par les éboulis de la muraille ; ils renferment des os 
d'animaux, des éclats de silex et des débris de poterie 
noirâtre et peu cuite, de tous points semblable à celle 
du camp d'Affrique dont il sera parlé plus loin. 

La Butte Ste-Geneviève. 

L'enceinte de Ste-Geneviève (1), située de l'autre côté 
de la vallée de la Meurthe, sur le territoire d'Essey-les- 
Nancy, occupe tout un plateau d'une superficie d'envi- 
viron 20 hectares, limité au pourtour par des pentes 
raides probablement régularisées de main d'homme. 
Les bords de la crête ne présentent aucune trace de 
défenses ou de relèvements ; seul, le point d'accès 
naturel par le col qui relie ce plateau à la montagne voi- 
sine, est barré par un énorme épaulement. La section 
de cet épaulement (2) figure un triangle irrégulier de 
22 mètres de base, sur 15 mètres de côté pour le revers 
extérieur et 10 mètres seulement pour le revers inté- 
rieur ; hauteur moyenne environ 3 m. 50. L'irrégula- 
rité de la figure est la conséquence de la pente du 
terrain, le talus naturel qui entoure la plateforme se 
continuant aussi sous le rempart. 

Une coupe pratiquée jusqu'au sol naturel montre la 
disposition suivante (3) : une couche de blocaille et de 

(1) F. Barthélémy, Recherches archéologiques. Paria, J.-B. 
Baillière, 1889. 

(2) Planche L 

(3) Le Bulletin de géographie ^historique et descriptive, 
1890, n» 3, rend compte de nos fouilles exécutées avec le 
concours de notre ami, M. V. Riston. 



— 280 — 

terre, épaisse de 0,20 à 0,50 centimètres, recouvre un 
véritable mur de pierres sèches, de 10 mètres de base 
sur 3 m. 50 de hauteur moyenne, fait de gros moellons 
disposés à peu près horizontalement. Et, vers l'exté- 
rieur, le pied de ce mur repose sur un massif de chaux 
qui atteint jusqu'à 1 m. 35 d'épaisseur. La chaux, 
entremêlée, comme partout ailleurs, de charbons et de 
bûches incomplètement carbonisées, est placée préci- 
sément au milieu de la pente raide du sol naturel, mais 
en dehors de l'axe de la muraille. On ne peut pas dou- 
ter ici du but recherché par les constructeurs du rem- 
part ; le pied de la muraille, établi en porte-à-faux sur 
un sol incliné, se fût bientôt éboulé, si la chaux n'eût 
empêché par sa cohésion le glissement des matériaux 
entassés sur la pente. Les trouvailles faites au cours 
de la fouille se bornent à quelques fragments d'os 
éclatés en long et des débris de poterie noire et gros- 
sière, sans ornements. L'intérieur du camp a produit 
déjà beaucoup de silex taillés ou polis ; nous y ^avons 
retrouvé récemment aussi des fourneaux à fondre le 
fer, avec leurs scories. 

De l'étude des défenses de la Butte Ste-Geneviève,- il 
convient de retenir une première indication, c'est que 
la chaux fut produite en vue de solidifier les murailles. 
Mais le fait de l'existence de matériaux calcinés dans le 
parapet a une autre portée. En effet, cette enceinte 
possède, d'une part, tous les caractères de l'oppidum 
gaulois, on n'y découvre même aucune trace d'occupa- 
tion gallo-romaine ; d'autre part, nous avons constaté 
que sa muraille n'a jamais subi de remaniements ; il 
est donc permis de conclure que l'emploi de matériaux 
calcinés dans la construction était usité en Gaule dès 
avant l'ère romaine. 



- 281 — 

Le Puy de Gaudy 

Malgré les nombreuses publications et les discus- 
sions passionnées auxquelles il a donné lieu, il nous 
faut cependant dire quelques mots du Puy de Gaudy, 
qui est peut être le mieux conservé et le plus intéres- 
sant parmi les camps vitrifiés. 

Par son tracé, le Puy de Gaudy, qui couvre le som- 
met d'une colline granitique, présente tous les carac- 
tères de l'oppidum gaulois. Les flancs abrupts du 
coteau étaient garnis d'un mur de soutènement en 
pierres sèches, dont on aperçoit des lambeaux de place 
en place sous les bruyères touffues, et en particulier 
sur la pente raide qui regarde Touest. Le front nord, 
où la déclivité plus faible permettait un accès facile, 
est barré par un parapet à noyau vitrifié dont les 
extrémités viennent se souder au mur de soutè- 
nement. 

Au point où le chemin d'accès pénétrant dans l'en- 
ceinte traverse le mur vitrifié, la muraille dessine 
deux angles rentrants destinés à flanquer la porte, 
disposition qui se retrouve ailleurs, au Beuvray, à 
Ludres, à Ste-Geneviève. En avant du rempart vitrifié 
se dresse un second parapet, isolé, qui commande le 
chemin d'accès ; cette contre-garde obligeait l'assail- 
lant à diviser ses forces et à passer inévitablement à 
portée des défenseurs. 

Dans Tintérieur de l'enceinte et surtout au point 
culminant de la position, se trouvent des tumulus, des 
ruines gallo-romaines et un cimetière mérovingien qui 
servent actuellement de carrières aux habitants du 
voisinage. 



— 282 — 

En 1870, M. Thuot, professeur au Collège de Guérel, 
lit pratiquer une tranchée (|ui traverse de part en part 
la muraille vitrifiée. Bien qu'en partie remblayée, 
cette fouille permet de voir encore (nous avons pu 
nous en assurer récemment), la section du parapet et 
son mode d'édification. En coupe, le mur a environ 
iO mètres de base, sur deux mètres de hauteur au- 
dessus du sol intérieur ; du côté de l'extérieur, le talus 
se confond avec la pente inclinée du terrain et présente 
par ce fait une grande élévation. Les blocs de granit 
fondus et soudés entre eux occupent le milieu du 
massif; ils sont recouverts d'un blocage beaucoup plus 
épais à l'extérieur qu'à l'intérieur et qui n'a pas subi 
l'action du feu. Les impressions de bois en creux, sur 
les blocs, les cendres et charbons éparpillés dans la 
masse; ne laissent aucun doute sur le procédé mis 
en jeu. 

Le mur de soutènement et le parapet vitrifié qui 
entourent l'enceinte sans discontinuité semblent bien 
une œuvre unique, exécutée d'un seul jet; l'assiette et 
le tracé des défenses montrent toutes les dispositions 
de la fortification gauloise; cependant M. Thuot 
{Revue des Sociétés Savantes^ 1873, page 305), recueil- 
lit dans ses fouilles « un bloc fondu renfermant un 
fragment de tuile romaine et aussi de Ja poterie de la 
même époque provenant de la muraille ». Cet explora- 
teur, il est vrai, ne désigne pas exactement le gisement 
des pièces ; mais, dans un article publié en 1878 (1), 
de Gessac, parlant des mêmes trouvailles, écrit : 



(1) De Cessac, Uoppidum duPuyde Gaudy, Autuu 1878, 
p. 8 et 12. 



— 283 - 

« J'ai vu deux fragments de tuiles saisies par le 
granité fondu, l'un dans la grande muraille près de la 
porte d'entrée do l'oppidum, l'autre dans le bloc isolé 
du terrassement du Nord, en face du village du The il.... 
Malheureusement, ajoute-t-il plus loin, ces débris 
n'ont pas de caractères bien précis ». Ailleurs (1) le' 
même auteur constate que « les matériaux éboulés au 
pied du parapet vitrifié recouvrent un sol jonché de 
débris romains dont on ne trouve aucune trace dans 
la muraille elle-même ». Ces observations d'un homme 
d'une haute compétence diminuent de beaucoup la 
valeur archéolog-ique des découvertes de M. Thuot, 
découvertes qui ne pouvaient l'autoriser à rapporter, 
sans autres preuves, la construction de l'enceinte aux 
Wisigoths. Le Puy de Gaudy fut certainement occupé 
depuis la période néolithique jusqu'au moyen-âge, les 
objets recueillis en font foi ; mais, à défaut de fouilles 
plus complètes, il semble assez difficile, à l'heure 
actuelle, de discerner exactement la part qui revient 
à chaque époque. Toutefois, on se gardera de confon- 
dre dans une même attribution les ruines gallo- 
romaines et le cimetière franc retrouvés au sommet du 
Puy de Gaudy, dans le camp, avec les remparts de 
l'enceinte elle-même dont le tracé révèle une antiquité 
bien plus haute. 

A l'exception de M. Thuot, qui attribue cet ouvrage 
aux Wisigoths, tous les archéologues qui Tout exploré, 
(Mangon de la Landeen 1837, Coudert de la Villatte en 



(1) Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 
février 1877. 



— 284 — 

1844, de Gessac (1) et M. Bulliot qui le visita en 
1865 (2), en font remonter la construction à l'époque 
de l'indépendance des Gaules (3). Ils appuient leurs 
conclusions sur le tracé qui englobe dans une même 
courbe tout le sommet de la montagne, comme au 
Beuvray, sur l'unité de plan et la liaison parfaite 
du mur vitrifié, avec le mur de soutènement qui 
protège les flancs. Ce dernier mode de défense, s'il 
n'est pas particulier aux enceintes gauloises, a été 
signalé dans un certain nombre des plus connues et des 
mieux étudiées. 

Le camp de Pèran. 

Le résultat des fouilles pratiquées dans les remparts 
du camp de Péran, près de Saint-Brieuc (Côtes-du- 
Nord), ne concorde pas avec les conclusions relatives 
au Puy de Gaudy. En effet, lors des recherches entre- 
prises en 1866 sous la direction de M. Geslin de Bour- 
gogne (4), on découvrit « aux environs et au-dessous 
même du foyer une assez grande quantité de briques à 
crochets. » 



(1) Voir les communications de M. de Cessac, relatives 
au Puy-de-Gaudy, aux Congrès de la Sorbonne et à la 
Société des Antiquaires de France. 

(2) Congrès archéologique de France, à Guéret, 1865. 

(3) Sur le même sujet : Recherches sur les murs vitrifiés, 
S. P. Mayaud, Sens, 1883. 

(4) Geslin de Bourgogne. Rapport sur les fouilles au camp 
de Péran. Mémoires lus à la Sorbonne, avril 1886. La com- 
mission était composée de MM. Geslin de Bourgogne, Gaul- 
tier du Mottay, Dujardin, ingén. des ponts, Guéry, cap. du 
génie, Guépin, architecte. 



— 285 — 

L'enceinte de Péran occupe le point culminant d'un 
plateau qui sépare les vallées du Gouet et de l'Urne ; 
elle figure une courbe ovoïde fermée dont les axes 
mesurent respectivement 1 10 et 13 i mètres. Les défenses 
consistent en un double rempart avec fossés, l'un exté- 
rieur, l'autre séparant les deux murailles ; cette dispo- 
sition particulière se retrouve au camp d'Affrique, près 
de Ludres (Meurthe-et-Moselle), et, dans l'un et l'autre 
cas, la levée intérieure seule a subi l'action du feu. 

La section du parapet vitrifié de Péran donne 12 
mètres de base sur 2'"30 de hauteur moyenne ; il est 
constitué par un épaulement, formé des déblais du fossé 
qui le précède, contre lequel s'appuie le noyau de 
roches vitrifiées : le tout est recouvert d'un blocage qui 
ne porte aucune trace du feu. Le massif de blocs fondus, 
entremêlés de cendres et de charbons, mesure en 
coupe l'^oO de base, sur 1 mètre de hauteur. Un fossé 
large de 3 mètres le sépare du parapet extérieur, qui 
n'a que 0'"50 centimètres d'élévation au-dessus du sol 
naturel. 

Cette enceinte nous intéresse surtout parce qu'on y 
retrouve la même complication de défenses qu'à Ludres, 
c'est-à-dire un double parapet avec fossé en avant de 
chaque muraille. Mais contrairement aux profils de 
l'enceinte calcinée lorraine, le parapet intérieur vitrifié 
de Péran est bien plus élevé que celui qui le précède 
vers l'extérieur et sa crête commande effectivement le 
glacis environnant. 

Si le tracé ovale de l'enceinte est conforme aux plans 
de plusieurs oppidums gaulois, en revanche, l'exis- 
tence de briques romaines au milieu des blocs fondus, 
paraît contraire à cette attribution. La découverte de 



— 286 — 

ces vestiges gallo-romains autorise pleinement M. Ges- 
lin de Bourgogne à rapporter la construction de la 
muraille aux premiers siècles de notre ère. Que les 
briques à crochets aient été jetées dans le foyer à 
l'occasion d'un remaniement de la muraille ou pendant 
son édification première, aucune objection sérieuse ne 
vient à rencontre de cette appréciation. Toutefois, si 
l'on admet, comme nous sommes tenté de le faire, une 
assimilation complète entre tous les ouvrages vitrifiés 
ou calcinés, est-il permis de penser que les construc- 
teurs de Péran furent les imitateurs, les descendants 
peut-être des Gaulois qui élevaient des murailles avec 
l'aide du feu. Dans cet ordre d'idées, le tracé de Péran 
fournit un argument favorable au génie gaulois, c'est 
le doublement des levées de défense ; en effet, de 
pareilles dispositions se constatent au camp d'Affrique, 
ou des fouilles nombreuses dans le massif calciné et 
sous ses parements éboulés, n'ont produit aucun objet 
sûrement postérieur à la conquête romaine. 

Le camp d'Affrique. 

L'enceinte connue sous les noms de camp d'Affri- 
que (1) ou de Ludres, camp des Sarrazins, de César, 
est située à dix kilomèlres au sud de Nancy ; elle se 
compose de deux ouvrages distincts, reliés par une 
des lignes de défense, mais séparés l'un de l'autre par 
un ressaut du terrain ; la différence de niveau entre les 
deux plates-formes excède 50 mètres. 



(1) Nancy et la Lorraine, Berger-Levrault, 1886. Congrès 
pour ravancement des Sciences, 1886. — Recherches 
archéologiques sur la Lorraine, J. B. Baillière, 1889. 



- 287 — 

L'enceinte inférieure (dite le Vieux-Marché), annexe 
du camp calciné, ne comprend que 70 ares de super- 
ficie et ne possède aucune valeur au point de vue 
défensif, puisqu'elle est entièrement dominée par le 
plateau voisin qui porte la forteresse principale. Bien 
qu'un même système de murailles entoure les deux 
enceintes, on peut se demander si le Vieux-Marché ne 
fut pas construit longtemps après le camp supérieur 
dans le but d'agrandir l'enceinte ou plutôt d'assurer, en 
temps de siège, la possession de l'unique source qui 
coule au pomt le plus bas du fossé. On découvre, de 
temps à autre, sur la plate-forme déboisée du Vieux- 
Marché, des monnaies romaines et des poteries plus ou 
moins récentes ; mais de pareils vestiges recueillis sur 
le sol; en un lieu où se réunissaient les marchands, et 
non dans la muraille même, ne peuvent servir à dater 
cette dernière. Rien ne s'oppose à l'idée d'occupations 
successives, et les preuves d'antiquité, qui font défaut 
ici, nous seront fournies par l'exploration de la forteresse 
principale qui occupe le plateau. 

Celle-ci est assise au-dessus de la falaise, tout au 
bord de l'abrupt. Le tracé de ses défenses ligure un 
trapèze aux angles arrondis, qui mesure 360 mètres sur 
225, soit environ 7 hectares de superficie. Les retran- 
chements, comme nous l'avons dit déjà, consistent en 
deux épaulements parallèles, de 18 mètres de base sur 
5 à 6 mètres de hauteur, précédés chacun d'un fossé 
d'une profondeur presque égale à leur relief. 

Les levées, très semblables de dimensions et de 
profils, diffèrent essentiellement dans leur mode de 
construction. L'épaulement extérieur est simplement 
formé des déblais du premier ; fossé tandis que le 



— 288 — 

parapet intérieur montre en coupe (1) : d'abord un 
remblai de terre et blocailies, contre lequel est adossée 
une couche de calcaire transformé en chaux, épaisse 
de 2 à 3 mètres ; et le tout est recouvert d'un manteau 
de moellons et de terre qui n'ont pas subi l'action du 
feu. C'est le même dispositif qu'à Péran, qu'au Puy-de- 
Gaudy, aussi bien que dans les murs calcinés précé- 
demment décrits ; mais ici la masse calcinée est 
énorme et renferme même des blocs scoriacés et vitri- 
fiés, indiquant l'action d'un feu violent et très prolongé. 

On voit dans l'intérieur de l'enceinte, outre de longs 
ahgnements de pierres sèches d'une destination incon- 
nue, plusieurs tumulus fouillés au commencement de 
ce siècle. Deux ou trois d'entre eux se trouvent au 
milieu du terrain, d'autres contre le talus de la muraille, 
d'autres enfin sont placés au fond même du fossé qui 
sépare les deux parapets. Ceux-ci, ouverts par Beau- 
lieu vers 1840, contenaient « c?esosse/23e/j/s décomposés 
accompagnés de poterie noirâtre très grossière » (2). 
La place qu'occupent ces dernières sépultures prouve 
qu'elles sont sans aucun doute postérieures au creuse- 
ment du fossé, et si, comme il est permis de le sup- 
poser, elles appartiennent au premier âge du fer, leur 
présence fait remonter au moins à cette époque la 
construction du rempart calciné. 

Le résultat de nos fouilles vient du reste appuyer 
cette théorie. Sous les ébouUs qui comblent en partie 
les fossés, nous avons recueilli une grande quantité de 
poterie grossière et des ossements d'homme, de bœuf, 

(1) Planche IL 

(2) BQ&ulieu, Archéologie de la Lorraine, t. I, p. 8L 



— '28y — 

de sanglier et de lièvre. Dans les loyers de cuisine 
.qui existent en ligne continue au pied du parapet inté- 
rieur, on retrouve au milieu des charbons, des os et de 
la poterie brisés, des éclats de silex et même des frag- 
ments de bronze indéterminables. La poterie recueillie 
dans les loyers a tous les caractères de celle que l'on 
rencontre exclusivement dans les tumjlus du premier 
âge du fer, si nombreux dans la même région. 

L'ensemble de ces faits autorise donc à affirmer avec 
assez de certitude que le camp d'Affriciue existait déjà 
avant la conquête et qu'il fut occupé à une époque qui 
correspond dans notre pays à la civilisation de Halls- 
talt. Des preuves d'une occupation postérieure à l'ère 
romaine n'infirmeraient en rien cette attribution; c'est la 
coutume des vainqueurs de se substituer aux vaincus 
et de tirer profit des travaux de leurs prédécesseurs. 

Nous avons dû laisser de côlé un certain nombre 
d'autres forts vitrifiés de la France : pour les uns (La 
Courbe et Sainte -Suzanne) les documents publiés sont 
incomplets et, partant, les éléments de critique font 
défaut; pour d'autres, la superficie réduite de l'enceinte 
ne permet pas de les prendre comme termes de compa- 
raison. Parmi ces derniers, les forts vitrifiés de Hart- 
mannswiUer en Alsace, de Ghâteauvieux et de Thauron, 
dans la Creuse, furent cependant l'objet d'études 
sérieuses. 

Le Hartmannswillerkopf. 

L'enceinte des Fitzelhanne (1), au dessus de Harl- 

(1) F'audel et Bleicher, Matériaux pour une étude préhis- 
torique de l'Alsace. Colniar, 1880. 

19 



— 2\){) — 

manswiller, domine de 500 mètres la plaine du Rhin 
et se compose d'une muraille dessinant un fer à cheval 
dont les deux branches s'arrêtent à l'abrupt. Elle a 
70 ares de superficie. La muraille, établie au pourtour 
d'un mamelon, est constituée par un amoncellement 
de blocs de porphyre réduits à l'état pâteux et vitreux 
au moyen d'un feu assez violent pour fondre l'amphi- 
bole. 

L'étude minéralogique des matériaux a été faite par 
MM. Faudel et Bleichor^ puis par M. Uaubrée (1) ; mais 
on n'a tenté jusqu'à ce jour aucunes recherches au 
point de vue archéologique. 

Les autres forts de la Creuse, Châteauvieux et 
Thauron ne fournissent pas plus do renseignements 
utiles. L'enceinte de Châteauvieux, qui renferme 
moins d'un hectare, « n'a donné jusqu'à ce jout' do 
débris d'aucune sorte, » dit de Gessac (2) ; mais cet 
auteur constate (3) que le dispositif, « parements et 
blocage », fut ici le même qu'au Puy-de-Gaudy. 

A Thauron, le docteur Cancalon signale des tuiles à 
rebords, des poteries et des débris de fer sous la 
muraille vitrifiée. Mais de Cessac fait remarquer « que 
les ossements rencontrés dans les mêmes fouilles sem- 
blent indiquer des sépultures qui, placées comme à 



(1) Daubièe, Examen minéralogiiiue et chimique des 
matériaux vitrifiés {Revue archéologique, 1881.) 

(îî) De Cessac, Mémoires lus ;i la Sorbonne en 1867. 

(3) L'oppidum du Puy-de-Gaudy, 1878, p. 10. — Pour la 
description de Châteauvieux, voir Recherches sur les murs 
vitrifiés, S. P. Mayaud, Sens, 1883. 



— 2{)[ — 

CMteaiivieiix, près de la muraille, ont été recouvertes 
par ses ruines. Ici donc encore laposition de ces restes 
porterait à supposer qu'ils sont postérieurs à la cons- 
truction des murailles (1). » 

Les tumulus vitrifiés de la Butte Sainte-Auslrille, 
qui servirent de soubassement à une forteresse du 
moyen-âge, sont aussi muets au point de vue de nos 
recherches. De Gessac les considère comme des tumulus 
gaulois, « attendu, dit-il, que cela est attesté par leur 
mode de construction et par les objets celtiques qu'ils 
renfermaient (2). » Ils furent utilisés plus tard pour 
l'érection de tours féodales en bois, et les derniers 
occupants creusèrent les buttes jusqu'au sol afin 
d'établir les fondations et les celliers ; puis, dans la 
suite, l'incendie de ces édifices occasionna un mélange 
de toutes les époques antérieures. 



L'idée de faire intervenir le feu dans la construction 
des murailles peut se comprendre, si l'on considère le 
résultat de l'opération : la cohésion produite par la 
chaleur avait pour effet immédiat de suppléer à l'ins- 
tabilité de matériaux entassés pêle-mêle. La méthode 
fut peut-être appliquée pendant longtemps dans notre 
pays et, à ce point de vue, il n'est pas sans intérêt de 
rappeler qu'un procédé analogue de vitrification des 
murailles était encore en usage dans l'Hindoustan, au 

(1) De Cessao, loc. cit. 

(2) Da Cessac, Moraoirea lus à la Sorboane, 1865. 



9U-; 

«^ ty M 



commencement de ce siècle. M. Daubrée (1) mentionne 
le fait en ces termes, d'après Legoux de Flaux (2) : 
« Quand le mur est élevé, on le renferme entre deux 
murs de gazon ; on remplit F intervalle de combustible 
que l'on remplace à mesure qu'il a brûlé et Jusqu'à ce 
que tout le mur soit cimenté en une masse unique. » 
Mais, il faut en convenir, la persistance d'une pareille 
coutume jusqu'à nos jours rend d'autant plus diflicile à 
expliquer le choix de ce procédé de construction de 
préférence à tout autre. On a dit souvent que les murs 
calcinés en masse sont l'œuvre d'hommes qui ne 
connaissaient pas l'emploi du mortier (3), et aussi que 
les murs vitrifiés se trouvent cantonnés dans des 
régions où manquent les matériaux propres à faire du 
mortier de chaux : ignorance d'une part, impuissance 
de l'autre, les deux propositions sont acceptables. On 
peut, il est vrai, conjecturer que les auteurs de ces 
monuments obéissaient à d'antiques traditions, lors- 
qu'ils élevèrent des murailles agglutinées par le feu 
en un seul bloc résistant ; mais c'est là une hypothèse 
toute gratuite sur laquelle nous nous garderons d'in- 
sister. 
La méthode employée partout procède évidemment 



(1) Daubrée, Revue archéologique, 1881, page 18. 

(2) Extrait du Nicholson Journal, 1804. 

(3) A Ste Geneviève, la calciaation, qui affecte uniquement 
la base de la muraille, en serait une preuve. En effet, dans 
cecas particulier la cohésion produite par la chaleur supplée 
aux fondations, impossibles ou inutiles sans mortier ; 
l'adhérence parfaite au sol a été obtenue au moyen de 
la cnlcination des matériaux qui reposent directement sur la 
pente. 



— 2V)3 — 

d'un même génie ; le dispositif (1) ne varie jamais et 
les matériaux mis en œuvre sont calcinés, vitrifiés ou 
scorifiés, suivant que leur composition minéralog-ique 
s'y prêtait, a Le procédé mis enjeu a été d une puis- 
sance si surprenante, dit JNI. Daubrée (Revue archéoL, 
1881), qu'il est difficile d'admettre qu'il ait été inventé 
d'une manière indépendante dans des contrées aussi 
distantes que celles où nous en voyons les résultats. 
Il est plus que vraisemblable qu'un procédé si ingé- 
nieux a été transporté successivement de Pune de ces 
contrées aux autres. Les enceintes vitrifiées pourront 
ainsi servir à marquer les étapes de certaines migra- 
tions ». 

A ce point de vue encore, nous sommes réduit aux 
conjectures. Pour rapporter avec certitude l'introduc- 
tion du procédé à un courant de civilisation déterminé, 
il faudrait avant toutes choses posséder l'inventaire de 
tous les ouvrages existant sur le sol de l'ancien conti- 
nent. Or, à l'heure actuelle, on peut tout au plus en 
citer une vingtaine d'exemplaires répartis en Allema- 
gne (Mecklembourg et Taunus), en Suède, en Dane- 
mark, en Ecosse et en France. Ajoutons que la pre- 
mière découverte remonte à peine à un siècle ; ce n'est 
qu'à de longs intervalles que l'attention est appelée sur 
quelque nouvelle enceinte, cachée jusque là par des 
bois épais ou bien assise sur une crête peu acces- 
sible et, par conséquent, peu visitée. Il se passera de 
longues années avant ({ue l'on possède un nombre 



(1) Au sujet du dispositif employé au Puy de Gaudy et à 
Chateauvieux, voir P. de Cessac, L'oppidum du Puy de 
Gaudy, Autun 1878, p. 7 à iO. 



— 294 — 

d'observations suffisant pour établir la distribution 
géographique de ces camps. 

Mais si une enquête relative à l'origine de cetteappli- 
cation du feu doit paraître prématurée, du moins est-il 
permis de rechercher à quelle époque elle fut intro- 
duite et mise en pratique dans notre pays ; en d'autres 
termes, à quelle date la plus ancienne remontent la 
construction ou Foccupation première des camps vitri- 
ïiés ou calcinés connus en Gaule. L'étendue et le tracé 
des enceintes et surtout les trouvailles archéologiques 
constituent les seuls documents sérieux à consulter. 

L'importance en surface dut être en relation avec le 
chiffre de la population à abriter. Le périmètre réduit 
de certaines enceintes n'est pas en contradiction avec 
cette donnée, si l'on tient compte de la multiplicité et 
du rapprochement d'ouvrages d'un même type dans 
une même région. Les éperons barrés par un mur sans 
fossé ayant pres(jue toujours une étendue bien infé- 
rieure à celle des oppidums, et fournissant, en général, 
des traces d'industries plus anciennes que ceux-ci, on 
pourrait en déduire un état de civilisation moins 
avancé, prouvé par la division en groupes ou clans peu 
nombreux. 

Si l'on considère la variété, la dissemblance présen- 
tées par ces ouvrages dans leur tracé, on est tenté de 
conclure que chaque type correspond, d'après s 'n plan, 
à une époque donnée, néoUthique ou gauloise, de la 
même façon qu'on daterait des monuments de Tarchi- 
tecture classique. Mais possède- t-on la preuve que des 
peuples si peu avancés en civilisation se soumet- 
taient à des règles fixes et précises? Evidemment la 
méthode de classification d'après le tracé est applicable 



— 2y5 — 

aux enceintes murées en pierres sèches, puisque les 
trouvailles archéologiques démontrent que les éperons 
barrés sont plus anciens que les oppidums dont l'oc- 
cupation à l'époque de la conquête est affirmée par les 
textes. Point n'est besoin de rapp'iler à ce sujet les 
remarquables travaux de M. le colonel de la Noë, sur 
les enceintes préhistoriques. Ce genre de classement 
convient-il également lorsqu'il s'agit de murs vitrifiés, 
c'est-à-dire de constructions bien difticiles à exécuter 
pour des hommes disposant de faibles moyens d'action, 
comme ceux de l'âge de la pierre ? Au contraire, de 
semblables manifestations ne peuvent se comprendre 
que chez des populations denses, assez civilisées pour 
s'unir dans un commun effort. Et dans cette pensée, 
ne pourrait-on pas établir un rapprochement entre les 
premières exploitations métallurgiques dans nos pays 
et l'application du feu aux murs de défense ? N'est-il 
pas permis de supposer que l'effet produit par une 
chaleur intense sur les parois des fourneaux de forge 
et sur la roche encaissante indiqua aux premiers métal- 
lurgistes (1) l'avantage à en tirer et l'application qu'ils 
pouvaient faire de la chaleur aux constructions les plus 
importantes pour eux ? 



,1) En faisant ce rapprochement, nous ne songeons nulle- 
ment à remonter jusqu'à l'âgs du bronze, car le bronze ou 
au moins un de ses éléments constitutifs, l'étain, étaient 
importés en lingots, et la fusion de l'alliage, dans des 
creusets, aune température relativement faible (900") pou- 
vait s'obtenir sans grandes difficultés dans de petits foyers. 
Au contraire, le traitement direct des minerais de fer, qui 
fut pratiqué en Europe aux époques préhistoriques, néces- 
sitait une température bien plus élevée (1()00") et l'installa- 
tion de vastes foyers. 



— 296 — 

Ainsi que nous avons eu l'occasion de le dire plus 
haut, l'étude de la valeur des forteresses calcinées ou 
vitrifiées, au point de vue défensif, la comparaison de 
leur tracé en regard des refuges et oppidums ceints de 
murailles à sec, ne fourniront que des résultats néga- 
tifs car, d'une part, les moyens de défense les plus 
simples et les plus primitifs ont été employés à toutes 
époques, et de nos jours^ la fortification passagère ne 
s'écarte guère des mêmes règles ; d'autre part, Pas- 
siette des ouvrage de défense est pour ainsi dire immua- 
ble, le choix de la position étant imposé par l'orogra- 
phie de la région. 

Si l'on admet en principe une assimilation complète 
de temps et de méthode entre les ouvrages calcinés et 
les ouvrages vitrifiés (et il semble que cette idée s'im- 
pose puisque, dans les deux cas, la méthode est iden- 
tique), le seul élément de critique certain, positif, que 
nous puissions utiliser pour la recherche de l'époque 
où ce mode de construction fut appliqué en Gaule, se 
borne aux documents archéologiques fournis par les 
différentes enceintes connues et étudiées. Laissant de 
côté les périodes archaïques de l'âge de la pierre, qui 
ne peuvent être mises en cause, nous passerons en 
revue les objets d'industrie laissés en place par les 
populations qui occupèrent les forteresses vitrifiées et 
calcinées ; et, comme on le verra, rien ne s'oppose de 
ce côté à la contemporanéité d'ouvrages ayant entre 
eux une commune destination et dans lesquels on 
reconnaît l'unité de méthode pour la mise en (jeuvre 
des matériaux. 

GÉNERET ne fournit aucune preuve archéologique per- 
mettant de conjecturer les périodes d'occupation; les 



— 297 — 
objets en fer trouvés sous la couche superficielle de la 
levée ne prouvent rien ; il en est de même d'une sépul- 
ture à char (1), exhumée à quelques pas de l'enceinte, 
mais en dehors. 

Le parapet de Vœuil renferme des éclats de silex et 
de poteries dont quelques-unes ont 'été attribuées à 
l'âge du bronze. Ce serait là les seuls témoins, venus 
jusqu'à nous, des civilisations qui précédèrent immé- 
diatement la construction et l'incendie de la muraille. 
L'enceinte de la Fourasse, près de Nancy, montre 
des traces de l'occupation pendant le premier âge du 
fer et n'a livré aucun débris postérieur à cette époque ; 
les poteries exhumées des foyers et de l'épaisseur de 
la levée sont identiques à celles qu'on a retirées des 
tumulus répandus sur le plateau voisin. 

A Ste-Genevikve, trouvailles analogues de poteries 
dans le parapet, et de silex et de scories ferrugineuses 
dans l'enceinte. 

L'oppidum du Puy-de-Gaud\- fournit des preuves 
d'occupations successives, préhistorique, gallo-romaine 
et franque. La trouvaille d'une brique fondue dans une 
partie indéterminée du parapet vitrifié reporterait la 
date de la vitriticalion après l ère romaine ; cependant 
de Gessac, qui a le mieux et le plus longuement étudié 
le camp de Gaudy, constate que si le sol recouvert par 
les éboulis de la muraille est jonché de débris romains, 
on ne trouve jamais trace de ceux-ci dans la muraille 
elle-même (-2). Plus tard, il est vrai, le même auteur 
revenant sur cette appréciation, proposait de répartir 

(1) Bulletin', de la Société des Antiquaires de COuest^ 1884, 

(2) De Cessac, /oc. cit. 



~ ii98 — 

la construction des enceintes vitrifiées, entre les vi'' et 
vin* siècles de notre ère (1). 

Le tracé de l'enceinte de Péran et le doublement de 
ses défenses sont- ils des arguments en faveur d'une 
origine également gauloise ? L'existence de briques 
romaines sous le massif vitrifié vient à rencontre de 
cette hypothèse. Le fait, dûment constaté par une 
réunion d'hommes compétents, prouverait ou cons- 
truction postérieure à l'ère romaine ou remaniements. 

A l'exception de Péran, toutes les données relatives 
à la date de première occupation des enceintes que 
nous venons de citer et que nous avons explorées, 
paraissent conforme à une attribution pré-romaine ; 
les documents s'échelonnent de l'âge du bi-onze au 
premier âge du fer. Les constatations effectuées dans 
le Camp d'Affrique permettent de serrer la question de 
plus près. 

Le Camp d'Affrique, en effet, présente un ensemble 
de preuves d'occupation par les Gaulois de l'âge du 
fer, non seulement dans les objets d'industries carac- 
téristiques, mais surtout dans les tumulus établis dans 
le fond même des fossés et, par conséquent, bien après 
le creusement de ceux-ci et la création d€S murs de 
défense. 

Enfin, à l'appui de ces diverses considérations, vient 
s'ajouter un élément de comparaison des plus sérieux, 
c'est le monument connu depuis plus d'un siècle sous 
le nom de Briquetagr de la Seille (2). On nomme 

(1) Voir: Les forts vitrifiés de la Creuse, p. 7. 

(2) Les îlots du Briquetage sont répartis sur 18 kilomètres 
de longueur dans la vallée de la Seille, entre Marsal et 
Burthecourt (Lorraine annexée). 



— 299 — 

ainsi une série d'îlots artificiels, constitués par des 
morceaux d'argile cuite disposés en épaisses plates- 
forines dans les marais de la Seille. L'ouvrage est 
certainement pré-romain puisque la forteresse romaine 
de Marsal fut éditlée sur un de ces îlots, et que la voie 
romaine de Strasbourg à Metz, qui passait en ce lieu, 
est séparée du Briquelago par une couche d'atterris- 
sements. Habitées par des populations fort denses, ces 
sortes de terramares ont conservé, comme preuves de 
longue occupation (1), des débris de cuisine et des 
fragments de bronze et de poteries ; et les échantillons 
de céramique récoltés à la surface du Briquetage mon- 
trent la même pàtegrisatreetles mêmes ornementations 
que les poteries trouvées dans les foyers de cuisine du 
camp d'Affrique ou de la Fourasse, en même temps que 
dans les tumulus qui s'élèvent au milieu de ces en- 
ceintes et sur les plateaux voisins. 

Ne semble- t-il pas permis de conclure, d'après ces 
multiples preuves, que Briquetage, camps calcinés, et 
tumulus sont l'œuvre d'une même race et d'une même 
civilisation datée par les sépultures ? En d'autres 
termes, que le mode de construction à l'aide de maté- 
riaux agglutinés par le feu était connu et pratiqué en 
Gaule dès avant l'ère romaine ? 

C'est à cette dernière conclusion que nous croyons 
devoir nous arrêter^ sans oser toutefois comprendre 
dans une même attribution tous les ouvrages édifiés 

(1) Beaulieu mentiouae la découverte de sépultures au 
point où l'îlot de Marsal rejoint la terre ferme. On exhuma 
vingt squelettes crnés de torques et d'anneaux de bras et de 
jambes, en bronze. Archéologie de la Lorraine, tome I, 
pages 39 à 44. 



— 800 — 

avec l'aide da feu. Il est possible, eu etîet, que long- 
temps plus tard, après la conquête des Gaules par les 
barbares, le même procédé de construction ait pu être 
de nouveau employé dans notre pays, soit par les 
conquérants eux-mêmes, soit par les populations gau- 
loises revenues par la force des choses à un état de 
civilisation antérieur. 



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Photolyiiie J. Royer, Nucicy. 



PIERRE TOMBALE 



DETIENNE Bourgeois. 



NOTICE 

SUR 

ETIENNE BOURGEOIS 

ABBÉ DE SAINT-VANNES DE VERDUN 

1417-1432 

Par M>'« BUVIGNIER-CLOUET 



Etienne Bourgeois (Wassebourg dit avec raison sur- 
nommé Bourgeois) naqnil à Pont-à-Mousson ; il était 
fllsde Jacquemin Petaul etd'Aignel Paillardel, sœur de 
Renaud Paillardel, abbé de Saint-Vannes de Verdun (1). 

Nous n'avons pu découvrir aucun renseignement sur 
l'origine de Jacquemin Petaul ; mais il est certain que 
les Paillardel existaient déjà à Pont-à-Mousson au 
XIII® siècle, ainsi que le prouve un acte du mois de sep- 
tembre 1276, acte par lequel « Mathieu de Tremble- 
» court et Béatrix sa femme vendent à Adouyenet dit 
)> Paillardel bourgeois du Pont la seigneurie de Trem- 
« blecourt à condition que ledit Mathieu et sa femme 

(1) Histoire manuscrite de Saint- Vannes, depuis la fonda- 
tion de l'abbaye jusqu'en 1508, par un moine anonyme. 
Celto histoire, écrite vers 1732, nous fournira la plupart de 
nos renseignements ; nous la désignerons en note, sous le 
nom de : Histoire anonyme. 



— 8U2 — 

» en jouiront leur vie durant pour laquelle ledit Mathieu 
» payera à Paillardel 8 sols de fors de cens (1) ». 

Dans son Inventaire des Archives de Meurthe-et- 
Moselle, H. Lepage fait aussi mention : 1° de Donas 
Paillardel qui, de 1347 à 1363, fut prévôt et receveur 
de Gondé (aujourd'hui Custines-sur-Moselle) ; 2" de 
Renaut Paillardel, ancien receveur de ce même Gondé 
en 1401-1404 (2). 

Dès son enfance, Etienne Bourgeois fut placé à Saint- 
Vannes, auprès ds son oncle, l'abbé Renaud; qui le fit 
élever sous ses yeux. 

La renommée de Saint- Vannes avait alors beaucoup 
perdu de son éclat. L'école de celte abbaye n'était plus 
la brillante pépinière comparée, par Hugues de Flavi- 
gny, à une ruche attirant toutes les laborieuses abeilles 
qui, après s'être chargées de miel et de cire, allaient 
enrichir les provinces voisines d'où elles étaient par- 
lies (3) ; bien loin était le temps où, de l'Allemagne, de 
toute la Belgique, et même de contrées plus lointaines, 
ditle pèrePagi, on accourait avec l'assurance d'y acqué- 
rir des connaissances en tous genres de littérature et 
d'y avoir l'exemple de toutes les vertus. Plus de trois 
siècles s'étaient écoulés depuis que le « bienheureux » 
abbé Richard, Télève et le meilleur disciple du célèbre 
Gerbert, avait, par sa science, ses lumières, sa haute 
sagesse et la droiture de son jugement, élevé celte ins- 

(1) Duloarny. Inventaire des archives de Lorraine, T. X, 
2* partie, page 4;{ (ms. delà Bibliothèque publiciue de Nancy, 
n"* •754-7Ô5). 

(2) Inventaire des Archives de Meurthe-et-Moselle , par 
H. Lepage : R. 4815, 4816 et 4824. 

(3) a More scilicet prudentissima- apis, qu«} circuit diver- 
sorum florura arbusta, ut tnellis dulcore sua rei)leat recep- 



— 303 — 

titution au premier rani;-, et en avait fait le modèle 
dont la réputation fut soigneusement et justement main- 
tenue par son successeur, l'abbé Valeran, comte de 
Breteuil. Les guerres civiles occasionnées par la juri- 
diction régalienne dont les évêques venaient d'être 
investis; la division entre les partis, excitée et entre- 
tenue par les querelles des investitures; le relâche- 
ment et la mauvaise administration de quelques abbés, 
amenaient peu à peu la ruine de cette maison jadis si 
florissante ; il était temps que la main ferme et sage de 
Renaud Paillardel vînt, momentanément du moins, 
rétablir la régularité et mettre un frein aux folles dé- 
penses déjà enrayées par son prédécesseur Henry de 
Passavant. 

L'abbé Renaud gouverna Saint-Vannes pendant 
vingt-cinq ans; sous la direction d'un tel maître, 
Etienne Bourgeois puisa les plus solides principes et 
acquit vite les connaissances qui lui assurèrent cette 
suprématie incontestée de tous, et à laquelle il dut, 
plus tard, la crosse abbatiale. 

On ne peut préciser à quelle date il fut pourvu pdi 
son oncle de l'aumônerie du monastère ; ce que l'on 
sait c^est que, dans les fonctions dépendant de cette 
charge, il se fit remarquer par son désintéressement et 
par le zèle qu'il déploya afin de rendre à l'abbaye, au- 
tant du moins qu'il était alors en son pouvoir, quelque 
chose de son ancienne splendeur. Au détriment même 
de ses propres intérêts, au lieu d'appliquer à son usage 
personnel les revenus de l'office qu'il venait d'obtenir, 



tacula. » Chronicon monachi S. Richarii cenlulensis, publiée 
dans le Spicilegium de d'Achery, n, édit., t. ii, page 33L 



— yo4 — 

il les employa à réparer et à entretenir tous les biens 
qui en dépendaient. Il fit aussi construire, ajoute l'au- 
teur anonyme de l'histoire manuscrite de Saint- Vannes, 
« deux chambres basses, belles pour le temps », dans 
l'appartement dudit office. Ces chambres servaient en- 
core, à l'époque ou l'auteur précité écrivait (vers 1732), 
de demeure au garde-magasin de la citadelle. 

Renaud Faillardel mourut le 7 décembre 1417 « et 
fut pleuré non seulement de ses religieux mais encore 
de tous ceux qui aimoient le bien ». 

On ne vit pas alors se renouveler ces regrettables 
tiraillements qui, précédemment, s'étaient produits 
entre divers prétendants : la conduite prudente et sage 
dont Etienne Bourgeois avait fait preuve comme aumô- 
nier lui assura tous les suffrages, et, dix jours après la 
mort de son oncle (17 décembre), « il fut élu tout d'une 
voix(l) » pour lui succéder ; il était alors âgé de trente- 
cinq ans. 

Placé à la tête de l'abbaye et en ayant ainsi la direc- 
tion pleine et entière, Etienne, dit Wassebourg, « fut 
« homme très vertueux et bon administrateur. Car du 
« commencement il feit circuire quasi tout le monas- 
« tere et la vigne circumvoisine de haultes murailles, et 
« si reppara le ciochier qui avoit esté brûlé. Et de la 
« plus petite cloche que son oncle avoit faict en feit 
« faire la plus grosse de l'église ». 

Outre cette cloche, il en Ht refondre quatre autres 
(1423-1430), et veilla à la réparation de tous les bâti- 
ments intérieurs et extérieurs du monastère; il cons- 

(1) Histoire anonjjme. 



— 305 — 

truisil le pressoir qui se trouvait devant l'église Saint- 
Remy (1) et fit « voulter la grande cave » placée sous 
le réfectoire des religieux, œuvre sans doute fort im- 
portante puisque, comme nous le verrons plus loin, elle 
est mentionnée dans son épitaphe. Une « grande 
chambre située au fond de la cour », chambre appelée, 
plus lard, « le grenier pavé », fut aussi établie à celle 
époque, ainsi que l'escalier de pierre qui y donnait 
accès. En même temps, tout en élevant « plusieurs 
autres maisons, moulins, dépendances », il rebâtissait 
complètement les grands gagnages de Belleray et de 
Frana, puis veillait au défrichement des terres et des 
prés qui en dépendaient, mais avaient été abandonnés 
sous ses prédécesseurs. 

Cependant, au milieu de toutes ces améliorations, un 
vaste projet surgissait encore dans l'esprit d'Etienne 
Bourgeois et devenait bientôt l'objet principal de sa 
sollicitude. Le pieux abbé regrettait de ne pas voir, 
dans l'enceinte de son abbaye, l'un de ces superbes 
monuments dont certaines administrations, moins mou- 

(1) L'église paroissiale Saint-Remy était située devant 
l'abbaye de Saint-Vannes. En \18Q, lorsque le cardinal de 
Vaudémont, évoque de Verdun, établit les Capucins dans 
cette ville, il leur céda Saint-Remy qui devint la chapelle de 
leur couvent et qu'ils conservèrent jusqu'en 1626, époque â 
laquelle la construction de la citadelle les força à l'abandon- 
ner. Quand, après le 1" juillet de cette dite année 1626, ils 
eurent quitté leur maison pour s'installer provisoirement 
place de l'Estrapade, où fut ensuite le baillage royal, l'église 
Saint-Remy, transformée, servit d'habitation à Marillac. 

Le nouveau couvent des Capucins ne fut terminé qu'en 
1G39 ; les religieux y entrèrent le 1" novembre et y furent 
installés par le R. P. Général de l'Ordre, qui se trouvait à 
Verdun ; ils y restèrent jusqu'à la Révolution. 



— 306 — 

vemenlées et plus prévoyantes que ne l'avait été trop 
longtemps celle de Saint-Vannes, avaient doté quelques 
monastères voisins ; il songea donc à faire élever un 
temple digne de l'antique renommée de cette maison 
qui, jadis, avait brillé d'un si vif éclat. 

Il est vrai que, deux siècles auparavant, l'un de ses 
prédécesseurs, Louis, frère de l'évêque de Verdun, 
Albert de Hirgis, avait eu la même pensée. Louis ren- 
dit l'abbaye très prospère, grâce aux fonds considé- 
rables qu'il se procura « par la faveur des Prélats et 
des grands qui le chérissoient », dit Roussel ; cepen- 
dant, malgré son rare mérite et tous les talents dont il 
était doué, peut-être manqua-t-il un peu de prévoyance. 
Le plan grandiose qu'il adopta aurait fait de son église 
l'un des plus remarquables édifices de l'Europe ; mal- 
heureusement son âge avancé ne devait pas lui permet- 
tre d'en voir l'achèvement et il ne songea point que, 
plus tard, l'abbaye pouvait non-seulement se trouver 
réduite à ses seules ressources, mais encore être de 
nouveau bouleversée par quelques-unes de ces compli- 
cations, si fréquentes à une époque de troubles et de 
contestations. Quoique son œuvre ait été continuée par 
son successeur, Guillaume, précédemment prieur de 
Flavigny puis abbé de Saint-Mansuy-lès-Toul, elle ne 
put être terminée ; les murailles^ seules, furent en partie 
construites, et le mauvais état des finances ne permit 
même pas d'y poser une couverture, grâce à laquelle 
elles auraient été préservées des injures du temps (1). 



(1) Louis fut abbé de Saint- Vannes de 1197 à 1238. Son 
successeur, Guillaume, mourut en 1259; l'historien ano- 
nyme de Saint-Vannes lui fait un reproche que nous résu- 
mons ici : Il eût été à souhaiter, dit-il, que l'abbé (juillaume 



-^ 307 — 

Etienne Bourgeois voulut, tout d'abord, reprendre 
dans leur ensemble et sans y rien changer, les travaux 
et le magnifique plan du xiii" siècle; mais les pluies 
et les tempêtes avaient tellement endommagé la cons- 
truction abandonnée, que, de l'avis des personnagus 
les plus habiles et les plus compétents de tout le pays, 
les fondements eux mêmes n'avaient plus assez de 
solidité pour supporter un nouveau bâtiment. Il dut 
alors se résigner « quoique à contre-cœur » à se servir 
seulement des matériaux qu'il en pourrait tirer. Vers 
la fin de Tannée 1430, l'édifice des abbés Louis et Guil- 
laume disparut donc, à Texception des deux tours et du 
portail, de style roman, auxquels fut adaptée l'élé- 
gante église gothique que nos pères purent encore 
admirer dans son entier, mais dont nous chercherions 
vainement, aujourd'hui, quelque vestige à la citadelle 
de Verdun (1). 



bornât ses soins à fouvrage magnifique qu'il faisait bâtif, 
puisqu'ainsi il aurait pu fachever ; mais son zèle et son cou- 
rage qui n'avaient œ presque pas de bornes i^ lui firent entre-- 
prendre en même temps d'autres ouvrages dans le monas- 
tère. 

Il est juste d'ajouter que, pendant la guerre communale de 
J246, les bourgeois démolirent presque toute la grande 
muraille de clôture de l'abbaye, ainsi que la maison du por- 
tier ; il se servirent de ces pierres et de celles destinées à 
tertniner V église, pouT se fortifier eux-mêmes; malgré cet 
incident, Guillaume ne se découragea pas et, à sa mort, les 
travaux étaient encore en pleine activité. 

(l) Dès qu'il y evit une citadelle, ce beau monument fut me- 
nacé: en 1552, ondécouronna les tours pour y établir des plates- 
formes à mettre du canon. Plus tard, Marillac projeta de raser 
Saint-Vannes ; mais sa disgrâce fit avorter son plan. De 
nouveaux projets de démolition furent vainement mis en 
avant sous Louis XIV; le roi, après avoir visité l'église en 



— 808 — 

Une fois son projet mûrement arrêté, l'abbé Bourgeois 
prit de sérieuses dispositions afin d'éviter les fautes 
commises autrefois par ses prédécesseurs. 

Le monument qu'il entreprenait n'avait plus les vas- 
tes dimensions de celui qui venait de disparaître ; ne 
voulant y employer que les revenus de son abbaye, 
auxquels il ajouta ceux des quatre offices claustraux 
(prévôt, cellérier, pitancier et infirmier) qu'il conserva 

1687, défeadit de la détruire. Eq 1740, à la suite d'ua coup 
de foudre, oq posa sur les tours de disgracieuses coupoles; 
puis, à la Révolution, l'édifice fut remis au Génie. En 1817, 
le colonel Thiébaut proposa, pour réparations urgentes à la 
toiture, une dépense de 4,500 fr., qui fut rejetée par le 
comité des fortifications, sous prétexte que ee monument 
n'ayant d'intérêt qu'au point de vue de l'art et des souve- 
nirs, c'était à la ville à en assurer la conservation. Celle-ci 
trouva étrange qu'on fît retomber sur elle une charge pro- 
bablement considérable pour l'avenir, à cause du mauvais 
état des choses; les ressources municipales étaient d'ailleurs 
épuisées par la grande famine de cette année même. Lors- 
qu'on 1818 le duc d'Angoulême visita Verdun, on essaya 
vainement de l'intéresser à sa conservation : en 1820, une 
décision ministérielle prescrivit d'enlever la toiture, béante 
à l'extrémité ouest et menaçant, disait -on, d'être emportée 
par le vent; enfin une autre décision du 11 octobre 1826, 
ordonna la démolition complète. Malgré tout, les colonels 
Olry et Petitot luttèrent pendant quelques temps, mais inu- 
tilement : en 1831-1832, cette majestueuse basilique dispa- 
parut de notre sol. aux regrets des amis des arts et de l'an- 
tiquité. (D'après Y Histoire de Verdun, de l'abbé Cloiiet, t. I, 
page 499). 

Aujourd'hui, il ne reste plus que le bas d'une des tours 
romanes de beaucoup antérieures à Etienne Bourgeois ; en 
démolissant l'autre, on trouva, dans les fondations, des débris 
de sculptures qui paraissaient d'origine gallo-romaine et 
qui provenaient peut-être de quelque temple païen dont les 
débris auront été jetés dans les fondations des tours (Note 
de l'abbô Cloûet, Bibliothèque de Verdun, manuscrit u" I90j. 



— 309 — 

à cet effet, du consentement de tous les religieux, 
jusqu'en 1450, il le proportionna aux ressources dont 
il disposait. Ensuite, la première pierre ayant été posée, 
le 9 avril 1431, il mena les travaux avec une telle rapi- 
dité qu'en peu de temps les murs du sanctuaire furent 
complètement élevés (1). 

Ici, la prévoyance d'Etienne se montra tout entière, 
car, avant de poursuivre la construction des autres mu- 
railles, il fit voûter et couvrir ce sanctuaire, en même 
temps qu'on y posait les fenêtres et le pavé. Il acqué- 
rait ainsi la certitude que si quelque événement imprévu 
venait mettre obstacle à la prompte réalisation de la 
tâche qu'il s'était imposée, le travail déjà exécuté pour- 
rait, en attendant des temps meilleurs, braver les intem- 
péries, et n'aurait pas le sort regrettable de cette cons- 
truction ruinée avant d'avoir été utilisée et qu'il avait 
dû forcément renverser. 

Il agit avec autant de précaution pour le chœur, puis 
pour les collatéraux qu'il entreprit ensuite, mais qu'il 
n'eut pas la satisfaction de voir entièrement terminés. 
Ce ne fut, du reste, qu'en 1520. soixante-huit ans après 
sa mort, que la dernière pierre du monument fut posée; 
cependant, dès 1438, il devait déjà être fort avancé, 
car, le 21 janvier de cette même année, le corps de 
l'abbé Louis put y être solennellement transféré : on le 
plaça sous l'autel de la Vierge, situé, à cette époque, 
derrière l'autel principal. 

(1) Cetto église, dit l'abbé Cloùet, était ei solidement 
construite qu'il fallut employer la mine peur ébranler les 
mura lors de la démolition : j'ai vu, ajoute-t-il, une colonne 
vaciller après l'explosion de la mine puis reprendre son 
aplomb (Manuscrit n" 190 de la Bibliothèque publique de 
Verdun). 



— aiu - 

Quelques semaines avant cette cérénnonie, le 12 no- 
vembre précédent (12 novembre 1438 avant Pâques), 
Etienne Bourgeois, en qualité d'abbé de Saint- Vannes, 
fit ses reprises et rendit foi et hommage à l'évêque 
Guillaume Fillastre, pour les fiefs que l'abbaye tenait 
de l'évêché de Verdun. 

Le 21 janvier 1431, lors de l'entrée dans cette ville 
de l'évêque Louis de Haraucourt, prédécesseur de 
Guillaume Fillastre, Etienne se trouvait au nombre des 
personnages en présence desquels le prélat fit le ser- 
ment accoutumé « tant à la porte Saint- Victor, que 
devant l'église sainte Croix (1). » 

Tout en donnant la plus grande partie de ses soins à 
la construction de son église, le pieux abbé s'occupait 
encore des nombreux détails qui s'y rapportaient et ne 
négligeait pas les choses de moindre intérêt devant 
contribuer à en accroître le trésor. Il fit bâtir le sacraire 
(sacristie), à la voûte duquel ses armes se voyaient 
encore lors de la démolition. Les quatre colonnes de 
cuivre qui entouraient le maître-autel furent faites de 
son temps, ainsi qu'un retable en bois « qu'il fit dorer 
a de fin or en dehors « ; ce retable était orné de figures 
d'albâtre représentant les douze apôtres. Parmi les 
autres objets dus à sa munificence, on cite « plusieurs 
(i chasubles, aubes, et autres paremens d'autel », puis 
deux chapes « de couleur blanche », et une « d'or » 
dont on se servait aux jours de grandes fêtes. 

Sa charité était fort grande. Malgré les dépenses 
extraordinaires occasionnées par toutes les améliora- 
tions qu'il apportait à sa maison, il secourut toujours 

(1) Roussel, Histoire de Verdun, 1" édition, page 377. 



311 - 

très largement les nécessiteux qui s'adressaient à lui. 
Pendant la famine de 1438-39, il nourrit, chaque semaine, 
sept ou huit cents pauvres, sans que ses aumônes habi- 
tuelles fussent en rien diminuées. 

Peu après, songeant que la mort pouvait venir le 
surprendre et que, dans ce cas, l'avantage qui lui avait 
été fait à propos des offices claustraux serait peut-être, 
plus tard, faussement interprété par ses successeurs, 
s'ils arguaient qu'un abbé les avait possédés sa vie 
durant, il voulut rétablir chaque chose dans l'ordre 
habituel ; il désigna donc les rehgieux qui devaient dès 
lors exercer les fonctions qu'il jugeait utile, pour le 
bien général, de résigner immédiatement. Il était temps 
que ces précautions fussent prises, car le monastère 
allait être sérieusement éprouvé. 

La peste de 1452 se fit cruellement sentir à Verdun ; 
près de trois mille personnes y moururent, dit-on, et 
la maison de Saint- Vannes, que sa situation sur l'un 
des points culminants de la ville semblait mettre quel- 
que peu à l'abri des redoutables miasmes, fut atteinte 
l'une des premières. Quatorze ou quinze personnes, 
« tant domestiques que religieux », avaient été enlevées 
en peu de temps ; aussi la plupart des moines, fuyant 
la contagion, furent autorisés à se retirer au prieuré de 
Chaude-Fontaine (1) où ils séjournèrent environ deux 
mois. Etienne lui-même, cédant à de pressantes sollici- 
tations, s'installa à Rarécourt('2). De là, il lui était facile, 
tout en faisant réparer sa maison seigneuriale, d'aller 
visiter ses religieux et de veiller à ce que la régularité 

(1) Aujourd'hui département de la Marne, arrondissement 
et canton de Sainte-Ménehould. 

(2 ) Arrondissement de Verdun, canton de Clermont. 



— 312 — 

monastique n'eût pas à souffrir de ce déplacement forcé. 
Bientôt, la décroissance du fléau semblant avoir éloi' 
gné tout danger, il tint à rentrer dans son monastère, 
le 9 novembre, avec tous ses religieux, afin d'y célé- 
brer pompeusement la fête de Saint- Vannes. Ce fut la 
dernière fois qu'il prit part à cette solennité ; quelques 
mois après, en cette même année 1452 (1), le vingt- 
quatrième jour du mois de mars, « indiclion première, 
« épacte neuvième, le nombre d'or dixième, le onzième 
« jour de la lune, le dix-septième du sicle solaire, le 
a samedy veille des Rameaux et de la fête de l'Annon- 
« dation de la Sainte- Vierge, le neuf des -kalendes 
« d'avril », explique l'auteur anonyme de l'histoire de 
Saint- Vannes, au moment oîi, vers onze heures du 
matin, on se préparait à chanter la grand'messe, « le 
a bon abbé Etienne passa de cette vie à une meilleure » 
après avoir reçu très dévotement les derniers sacre- 
ments. 

Il fut inhumé devant le maître autel de l'église en 
construction. Son épitaphe, gravée sur « une table de 
cuivre », fut scellée dans la muraille à l'endroit où l'on 
plaça, depuis, un tableau représentant la « cène de Jésus 
Christ », tableau qui la masqua tout à fait. » 

(1) 1452 avant Pâques. Ce fut seulement en 1581 que l'on 
commença, à Verdun, l'année au 1" janvier, comme on le 
voit en consultant les registres des délibérations munici- 
pales : « Du vingt-deuxième jour de décembre 1580. Mes- 
ic sieurs aians veus ledit de monseigneur de Verdun par 
(I lequel il change le miliaire et remet le commencement de 
a. Tan au premier jour de janvier ont advisé quil ne leur est 
«; rien mande par ledict et que quand il sera adressé à eulx 
(I ils le feront gardé en la Cité ». Il le fut certainement peu 
de jours après, puisque les délibérations du 10 janvier sui- 
vant, les premières prises depuis le 31 décembre, sont indi- 
quées à l'année 1581. 



— 313 — 

Cette épitaphe était ainsi conçue : 

Dessous le tombel devant le grand autel git feu de 
digne mémoire vénérable Père Seigneur Etienne Bour- 
geois du Pont a Mousson jadis abbé de cean qui moult 
loyablement gouverna trente cinq ans, fit commencer et 
faire le cûer et la nefe de cette présente église jusquau 
portai de la cour, le sacraire, les chapelles collatérales 
du cûer, les verrières, voultes, et couvertes, le dossel du 
grand autel, les colonnes de cuivre environ, la plus 
grosse cloche et le plus gros moinet, plusieurs chappes 
et chasubles de soye et autres ornemens notables, les 
édifices pour f état de l'abbé environ la haute chapelle, 
la closure du mur environ la vigne ou enceinte dudit 
monastère, voulter la cave du grand cellier, le chau- 
queure(l) devant Saint-Remy, les gaignages et maison- 
nemens de Beileraye et de Franoy qui de long temps 
avoient été en ruine fut aulmonier avant qu'abbé, et fit 
les basses chambres pour fetat de l'aulmonerie et plu- 
sieurs autres édifices dedans et hors la cité, lequel 
trépassa de cet siècle bien amé pour les mérites et hon- 
nêtetés de sa personne l'an de grâce mil quatre cent 
cinquante deux le vingt quatrième jour du mois de 
mars. Priez Dieu pour l'amede luy Amen, que Dieu 
Poctroye (2). 

Cette épitaphe était à peu près la traduction du pas- 

(1) Chauqueur (pressoir), de l'ancien français chaucher, 
fouler. Ce mot est encore usité en Lorraine sous ces dif- 
férentes formes : chauqueur, chaucheu, chauchu, chaucu 
et chaucheuie. 

(2) Nous ne savons à quelle époque ce cuivre a disparu ; 
nous reproduisons l'épitaphe d'après la copie donnée par 
VHistoire anonyme, dont nous conservons l'orthographe. 



— 314 - 

sage suivant que nous extrayons du nécrologe de l'ab- 
baye (1). 

1452. Nono kalendas aprilis. 24 martii. 

Anno Dominicse incarnationis 1452, obiit Doinnus 
Venerabilis et recolendœ memoriœ Abbas Stephanus 
Burgensis de Pontennoncionis qui hujus modi monas- 
terio Sancti Vitoni Virdunensis, triginta quinque annis, 
tribus mensibus et duodecim diebus prasfuit, et idem 
adeô virtuose et laudabiiiter gubernavit, quod non 
obstantibus guerris formidabilibus, in partibus undique 
medio tempore vigentibus, ex quodam antiquo opère 
sumptuoso a fere ducentum annis per quondam bonae 
memoriœ Domnum Abbatem Lodoicum incœpto, et 
post decessum sui successoris, videlicet Domni Abbatis 
Guillermi neglecto, idem Domnus Abbas Stephanus 
meliores ipsius antiqui operis, quasi ad ruynam deducti 
lapides capiendo, chorum ecclesiae ejusdem monasteri 
cum navi usque portale introitus communis hinc inde 
nec non sacrarium, capellas collatérales chori, altaria 
tabulam ymaginatammajoris altaris, columpnas cupr 
in ipsius altaris circuitu existentes, pavimentum chori 
et capellariarum, verierias, volturas et cooperturam ad 
longum hujus novi operis notabiles, duas sonorosas 
campanas», grossiorem videlicet, et grossam mediam, 
nonnulla vestimenta, cappas et casulas sericeas ac alia 
ecclesiœ ornamenta nec non œdificia ad statum abbatis 
circa capellam in alto constructam confecta, clausu- 
ram murorum vinese magnœ in ipsius monasterii am- 
bitu, voltam in celario magno, et torcular ante eccle- 
siam sancti Remigii ; nec non, anlequam abbas effice- 
retur, ipse officium elemosinariœ actu regens, œdificia, 

(1) Manuscrit n» 7 de la Bibliothèque publique de Verdun. 



— 315 — 

aulas videlicet, et caméras in basso construRtas adele- 
mosinariam et usum elemosinariorum ordinatas et 
pertinentes, suis bono regimine et industria, fîeri et 
complerifecit. GaingnagiaverodeBallereyo, etFrasnido, 
cum mansionibus,a longissimisannis ruynata, acquam- 
plurirna œdificia, doinos grangias, et alia eeclesise 
hereditagia, intra et extra civitatem existentia, reedifi- 
cari ac meliorari procuravit, ipsiusque ecclesiee jura 
manutenendo deffensavit, et multa bona in copia huic 
monasterio acquisivit, et suo in transitu reliquit. 
Sepultusestautein antemajusaltarehujusnovœecclesiaî. 

On croit que le marbre noir, qui se voyait sur la sé- 
pulture d'Etienne, n'y fut placé que plusieurs années 
après sa mort, par Mathieu de Dammarie élu abbé en 
1475 (1). 

Sur ce marbre, la figure d'Etienne, de grandeur na- 
turelle, est gravée au trait. Il est représenté vêtu de la 
chasuble antique ; le manipule et l'étole sont brodés ; 
à la partie inférieure de l'aube, l'aigle de S* Jean, avec 
cette inscription : S. Johanns Aps. {Sanctus Joannes 
apofttolus). La tète est nue ; les mains jointes sur la 
poitrine, le bras droit retenant la crosse abbatiale 

(1) L'Histoire manuscrite de St-Vannes dit formellement: 
(c Mathieu de Dame Marie succéda à Antoine de Serrières Van 
a 1473 » ; Dom Calmet et le chanoine Rouss 1 le font aussi, 
sans remarque aucune, succéder immédiatement à Antoine 
de Serrières, et Roussel ajoute qu'il « est nommé ci-dessus 
« à l'an 1477, page 402 », c'est-à-dire que, page 402 de son 
Histoire de Verdun, on voit que cet abbé assista, en 1477, 
à la translation des reliques de Saint-Madalvé, et non qu'il 
fut nommé abbé en cotte même année 1477. 

M. l'abbé Robinet qui, dans son Fouillé du diocèse de 
Verdun, a écrit que Mathieu de Dammarie fut élu en 1477, 
durait-il donné une interprétation erronée de ce que dit 
Roussel, page lij (liv. ii) de son Histoire de Yerdun ? 



- 316 — 

muni d'un ampie fanon ; les pieds reposent sur deux 
chiens, tournés l'un à droite, l'autre à gauche. Cette 
figure se trouve sous une arcade ogivale surbaissée, 
avec archivolte en accolade ornée de crochets et sur- 
montée d'un fleuron. Dans le tympan, une rosace cen- 
trale reposant sur un bandeau garni de fleurons; le 
tout portant sur des piliers gothiques à nervures pris- 
matiques et terminés par des pinacles. De chaque côté 
du fronton, un écusson aux armes d'Etienne, posé sur 
une crosse : on y voit, dans le champ, deux étoiles, 
l'une à senestre et l'autre en pointe, avec un franc 
quartier chargé de trois pattes de lion, mouvantes des 
angles du chef et de la pointe (1). 
Autour du marbre se lit cette légende : 
(?2) (\iit [eu fc t<u]m mcmotrc • inon^ii]iicur ©étienuc 
(Hnin^oici  ^u ))cnt a moitôoii • qui 3aMt ci^taut abU bc 
ceanê • iBt commcucicr [aire et t>eeorer ce(3te présente 
ecjliêe • 3uôqueii au portai be (a eourt • et tretipatii^ait be 
eeét ©ieele (e • XXIIII ^onx bu mob} be mare Um mil 

(l) « Trois étoiles à six rais, avec un franc quartier chargé 
de trois pattes de lion » : telle est la description succincte, 
mais exacte, des armes d'Etienn^, faite par les continua- 
teurs de Roussel. II est à remarquer, en effet, que si nous 
ne voyons, dans le champ, que deux étoiles, la troisième 
s'y trouve certainement, mais est masquée par le franc 
quartier. Dom Le Court n'a pas fait cette remarque, dans son 
Histoire de S^ Vannes que nous n'avons pas à apprécier 
ici ; voici la description quelque peu fantaisiste qu'il en 
donne et que nous reproduisons parce qu'elle indique les 
couleurs : a Les armoiries de Tabbé Etienne sont en champ 
a de gueule chargé de deux étoiles d'argent, une en face et 
a l'autre en pointe : au cartier d'azur chargé de trois griffes 
a de lion d'or, deux en face et l'autre en pointe, surmonté 
(I d'une crosse ». (Manuscrit daté de 1745. N" 431 de la Bi- 
bliothèque publique de Verdun.) 



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— 317 — 
quatre cenê cinquante beué ' ^riieè bien ^unii (ame be 
tu9 (1). 

En 1822, lorsque l'église, tout à fait abandonnée et 
sans toiture depuis près de deux ans déjà, menaçait 
ruine, la sépulture d'Etienne Bourgeois fut ouverte et 
sa pierre tombale reléguée au milieu des décombres ; 
mais, en 1833, M. François Gloïiet, bibliothécaire de 
la ville, obtint de l'autorité militaire l'autorisation de 
la faire transporter dans l'église du Collège. Elle est 
maintenant au Musée municipal. 

Dans la tombe, se trouvait une crosse du xiii* siècle, 
fort remarquable. Il est probable, cependant, que, lors 
de la mort d'Etienne, les moines en faisaient peu de cas 
et que, tout en voulant ensevelir leur abbé avec les insi- 
gnes de sa dignité, ils trouvèrent préférable, dans l'in- 
térêt de leur monastère, de conserver la crosse gothique 
alors en usage, plutôt qu'une crosse démodée et hors 
de service dont on n'appréciait plus le mérite. En voici 
la description, telle qu'elle figure au catalogue des ob- 
jets qui étaient à l'Exposition rétrospective de l'art 
français au Trocadéro, en 1889. 

« Grosse : Douille décorée de fleurons polychromes 
à tige en réserve sur fond bleu; nœud formé de 
quatre médaillons encadrant une sirène à queue feuil- 
lagée découpée à jour ; crosseron à section carrée à 
crête, terminé par un fleuron à trois pétales aigus, 
décoré sur chaque face d'une inscription pseudo -arabe 

(1) Nous devons témoigner ici notre reconnaissance à 
M. Leher, professeur au Collège de Verdun, qui a bien 
voulu faire, avec autant de soin que de talent, le dessin 
que nous reproduisons de cette pierre tombale. 



— 818 — 

en réserve avec quelques lleurons polychromes sur 
fond bleu {{) » . 

En même temps que la crosse, on trouva dans la 
tombe de l'abbé Bourgeois, un calice en étain dont la 
coupe, de forme cylindrique, était comprimée ; il est à 
remarquer que celte compression existe dans la plu- 
part des anciens calices en étain. Dans le fond de la 
coupe, on voit l'empreinte d'une médaille sur le pour- 
tour de laquelle se trouve la légende : Sit nonien do- 
mini henedictum. 

Le poids de la crosse et du calice sont l'un et l'autre 
de 620 grammes. Ces deux objets font partie de l'inté- 
ressant cabinet de M. G. Loustau, ingénieur civil, qui 
non seulement a bien voulu nous en remettre les pho- 
tographies, mais nous a aussi autorisée, fort gracieu- 
sement, à en donner communication à la Société d'Ar- 
chéologie lorraine. 

En terminant notre Notice, on nous saura gré de 
donner quelques détails sur cette célèbre église S' Van- 
nes, cet édifice qui, cent ans après la mort de son fon- 
dateur, se trouva déjà menacé par les travaux de dé- 
fense de la ville devenue française et qui, pendant les 
deux siècles et demi qui suivirent, ne dut sa conserva- 
ion qu'à la splendeur de son ensemble. 

« Cette église, dit l'abbé Gloûet, fermait le côté, 
maintenant ouvert, du cloître de la vieille caserne, et 
s'étendait beaucoup au-delà, vers l'est, le chœur tout 
entier donnant sur le jardin du couvent. Sauf le portail 
et les tours, elle était du style gothique dit flamboyant; 

(1) Il faut remarquer que les auteurs du catalogue ont mal 
orthographié le nom de Saint- Vannes, ce qui a pu amener 
une fausse interprétation sur le lieu d'origine de cette crosse. 



— 310 — 

ses hautes fenêtres ressemblaient, en grandes dimen- 
sions, aux ogives du cloître de la cathédrale. Un ancien 
toisé, dans œuvre, attribue à l'édifice 172 pieds de 
long, 561/2 de large, non compris les chapelles, et 58 
de haut sous clef. On entrait, à l'ouest, par une large 
arcade romane, à colonnettes groupées et archivoltes 
sculptées ; sur ce portail, une vaste rosace gothique, 
de même style que l'église. De cette porte du fond, on 
avait la vue d'un intérieur dont nous ne pouvons mieux 
donner l'idée qu'en la comparant à celui de l'égUse du 
Collège, en supposant à celle-ci une longueur à peu 
près double, un chœur arrondi en abside, et une ar- 
chitecture ogivale. Les deux nefs latérales s'élevaient 
à la même hauteur que celle du milieu ; les grandes 
arcades, qui séparaient les nefs, retombaient sur des 
colonnes cylindriques-; les hautes fenêtres, à vitraux 
peints, correspondaient à ces arcades : très belles 
voûtes à clefs sculptées ; l'une de ces clefs, au-dessus 
de l'autel, était armoriée d'une aigle à deux têtes, avec 
restes de couleurs et de dorures. Aucun badigeon : les 
larges pierres de taille se voyaient de leur couleur na- 
turelle, à teintes rosées; cette pierre, au dire des 
architectes, provenait de carrières épuisées, peut-être 
de la Falouse, ou du Ghàtelet de Ghâtillon. Sur tout 
l'extérieur, à l'exception du portail, s'élevaient, entre 
les fenêtres, des contreforts à clochetons et à sculptu- 
res, portant chacun, vers le sommet, une gouttière en 
gargouille, à forme d'animal ou d'oiseau bizarre ; ba- 
lustrade à trèiles, bordant tout le haut circuit des 
murs, chapelles assez petites, occupant les intervalles 
entre les bases des contreforts. » 

Il paraît cependant que, dans cette magnifique cons- 
truction, il y avait un défaut, mais si léger que l'œil 



— 320 — 

ne pouvait le saisir à première vue : un des collaté- 
raux n'avait que douze pieds et demi de largeur, tandis 
que l'autre en avait quatorze et demi. On attribue ce 
défaut à l'adaptation qui dut être faite des tours et du 
portail anciens, à l'église nouvelle, sans rien changer 
au cloître qui y communiquait et qui ne permit pas de 
partager également les deux pieds qui se trouvaient en 
plus du côté du midi. 



LA FAMILLE HÉRAUDEL 



D'après les archives du bailliage de Bassigiiy' 



PAR 



M. J. MARCHAL 



Au commencement du xvi' siècle. Didier Héraudel, 
de la Mothe, est désigné comme père de Jean Hérau- 
d'el et beau-père de Jeanne Mercier, Celte mention 
forme le point de départ de notre généalogie D'autres 
enfants du même nom existaient déjà en ce moment, 
car on trouve des Héraudel à Brainville et à Graffigny : 
nous ne nous en occuperons pas ; ia branche type qui 
a illustré le nom sort réellement de Jean. Dans ce 
petit travail, nous laisserons de côté les filiations des 
femmes qui se sont alliées à des familles nobles du 

(I) L i famille Héraudel, originaire du Hassigny, eut deux 
de ses membres honorés de lettres de noblesse en 1555 et en 
1611 ; autre chose, toutefois, a rendu son nom populaire par 
tjute la Lorraine, je veux dire cette Elégie, si triste et in- 
contestablement si vraie, par laquelle Jean Héraudel fait 
entrevoir les luesprimables malheurs de notre province pen- 



^^'22 

pays, et ne signalerons que la postérité masculine des 
Héraudel jusqu'à l'extinction du nom. 

I 

Jean Héraudel, marchand à la Mothe, fut époux de 
Jeanne ou Jeannette Mercier : il décéda avant 1555. De 
ce mariage sont issus trois fils et quatre filles. 

1" Jean Héraudel, docteur en médecine à la Mothe, 
marié à Philippe de Vornay, mort vers 1580 et sa 
femme vers 1590. D'où une fille unique, Marguerite 
Héraudel, épouse de Robert d'Orgain, sieur de Rogé- 
ville et de Saint-Ouain en partie. 

2° Nicolas Héraudel, sieur de Mandres sur Vair et 
d'Ozières, anobli le 7 juillet 1555, époux de Amprosne 

dant et après la guerre de Trente-Ans. (*). Les deux articles 
du Nobiliaire de Dom Pelletier sur cette famille ne tien- 
nent pas une page entière et sont particulièrement incom- 
plets ; on acceptera donc avec gratitude l'essai suivant de 
généalogie, dressé sur pièces, d'après les archives non clas- 
sées du bailliage de Bassigny, conservées à Bourmont ; il 
nous est adressé par M. Marchai, ancien magistrat, notre 
confrère. Nombre de personnes s'occupent do recherches 
généalogiques ; mais, parmi les travaux de ce genre qui 
s'impriment, combien en existe-t-il qui sont en partie fau- 
tifs par suite de l'ignorance, ou volontairement faussés par 
la vanité et l'intérêt pécuniaire ! Aussi se repose-t-on avec 
plaisir sur les généalogies de familles éteintes qui sont 
établies sur documents authentiques, dans le seul but de 
servir à l'histoire. A cette catégorie appartient, sans doute 
possible, la communication suivante de M. Marchai. 

L..G. 

(*) Sur cet auteur et ses œuvres, v. ; Dom Calmet, Biblio- 
Iheque lorraine; Michel, Biographie de Lorraine, et Noël, 
Catalogue raisonné, w 4417, 4418, 4419, 6379. 



- 323 — 
Daucy, fille de Ferry Daucy, seigneur de Vron- 
courl près de Bourmont, et de Anne Béget. D'où six 
enfants, quatre filles et deux fils. 

A. Jeanne Héraudel, qui épousa le 16 juillet 1564 
François Voillot, avocat, fils de Claude Voillot, 
de Damblain, décédé en 1565 après huit mois 
de mariage. Sa veuve se remaria à Jean de 
Houdreville, sieur de Saint-Léger, receveur des 
recettes de Ghâtenois et Neufchàteau. 

B. Catherine Héraudel, épouse de Claude Sara- 
zin, avocat au Parlement de Saint-Mihiel, veuve 
avant 1610. 

C. Renée Héraudel, mariée à Hector de Lespine, 
écuyer, heutenanl des gardes de S. A., décédé 
eu 1622, avec quatre enfants. 

D. Amprosne Héraudel, qui fut mariée le 22 
septembre 1579 à Christophe d'Orgain, sieur de 
VUlers-en-Haye et Rogéville en partie, gentil- 
homme des gardes du roi de France. Il décéda à 
Monchenault en 1589, laissant une fille, Pier- 
rette d'Orgain, qui devint épouse de Jean de 
Montarby sieur de Damrémont. — Amprosne 
Héraudel épousa en deuxièmes noces François 
des Noyers, écuyer, seigneur voué de Saulxures 
et Bréchainville en partie (1), gentilhomme ser- 

(1) Bréchainville est un fief qui existait dans la commune 
de Liffol-le-Petit (canton de Saint-Blin, Haute-Marne), rele- 
vant de la baronnie de la Fauche. Le 1<"' août 1614, Am- 
prosne Héraudel en donna son dénombrement à Madame 
Marguerite, princesse de Lorraine, baronne de la Fauche. Il 
ne s'agit pas de la commune de Bréchainville près Neufchà- 
teau. 



— 324 — 

vant de Monseigneur de Vaudémont, qui mourut 
en 1612, avec deux enfants. Amprosne décéda 
vers 1625. 

E. Nicolas Héraudel, dit le jeune, puis surnommé 
Archenaux, était mineur à la mort de sa mère 
et fut émancipé en 1582. Il se maria peu après à 

Catherine : son domicile était la Mothe 

et Outrémecourt. 11 mourut vers 1596. Il eut un 
fils Jean Héraudel, qui va suivre. 

F. Henry Héraudel , 6* et dernier enfant de 
Nicolas Héraudel et d'Amprosne Daucy, fut 
aussi émancipé avec son frère Nicolas à la fin de 
1582. Il fut seigneur de Bonnelet et demeurait 
à Sauville. Il avait épousé Yolande de Jainville, 
fille de Henry de Jainville, sieur de la Gréague 
Barbévelle, dont il eut deux filles : l'une, née 
posthume, morte jeune, l'autre, Marguerite Hé- 
raudel, née en 1589, mariée le 19 novembre 1609 
à François d'Ourches, seigneur de Vidampierre 
Delouze, Sauville, Paiey-sous-Monlfort et Roziè- 
l'es-en-Blois ; décédée en 1623 avec deux en- 
fants. — Henry Héraudel étant mon en mars 
1591, Yolande de Jainville se remaria en 1602 
à Christophe de Salvan, seigneur de Bouzey, 
Villiers et Bourhevelle. 

3" Didier Héraudel, 3Mils de Jean Héraudel et de 
Jeanne Mercier, était apothicaire à la Mothe. 11 fut d'a- 
bord époux de Jeanne Daulvin, décédée en janvier 
1575, laissant son mari et trois mineurs. Use remaria à 
Nicolle Plumeret et mourut vers )G08. Les enfants de 
son premier mariage sont : 

^. Jean Héraudel, né vers 1561 (11 avait 14 ans à 



— 325 — 

la mort de sa mère en 1575). Il fut notaire et 
bourgeois de la Mothe, dont il est élu mayeur en 
1588. Marié à Marthe Barrois, il décéda vers 
1633, et sa fennine en 1636. De leur mariage était 
née une iille unique, Philippe Héraudel, épouse 
en premières noces de Claude Thouvenel, avocat 
à la cour, lieutenant des sénéchaussées de la 
Mothe et Bourmont : d'oii deux enfants. Veuve 
en 1612, Phihppe Héraudel se remaria en 1615 
à Claude Gérard, gruyer de Dompaireet Valfroi- 
court, et en eut deux filles. 

B. Anne Héraudel née en 15C5. 

C. Lucie Héraudel née en 1568, épouse de Jean 
Petitjean de Suriauville, anobli le 15 février 
1590, capitaine-enseigne au gouvernement de la 
Mothe de 1595 à 1607, année de sa mort. D'où 
quatre enfants. Lucie Héraudel épousa en 
deuxièmes noces MenginPageot, dit le capitaine 
Festin, qui avait perdu une jambe au siège de 
Ghâteauvillain et mourut à Levécourt en 1625. 
En 1637, on voit Lucie Héraudel épouse de 
Antoine Galaque, sieur de Potensac, demeurant 
à Levécourt. 



II 



Jean Héraudel, fils de Nicolas Héraudel, sieur de 
Mandres et de Catherine , pelit-fils de Nico- 
las Héraudel et d'Amprosne Daucy, est le personnage 
mentionné dans la biographie nancéienne, de Cayon, 
comme auteur d'une élégie latine et française, sur les 
malheurs de la Lorraine pendant le règne de Charles IV, 
imprimée à Nancy en 1660. Jusqu'alors la filiation de 



— 326 — 

cet écrivain était inconnue ; nous sommes heureux de 
pouvoir la fixer d'une manière certaine. 

Ainsi qu'il le dit lui-même dans son épître dédica- 
toire, Jean Héraudel avait 75 ans en 1660 : il serait 
donc né à la Mothe vers 1585 : ce qui coïncide parfai- 
tement avec le mariage de son père dont nous avons 
parlé plus haut. II ajoute encore qu'il aurait eu six fils 
dont trois morts et trois vivants : c'est ce qui va être 
confirmé dans la suite de cet article. 

Après avoir fait ses études de droit, Jean Héraudel 
revint à la Mothe, où on le voit, en 1609, licencié ès- 
loix et avocat. Son séjour y fut de courte durée ; car, 
sauf quelques comparutions dans des conseils de fa- 
mille où il figure avec Jean Héraudel le bourgeois, son 
cousin, on ne trouve plus aucune mention de lui dans 
les papiers de l'époque. Il n'exerce pas sa profession 
d'avocat à la Mothe, et ne représente point les parties 
dans des procès judiciaires ; on ne le mentionne plus 
comme bourgeois de la ville, il ne paraît point dans le 
maniement des affaires de la communauté. Pendant les 
sièges et l'occupation française, ou ne rencontre nulle 
port son nom. 

Après un voyage en France et en Italie, dit-on, Jean 
Héraudel dut s'établir d'abord à Gondrecourt, puis à 
Nancy, où il possédait une maison rue du Haut-Bourjet. 
La preuve manifeste de son abandon du sol natal résulte 
d'une requête qu'il adressa à S. A. et par laquelle : 
Jean Héraudel, avocat à la cour de Saint-Mihie! , ez 
SIÈGE DE NANCY, solUcite la pemiissiou. pour lui et ses 
enfants, d'hériter et tenir biens qui leur écherront au 
ban de la Mothe, malgré la forfuyancc et leur non 
RÉSIDENCE... Cette supplique fut agréée par décret du 



— 327 — 

24 février 1616. N'est-il pas évident qu'une telle faveur 
n'aurait pas été demandée, s'il eût encore été bourgeois 
de la Mothe ? 

Par lettres patentes du 28 janvier 1611, Jean Hérau- 
del fut anobli et reçut les mêmes armoiries que son 
grand-père. Il est dit dans ces lettres qu'il est extrait 
de famille honorable, tant du côté du père que de la 
mère, ayant eu plusieurs de ses parents de même nom 
qui ont possédé fiefs,[vivant noblement, en gens d'hon- 
neur, et de bonne réputation, dont un a servi le publie 
en qualité de docteur en médecine à la Mothe et d'autres 
ont servi S. A. au fait des armes pendant les dernières 
guerres. » Il demeurait alors à Saint-Mihiel. 

Vers 1610, Héraudel avait épousé Hellowy Mauljean, 
fille de Jean Mauljean, sieur de Liouville,*et de sa 
deuxième femme Françoise Renel. Il en eut trois en- 
fants. 

A. Jean Héraudel, sur lequel nous n'avons aucun 
renseignement ei que nous mentionnons d'après 
M. Dumont; né le 4 août 1612, dont le parrain 
avait été Charles Sarazin, avocat à la cour, et la 
marraine Françoise Renel, grand'mère. 

B. Charles Héraudel, prévôt des chanoines de la 
Mothe, prieur de Relanges, qui va suivre. 

C. Louis Héraudel, major au régiment du comte 
de Ligniville ; époux de Anne Richard ; mort 
sans enfants en 1682 à Nancy et qualifié de sei- 
gneur de Manoncourt, fief provenant de la suc- 
cession des Mauljean. Avec lui s'éteignit le nom 
des Héraudel. 

Pendant la minorité de ces enfants dont il fut gardien 



— 328 — 

noble après la mort de Hellowy Mauljeau, Jean Hérau- 
del se remaria à demoiselle Jeanne Plumerel. (1). Dans 
le règlement de compte qu'il eut à rendre à ses deux 
lils, Charles et Louis, de la succession de leurs mère et 
ayeule, des difficultés surgirent et furent tranchées 
par une transaction que les enfants acceptèrent par 
respect pour leur père et pour ne pas le mécontenter, 
mais dans laquelle ils furent lésés de plus de 20 à 25 
mille francs (2). A partir de ce moment, les liens de 
famille, qui étaient tendus depuis le second mariage, se 
rompirent complètement et toutes relations cessèrent. 
Le fils aîné, Jean, devait être décédé, car il ne parti- 
cipe point à cette succession. 

De son deuxième mariage, Jean Héraudel eut trois 
enfants. 

i4. François Héraudel, époux de Madgeleine Mon- 
tigny, qui mourut vers 1675, sans enfants, en 
donnant à sa femme tout ce qu'il pouvait lui 
donner et privant ainsi ses frères du 1" lit de sa 
succession, et les obligeant à se rendre ses héri- 
tiers bénéficiaires. 

B. Jeanne Héraudel, mariée à N , qui 

n'avait pas encore d'enfants en 1673 et appa- 

(1) Jeanne Plumeret était fille de Thobie Plumeret, bour- 
geois de la Mothe et de Anne Morel; sœur de Jean Plumeret 
docteur en théologie chanoine de la Mothe et mort curé de 
Nijon. Sur la tombe de ce dernier sont gravées ses armoiries : 
d'azur à un vol d'or surmonté en chef de trois étoiles d'or. 
(Extrait d'un livre de raison appartenant à M. Deligny, de 
Bourmont.) 

(2) C'est Charles Héraudel qui nous fjit connaître ces par- 
ticularités dans son testament, 



— 329 — 

remment n'en doit point avoir, dit une clause du 
testament de Charles Héraudel. 

C. Une autre fille (1) dont le prénom n'est point 
cité et qui pourrait être celle dont parle M. Si- 
monnet, dans les notes biographiques qui accom- 
pagnent sa relation des sièges de la Mothe (édi- 
tion de 1H61, page 449.) Elle aurait été mariée en 
•1662 à M. Villiaume, prévôt de la Châtellenie de 
Gondrecourt, d'où sortiraient les familles Vil- 
liaume, Dinet et Mutel, bien connues en Bassi- 
gny. Dans son testament, Charles Héraudel ne 
fait aucune mention de cette sœur utérine et ne 
lui laisse nul souvenir. Elle était déjà probable- 
ment décédée. 
Jean Héraudel publia son élégie en 1660 et dut 
mourir à Nancy en 1662. 



III 



Charles Héraudel, prêtre, d'abord simple chanoine 
de réglise collégiale Notre-Dame de la Mothe, en 
devint prévôt par élection du chapitre, après le décès 
de Guillaume Lonchon, pendant les derniers jours de 
l'occupation française. Le duc Charles IV confirma cette 
élection par patentes du 17 mai 1641. Charles Hérau- 
del était alors à la Mothe qu'il continua d'habiter jus- 
qu'à la ruine. 

La tradition raconte que le 20 juin 1645, dans la 
soirée, étant en faction sur le boulevard Vaudémont 

(1) D'après le livre de raison de M. Deligny, elle se nom- 
merait Marie Magdeleine Héraudel. 



— 330 — 

dont les ecclésiastiques avaient la garde, Charles Hérau- 
del aperçut un officier supérieur, monté sur un cheval 
blanc, qui activait l'attaque faite à la droite du bastion 
Saint-Georges, 11 le coucha en joue, en appuyant le 
mousquet sur l'épaule de son domestique et fut assez 
heureux pour le tuer. Cet officier était Magalotti , le 
général en chef de l'armée française, Mazarin mit à 
prix la tête du meurtrier : mais Héraudel put s'évader 
de la ville, au moment des préliminaires de la capitu- 
lation et se retira auprès de Charles IV qui, le nomma 
vicaire général de ses armées. 

Quelques années après le démantèlement de la 
Motlie, Héraudel vint rejoindre ses chanoines qui 
avaient été transférés en l'église Saint-Florentin de 
Bourmont et s'établit en cette ville, en une maison 
qu'il avait fait reconstruire et qui existe encore aujour- 
d'hui, remarquable par sa belle façade en pierres de 
taille et ses deux loups en gargouille. 

Avant 1654, il fut nommé prieur commandataire du 
prieuré de Relanges. Ce bénéfice lui ayant été disputé, 
Héraudel ne put en avoir la possession paisible 
qu'après de grandes plaidoiries à Rome. L'église, les 
bâtiments, les usines, f étang, la grange d'Attigny, les 
moulins de Vivier et d'Iche, dépendant de ce prieuré, 
étaient en ruine. Héraudel fit tout réparer et y dépensa 
des sommes fort supérieures au revenu. Aussi , dans 
dans son testament, sentant sa conscience bien déchar- 
gée et seulement pour l'honneur qu'il a eu de posséder 
ce prieuré, il se contenta de léguer à cette église sa 
chapelle entière qu'il avait rapportée de l'armée, en 
ordonnant que le calice serait fondu et qu'il en serait 



— 331 — 

fait un autre de même pesanteur avec ses armes gra- 
vées. 

Jusqu'à sa mort, il parut peu à Relanges et résida 
toujours à Bourmont, où il avait recueilli une de ses 
tantes, Elisabeth Mauljean, veuve de Jean Barrois, 
lieutenant au bailliage d'Hatton-Châtel. 

Il mourut à Bourmont, le 6 avril 1678, et fut inhumé 
en l'église Saint-Florentin, à la droite du maître-autel. 

Son épilaphe, gravée sur marbre noir et en lettres 
d'or, avec ses armoiries, était ainsi conçue (1) : 

Hic jacet nobilis ac venerabilis D. D. Garolus Herau- 
del, capellanus Sancti Florentini, canonicorum prœpo- 
situs, prior commendatarius Sancti Pétri de Relangiis 
et Sf"' Ls'^e Ducis Eleemosinarius , qui francos qua- 
dringentos constituit, ut ex reditu annuali 20 franco- 
l'um servitium solemne a canonicis celebraretur ; si 
forte capitulum ex ac capellà exiret, voluit ut capellani 



(1) Cette épitaphe a disparu en 1751, lors de la recons- 
truction de l'église Saint-Florentin. Nous en relatons l'ins- 
cription d'après une copie faite par les officiers de l'hôtel de 
ville de Bourmont. 

Tous les documents de cette notice sont extraits des 
archives de Bourmont et du testament de Charles Héraudel 
en date des 18 janvier, 17 et 29 mars 1678. — Dans ce tes- 
tament, Héraudel institue son seul frère germain Louis Hé- 
raudel, pour son héritier en ce qui concerne Testoc des Hé- 
raudel, avec l'usufruit des biens venant de sa mère et de 
Françoise Renel qui retourneront aux Mauljean, parce qu'il 
n'a pas d'enfanls. iMalgré le peu de satisfaction qu'il a eu de 
ses frères et sœurs utérins, il laisse à MagdeleineMontigny, 
veuve de son frère François, une somme de mille francs. Ses 
armoiries étaient : d'azur à la bande d'or chargée de trois 
trèfles de gueules. 



_ 333 



subrogarentur et francus unus ex istis viginti campanos 
puisant i, et aller operibus daretur ; pauperes vivens et 
moriens summo amore prosequens obiit VI. non. apvril. 
M.D.CLXXVIII. 



LETTRES DE GRÉGOIRE 



JÉRÉMIE- JACQUES OBERLIN 



PAR 



M. Ch, PFISTER 



Le célèbre professeur de Strasbourg, Jéréinie- Jacques 
Oberlin, qui mourut le 10 octobre 1806, légua à la 
bibliolhècjue impériale de Paris ses manuscrits et ses 
papiers. Parmi ceux-ci, figuraient les très nombreuses 
lettres, écrites en toutes les langues, qu'il avait reçues 
des savants de TEurope entière. Ces lettres, rangées 
par ordre alphabétique des correspondants, occupent 
aujourd'hui 13 volumes du fonds allemand de la biblio- 
thèque nationale, n" 192-!204 (1). L'un des correspon- 

(1) Quelques lettres provenant de ces manuscrits ont été 
publiées par M. Auguste Krœber dans la Revue d'Alsace : 
Lettre de Schœpflin, année 1867, p. 48 ; lettres de Paul- 
Louis Courrier et d'Ansse de Villoison, ib., p. 84 ; de la Tour 
d'Auvergne et de J. le Brigant, ib. p. 193; de Koch, 1868, 
p. 86 et 326, de Ph. Ruehl, ib, p. 334, 



— 334 — 

dants les plus haut placés d'Oberlin fut assurément l'abbé 
Grégoire. Ces deux hommes, d'un esprit si libéral et si 
religieux, si amoureux de la science et des belles-let- 
tres, étaient faits pour se comprendre et s'estimer. 
L'abbé Grégoire apprit à connaître le gymnasiarque 
c'esl-à-dire le directeur du gymnase protestant, Oberlin, 
pendant un voyage qu'il fit en Alsace en 1784, alors qu'il 
n'était encore que curé d'Embcrniesnil (1). Lorsque plus 
tard, il fut nommé député aux Etats-généraux, lorsque, 
malgré ses soucis politiques, il se livra avec ardeur à 
la recherche de divers problèmes scientifiques, il s'a- 
dressa au professeur de Strasbourg pour avoir diffé- 
rents renseignements. Dès lors des lettres assez nom- 
breuses furent échangées entre les deux amis. Nous 
publions ici 25 missives ou billets adressés par Gré- 
goire à Oberlin, tels qu'ils nous sont conservés dans la 
collection citée (biblioth. nat. fonds allemand, n° 195, 
fol. 151-187). Nous donnons en note tous les rensei- 
gnements qui sont nécessaires à la claire intelligence 
de ces lettres. 



N° I 

Paris, 22 août (1). 
Monsieur, peut-être vous rappellerez-vous l'abbé Grégoire 
qu'autrefois vous avez accueilli avec bienveillance à Stras- 
bourg et qui en conserve une tendre reconnaissance. Je sais 

(1) Il visita en même temps au Ban-la-Roche, le frère de 
Jérémie-Jacques Oberlin, le célèbre pasteur Oberlin. Sur les 
relations de l'abbé Grégoire avec ce philanthrope, voir un ar- 
ticle d'Aug. Stœber, Revue d'Alsate, 1874, p. 117. 

Lettre 1. — (1) La lettre ne porte pas de millésime; mais 
elle a été sûrement écrite en 1790. 



— 335 — 

que dans l'immensité de vos connaissances vous avez em- 
brassé les idiomes patois (2), je me propose un travail rela- 
tif à ces divers objets, j'ai fait imprimer en conséquence une 
série de questions dont je vous envoyé plusieurs exemplai- 
res, pour vous et vos amis (3), en vous suppliant ains^ 
qu'eux de m'accorder quelques renseignemens. Depuis mon 
séjour dans ce pays, j'ai enfanté quelques petits ouvrages 
que je vous enverrai sous peu de jours "(4). Je vous prie, 
Monsieur, de me rappeler au souvenir de nos amis communs, 
et spécialement de M'' votre frère du Ban de la Roche et de 
son vénérable devancier (5), qui a eu la bonté de m'écrire, 
à qui je n'ai pas encore pu répondre ; voyez si je suis excu- 
sable ; je reçois par jour environ 40 et 60 lettres ou paquets, 
joint à cela le travail de l'assemblée, celui des comités, etc. 
Soyez, je vous supplie, l'interprète de mes sentiments affec- 
tueux et respectueux, en les partageant avec eux. Grégoire. 

N''2 

Paris, le 1" septembre 1791. 
J'ai reçu, bon ami, l'envoi que vous m'annonces par votre 

(2) Jacques-Jérémie Oberlin avait publié en 1776 un re- 
marquable Essai sur le patois lorrain, des environs du 
comté de Ban-la- Roche. 

(3) Cette lettre circulaire, imprimée à l'imprimerie de Cl. 
Simon, Paris, comprend 4 pages in-4" et porte la date du 13 
avril 1790. 

(4) Grégoire a fait imprimer au début de 1790 les ouvrages 
suivants: Lettre aux Citoyens de la Meurthe (sur les salines) 
10 mai 1790. — Mémoire sur la dotation des cures en fonds 
territoriaux, lu à la séance du 11 avril 1790, — Observations 
sur le décret de V Assemblée Nationale qui ordonne une 
nouvelle circonscription de paroisses, etc. 

(5) Le prédécesseur de Jean-Fréderic Oberlin au Ban-la- 
Roch était Jean Stuber. Voir sur lui la brochure de Baum. 
J .-G . Stuber der Vorgcenger Oberlins im Steinthal. Stras- 
bourg 1846. 



— 336 — 

lettre du 29 août dernier (1). Tous les exemplaires qui le 
composent seront distribués aujourd'hui. Je suis si occupé 
que ne pouvant vous écrire moi-même, j'ai recours à une 
main étrangère pour prévenir les inquiétudes que mou 
retard vous pourroit occasioner : je vous verrai bientôt à 
Strasbourg; en attendant, je vous salue ex tolo corde et 
suis, bon ami, avec les sentiments que vous connaissez tout 
à vous [et à nos amis que j'embrasse ainsi que le savant 
Monsieur OberlingJ. 

Grégoire évêque (2). 

(Les mots entre crochets autographes). 



N-S 



Paris, 1*' frimaire, l'anS^ de la république une et 

indivisible (1). 
Mon cher ami, tes lettres font une diversion agréable à 
mes fatigues et, quoique j'écrive brièvement et rarement, tu 
ne me priveras pas, j'espère, du plaisir de recevoir tes let- 
tres. Combien je suis charmé que Blessig soit libre (2) ; je 

Lettre 2. — (1) 11 s'agit sans doute de l'envoi du programme 
qu'Oberlin devait lire à la prochaine rentrée du Gymnase et 
dans lequel il célébrait laconstitutionde 17î)l. Surce program- 
me voir Rod. Rouss : Histoire du Gymnase protestant pendant 
la Révolution, p. 40. 

(2) Grégoire avait été élu le 15 février 1791 évêque des 
deux départements de la Sarthe et du Loir-et-Cher et il 
avait opté pour le dernier. Cf. A. Gazior, Etudes sur l'his- 
toire religieuse de la Révolution française, p. 31. 

Lettre 3. — (1) 21 novembre 1794. Grégoire était à ce 
moment député du Loir-et-Cher à,la Convention. 

(2) Blessig, l'un des personnages les plus éminents de 
Strasbourg, était pasteur au Temple-Neuf et professeur de 
théologie. Il fut incarcéré pendant la Terreur. (Voir sur ce 
pasteur la biographie faite par Cari Max. Fritz, Leben D. 



— 337 — 

lui écrirai le plutôt possible ainsi qu'à Muller (3). 

Il y a trois jours que faute de loisir je n'ai pu achever ma 
lettre, en date du l^' : je continue au moment où un citoyen 
du Ban de la Roche m'apporte une lettre de ton excellent 
frère que j'embrasse avec toute sa famille. 

Tu sais que sur mon rapport la Convention N'* a 
décrété une somme de trois cent mille livres en récom- 
pense aux savans, etc (4). Chénier (5) prépare un rap- 
port sur l'application, et certes je ferai mon possible pour 
placer sur cette liste les noms d'Oberlin, Herman (6) et Ehr- 
man (7), 

Le courrier d'aujourd'hui te portera ce que tu me deman- 
des : 1° plusieurs exemplaires de mon rapport sur l'anéan- 
tissement des patois, etc (8) ; 2» le rapport sur la bibliogra- 

Johann Lorens Blessigs. Strasbourg, 1818, 2 vol. in-S". 
Oberlin lui-même avait été arrêté dans la nuit du 2 au 3 
novembre 1793 et il était resté 10 mois prisonnier à Metz. 
C'est seulement en août 1794 que le comité du salut public 
avait consenti à le rendre à la liberté. 

(3) Millier était un ancien professeur au Gymnase. 

(4) Le rapport de Grégoire a été publié à part sous le 
titre : Rapport sur les encouragemens, récompenses et pen- 
sions à accorder aux savants, aux gens de lettres et aux 
artisans. Séance du 17 vendémiaire, l'an 111, 22 p. in-8". 

(5) Joseph Chénier, le frère d'André qui avait péri sur 
l'échafaud pendant la Terreur. 

(6) Hermann (Jean), professeur de médecine à l'Université 
de Strasbourg, plus tard professeur à l'Ecole centrale du Bas- 
Rhin, auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire naturelle. 

(7) Ehrmann (Jean-Chrétien), naturaliste. On lui doit la 
publication de l'Histoire des plantes d'Alsace par Mappus. 
Son frère, Jean-Frédéric Hermann, jouera un important 
rôle politique. 11 sera membre des Cinq-Cents, puis maire 
de Strasbourg. Dans les lettres de Grégoire, il est tantôt 
question de l'un, tantôt de l'autre. 

(8) Rapport sur la nécessité et les moyens d' anéantir les 
patois et d' universaliser Vusage de la langue française. 
Séance du 16 prairial an II, 28 pp. in-8". 22 



— 338 — 

phie (9) : 3° je crois devoir t'adresser encore des exemplai- 
res de l'instruction de la commission temporaire des arts, 
de la feuille supplétive que j'y ai fait joindre (10) ; et je 
veux m'assurer si les postes sont fidèles. Accuse-moi la ré- 
ception du tout. Ces instructions répondent à toute objec- 
tion sur le mode de confectionner les catalogues et quand 
on a la classification par ordre de matières, c'est l'objet 
d'une distribution régulière d'une bibliothèque ; le travail 
de la bibliographie ne demande que des cartes. 

Je t'ai demandé si tu avais des occasions faciles pour 
envoyer en Suisse divers opuscules patriotiques, je te prie 
de me le dire. 

En conséquence des détails que tu m'as donnés sur Mon- 
net (11) et la municipalité, sur les destructions et dégrada- 
tions de votre bibliothèque, etc. j'ai fait prendre à la com- 
mission des arts un arrêté portant qu'il serait écrit à l'admi- 
nistrateur du district qui n'a point encore répondu, et au 
directeur des subsistances dont je t'envoye la réponse, afin 

(9) Instruction j^ italique. Rapport sur la bibliographie. 
Séance du 22 germinal an II, 16 pp. in -8°. A la suite de ce 
rapport, la Convention nationale ordonna aux administra- 
tions des districts de lui rendre compte dans la décade sui- 
vante du travail relatif au catalogue de chacune des 
bibliothèques de leur ressort. 

(10) Ces instructions, 4 pages in-4'', ont été envoyées par 
le comité d'instruction publique aux administrateurs du dis- 
trict. Grégoire insiste pour que, sur chaque carte, le titre de 
l'ouvrage soit exactement copié et le contenu du livre briè- 
vement indiqué. 

(11) Le vrai nom est Monet. Monet, jeune homme origi- 
naire de la Savoie, avait été maire de Strasbourg pendant la 
Terreur. Voir sur lui Séinguerlet, Strasbourg 2)e'>^dant la 
Révolution, p. 137 et ss. Les scellés avaient été rais par 
Monet sur la bibliothèque et de la paille avait été emmaga- 
sinée sous l'édifice. A côté, dans le Temple-Neuf, on avait 
logé des porcs. 



— 339 — 

que tu m'en dises ton avis ; je me propose de citer à la Con- 
vention Monnet et consorts d'après ta lettre. 

Les papiers publics t'auront transmis les rapports et dé- 
cret sur les écoles aormales et primaires ; j'ai reçu une let- 
tre d'Ei?sen (12) ; j'étais si accablé d'affaires que je doute si 
je pourrai de sitôt lui répondre. Salut, embrassement et 
fraternité à Oberlin et à tous nos amis. Je te prie de me 
répondre le plutôt possible. Grégoire. 



N» 4 



Paris, 13 nivôse l'an 3 de laRépubliquo une et indivisible (1). 

Mon cher Oberling, je suis un détestable correspondant, 
écrivant rarement et en poste, mais ton amitié est indul- 
gente : tu sais d'ailleurs que dans ma position je suis excu- 
sable : j'espère bien un jour me dédommager dans des en- 
tretiens assaisonnés par le charme des arts et de l'amitié. 
Tu as du recevoir mon dernier rapport sur les destructions (2); 
je te prie d'en transmettre un exemplaire à Wedekind qui 
m'a adressé une lettre intéressante aur les horreurs commi- 
ses dans votre basilique : j'ai cité son témoignage; il faut 
que son imprimé subsiste comme un mouvement qui attes- 
tera son goût pour les arts et l'éternelle infamie des scan- 
dales (3); j'ignore sa demeure, je réclame ton entremise : 

(12) Nous ignorons quel est ce personnage. 
Lettre 4 — (1)2 janvier 1795. 

(2) Troisième rapport sur le Vandalisme . Fait à la Con- 
vention nationale, au nom du comité d'instruction publique, 
dans la séance du 24 frimaire, l'an III, 21 pp. in-8°. 

(3) Voici le passage du rapport auquel il est fait allusion, 
a A Strasbourg, au dix-huitième siècle, on a surpassé les 
Âlains et les Sarrasins , l'immense et superbe basilique de 
cette cité est méconnaissable : des statues par milliers sont 
tombées sous le fer destructeur... » 

a Un ami des arts (Wedekind) a publié en allemand unou- 



— 340 — 

donue-raoi au juste l'adresse de Blessig à qui j'écrirai sous 
peu ainsi qu'à Muller. 

Je u'ai eucore vu qu'un ou deux de ces hommes estima- 
bles arrivés pour l'école normale et je ne les ai vus qu'un 
moment : mais nous devons nous revenir et il me sera doux 
de converser amplement avec eux. 

Tous les jours j'attends le décret qui répartira les 3 cents 
mille livres qui ont été accordées d'après mon rapport : le 
2» sera fait par Chénier. Les noms d'Oberling et de Her- 
maun sont sur la liste présentée par le comité. Je te prie 
aussi d'envoyer à ton brave frère de Valderspach (4) et des 
brochures et des amitiés. Salut cordial à nos amis. Je t'em- 
brasse. 

(En souscription à la 1" page : l'ami Oberling.) 



N» 5 



Paris, 28 pluviôse, l'an 3 de laRépubliqueune et indivisible(l) 

Mon cher Oberling, 

Je vous écris sur le bureau du comité (2) et au milieu 
d'une discussion. Y aura-t-il du bon sens dans ce que je 
vous dirai ? 

J'ai déposé au bureau des dépêches votre lettre de remer- 

vrage qui doit transmettre à nos neveux cet horrible ta- 
bleau. Quelques ornemens ont échappé ; il désire qu'on les 
rassemble à côté d'une pyramide, sur laquelle on graverait 
l'inscription suivante: Citoyens de Strasbourg, que ce mon- 
ceau de ruines soit pour vous une leçon salutaire de ne 
jamais permettre que le système de terreur renaisse paraji 
vous. Songez au jugement de la postérité. » 

(4) Walderspach ou Walbach était le principal centre de 
la paroisse du Ban-la-Roche. 

Lettre 5. — (1) lô février 1795. 

(2) Le comité de l'instruction publique. 



— 341 - 

ciemens â la Convention N'^ (3) ; vous êtes peiné de ne 
pas avoir vu sur cette liste le nom du savant Barthé- 
lemi (4) : vous devez croire que, connaissant personnelle- 
ment cet écrivain et son mérite, j'ai dû ne pas l'oublier ; 
tout le monde partage vos sentiraens et les miens â son 
égard ; mais on a douté si sa fortune était trop modique 
pour l'inscrire sur cette liste, et, comme de nouveaux dou- 
tes s'élèvent à cet égard, je crois qu'on y reviendra. Plu- 
sieurs autres savants distingués n'y sont pas placés par les 
mêmes raisons. 

On a renvoyé à la l'« section du comité ce qui concerne 
votre Gymnase : rien encore de décidé à cet égard (5). 

J'ai vu vos envoyés de Strasbourg qui m'ont remis votre 
lettre en date du 12 courant ; il m'est toujours agréable de 
parler de vous avec des hommes qui comme moi vous esti- 
ment et vous aiment. Salut cordial â vous et à vos amie 
Blessig et Muller dont j'ai reçu les envois intéressans. Je 
leur répondrai le plutôt possible. 

J'oubliais de vous dire que lors de la confection de la 
l" liste des savans, j'avais proposé les citoyens Ehrman 

(3) Dans la séance du 14 nivôse an 3, la Convention na- 
tionale partagea les 300,000 livres qui avaient été précédem- 
ment assignées aux savants. Elle donna3.000livresà Oberlin 
et autant à Hermann. On trouva en général que la liste 
des savants, dressée par le comité, était incomplète ; mais 
on se proposait de distribuer plus tard de nouvelles récom- 
penses. 

(4) Il s'agit ici de l'auteur du Voyage d'Anacharsîs qui 
mourut peu de temps après, le 30 août 1"795. 

(5) La question qui se posait alors était la suivante : Le 
Gymnase de Strasbourg subsisterait-il, à côté de l'école 
centrale qu'on allait établir dans le Bas-Rhin ? Les ancien- 
nes fondations protestantes resteraient-elles affectées à son 
entretien ? 



— 342 — 

et Schweighfeuser (6) : j'espère que pour cette seconde liste 
ils seront adoptés et j'ai fait, je ferai de nouveaux efforts à 
cet égard. Je vous embrasse. Grégoire. 

Sans doute mon discours sur la liberté des cultes (7) aura 
été envoyé à mon brave Oberling du Ban-de-la-Roche. 



Nos 



Paria, 10 germinal l'an 3 de la Rép. une et iud. (1). 

Mon cher ami. 

Pardon du retard de mes réponses ; je ne dirai pas mea 
culpa, car c'est bien malgré moi. Le torrent des affaires 
absorbe mes nuits et mes jours ; oh ! quand pourrai-je, au 
sein du repos, être mon maître et goûter le plaisir de voir 
mes amis, de converser avec eux ! 

Millin (2), quelques amis et moi avons à cœur de concou- 
rir en tout à vos vues patriotiques ; il y a même projet de 
vous attirer ici : réussira-t-on 1 Je l'ignore. 

Le comité a pris un arrêté pour faire payer les professeurs 
jusqu'à l'organisation définitive des écoles centrales (3). 

(6) Jean Schweighœuser, le célèbre helléniste, avait déjà 
donné ses éditions de l'Electre et d'Œdipe-Roi, de Sophocle, 
d'Andromaque et d'Oreste d'Euripide et ses trois volumes 
d'Appien. A ce moment même, il mettait la dernière main 
à son édition de Polybe. 

(7) Discours sur la liberté des cultes par Grégoire, pro- 
noncé à la séance du premier nivôse an III. Nous avons 
sous les yeux la cinquième édition, 22 pp. in-8°. 

Lettre 6. — (1) 30 mars 1795. 

(2) Aubin-Louis Millin. célèbre antiquaire et numismate. 
Sauvé par le neuf thermidor, il venait d'obtenir la place de 
conservateur au cabinet des médailles. 

(3) Au gymnase, le traitement des professeurs n'avait pas 
été payé pendant la Révolution; en février 1795 seulement, 
la municipalité voulut bien les rembourser. Reuiss, Gym- 



— 343 - 

J'ai imprimé récemment une lettre pastorale à mon dio- 
cèse (4) et si je ne vous Tai pas envoyée, c'est que j'ai cru 
cet ouvrage étranger à vos goûts. 

Salut, bon ami, je vous embrasse tendrement. Grégoire. 

(En souscription en bas de la lettre : le cit. Oberlin). 



N°7 



Billet sans date (1). 

Souvenir de l'amitié à mon bon ami et confrère à l'Insti- 
tut national Oberling. Nous possédons déjà avec lui les cit. 
Brunck. et Schweighauser ; bientôt d'autres Strasbourgeois 
seront sur la même liste. 



nase. p. 146. Le comité de l'instruction publique venait de 
décider que leur traitement leur serait continué, au moins 
jusqu'à la formation des licoles centrales. 

(4) Lettre pastorale de Henri Grégoire. 22 ventôse an III. 
17 pages in-4". Grégoire flétrit très énergiquement dans cet 
écrit les terroristes qu'il appelle «t des persécuteurs couverts 
de sang, b 

Lettre?. — (1) L'institut fut réorganisé à la fin de 1796 et 
divisé en trois classes : 1° Sciences physiques et mathémati- 
ques ; 2° Sciences morales et politiques ; 3" Littérature et 
beaux-arts. Au début de ITQT, on nomma les membres associés 
et dans cette liste se trouvèrent Oberlin (3' classe, section des 
antiquités et monuments), Schweighseuser qui avait déjà fait 
partie de l'ancienne académie des inscriptions et belles-let- 
tres et Brunck (section des langues nnciennes). Brunck, 
commissaire aux armées de la République, est le célèbre 
helléniste, l'éditeur d'AppoUonius et de Sophocle. Ce billet 
de Grégoire par lequel il félicita Oberlin de son entrée à 
l'Institut est certainement du début de 1797. 



— 344 — 



Nos 



Paris, 29 mars 1797 Tan 5 de la République (l). 

Cher ami, j'aurais un besoin assez urgent de l'ouvrage du 
sieur de Balthasar le père de Lucerne, intitulé: de jure Hel- 
V etiorum circa sacra; je le cherche vainement à Paris ; il 
n'est pas même à la bibliothèque N^* : peut-être pou- 
rez-vous me le procurer , soit en l'achetant et alors 
marquez- moi le prix, soit, â défaut de ce, si on ne trouve 
pas à l'acheter, au moins en me le prêtant ; comme il est 
très petit, il est susceptible d'être envoyé par la poste. 

Pourrez-vous me dire si l'on continue le journal latin bi- 
bliothèque ecclésiastique de Fribourg que je lisais avec grand 
intérêt? (3). 

A qui recourir pour des renseignemens de ce geare sinon 
à ses amis : aussi je m'adresse à Oberling : je me serois adressé 
de même à Blessig qui m'oublie, mais que je n'oublie pas 
et que j'embrasse tendrement ainsi que vous. Grégoire. 

Je vous ai envoyé dernièrement l'opuscule que vous dési- 
rez ? L'avez-vous reçu? Je me méfie des postes. 



Lettre 8. — (1) Grégoire était à ce moment membre du 
Conseil des Cinq-Cents. 

(2) De Balthazar (Félix), membre du Conseil souverain 
de Lucerne. Son ouvrage ; De Helvetiorum juribus circa sacra, 
a été traduit par Viend sous ce titre : Les lioertés de V Eglise 
helvétique. Lausanne 1770. Cet écrit excita une vive indigna- 
tion à Rome et y fut condamné. 

(3) Ce journal étaitrédigé parles professeursde la Faculté 
de théologie. 



345 — 



N-g 



Paris, 6 frimaire l'an 6 de la Rép. (1). 

Cher collègue et ami, permettez que je commence cette 
lettre par me plaindre de vous à vous-même, de ce que vous 
affranchissez les lettres que vous m'envoyez; puisqu'une ia- 
demuité nous sera accordée ponr suppléer au contreseing, 
elle doit être appliquée surtout aux correspondances qui in- 
téressent les sciences et l'amitié ; quant aux paquets, nous 
saisirons, nous nous indiquerons mutuellement les occa- 
Bions des voyageurs qui peuvent se prêter à nous obliger. Les 
paquets ci-joints vous seront envoyés ou remis parun membre 
du conseil des Cinq-Cents, le cit. Nogué-Malijai (2), qui va 
passer quelques momens à Strasbourg. 

Je suis vraiment touché de la lettre du citoyen Maeder (3) ; 
elle annonce un homme éclairé et religieux. Ces deux qua- 
lités qui s'allient si bien, se rencontrent malheureusement 
chez peu d'hommes de lettres :je vous prie de lui transmet- 
tre le paquet qui est à son adresse, auquel j'ai joint une 
lettre. 

Sans doute vous avez quelques fois des occasions pour 
Berne et Lucerne. Dans cette présomption, je prends la li- 
berté de faire déposer chez vous deux petits paquets pour 
mes amis Meyer et Fellenberg (4), qui en partageront le 

Lettre 9. — (1) 26 novembre n97. 

(2) Député des Bouches-du- Rhône. Nous ne sommes pas 
tout-à-fait sur de la lecture. 

(3) Pasteur protestant qui sera bientôt nommé à l'Eglise 
de Lyon. 

(4) Meyer (Joseph-Rodolphe-Valentin). Il fut mêlé aux 
troubles dont la ville de Lucerne était le théâtre à la fin du 
xviii« siècle. — de Fellenberg, patricien de Berne, créa à 
Hofwyl un établissement agricole modèle. 



- 846 - 

contenu avec M. Baltassar et M. Stapfer (5). Je viens 'de 
recevoir des lettres intéressantes de ces citoyens. 

Le cit. Camus (6), notre collègue à l'Institut me charge 
de vous transmettre la note suivante : « Le cit. Oberlin a 
donné un petit écrit latin qui contient plusieurs tables pour 
indiquer les hommes célèbres et leur contemporaneité (7), 
Cet ouvrage s'annonce comme l'introduction à un autre 
ouvrage du même genre, mais un peu plus développé et dont 
il serableroit même qu'il y auroit eu une première édition 
antérieure à la publication des tables. Le cit. Camus désire- 
rait savoir si cet autre ouvrage a été publié par le cit. Ober- 
lin : il a celui où sont les tables ; il voudroit avoir l'autre. » 
Je recommandée votre complaisance cette note d'un savant 
bien estimable : vous n'êtes pas au bout des actes de com- 
plaisance, voici pour mon compte. 

Je vous prie de me donner une liste des ouvrages du 
coadjuteur Mayence (8). Savez-vous où il est, ce qu'il 
fait ? on le dit bien disposé on faveur des idées républi- 
caines. 

Publie-t-on encore à Fribourg les acta ecclesiastica ? Et 
dans le cas où ils ne seraient pas continués, à quelle époque 
ont-ils cessé ? Nous n'en avons ici que quelques vol. à la 

(5) Balthasar, voir la lettre précédente, note 2. 11 mourut en 
1810. — Jean Stapfer, prefesseur de théologie à l'Académie de 
Berne, connu surtout par ses sermons, plus tard ministre de 
l'instruction publique en Suisse. 

(6) Camus était entré à l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres â la suite de sa traduction de l'Histoire des 
animaux d'Aristote. Ildevintmembre de l'Institut réorganisé. 
Il joua aussi un importantiôle politique et fut pendant quel- 
que temps président du conseil des Cinq-Cents. 

{!) Il s'agir du petit opuscule : Liiterarum omnis œvi 
fata fabulis synopticis exposita. Strasbourg, 1789, in-S". 
Nous ne pensons pas que l'ouvrage plus détaillé ait existé. 

(8) Nous ne savons pas de qui il s'agit. 



— 347 — 

bibliothèque N'", c'est, je crois, M. Kupfelin que j'ai 
vu à Fribourg qui les rédigeait (9). Quel est le titre d'une 
brochure format in-4'» qui contenait des anciennes lois de 
Strasbourg rédigées, je crois, sous l'évêque Gérard et dont 
un article rae parut assez brave ; car, en dernier résultat, il 
signifiait que quand un homme seroit condamné à être 
pendu, on le pendroit. 

Vous ai-je dit que j'avais découvert une traduction fran- 
çaise des libertés helvétiques que vous avez eu la bonté de 
me procurer et pour lequel ouvrage je vous réitère mes re- 
merciemens (10). Dans le cas où je ne vous aurais pas 
envoyé la brochure de Pougens sur les langues du nord (11) 
vous en trouverez ci-joint un exemplaire avec quelques 
opuscules, entre autres mon compte-rendu (il2), dont l'édi- 
tion a été si mal signée que plusieurs fautes en rendent le 
sens absurde. J'en joint un second exemplaire pour l'ami 
Blessig. Diteslui, je vous prie, qu'il aura dans quelque tems 
deux rapports de ma façon au concile national, l'un sur l'ad- 
mission de la langue vulgaire dans la liturgie où j'ai eu 
occasion de citer un ouvrage qu'autrefois il m'avait prêté, 
l'autre sur l'amélioration et l'uniformité de la liturgie ; il y 
verra que je propose pour modèles de décence religieuse 
dans la récitation des prières les ministres protestans (13). 

(9) Professeur à la Faculté de théologie de l'Université de 
Fribourg. 

(10) Voir plus haut, lettre 8, n° 2. 

(11) Pougens (Marie-Charles-Joseph), membre de l'Insti- 
tut. La brochure dont il est question ici est intitulée : 
Essai sur les antiquités du Nord et les anciennes langues 
septentrionales. Elle avait paru en 1796. 11 y eut une seconde 
édition en 1799. 

(12) Compte-rendu par le citoyen Grégoire au concile 
national des travaux des évêques réunis à Paris. Paris, 
1797, 1 broch. in-12, 84 pp. 

(13) Ces rapports, semble-t-il, n'ont été adressés qu'au 



- 348 — 

Auriez-vous des occasions pour Erfordt (14) et Bamberg 
où je voudrais envoyer quelque chose à des hommes de let- 
tres qui m'ont tait quelques demandes ? 

M. Baër préparait une traduction de l'abbé Jérusalem et 
une nouvelle dissertation sur l'Atlantide (15). Les avait-il, 
achevés avant de mourir? 

Salut et amitiés aux citoyens Brunck, Blessig, Hafner (16), 
Koch (17), Turkeim (18), Arbogast (19\ Spielman (20); 
Herman, Ehrmann et votre frère. J'aime à croire que ces 
hommes respectables m'ont conservé un petit coin dans leurs 
cœurs. J'embrasse en vous un savant distingué, un républi- 
cain religieux et un ami sincère. Grégoire. 

(En souscription au bas de la première page : le citoyen 
Oberlin). 



second concile en 1801. Grégoire flt paraître à part le se- 
cond sous le titre : Traité de Vuniformité et de V amHiora- 
tion de la liturgie. Paris, 1801, in-S". 

(14) Lisez Erfurt. 

(15) Baer, docteur en théologie, mort à Strasbourg le 23 
août 1797. La traduction des Vérités de la religion, de l'abbé 
Jérusalem, théologien allemand du xviu* siècle, n'a pas vu 
le jour, non plus que la dissertation sur l'Atlantide. 

(16) Haffner (Isaac), pasteur à Strasbourg, plus tard pro- 
fesseur à l'Académie protestante, connu surtout pour son 
ouvrage sur V Education littéraire, Strasbourg, 1792. 

(17) Koch (Christophe-Guillaume), ancien professeur de 
l'Université ; ancien membre de la législative, l'auteur de 
l'histoire des Traités de paix. 

(18) Le baron Jean de Tiirckheim, ancien député de Stras- 
bourg à la Constituante. 

(19) Arbogast, géomètre, né à Mutzig en 1759, ancien 
député du Bas-Rhin à la Législative et à la Convention, 
mourut à Strasbourg en 1803. 

(20) Spielmann le fils du célèbre chimiste, fut lui-même 
un médecin distingué. Son jeune frère devint un remarquable 
professeur de droit. 



— 349 



N» 10 



Paris, 5 prairial an 6 (1). 

Cher ami, je suisbien ea retard de réponses à votre égard : 
j'étais accablé de besogne et j'ai compté d'ailleurs sur votre 
indulgence. Depuis longtems le cit. Laquiante (2) a dû 
recevoir le ms. que vous m'aviez fait parvenir de sa part. Je 
l'ai remis moi-même à l'adresse qui m'avait été indiquée et 
j'y ai joint une lettre en réponse. Sans doute, il se propose 
de faire usage do ce travail qui, avec quelques légers chan- 
gemens, peut servir à éclairer le peuple, à lui donner des 
notions justes sur la religion. Veuillez bien le saluer de ma 
part ainsi que le citoyen Rumpler, en leur transmettant mes 
remercîmens sincères (3). Même chose à dire au citoyen 
Walther (4) que j'ai vu un moment et dont auparavant je 
connaissais déjà les travaux scientifiques. 

J'envoye un petit paquet au cit. Maeder de Mulhouse et 
c'est encore la complaisance de l'ami Oberling que je ré- 
clame pour le lui transmettre. 

Ehrmann, mon ancien collègue (5), qui est un excellent 

Lettre 10. — (1) 24 mai 1798. 

(2) Laquiante (Jean-Thomas d'Aquin) était à ce moment 
président du tribunal civil du district de Strasbourg. Il était 
beau-frère du chanoine Rumpler. Voir Et. Barth, dans la 
Revue iV Alsace, 1880. p. 431. 

(3) C'est le fameux Rumpler, d'Obernai ?i célèbre par ses 
procès. Voir sur lui la brochure de J- G-, Canonicus 
Rumpler und seine Erlebnir.se vor und locehrend der 
Revolutionszeit, 1890, in-8''. 

(4) Walter, auteur, avec Massenet, d'une Description du 
Ban-de-la- Roche qui a paru à Strasbourg chez Levrault, an 
VI (1798), in-S". 

(5) Ehrmann (Joan-François), parent de celui qui a été 
cité lettre 3, avait été collègue de Grégoire à la Convention. 



— 350 - 

homme, vous remettra le tout avec uu petit paquet pour 
vous. Précédemment, lui ou Hermanu a dû vous envoyer un 
exemplaire de mon dernier opuscule sur la conservation des 
arts et métiers. (6) 

Nous avons ici le cit. Stapfar de Berne, nommé ministre 
de l'instruction publique de la Républipue helvétique. C'est, 
je crois, le premier ministre de l'instruction publique et le 
seul qu'il y ait en Europe, et on a fait un excellent choix, 
en lui confiant cette partie. Je vous quitte pour converser 
un moment avec l'ami Blessig. Mescoraplimensà votre digne 
frère et à tous nos amis. Je vois quelquefois votre fils, j'ai 
lieu de croire qu'il sera digne de son père que j'embrasse 
avec effusion de cœur et d'amitié. Grégoire. 



N" 11 

Paris, 26 vendémiaire, an 7 (1). 

Cher et estimable ami, quiconque se présentera ici avec 
une recommandation signée Oberling, Blessig ou tel autre 
ami aussi cher est sûr d'être accueilli. M. Lindal de Kor- 
koping que vous m'avez adressé est très content de son 
voyage en France ; il va partir et je lui remets des lettres et 
paquets pour divers savants du nord. 

A mon tour, je vous adresse M. Lentz de Gotha (2), dont 
le mérite éminent est relevé par une extrême modestie. Je 
suis fâché que nous le perdions si tôt ; il se réjouit de faire 
votre connaissance, celle du cit. Blessig et des autres sa- 
vans de Strasbourg. Ces communications fraternelles entre 

(6) Rapport fait au nom d'une commission spéciale, sur 
le conservatoire des Arts et Métiers. Paris, an VI, in-8°. 

Lettre 11. — (1) 17 octobre 1798. 

(2) Professeur à Gotha et archéologue connu. Il dirigea 
pendant trois ans la National Zeitung. 



- 351 — 

les hommes éclairés des divers pays me font grand plaisir ; 
elles semblent les préliminaires de l'union si désirée des 
peuples. 

Vous me marquez que vous avez bien voulu faire les com- 
missions dont je vous avais prié. Vous avez dû recevoir: 
1» une lettre, 2° une autre lettre dans un petit paquet que 
j'ai remis aux relations antérieures et qui a du vous parve- 
nir par quelque courrier envoyé à Rastadt; 3" un paquet 
assez volumineux adressé par la messagerie avec prière de 
le transmettre à l'adresse indiquée sur l'enveloppe intérieure : 
M. Schwartzel, professeur de théologie à Fribourg en Bris- 
gau (3). Tout cela vous est-il parvenu? M. Schwartzel, à 
ce que j'apprends par un ami de Hollande, n'avait encore 
reçu ni lettres ni paquet il y a peu de tems ; je crains qu'au 
delà du Rhin, on n'intercepte les envois. Veuillez bien, mon 
cher ami, me tranquilliser à cet égard, et me dire en outre si 
vous avez déboursé pour moi quelque chose, afin que j'y sa- 
tisfasse. Votre réponse aura un double mérite si elle est 
prompte. 

J'ai lu dans le magasin encyclopédique vos observations 
intéressantes sur le patois messin (4). Depuis quelques an- 
nées, j'ai recueilli beaucoup de notes et de renseignemens 
précieux et sûrs sur les divers patois de la France et c'est 
vous qui autrefois m'en avez donné l'idée par vos écrits : 
mais je n'ai pas le loisir de mettre en œuvre ces matériaux. 
Si vous entreprenez quelques travaux à cet égard, ce que 
j'ai vous sera communiqué. Je saisirai quelque occasion pour 
vous envoyer bientôt des brochures. 

J'ai reçu avec reconnaissance et lu avec intérêt les impri- 
mes du cit. Laquiante ; il aura pu lire le compte rendu 

(3) Professeur de théologie à Fribourg-en-Brisgau, alors 
université autrichienne. 

(4) L'ouvrage a aussi paru à part sous ce titre : Sur l'an- 
cien langage messin, in-S". 



— 352 - 

de ces ouvrages dans les mémoires qui ont succédé aux 
annales de la religion. Veuillez bien le remercier de ma 
part. 

J'ignore si le citoyen Vauprat de la bibliothèque nationale 
vous aura écrit; je lui ai recommandé l'acquisition d'un 
ouvrage espagnol qui doit se trouver dans la bibliothèque de 
feu M. Leibold et qui n'est pas à la Bibliothèque Nationale 
las excellentas de los Hebreos etc., par Cardoso (5). 

Salut, estime et amitié inviolable à vous et à tous nos 
amis. Grégoire. 

(En souscription au bas de la 1'' page : le cit. Oberlin, 
professeur et bibliothécaire à Strasbourg). 



N»12 

Paris, 27 vendémiaire, an 7 (1). 

Cher collègue et ami, hier je vous écrivis une lettre de 
trois pages qui vous sera remise par M. Lentz, médecin de 
Gotha. 11 doit partir d'ici sous peu de jours ; il est probable 
que celle-ci vous sera remise auparavant par le cit. Thére- 
min (2) à qui ses talens et ses écrits politiques assurent un 
rang distingué dans la république des lettres et qui, après 
avoir rempli une mission diplomatique en Espagne, part 
pour l'Allemagne avec mission du gouvernement français 
pour les affaires commerciales. Je vous prie, cher ami, de 
lui faire connaître les autres savans de Strasbourg et les 
richesses littéraires de votre cité. Quoiqu'il se réjouisse de 
voir, de compulser la bibliothèque publique, il attache bien 

(5) Cardoso était un hagiographe portugais, mort en 1669, 

Lettre 12. — (1) 18 octobre 1798. 

(2) Théremin (Charles), publiciste, a fourni une série 
d'articles à la Décade littéraire et philosophique {IIQ^-IHOI). 



— 3Ô3 — 

plu3 d'iatérêt à converaer avec le bibliothécaire qui d'ail- 
leurs pourrait la suppléer. 

Vous avez beaucoup de relations en Allemagne ; je vous 
prie de lui faciliter la connaissance des savans de cette 
contrée et de lui donner des lettres pour vos amis : je par- 
tage d'avance les sentimens de gratitude que votre complai- 
sance lui inspirera. 

Mes compliments affectueux à nos bons Strasbourgeois, 
surtout à votre frère; je vous embrassa avec les sentimens 
de l'estime la plus juste et de l'affection la plus tondre. 
Grégoire. 

Je vous prie de me tirer d'inquiétude sur le sort de la 
lettre et des deux paquets que j'ai pris la liberté de vous 
adresser pour M. Schwartzel, professeur à Fribourg en 
Brisgau et qu'il n'a pas reçus. 

NMS 

Paris, 2 ventôse an 7 (1). 

Cher et estimable ami, j'ai mille remerciemens à vous 
faire pour les imprimés que vous avez eu la bonté de m'envo- 
yer, pour l'accueil que vous et l'ami Blessig avez fait au cit. 
Théremin (2) qui est parti de Strasbourg rempli de recon- 
naissance à votre égard, p jur la transmission de mes paquets 
à M. Schwarzel de Fribourg. J'apprends par la voie de Hol- 
lande que tout lui est parvenu ; mais le despotisme de la 
cour de Vienne qui pèse sur cette université contraint sa 
volonté et la crainte de se compromettre l'empêche de répon- 
dre ; car vous savez sans doute qu'à Vienne on a fait un 
crimo aux professeurs de Fribourg de s'être prononcé en 
faveur du clergé républicain : ils ont néanmoins envoyé, 

Lettre 13. — (i) 20 février 1799. 
(2) Voir la lettre précédente. 



— 354 — 

m'as8ure-t-on, un mémoire dans lequel ils établissent avec 
force la vérité de leurs premières assertions ; ce nouvel acte 
de courage leur fait honneur. 

J'ai eu le plaisir de voir un jeune et intéressant militaire, 
fils du cit. Laquiante. Depuis notre entrevue, je lui ai 
adressée une lettre pour son père à qui je vous prie d'offrir 
mes remercîraens et mes complimens. Précédemment, j'avais 
remis son dernier manuscrit à son fils. 

Vous avez reçu sans doute une lettre que je vous ai écrite 
il y a quelque tems concernant le cit. Gerboin premier 
candidat désigné pour adjoint à la chaire de chymie (3) et 
demandé par le professeur qui s'y intéresse. Ce professeur, le 
cit. Masuyer (4), doit partir bientôt pour se rendre à Stras- 
bourg ; nous avons remarqué et connu dans l'un et l'autre 
les talens, le patriotisme et l'aménité du caractère ; je vous 
priois de prévenir en leur faveur les autres professeurs ; je 
vous réitère cette demande : il importe que dans un établis- 
sement scientifique l'union des cœurs entre ceux qui le 
dirigent, assure le succès de l'enseignement. 

Je remarque, cher collègue et ami, que sans cesse, je 
réclame votre bienveillance, que je vous cause de l'embarras 
et que jamais vous ne me mettez àportéedeme venger ; croyez 
que personne n'est plus sensible que moi aux procédés de 
l'amitié ; vous m'en avez comblé. Je vous réitère pour vous 
et nos amis tous les sentimens qu'inspire l'estime et l'amitié; 
je viens d'écrire à l'ami Blessig. Grégoire. 

Vous recevrez sous peu un nouvel opuscule contre l'in- 
quisition (5) ; je crois cependant que la chute de ce monstre 

(3) Gerboin avait été nommé professeur-adjoint à l'Ecole 
de médecine de Strasbourg, le 17 février. Il mourra à Stras- 
bourg le 23 mai 182'7. 

(^4) Masuyer, professeur à l'Ecole de médecine depuis le 
13 septembre 1*798, est connu par plusieurs ouvrages, entre 
autres par un éloge historiquede Th. Lauth. ; Levrault,1827. 

(5) Il s'agit de l'ouvrage suivant : Lettre à don Ramond 



— 355 — 

n'est pas éloignée. Je vous confie pour vous et Blessig que 
d'ici j'ai sur demande rédigé le plan de l'édit de suppression ; 
j'ai conseillé entre autres de faire comme k la suppression 
des jésuites ; à la même heure, dans toute l'Espagne, on 
mit le scellé sur toutes leurs maisons ; le gouvernement 
espagnol a provoqué secrètement le vœu des évêques ; on 
en cite entre autres huit qui ont envoyé des mémoires vigou- 
reux contre l'inquisition. Elle allait succomber, une intrigue 
de cour qui sera dévoilée quelque jour a fait pour le moment 
échouer le projet (6). Dl'os cela, je vous prie, à l'ami Blessig, 
Haec in ter nos. 

(En souscription au bas de la 1" page : Le cit. Oberlin, 
bibliothécaire à Strasbourg.) 



Paris, 13 ventôse an 7 (1). 

Mon cher confrère et ami, vous aurez sans doute ainsi que 
l'ami Blessig reçu plusieurs lettres do moi dans lesquelles 
entre autres je vous parlais du cit. Masuyer qui veut bien se 
charger de ce petit paquet. Professeur de chymie à votre 
école centrale, le voilà désormais un des vôtres ; il réclame- 
ra votre complaisance pour connaître ce que votre cité offre 
de curieux et je sais combien vous êtes bienveillant. J'en ai 
tant de preuves qui excitent ma gratitude. Je désire bien 
savoir si l'ami Blessig est remboursé des avances qu'il a 

Joseph de Arce, grand inquisiteur- général d'Espagne. 
Paris, 1798, in-8. 

(6) L'Espagne était alors commandée par Charles IV. 
L'inquisition continua de survivre, jusqu'au moment de 
l'occupation française en 1808. 

Lettre 14. — ;i) 3 mars 1799. 



— 356 — 

faites pour l'ouvrage de M. Menke (2) ; je lui en ai parlé 
dans mes dernières lettres. Permettez que celle-ci lui soit 
commune ; s'il n'était pas remboursé, qu'il veuille bien me 
le marquer et à l'instant j'y fais face. Je lui parle ainsi qu'à 
vous de beaucoup d'objets littéraires, etc. 

Vous trouverez ci-joints pour lui et pour vous un nouvel 
opuscule concerté avec quelques espagnols, pour livrer une 
attaque indirecte et nouvelle à l'inquisition ;je vous enverrai 
une autre fois la traduction en espagnol qu'on imprime en ce 
moment (3). Soyez sûr que je me cramponne hur cette odieuse 
institution, et ceci n'est pas la dernière attaque, si Dieu me 
laisse la vie. 

J'embras?e mes amis avec la tendresse la plus vive et la 
plus sincère, surtout mes chers Oberlin et Blessig. Grégoire. 



N" 15 

Paris, 6 nivôse an 8. (1) 

Cher et respectable ami, qu'aurez-vous pensé de mon silence ? 
Aurez-vous eu l'indulgence de supposer (avec raison) qu'à 
mon arrivée ici je m'étois trouvé noyé pour ainsi dire dans 
le tourbillon des affaires ;jrriérées et présentes ? Je me trouve 
désormais plus libre, les fonctions législatives me laisseront 
du loisir, ainsi me voilà tout à vous et à l'amitié, 

M. Thoiiaius, pénétré comme moi de vos marques de bien- 
veillance, vous fera venir de Copenhague l'ouvrage de Mierup ; 

(2) Nous ne saurions dire de quel ouvrage de Mencke il 
s'agissait, peut-être du De charlataneria eruditorum decla- 
madones duae. Leipsig, 17 15. 

(3) Elle parut en 1799. Nous avons donné plus haut, lettre 
13 n. 5, le titre de l'ouvrage français. 

Lettre 15. — (1) 27 décembre 1799. Après le 18 brumaire, 
Grégoire était entré lu corps législatif. 



— 357 — 

mais comme les trajets sont longs, que souvent (je le sais 
par expérience) du Danemark ici des paquets ont été perdus, 
il serait possible de vous procurer cet ouvrage par emprunt. 
Si vous êtes pressé de l'avoir, j'en ai un exemplaire que 
m'avait envoyé M. Munter, je l'ai donné à mon collègue 
Camus qui a paru curieux de le posséder; si vous le désirez, 
je le lui demanderai ; à cet égard, j'attends vos ordres, en 
tout et partout comptez sur mon empressement à faire ce 
que vous désirez : cela est dit une fois pour tout. 

J'aurai ce matin l'avantage de voir votre fils ; il veut bien 
se charger de vous transmettre un paquet d'opuscules auquej 
sont joints d'autres paquets pour nos amis de Strasbourg, 
Blessig, Laquiente, Pelersen(2),9tc; à ces noms je joins ceux 
deTurckheim, Herman, Ehrman, Thomas (3), Brunk, Salz- 
man (4), Schweighœuser. Soyez près de tous, je vous conjure, 
l'interprète de ma reconnaissance ; vous ajouterez par là un 
nouveau titre à toute celle que je vous dois. J'ai quitté Stras- 
bourg en pleurant ; après les orages de la révolution, j'ai 
retrouvé dans cette ville nos savans et excellens amis tou- 
jours aimans, toujours complaisans, toujours religieux, 
malgré les fureurs de l'athéisme persécuteur. 

J'ai été privé de voiries cit. Koch et Hermaa ; puis-je être 
plus heureux sur cet article une autre fois ? J'ai reçu pour le 
Conservatoire des Arts une caisse contenant six paniers ou 
sacs à ouvrage en paille venant du Ban de la Rocho : aucune 
lettre d'avis n'en marque le prix, Il m'importe de le savoir 
au plutôt, afin d'envoyer le montant. C'est par la voye de 

(2) Petersen, Pierre, était ministre de l'Eglise réformée à 
Strasbourg. 

(3) Thomas, le curé de Saint-Piorre, dont il est question 
plus loin. 

(4) Salzmann, Raoul, l'un des citoyens les plus disfiugués 
de Strasbourg à cette époque, l'un des meilleurs amis de 
Blessig. 



— 358 — 

Strasbourg que le paquet est vaiiu : veuillez bien, mou ami, 
demander à votre estimable frère à qui je dois faire parveair 
l'argeut. La caisse était faite très artistement en sorte que 
l'envoi n'a rien souffert dans le trajet; elle aura été arran- 
gée ou à Valderspachou sous la direction de cette respectable 
M*"^ Ziegler qui ainsi que son époux m'a comblé d'amitié. 

Le cit. Thomas, curé da St-Pierre, que j'embrasse, a bien 
voulu me promettre une notice historique, concernant la 
persécution ; je me recommande au souvenir de ce digne 
pasteur; j'écris à TamiBlessig. Recevez toutes les assurances 
de ma gratitude et de mon attachement invariable, Grégoire. 

(En souscription au bas de laP* page : Monsieur Oberlin). 



Noie 

Paris, !•■• ventôse an 8. (1) 

Mon cher ami, je suis comme vous surpris et affligé que 
dans les nominations nouvelles on ait oublié l'estimable 
Herman, qui réunit les qualités de cœur et del'esprit. Quant 
à l'instruction publique, vous l'avez observé avec raison, on 
a coupé l'arbre par la racine, en voulant l'isoler de toute 
idée religieuse et en lui otant des fonds pécuniaires. Les 
établissemens du culte, de l'instruction, de la bienfaisance 
ont une sorte d'existence précaire, quand ils ne sont pas 
dotés de manière que la hausse ou la baisse du trésor public 
n'influe pas sur leur sort. 

J'ai la conviction intime et la connaissance de tout ce qu'on 
peut alléguer en faveur de votre cité pour y former de grands 
établissemens d'instruction (2). Je le dis sans cesse et je ne 

Lettre 16. — (1) 20 février 1800. 

(2) Strasbourg demandait alors la réorganisation de son 
ancienne Université. Elle désirait que l'ancien fonds Saint- 
Thomas continuât d'être aff'ecté aux établissements (i'iustruc- 
tion publique. 



— 359 — 

cesserai de le répéter ; il n'est pas en France après Paris une 
ville où Ton puisse en former plus avantageusement. Vous sa,vez 
que le gouvernement a l'initiative des» loix, le Conseil d'Etat 
prépare la rédaction ; j'ignore où ils en sont pour l'instruction 
publique. A cette occasion, je verrai Chaptal (3), homme de 
beaucoup de mérite et chargé précisément de cette partie. Si 
vous jugez à propos de faire un petit mémoire à cet égard, 
je le lui remettrai et j'y ajouterai tout ce que le zèle du 
bien peut inspirer. Nous nous trouvons ensemble à l'institut. 

En écrivant au cit. Blessig, j'ai oublié de lui dire que je 
l'avois rappelé ainsi que le cit. Hafnerau souvenir du respec- 
table Guenée (4) qui est venu il y a un mois passer quelques 
jours à Paris; il prépare la traduction d'un opuscule anglois 
concernant la religion et il se propose de l'imprimer à la 
suite d'une édition nouvelle de sa traduction de l'ouvrage de 
Lyttelton. 

Le cit. Poirier (5), savant ex-benedictin, vous prie de lui 
donner un mot sur la note cy incluse. 

Le cit. Laquiante m'a écrit concernant le tribunal d'appel 
à fixer à Strasbourg (6; ; j'ai remis en conséquence une note 
à plusieurs membres du conseil d'état ; j'ignore ce qu'ils 
auront statué à cet égard. L'organisation judiciaire va nous 
être présentée. 



(3) Le célèbre Chaptal, chargé en ce moment au Conseil 
d'Etat de faire un plan d'instruction nationale. 

(4) L'abbé Guenée, alors âgé de 83 ans, s'était retiré à 
Fontainebleau. Il a fait connaître en France l'ouvrage de 
Lyttelton : Observations sur la conversion et V apostolat de 
saint Paul. Paris, 1754. 

(5) Dom Germain Poirier, qui a publié le xi^ volume des 
Historiens de France. Il était à ce moment sous-bibliothé- 
caire de l'Arsenal. — La note n'est pas jointe à la lettre. 

(6) L'ancien Conseil sou\erain était à Colmar et là a été 
placée la Cour d'appel. Aujourd'hui, on a repris le projet 
de transférer à Strasbourg le siège del;i Cour. 



— 360 — 

Ma lettre vons sera remise par le cit. Gerboin, adjoint du 
cit. Masuyer à la chaire de chymie. Nouvel arrivant à 
Strasbourg, il ne connait pas encore cette ville ni les savans 
qu'elle possède ; je le recommande à votre bienveillance. 
Salut le plus tendre à nos amis et surtout au savant et res- 
pectable Oberlin que j'embrasse. Grégoire. 



N°17 

Paris, 1" pluviôse an X. (1) 

Ch'er et estimable ami, je ne vous ai pas écrit depuis 
longtems, pas même pour vous faire mes remerciemens pour 
le magnifique envoi de votre Tacite (2) ; j'aime à croire que 
vous mesurez ma reconnaissance sur mes sfntimens connus, 
et non sur la fréquence de mes lettres. Je vais plus que 
jamais resserrer le cercle de mes occupations pour me livrer 
plus facilement à des travaux littéraires qui sont sur le chan- 
tier depuis longtemps et pour être plus exact dans mes 
relations avec des amis tels que vous, Blessig, Petersen, etc. 
Je reviens au Tacite qui a fait grand plaisir à l'Institut ; 
vous êtes infatigable, mon respectable et savant ami ; je 
ne connais personne qui remplisse mieux que vous et très 
peu auront rempli aussi bien que vous leur carrière littéraire ; 
Blessig, vous et quelques autres hommes distingués avez 
soutenu à Strasbourg le goût des bonnes études et de l'éru- 
dition la plus profonde. On cite ici avec respect les nom,s 
d'Oberlin, Schweighauser. Kocb, Brunck, Arbogast, etc., 
etc ; mais malgré ce tribut d'éloges mérités, ce Paris ren- 
ferme un trop petit nombre d'hommes voués à des travaux 

Lettre 17. — (1) 21 janvier 1802. 

(2) L'édition de Tacite, due à Oberlin, a paru à Leipsig, 
en 1801, 2 vol. in-S». Elle a été réimprimée avec des notes 
nouvelles de l'auteur dans la collection Lemaire. 



— 361 — 

utiles. Des romans, des farces, des vaudevilles : voilà la 
pâture de ces Parisiens, qui ont trois besoins : panem, 
circenses et remper. 

J'ai reçu des lettres de l'ami Turckheim, de mon ancien 
collègue à la convention Hermann, (ieM. Massenet (3). Il est 
douteux que je puisse â travers mes affaires trouver le 
morae'Jt de leur répondre ; promettez-moi que vous voudrez 
bien me suppléer et leur exprimer à chacun individuellement 
messentimeas de reconnaissance et d'attachement. 

Comme vous, je désire bien l'organisation f'éfinitive des 
Ecoles publiques ; il y a un projet imprimé, mais non 
encore publié avec cette note marginale : "7* rédaction. 
Combienil est à souhaiter que bientôt cette branche essentielle 
d'administra'ion publique ait une forme invariablement fixée ; 
je crois néanmoins que le jury de Colmar peut nommer 
votre fils, sauf à se concerter avec le ministre pour ne le 
rendre à sa destination que lorsque l'existence de la place 
sera bien assurée pour l'avenir. 

J'ai eovoyé à votre digne fils un paquet d'opuscules pour 
vous et nos amis. J'ignore si j'y ai joint l'hymne en hébreu 
et en français du jeune Elie Levi . Si cette pièce vous manque, 
marquez-le moi, je réparerai cette omission. 

Votre jeuceet savant compatriote Sulzer (4) est venu plu- 
sieurs fois chez moi, et plusieurs fois je suis allé chez lui, sans 
que nous ayons pu nous rencontrer. Je lui exprime tous mes 
regrets. M' et M*^* Dubois vous saluent. Quand reviendrez- 
vous à Paris, mon excellent ami ? Après tout le voyage n'est 

(3) M. Massenet est l'auteur, avec Fr. Walter, d'une 
Description du ban de la Roche. II était à ce moment pro- 
fesseur d'histoire à l'Ecole centrale de Strasbourg. 

(4) Peut-être Charles-Michel Sultzer, docteur en médecine 
depuis 1801, plus tard agrégé libre à la Faculté de méde- 
cine de Strasbourg. 



— 362 — 

pas si long. Peut-être irai-je à Strasbourg dans le cours de 
cette année ; mais de loin comme de près, il m'est doux de 
sentir que vous voulez bien m'accorder de l'amitié ; je vous 
paye d'un juste retour ; c'est un tribut que je veux acquitter, 
tant que je vivrai. Grégoire. 



N" 18 

Paris, 7 prairial au X de !a republique. (1) 

Le sénateur Grégoire (2) au citoyen Oberl'n son confrère et 
son ami. Cher et estimable ami, agréez quelques opuscules 
que vous remettra un estimable ecclésiastique du bas Rhin, 
le cit. Schekr. Je connais et estime le cit. Maeder qui va, 
dit-on, résider à Lyon comme ministre de la communauté 
protestante de cette ville. Il fera bien, je pense, d'adresser 
un mémoir3 pour demander au gouvernement la place que 
vous désirez au prytanée pour son fils; je ferai mon possible 
pour seconder ses désirs et les vôtres ; mais je suis bien loin 
d'en garantir le succès ; vous connaissez les hommes et les 
affaires et vous savez, mon respectable ami, que souvent les 
espérances sont déçues, malgré les efforts pour les faire cou- 
ronner par la réussite. 

J'ai remis à leur adresse les exemplairesdu programme(3); 
je trouve toujours à m'instruire dans ce que vous publiez. 

Votre fils digne d'un si bon père vous aura dit quelles 
eepérances à mon tour j'avais conçues de vous voira Paris 
pour des fonctions importantes et certes des hommes amis 

Lettre 18. — (1) 27 mai 1802. 

(2) Grégoire, présenté par le corps législatif et le tribunal 
venait enfin de recevoir de Bonaparte le titre de séna- 
teur, en 1802. 

(3) Programme pour la rentrée du Gymnase. 



— 363 — 

des vertus et des talens, puisqu'ils vous sont attachés y ont 
porté le même zèle, j'ai presque dit le même acharnement 
que moi. Le regret d'avoir échoué ne nous ote pas la reso- 
lution de revenir à la charge. Mes complimens les plus 
tendres à nos amis Biessig, Petersen, Laquiante, Herman, 
Turkeim, Spielman, etc., etc. A propos de Turkeim, j'ai eu 
du guignon. Cinq fois, il a eu la bonté de venir chez moi, 
sans jamais me trouver, mais aussi sans jamais laisser son 
adresse. Je fus sur le point d'aller à la police, pour tacher 
de le découvrir. On fait cela quelquefois pour les gens 
suspects; moi je l'aurais fait pour un des hommes les plus 
estimables que je connaisse, lorsque Metzger (4) mêla donna; 
j'allai pour le voir, il était parti. Je vous prie de lui expri- 
mer tous mes regrets. 

Ce matin est venu chez moi le cit. Saurine(5), votre nouvel 
évêque : je suis fâché de ne pas m'y être trouvé : j'aurai 
voulu lui recommander quelques personnes entr'autres l'es- 
timable Thomas ; j'irai le voir demain. J'embrasse très ten- 
drement mon très cher ami Oberlin : il m'est doux de penser 
que j'ai une place dans son cœur. Grégoire. * 

Roederer avec qui j'ai parlé d'instruction a fort à cœur de 
bien montercette organisation (6). Quelle ville est plus digne 
d'attirer les regards que Strasbourg ? Si je puis faire à cet 
égard quelques démarches ou commissions qui soient 
agréables, ordonnez. 

Post-3criptum. Nous venons de converser longtemps, M. 
Savine et moi ; je lai félicité d'aller dans un pays où il 
trouvera proportionnellement plus d'excellents qualités que 

;4) Il s'agit sans doute de Jean-Daniel Metzger, médecin, 
né à Strasbourg en 1739. 

;5) Saurine, i)rêtre assermenté, ancien évêque du 
département des Lanies, fut nommé, après le concordat, 
évêque de Strasbourg. 

(6) Sur Rœderer, voir plus loin, lettre 20, note 1 



— 364 — 

dans aucune autre contrée de la France ; je lui ai donné tous 
les rensenseignemens que je crois utile dans cette contrée : 
il porte l'esprit de tolérance, d'union; je lui ai recommandé 
l'estimable Thomas que je salue. Dieu veuille que tout le 
monde soit satisfait. 



N" 19 

Bowood en Wiltshire, 28 juillet an X. (1) 

Respectable ami, Mylord Lansdown fils et M' Dumont (2) 
vont visiter Strasbourg ; je réclame toute votre complaisance 
pour faire connaître au savant genevois et à ce jeune sei- 
gneur anglois qui est intéressant à tous égards ce que votre 
cité offre de curieux, les monuments, les bibliothèques, les 
cabinets d'histoire naturelle, etc. De là probablement ils iront 
voyager dans les Vosges. J'ai tracé un plan pour la partie 
qui s'étend de Saverne à Luxeuil et je n'ai pas oublié le 
Ban de la Roche; mais comme je connais peu la chaîne in- 
férieure de Saverne jusque vers Wissemhourg, je vous prie 
de rédiger l'itinéraire qui peut être le plus convenable pour 
nos aimables voyageurs. C'est moi que vous obligez, en pro- 
diguant à ces Messieurs tous les secours que le talent, les 
connaissances et l'aménité du caractère de mon ami Oberlin 
peuvent fournir à des voyageurs aussi distingués. Je suis 
trop pressé pour vous donner des détails de mon voyage en 
Angleterre, vous les aurez et peut être même de vive voix 



Lettre 19. — (1) 28 juillet 1802. Le Wiltshire est situé 
sur la côt3 sud de l'Angleterre et a pour chef-lieu Salis- 
bury. Grégoire avait fait un voyage en Angleterre, après la 
paix d'Amiens. 

(2) Dumont, né à Genève, l'ami et le collaborateur de 
Bentham, profita de la paix d'Amiens pour visiter la France. 



- 365 — 

à Strasbourg. Les Anglais avaient droit à mon estime ; cette 
estime s'est fortifiée et je dois y ajouter le sentiment de la 
reconnaissance. Salut et embrassement cordial Grégoire. 



N" 20 

Paris, 4 novembre 1802, an onze. 

Très cher confrère et ami. je crains toujours que vous ne 
me regardiez comme un malhonnête vu la rareté de mes 
réponses à vos épitres toujours instructives, toujours aima- 
bles. Pourrai-je jamais vous remercier assez pour l'envoi de 
votre Tacite '! J'aime à croire que votre édition sera désor- 
mais celle qui servira de type pour réimprimer ce prince des 
historiens. J'ai fait dans le teras vos diverses commissions 
entre autre au cit. Rooderer (l)de qui vous avez la confiance; 
mais vous l'tivez certes également de ce brave Foucroy (2) qui 
lui succède dans la direction de l'instruction publique. Mon 
voyage en Angleterre a été délicieux ; combien de fois je 
vous ai souhaité avec moi, surtout dans la salle de la société 
des antiquaires de Londres où l'oQ n'a parlé que de vous, au 
Britisch Muséum où sont déposés depuis peu des monumens 
très précieux. d'Egypte qui nous ont été enlevés, à Oxford 
au milieu des marbres d'Arundel et dans la bibliothèque bod- 
leinne, etc. 



Lettre 20. — (1) Rœderer, l'ancien rédacteur du Journal 
de Paris, se rallia à Bonaparte et joua un rôle dans les 
événements du 18 brumaire. Il entra ensuite au conseil 
d'Etat, y devint directeur général de l'instruction publique, 
puis président de la section de l'intérieur. 

(2) Le célèbre chimiste Foucroy succéda en 1801 à 
Rœlerer dans la direction générale de l'instruction publi- 
que, sous l'autorit'i du ministre de l'intérieur. 



— 366 — 

M' Maskeline (3), directeur de l'observatoire de Greenwicb, 
me prie instamment de lui trouver un buste ou au moins 
une gravure de Kepler. Au cabinet des estampes de la bi- 
bliothèque ni* est une gravure de ce Keppler in-4" en buste 
et de 3/4, gravée par J. Heyden, marchand d'estampes à 
Strasbourg vers 1600 et avec 6 vers latins. Si le hazard 
vous fait rencontrer chez quelque marchand cette gravure, 
ayez la bonté de la procurer à M'' Maskeline. C'est moi qui 
vous remettrai le prix de l'ouvrage. 

Je n'ai pas encore pu voir M" Lobstein et Scheffer (4) ; 
j'étais absent, quand ils sont venus chez moi; je vais les 
chercher. 

Je pense bien que M' Saurine aura à lutter, comme vous 
le dites, entre l'ultramontanisme qu'on tâche de nous greffer 
de toutes parts; mais j'espère aussi qu'il aura le courage de 
se roidir contre les obstacles. Mille complimens à nos 
amis, surtout à l'excellent Blessig ; je vous envoyé pour lui 
et pour vous des exemplaires de l'annuaire pour l'an XI. J'em- 
brassevotre digne fils et surtout son vénérable père que 
je m'honore d'avoir pour confrère et ami. Grégoire. 



N» 21 

Paris, 16 floréal 1804 (1). 
Cher et respectable ami, je vous adresse deux exemplaires 

(3) Maskeline (Névir fut l'un des astronomes les plus 
célèbres du XYlll-^ siècle et du début du XIX''. 11 mourut 
en 1811. 

(4) Jeunes gens, d'origine strasbourgeoiae. Le premier 
est sans doute le fils de Frédéric Lobstein, ancien profes- 
seur à la Faculté de médecine, de 1768, à 1784. 

Lettre 21. — (1)6 avril. 



— 367 — 

de mon histoire de l'agriculture au xvi« siècle (2), l'un pour 
vous, l'autre pour la Société académique qui a bien voulu 
m'adopter au nombre de ses membres (3) ; je regarde comme 
un des plus mal faits l'article qui concerne l'agriculture en 
Allemagne à cette époque et je désire recevoir à cet égard et 
en général sur l'ouvrage les observations critiques de cette 
société savante ainsi que les vôtres ; je sollicite d'elle et de 
vous cette marque de bienveillance. Je n'envoyé pas à nos 
autres amis des exemplaires de cet ouvrage tant parce que 
le tirage à part s'est borné à un très petit nombre d'exem- 
plaires, que parce que l'objet que j'y ai traité n'est pas de 
nature à intéresser tout le monde. 

J'ai reçu avec reconnaissance votre discours d'ouverture (4) 
et vous promettez ou du moins vous faites espérer un mé- 
moire sur la vie de Sturm. Personne assurément n'est 
plus à portée que vous d'approfondir tout ce qui le concer- 
ne. Je désire bien aussi qu'un jour vous nous traitiez d'une 
manière précise la constitution de l'ancienne république de 
Strasbourg. Je n'ai pas encore eu le loisir de lire Berneg- 
ger (5), Que pensez-vous de cet ouvrage ? 

(2) Essai sur l'état de l'agriculture en Europe au xvi* 
siècle (Extrait des Mém. de la Soc. d'agriculture). Paris, 
Mn'« Huzari, 1804, in-4°. 

(3) La Société des sciences, agriculture et arts du Bas- 
Rhin. 

(4) L'Académie protestante de Strasbourg, décrétée en 
mai 1803, ouvrit ses cours par une séance solennelle, le 7 
novembre de cette année. Oberiin fut chargé du discours 
d'ouverture dans lequel il esquissa une histoire des scien- 
ces en Alsace. Il a pour sous titre : Discours prononcé à 
l'ouverture de V Académie de^ protestants de la Confession 
d'Augsbourg, le 15 brumaire an XII. Strasbourg, Heitz, 
1804, 48 p. in-S". 

(5) Forma reipublicœ Argentinensis. Strasbourg, 1667, 
in-4°. Le fils de Bernegger donna une autre édition de cet 
ouvrage, in-32. Strasbourg, 1674. 



— 368 — 

CoQQaissez-vous uae collectioQ sur les domaines par Frère 
ou Frière qui y a inséré l'ouvrage de la Casas : utrum reges 
et principes jure aliqiw, etc. (6). Il existe en outre trois 
éditions de cet ouvrage de las Casas, à Franctort sur le 
Mein, Tubingen et léaa, et cependant jusqu'à présent je n'ai 
pu parven'r à me procurer un exemplaire de ce livre, et de 
plusieurs autres que je ne trouve pas à Paris- Pourriez-vous 
m'indiquer à Strasbourg quelque libraire versé dans ce 
genre de recherches, à qulj'adresserais une note des livres 
que je poursuis ? 

Si j'ai quelque loisir dans la journée, j'écrirai à l'ami 
Blessig que j'embrasse ainsi que M' Turkheim, Schwei- 
ghseuser, Spielman, Salzman, Hafner, etc. Agréez, cher et 
excellent ami, les salutations cordiales d'un homme qui vous 
est sincèrement attaché. Grégoire. 



N» 22 

Paris, 3 thermidor an 12. (i) 

Mon respectable ami, cette epitre vous sera remise par 
un autre savant de mes amis. M' Oeisner(2) qui fera quelque 

(6) Le titre complet de l'ouvrage du célèbre missionnaire 
du Mexique est : Utrum reges et principes jure aliquo vel 
titulo et salva conscientia cives ac subditos a regia corona 
alienare et alterius dominii particiilaris ditioni subjicere 
possint. L'ouvrage parut à Francfort sur le Mein en 1571, 
petit in-4°, à Tubingue en 1625, à lena en IG'78. Grégoire 
svait fait le 22 floréal an VIII une lecture à l'Institut : 
Apologie de Barthélémy de Las-Casas , tirage à part , 
31 pp. in-4'», dans laquelle il démontrait que l'ovêque 
d3 Chiapa n'avait en aucune façon conseillé aux Espagnols 
la traite d .s nègr.s. 

Lettre 22. — (1) 22 juillet 1804. 

(2) Charles-Ernest Oelsner, d'origine silésienne, a traduit 
en allemand les œuvres de Sieyès. Il venait de publier en 



— 369 — 

séjour dans votre ville. A qui pourrais-je mieux l'adresser 
pour lui procurer l'avaatage de voir ce qu'elle offre de cu- 
rieux ? C'est la seule ville de France daas toute cette contrée 
où se soit perpétuée depuis plusieurs siècles sans aucune 
interruption une succession de savants distingués, depuis 
Sturm (3) jusqu'à Oberlin, Brunck, Scliweighîeuser, Blessig, 
les Spielmann, etc., etc., etc. Je recommande â votre bien- 
veillance mon bon ami M' Oelsner. 

Je serai charmé de recevoir de la société, surtout de M' Ham- 
raer (4), dis observations sur mon histoire de l'agriculture. 
Je partage la douleur que vous éprouvez relativement au 
cabinet de ce savant, M' Herman que nous avons connu, 
aimé et qui était si digne de l'être ; mais je ne puis rien 
pour empêcher qu'il passe à l'étranger. (5) M"" Her.uan, votre 
maire, est venu chez moi, sans nio laisser son adresse que 
je cherche. J'aurais été bien aise de revoir C'3t ancieu col- 
lègue, et je vous prie de lui dire; car j'igaore si je pourrai 
le découvrir avant son départ. 

Agréez mes remercîmens pour la dissertation de M'' Mur- 
rer, pour les programmes toujours curieux, toujours instruc- 
tifs que vous m'envoyez. ; vous m'avez gratifié do vos dis- 
sertations, d'une foule d'exellens ouvrages sortis de votre 

français une brochure intitulée: Des opinions politiques du 
citoyen Sieyès et de sa vie comme homme public. Paris, 
1800. 

(3) Jean Sturm, le fondateur du Gymnase protestant. 

(4) Membre de la Société d'agriculture, sciences et arts, 
à ce moment professeur d'histoire naturelle et des médi- 
caments à l'Ecole de pharmacie. 

(5) Jean Hermaua, frère aîné du maire de Strasbourg, 
était décédé en I800. Le cabinet d'histoire naturelle qu'il 
avait formé resta à la ville de Strasbourg, qui le mit à la 
disposition de la Faculté des sciences. Cf. Jean-Frédéric 
Hermanu, Notices sur la ville de Strasbourg, 1!. 383. 

24 



— 370 — 

plume. Je suis votre débiteur, votre admirateur et votre 
ami. 

Dites, je vous prie, à cet excellent M' Laquiante que j'ai 
fait de mon mieux ses commissions et que son fils de la tré- 
sorerie s'est chargé de répondre aux deux dernières lettres. 

Agréez et partagez avec M' votre fils et nos autres amis 
les embrassemens de l'aflFection la plus sincère. Grégoire. 

N«'23 

Paris, 13 novembre 1805. 

Respectable ami et confrère, je ne puis entrer dans ma 
bibliothèque sans me rappeler avec reconnaissance combien 
vous l'avez enrichie de vos dons et de vos ouvrages. Le 
César (1) s'est placé à côté du Tacite; ils pourraient bien se 
battre, s'ils étaient vivans. L'un et l'autre passent successi- 
vement par mes mains et ces noms célèbres s'associent à 
celui d'ObeFlin. Agréez de nouveau mes sentimens de re- 
connaissance. 

J'écris à M. Schweighauser pour lui rendre compte de mes 
démarches concernant les manuscrits d'Hérodote (2). J'entre- 
vois qu'on n'en permettra pas le déplacement et qu'on en fera 
de même pour ceux de Justin (3). Si la décision dépendait de 
moi, vous savez qu'elle serait conforme à son vœu et au 
vôtre. 11 serait fâcheux cependant que la littérature fût par 
ce contretens privée de deux bonnes éditions et j'aime à 

Lettre 23. — (1) Les Commentaires de César, édités par 
Oberlin, ont paru à Leipzig en 1805, 8°. 

(2) On voit que Schweighaeuâer travaillait dès 1805 à sa 
grande édition d'Hérodote, qui devait paraître à Strasbourg 
chez Treuttel, en 1816, 6 tomes en 12 vol. in-8». 

(3) Oberlin préparait une édition de Juatin, lorsqu'il fut 
surpris par la nort, le 10 octobre 1806. 



— 37! — 

espérer que soit par eux-mêmes soit par leurs fils qui maiw 
chent dans la même carrière, les deuxsavaascollatioaneront 
ici les manuscrits. Je serois bien flatté que ce fût pour 
nous une occasion de vous posséder à Paris. 

Vous n'avez plus reçu la notice des travaux des classe 
qu'on distribuait aux séances publiques, parce qu'on ne les 
imprime plus séparément, celles du premier trimestre de 
l'an onze sont, je crois, les dernières ; communément, on les 
insère dans le Moniteur ou le Magazin(4) ; du reste, aux séan- 
ces publiques, on se borne à distribuer la liste des lectures 
qui auront lieu et l'on y joint l'indication des prix rem- 
portés et des concours ouverts. Si ces maigres notices peu- 
vent vous être agréables, dites un mot et désormais je vous 
les enverrois. 

Eu arrivant à Paris, je m'empressai d'adresser à M. Bor- 
das (5) la note concernant M. Brue, juge suppléant ; en vous 
adressant sa réponse du 8 vendémiaire cy incluse, je m'aper- 
çois qu'il repond concernant M. Beur que jo ne connais pas, 
parce qu'apparemment il aura mal lu le nom propre. Dites- 
moi, je vous prie, si cette affaire est terminée et si je puis 
quelque chose de plus pour obliger cet estimable homme. 

En 1778 on a imprimé à Strasbourg un opuscule : de ser- 
vis cethiopum in coloniis americanis par Eberlen ; c'est, je 
crois, à la bibliothèque de Heidelberg que je l'ai vu, sans 
avoir le tems de le lire; comme rien ne vous échappe en 
fait de littérature, dites-moi, je vous prie, si l'on peut le 
trouver encore à Strasbourg et ayez la bonté alorsde donner 
commission à l'un de vos libraires pour le chercher. 

Vous n'êtes pas au bout de mes importunités. J'ai ouï dire 

(4) Le Magasin encyclopédique, recueil scientifique et 
littéraire, publié par Millin, de 1792 à 181G. 

(5) M. Bordas était, au département du grand-juge mi- 
nistre de la justice, chef de la deuxième division, qui 
nommait les fonctionnaires de l'ordre judiciaire. 



- 372 — 

qu'à Strasbourg dans le tema de la Terreur une demoiselle 
avait et) guillotinée, parce qu'elle n'avait pas voulu faire le 
rôle de la dcesse Raison. L'anecdote est-elle vraye ? et en cas 
d'affirmative, le nom de cette victime. Pardon, cher confrère 
et ami, de l'embarras que je vous cause ; mais, si cela vous 
ennuie, rappelez-vous le conseil de J. -Batiste Rousseau 
concernant les vers de la Mothe-Houdart : 

« Rendez-les coui ts, en ne Its lisant pas. » 

Agréez pour la famille de Strasbourg et du Ban de La 
Roche, pour nos amis Turkeim, Blessig, Hyfuer, etc., pour 
M' Laquiante, Hammer, etc. et pour vous spécialement tout 
ce qu'inspire l'estime, I amitié, la reconnaissance. •]- Grégoire. 

(Adresse : à Monsieur Monsieur Oberlin, professeur, biblio- 
thécaire, membre de l'Institut n' Strasbourg). 



N" 24 

Grégoire embrasse ses bons amis Oberlin et Blessig à qui 
il écrira le plutôt possible. 11 envoyé l'ouvrage sur les canaux 
à Oberlin, qui a travaillé sur cet objet. ( l) 

(Billet sans date). 

N» 25 

Je n'ai que le loisir de saluer et d'embrasser mon cher et 
bon ami Oberling. Vous savez déjà peut-être que vos com- 
missaires, le ministre de la Guerre, le comité militaire se 
sont tous aicsi que moi trouvés d'accord d'opinion pour vous 

Lettre 94. — (1) Nous ne savons i)as quel est cet ouvrage 
sur les canaux envoyé à Oberlin. Oberlin avait écrit autre- 
fois : Jungendorum marium ftuviorumque oninis cevi mo- 
limina. Argentorali, 1707-1775, 5 part. in-8". 



- 378 - 

envoyer dea gardes nationales qui doivent bientôt voua 
arriver. (1) Iterum salut. Amitié aux deux excellens fràre.s 
de Strasbourg et de Ban la Roche. Grégoire. 

(En souscription ; M' Oberling). 



Lettre 25. — (1) Ce billet a été sans doute écrit en 1791. 
Le& commissaires arrivés à ce moment à Strasbourg étaient 
Custine, Cbasset et Régnier. Des gardes nationaux furent 
envoyés à cette date dans les campagnes du Bas-Rhin pour 
y rétablir l'ordre. 



TABLE D'HORLOGES SOLAIRES 

GRAVÉE PAR JEAN APPIER HANZELET 

Par M. Léon GERM4IN 
Avec la collaboration de M. Ch. MILLOT 



La série des Objets de précision ne forme pas la 
moindre des curiosités du Musée historique lorrain (1) ; 
à côté des majestueux instruments astronomiques du 
règne de Stanislas, — conservés jusqu'il y a quelques 
années au lycée de Nancy, — et des étalons des an- 
ciennes mesures légales, déposées naguère par les 
Archives départementales, le Musée possède d'impor- 
tantes horloges provenant de différents châteaux ainsi 
qu'une riche collection de montres, de sphères, de 
cadrans et de boussoles. 

Parmi tant d'objets divers, il en est un qui attire 
particulièrement l'attention des amateurs, par sa ra- 
reté, l'intérêt de ses figures variées, son mérite artis- 

(1) Voir L. Wiener, Catalogue du Musée historique lor- 
rain; Nancy, 1887, p. 151-157. 




PholotyiHP J. noyer, Nancy. 



TABLE DE BRONZE 

SUR LAQUELLE SONT GRAVÉES LES PRINCIPALES FIGURES DE LA GNOMONIQUE 

DU P. CHR. CLAVIUS S. J. 



— 875 — 

tique et la signature qu'il porte : c'est une table de 
bronze chargée à' horloges solaires, décorée de plu- 
sieurs images symboliques et qui offre en outre le 
nom du célèbre graveur Jean Appier Hanzelet (1), On 
ignorait la destination primitive de cet objet. Mais 
l'étude des armoiries que l'on y remarque nous a in- 
diqué la voie qu'il fallait suivre ; puis l'examen des 
figures astronomiques, faites par MM. Gh. Millot et 
Floquet a confirmé, en la développant, l'hypothèse 
émise, tandis que le travail de M. J. Favier sur les Ap- 
pier (2) donnait plus de précision à certaines de nos 
idées. Il ne paraît plus y avoir de doute : si ce gno- 
mon n'a pas été gravé pour l'Université de Pont-à- 
Mousson, il est la copie, la réplique, d'un appareil fait 
spécialement pour elle, où Ton aura à peine opéré de 
minimes modifications, telles que, au prix de l'aggra- 
vation d'une erreur de longitude, le changement du 
nom de Pont-à-Mousson en celui de Gouvonges. 

Par suite de l'intérêt qui s'attache actuellement à 
l'histoire des anciennes institutions scolaires de notre 
province, et en particulier de l'illustre Université des 
Jésuites, fondée au xvi* siècle par le grand cardinal de 
Lorraine, la publication delà table d'horloges du Musée 
devenait tout-à-fait opportune. La question héraldique 
nous avait porté à commencer le travail ; nous ne l'au- 
rions pas poussé au-delà sans l'insistance obligeante 
de plusieurs de nos confrères et sans l'aide qu'ils nous 

(1) V. ibidem, p. 153. 

(2) Favier, Jean Appier et J. Appier Hanzelet, graveurs 
lorrains du XVI h siècle, daas les Mémoires de la Soc. 
d'Arch. lorr., 1890, p. 321. 



- 376 — 

ont apportée sur les points qui échappaient à notre com- 
pétence. 

Après avoir fait connaître sommairement l'objet dont 
il s'agit, nous en reproduirons la description scienti- 
fique, due à M. Millot, puis nous étudi-Drons les armoi- 
ries, les monogrammes, les sentences ; nous parlerons 
ensuite du graveur ainsi que des propriétaires, pour 
terminer par l'examen de la valeur scientifique et de la 
destination. 



I. 



L'objet dont nous avonsi à nous occuper est une 
table de bronze épaisse de "" 03 et formant un cari'é, 
de "' 560 de côté. 

On y voit gravées différentes figures, à commencer par 
cinq horloges soloires, disposées deux en haut, une au 
milieu et ceux en bas ; leur forme générale peut se dé- 
crire ainsi : un rectangle plus large que haut, avec 
doux grandes échancrures symétriques tenant lieu des 
côtés en haut et en bas ; ces figures sont chargées de 
lignes géométriques et garnies latéralement de bandes 
droites, où sont placés des chiffres et autres indica- 
tions. Les quatre horloges d'en haut et d'en bas sont 
d'égale dimension ; celle du milieu, plus grande, pré- 
sente une seconde bordure latérale extérieure, oh l'on 
voit, artistement dessinés, les douze signes du Zodia- 
que. Dans les échancrures supérieures sont inscrites les 
désignations de chaque horloge et, un peu plus bas, 
fait saillie un petit style ou aiguille verticale. 

La disposition de ces figures essenli elles laissait libres 
six places : deux en haut et deux en bas dans les 



— 377 — 

échancrures extérieures des horloges, puis deux plus 
grandes sur les côtés de l'horloge du milieu. A ces 
dernières places sont représentés, debout, Mars et 
Pallas, soutenant, en s'y appuyant, des cartouches hé- 
raldiques. En haut, on voit les noms de Jésus et de 
Marie; en bas, des cartouches oblongs offrant des sen- 
tences horaires. 



ir. 



Notre confrère, M. Ch. Millot, a bien voulu se char- 
ger de décrire, au point de vue scientifique, les cinq 
fio^res astronomiques. En le remerciant de sa com- 
^aisance, nous sommes heureux de pouvoir reproduire 
textu/3llement son travail, nous bornant à y joindre en 
notes, l'identification, — autant que nous avons pu y ar- 
rivei, — des anciens noms géographiques passés d'u- 
sage. 

Nous laissons la parole au docte professeur : 

1° — Le cadran, en haut à gauche, porte pour lé- 
gende : Horloge contenant les Méridiens de quelques 
villes principales du Monde. 

C'est un cadran solaire horizontal ordinaire, tracé 
pour la latitude de 48° 30', sur le méridien de Gouvon- 
ges (canton de Revigny, Meuse), que l'auteur place à 
27 degrés à l'est du méridien de l'Ile-de-Fer (Iles For- 
tunées), pris comme point de départ. C'est une erreur 
de 4 degrés en trop, inexplicable même à la fm du 
XVI' siècle. 

Au lieu d'indiquer les heures, ce cadran montre les 
angles que font avec le méridien de Couvonges les mé- 



— 37K — 

ridiens des localités suivantes, énumérées en allant de 
l'orient à l'occident. 

Gamboya 134 

Cochin (1) 123 

Goa(2) 106 

Zabaspa de Turchestain .... 98 

Ormuz (3) 92 

Babylone de Ghaldée 83 

Ninive 78 

Trébizonde 72 

Hiérusalem 66 

Alexandrie d'Egipte 60 

Gonstantinople 56 

Lacédémone 50 

Gracovie 42 

Rome 36 1/2 

Gouuunge (Gouvonges) .... 27 

Alger 20 

Fez 12 

Lisbonne 5 

Isles Fortunées (4) G 

Isles Açores 350 

Port Royal au Brasil 340 

Isle des Sept Citez 329 

Brest de Ganada 320 



(1) Port de riadoustan anglais, présidence de Madras. 

(2) Indes, chef-lieu des possessions portugaises. 

(3) Ile de Perse, dans le détroit du même nom, côté sud 
du Mogasthan. 

(4) Les Iles Canaries, suivant quelques géographes. 



— 379 - 

Picora 310 

Détroit de Magellan 300 

Gusco 289 

Le style de ce cadran, formé d'une pièce mobile, a 
disparu. Il devait avoir la forme d'une plaque triangu- 
laire dressée verticalement sur l'un des côtés de l'an- 
gle droit, dans le plan du méridien et de façon que le 
sommet de l'angle 48' 30' (latitude approximative du 
lieu) coïncidât avec le point de rencontre des lignes 
droites convergentes. L'ombre portée à midi par le 
plan du style se rangeait dans le méridien de Gouvonges 
et, quand l'ombre de l'arête inclinée parallèlement à 
l'axe du monde tombait sur l'un des méridiens quel- 
conques tracés sur le cadran, il était midi dans les 
lieux situés sur ce méridien. 

2* Le cadran, en haut à droite, est intitulé .• Délinéa- 
tion gnomonique des Azimiiths et Almycantaraths. 

Ces deux termes, dont le premier seul est encore en 
usage aujourd'hui, sont empruntés à l'astronomie 
arabe. 

Les azimuts sont des plans verticaux passant par la 
verticale du lieu : leurs traces sur l'horizon forment 
des hgnes droites divergentes comme les rayons d'une 
roue, tout autour du pied de la verticale ; leurs inter- 
sections avec la voûte céleste sont des demi-cercles 
verticaux, se coupant tous au zénith, comme les ba- 
leines d'un parapluie ouvert. Les azimuts servent à 
mesurer la distance angulaire à laquelle se trouve, 
par rapport au méridien, un astre quelconque. 

Les almicantarats étaient des petits cercles horizon- 
taux équidistants, tracés sur la voûte céleste. Leur rayon 



- 380 — 

allait donc en diminuant de l'horizon au zénith. Ces 
cercles servaient à mesurer la hauteur d'un astre au- 
dessus de rhorizon. La position d'un point du ciel était 
donc déterminée par l'intersection de son azimut et de 
sonalmicantarat, comme un point de la surface terres- 
tre est défini par sa latitude et sa longitude. 

Dans le cadran du haut à droite, les lignes droites 
convergentes sont les azimuts ; les arcs concentriques 
sont les almicantarats. Le style était ici tout simple- 
ment un gnomon, c'est-à-dire une tige verticale, sans 
relation directe avec l'axe du monde. Toutefois, sa lon- 
gueur était déterminée de façon que l'ombre portée 
par son extrémité indiquât sur le cadran la position du 
soleil dans le ciel. 

3° Le cadran du milieu est un cadran solaire hori- 
zontal ordinaire, tracé pour la latitude de 48" 1/2. Il 
porte de chaque côté les signes du zodiaque à la place 
indiquée par leur lever et leur coucher héliaques. Le 
style de ce cadran était une lame triangulaire verticale, 
orientée dans le méridien, et dont l'arête inclinée était 
parallèle à l'axe du monde, c'est-à-du-e que, prolon- 
gée, elle aurait rencontré l'étoile polaire et qu'elle fai- 
sait avec le plan horizontal du cadran un angle égal à 
la latitude de 48''30'. 

La légende de ce cadran est la suivante : Horloge 
horizontal aiieo les Arcs des signes du Zodiaque à 
Joleunlion de 48 degr 30 mi. 

4° Le cadran, en basa gauche, est intitulé : Horloge 
antique auec les Arcs qui nions trent la grandeur des 
jours et des nuicts. Il porte une graduation qui indi- 
que, à droite, la longueur des nuits, a gauche, la 
longueur des jours d'un solstice à l'autre ; de telle 



— 381 — 

façon que la somme des deux nombres inscrits aux 
extrémités d'une division courbe quelconque du cadran, 
soit égale à 24. La ligne droite horizontale correspond 
à l'équinoxe. 

Ge cadran porte encore des lignes droites conver- 
geant, deux à deux, au loin vers le haut et numérotées 
en chiffres romains. Elles divisent le diagramme en 
douze parties inégales et portent, pour ce motif, le nom 
d'heures inégales. Le style de ce cadran était une tige 
verticale, un gnomon ; l'ombre de son extrémité se 
projetant sur une des lignes horaires inégales, indiquait 
le nombre d'heures du jour déjà écoulées et, par suite, 
celui qui restait encore à parcourir. 

5''Entin, en bas à droite, se trouve une Horloge ita- 
lique (graduation à droite) et bahyloniquo (graduation à 
gauche). Le style est encore un gnomon vertical. Les 
chiffres romains indiquent les heures italiques. « Les 
Juifs, les anciens Athéniens, les Chinois, les Italiens, 
etc., commençaient le jour au coucher du Soleil. Jus- 
qu'à ces derniers temps chez les Italiens, on comptait 
tout d'un trait vingt-quatre heures entre deux couchers 
consécutifs du Soleil, et non pas deux périodes de 12 
heures. » (Arago , Astronomie populaire, T. I, 
page 268.) 

Les chiffres arabes donnent les heures babyloniques. 

« Les Babyloniens, les Syriens, les Perses, les Grecs 
modernes, les habitants des Iles Baléares, etc., ont pris 
pour commencement du jour le lever du Soleil. » 
Arago, Astronomie populaire, T. I, page 269.) 

Les lignes convergentes vers le bas montrent l'équiva- 
lence des heures différentes du système italique et du 

système babylonique. 

G. MILLOT. 



— 382 



m. 



Sur les côtés de la tigure du milieu sont représentés, 
avons-nous dit, Mars et Pallas, debout, s'appuyant sur 
des cartouches armoriés. Le dieu de la guerre est en 
costume romain, tel qu'on le comprenait à l'époque de 
la Renaissance ; du sommet de son casque, retombent 
des plumets autour de son visage ; un manteau agraffé 
sur l'épaule droite voltige en arrière ; une épée pend 
presque horizontalement à son côté ; sa main droite est 
posée sur la hanche, et l'autre sur le cartouche, garni 
de volutes et d'enroulements déchiquetés en manière 
de feuillages, et offrant un écu ovale à la croix ancrée. 

Nous pensons que ce tenant (pour nous servir d'un 
terme héraldique) représente le dieu de la guerre ; tou- 
tefois, ainsi qu'il sera dit plus loin, M. Favier a fait re- 
marquer la ressemblance de son costume avec celui du 
Minos (Antoine de Gouvonges) que Gallot a gravé dans 
le Combat à la barrière. 

Pallas, aux vêtements arlistement drapés, les avant- 
bras découverts, porte une cuirasse et un casque 
antique à plumet ; elle s'appuie de la main droite sur 
une lance et de la gauche sur un cartouche ovale 
présentant les armoiries suivantes, avec une bordure 
chargée d'une ligne de clous: Ecartelé, à deux balances 
rune sur l'autre, et è) trois barres. 

Dès le premier examen que nous avons pu faire de 
la table en question, notre sentiment a été que les ar- 
moiries devaient se rapportera deux époux : le mari, 
de la maison de Stainville, la plus célèbre en Lorraine 



— 383 — 

qui ait porté à la croix ancrée (1) ; la femme, de la fa- 
mille de Montpezat ou Montpesat, seul nom connu 
dans la même province auquel, croyons-nous, se rat- 
tache la représentation héraldique d'une ou de deux ba- 
lances (2). Nos recherches pour la vérification de cette 
opinion ne nous donnèrent pas satisfaction tout d'abord ; 
mais, à présent, sans qu'elles aient atteint, en elles-mê- 
mes, un résultat entièrement satisfaisant, nous sommes 
parvenu à en faire ressortir un ensemble de probabilités 
très favorable à notre conclusion, étant donné surtout 
la difficulté, sinon l'impossibilité, d'en trouver une 
autre. 

Antoine de Stainville, seigneur de Couvonges (3), 
époux de Françoise de Montpezat, vivait vers la fin 
du XVI* siècle et le commencement du suivant. Stain- 
ville portait : d'or, à la croix ancrée de gueules ; il n'y 
a aucune difficulté de ce côté. Mais, Husson-l'Escossois 
donne aux ancêtres de Françoise de Montpezat les ar- 
mes suivantes, fort dilïérentes de celles qui figurent 
sur notre monument métalUque : « d'or, à la bande de 
gueuUe, de trois pièces (4), au chef d'azur, paré de trois 

(1) Comme portant à la croix ancrée, nous trouvons : 
dans Cayon, Boulay, Chables, Damas, Fligny du Fay (la 
croix est chargée de cinq écussons), HainvtUe ou Ainville 
(ce doit être une mauvaise lecture de Stainville et une con- 
fusion avec le nom à'Einville), Mont-Saint-Ligier, Pittan- 
ges, Sirey ou Sirech, Stainville ; dans Dom Pelletier, Chas- 
tenoy (Jean de) et Perrin (Nicolas) . 

(2) Ce « meuble », comme on dit en blason, est évidem- 
ment ^ar^awi et répond aux deux dernières syllabes du nom. 

(3) Dans la suite, % VII, nous donnerons de plus amples 
renseignements sur ce personnage. 

(4) Ancienne formulé pour désigner trois bandes. 



— 384 - 

estoiles d'or ». Ces armoiries sont-elles bien exactes? 
Si nous consultons le Dictionnaire lipraldique de M. 
Ch. Grandmaison, nous y voyons citée une famille de 
ce nom, qui pourrait bien n'être qu'une branche de la 
même : « Montpesat, De gueules, à une balance d'or, 
alias d'or, à une balance de gueules. Gascogne (1). » 

Mais, dans les planches d'armoiries qui font partie 
de la fameuse Encyclopédie de D'Alembert et Di- 
derot, nous trouvons (au n" 546), avec le nom de 
MoNTPEZAT, l'écu sulvaut : Ecarlelé, d'azur à deux 
balances, Pu ne sur l'autre, et d'azur à S étoiles d'or. 

Or, auparavant, en continuant à consulter le Dic- 
tionnaire de Grandmaisuu, nous avions remarqué les 
deux mêmes meubles du quartier principal dans cet 
article : « Laugnac. De gueules, à deux balances l'une 
sur l'autre d'or. Bourg-ogns. » Ge nom de Laugnac 
semble appartenir, non pas à l'est, mais au sud-ouest 



(1) A cette famille se rattachait sans doute «Jean de Mont- 
pezat de Corbon, 102* Archevêque de Bourges (1G20-1G86) », 
dont M. Ciiautard dit la famille originaire île la Guyenne. 
Un jeton, avec la divise cvm. pvndere. virtvs, représente 
ses armoiries, dont le même numismatiste décrit ainsi l'écu: 
Ecartelé, « au 1 et 4, de gueules à la balance d'or qui est de 
MoNTPE'ZAT ; au 2 et 3, de gueules au lion rampant d'or (jui 
est le Saint-Paul; sur le tout, d'asur au monde d'or. » — 
L'auteur ajoute : « Les meubles de ces armoiries, la balance 
et le lion, s'harmonisent d'une façon très élégante et fort cor- 
recte avec la devise du prélat, que nous traduisons ainsi : 
Etre énergique avec mesure, ou bien ; Joindre le courage à 
la prudence. » {Revue belge de numismatique, 1890, p. 
478-479.) — Dans son édition de l'Armoriai du héraut Berry, 
au chapitre du Languedoc, Vallet de Viriville décrit ainsi le 
n" 1137 (p. 153) : « Le sire do Monpezat, ou Montpezat. De 
gueules à la balance d'or. » 



— 385 - 

de la France (1). Il nous fallait aller plus loin, et, dans 
un autre ouvrage, nous avons enfin trouvé cette des- 
cription qui correspond exactement à Técu en question i 
sauf changement des bandes en barres, mutation des 
plus fréquentes et tout à fait négligeable : « deLaugnag, 
Gascogne. Ecartelé : aux 1 et i, de gueules, à deux 
balances d'or, posées F une sur f autre ; aux 2 et 3, de 
gueules, à 3 bandes d'or (2). » 

On remarquera que les I el4 correspondent, avec 
deux balances au lieu d'une, aux armoiries de Mont- 
pezat citées par M. Grandmaison, et que les 2 et 3 
sont semblables aux armoiries indiquées par Husson- 
l'Escossois, sauf transposition des émaux et suppres- 
sion du chef (S). 

Tous ces écussons ne se rattacheraient-ils pas à la 
même famille ? Nous nous en sommes quelque peu 
persuadé en faisant de longues et inutiles recherches 
.sur la généalogie, voire même l'existence d'une famille 
du nom de Laugnac, et en voyant Domin. Gallot qua- 
lifier le père de Françoise : « François de MONTPE- 
ZAT, seigneur de LAUGNAG (4). » De là, nous pen- 



(1) Eq vérifiant, noua ne trouvons, en effet, qu'une com- 
mune de ce nom, canton de Prayssac, arr. Agen, Lot-et- 
Garonne. 

(2; De Magny, Science des Armoiries, p. 21 1. 

(3) Encore cette transposition n'existe-t-elle pas si l'on 
s'en rapporte à la Science des Armoiries de M. de Magny ; 
il indique les deux blasons de Montp^sat et Montpezat, et 
voici la description du premier : « de Montpesat, Langue- 
doc. De gueules à trois bandes d'or ; au chef cousu d'azur^ 
chargé de trois étoiles d'or. 

(4) Une indication identique se trouve dans le Héraut de 

25 



- 38(î — 

sons que le blason décrit par Husson-l'Escossois ne se 
rapporte qu'au quartier de la branche de Laugnac, dont 
elle a peut-être fait usage isolément. Si la description 
qu'il donne est exacte, il faut en conclure que la fa- 
mille a supprimé ou ajouté le chef et transposé les 
émaux. Nous croyions d'abord que ce pourrait être là 
les armes primitives de la famille ; mais, les balances 
qui sonl parlantes ont éloigné cette présomption (1). 



Lorraine, ras. de F. Perria de Dommartin (1654), à l'art. 
Livron. 

Notre étude était terminée lorsque le Catalogue d'auto- 
graphes de la maison Eug. Charavay, d'octobre 1892, nous 
a apporté cette indication : 

a 198. LoiGNAC (Montpezat, baron de), capitaine du xvi» 
siècle, mignon de Henri III, un des assassins du duc de 
Guise à Blois, mort en Gascogne. — Lettre signée, avec la 
souscription et un post-scriptum de 6 lignes autographes, à 
M. de Rambouillet (Nie. d'Angennes) ; Laugnac (Lot-et-Ga~ 
ronne), 2 décembre 1579, 1 p. in-fol, cachet à ses armes. 
Rare. 

a Lettre historique. « Sa Majesté (Henri III) me commande 
» par sa lettre de temporizer encores jusques à la fin de cette 
» année prèz du roy et royne de Navarre k (Henri IV et Mar- 
guerite de Valois, engagés dans la guerre des Amoureux). -o 

Cf. le Dict. de Moréri, au mot « Lognac ou Loignac, ou plu- 
tôt Laugnac... » ; il y est parlé du même personnage, mais 
sans mention du nom de Montpezat. 

(1) Il existe six communes du nom de Montpezat : Basses- 
Alpes, Ardèche, Gard, Gers, Lot-et-Garonne et Tarn-et- 
Garonne. — La Chesnaye-des-Bois [Dict. de la nobl.) ne 
parle d'aucune famille de ce nom, mais de deux terres, en 
Languedoc, dans les diocèses de Nîmes et d'Uzès, qui furent 
toutes deux érigées en marquisat pour la famille Trémolet, 
l'une en 1665, l'autre en 1745. — Au chapitre des maréchaux 
de France, le P. Anselme (I, 629) parle de « Raymond, sei- 
gneur de Prez, qui épousa bonne de Montpezat, héritière de 



— 387 — 

Nous ne trouvons rien de plus certain sur les deux 
écussons de notre table, et cette solution, si probléma- 
tique qu'elle paraisse, est la seule qui découle naturel- 
lement des éléments recueillis (1). 



IV. 



Vers le haut de la table existent, dans des circonfé- 
rences rayonnantes, qui représentent la lumière et son^ 
le symbole de la gloire, les noms de Jésus et de Marie, 
c'est-à-dire les monogrammes ÎHS (IHesiiS) et MA 
(MariA), chacun surmonté d'un sigle d'abréviation en 
forme d'oméga surbaissé ; au-dessous du premier se 
trouvent les trois clous de la Passion (2) se touchant 
par la pointe, popularisés par les Jésuites, et, au-des- 
sous du second, un cœur (3). 

Gaillard, seigneur de Montpezat en Quercy, son frère ». Elle 
testa en 1280. La famille des Prez se fondit dans celle de 
Lettes, à laquelle appartient le maréchal de France, et qui 
conserva le titre seigneurial de Montpezat. 

(1) Hâtons-nous de dire que l'exactitude de nos conjec- 
tures héraldiques a été amplement confirmée par le nom de 
Couuunges (Couvonges) lu ultérieurement, en place d'hon- 
neur, sur la table d'horloges. 

(2) Los clous de la Passion sont toujours au nombre de 
quatre aux hautes époques ; ils furent réduits à trois à par. 
tir de la fin du xiii' siècle. (V. notre Etude hist. sur la croix 
(faffro.nchissement de Frouart, 1882, p. 12-13). C'est par 
allusion aux instruments de la Passion, nous en sommes 
persuadé, que les clous ont été mis au nombre de trois dans 
les armoiries ecclésiastiques de Verdun {Urbs clavorum) . 

(3) A partir du xv« siècle, la dévotion aux cinq plaies du 
Christ amena la représentation fréquente du cœur du Sau- 
veur ; celle du cceur de Marie en fut probablement un co. 
roUaire. 



— 388 — 

Nous avons résumé trop récemment l'histoire de la 
dévotion aux saints noms de Jésus et Marie pour y re- 
venir ici (1); on sait de quelle vogue jouissaient ces 
images dans la première partie du xvii' siècle. 

Celte considération suffirait pour expliquer leur pré- 
sence sur l'objet que nous étudions ; mais, ce sont les 
Jésuites qui, à l'époque indiquée, dirigeaient plus spé- 
cialement cette dévotion, et c'est pour eux, pour leur 
Université de Pont-à-Mousson, que la composition de la 
table d'horloge a dû être faite (2). Enfin, à côté de ces 
motifs, très suffisants par eux-mêmes, on peut se deman- 
der si une idée de symbolisme n'a pas contribué à faire 
placer fréquemment le nom de Jésus sur les cadrans 
solaires, et en particulier sur le nôtre. C'est la lumière 
naturelle, c'est le soleil, qui opère sur de tels instru- 
ments ; mais c'est Jésus-Christ, suivant la bible et la 
liturgie catholique, qui est le soleil d'en haut (3), la 

(1) Anciennes cloches de Saugués ; ^ancy 1890, p. 39-52 
et 59-67. 

(2) V. des monogrammes analogues sur des étendards 
figurant aux têtes de l'Université de Pont-à-Mousson, 
planche reproduite par la Lorraine Artiste, n° du 10 mai 
1891, p. 505 (non chiffrée). Ces éteadards sont portés au- 
près du oc char du globe céleste ». — D'autres, un peu 
variés pour les détails, se remarquent sur les vantaux de 
l'ancienne église des Jésuites, cà Dole. 

(3) Oriens ex alto (Luc, I, 78) ; oriens, splendor lucis 
œternce et sol justicice (Ant. de l'A vent) ; Jesii, sol justi- 
ciœ (Litanies du saint Nom de Jésus) ; Sol justicice... (An- 
tienne du Magnificat aux vêpres de l'Immaculée-Concep- 
tion) ; etc- — En Anjou, pour obtenir le feu nouveau, le 
Samedi- Saint, « on se servait d'un bérdle uu pierre grossis- 
sante, à travers laquelle on faisait passer un rayon solaire». 
(Mgr X. Barbier de Montault, L'appareil de lumière, p. 
185.) 



— 389 — 

vraie lumière (1), le créateur des astres (2) : au nom de 
Jésus, dit saint Paul, tout genou doit fléchir, dans le 
ciel, sur la terre et dans les enfers (3). 

De même que le soleil représente Jésus, le symbo- 
lisme du moyen-âge offrait la lune comme l'emblème 
de Marie ; mais, si l'astre des nuits peut agir sur un ca- 
dran, ce n'est pas d'une manière utile. On a pu cependant 
placer, non sans motifs, le nom de la Vierge en regard 
de celui de son Fils, car, dit la liturgie, elle est l'aurore 
qui apporte le jour (4) : reine du ciel (5), brillante 

(1) Jesu, lux vei a (Litanies du S. Nom de Jésus"). Voir 
les citations faites dans notre article Bainville-sur-Madon, 
1890, p. 8, note 5 ; v, en outre : Revue de Vart chrétien, 
1890, p. 520; Mgr X. Barbier de Montault, La croix prO' 
cessionnelle de Montauban, p. 10; Le vitrail de la crucifi- 
xion â la cathédrale de Poitiers, Tours, 1885, p. 9; L'ap- 
pareil de lumière de la cathédrale de Tours, 1885, p. 185 ; 
Le râteau à tiois cierges de la cathédrale de Tours, Tours. 
s. d., p. 15. 

(2) Creator aime siderum — yEterna lux o edeniium. 
(Hymne de S. Grégoire; vêpres du temps de l'Avent.) 

(3) In nomine Jesu omne genu flectatur cœlestium, ter- 
restrium et infernorum. (Office du S. Nom de Jésus, introït de 
la messe ; tiré de S. Paul, Philipp., II, 10.) 

(4) Voici quelques textes sur ce symbolisme assez oublié : 
Aurora, quœ solem paris (Hymne des vêpres de la Na- 
tivité de la Vierge, dans l'ancien bréviaire de Nancy, 1846). 
Sic aurora novi nuntia liminis... Sol in virgineo pectore 
prœoiis — Ardorem radiis suscitât intimum (Hymne In- 
fans puisa, aux vêpres de la Présentation, même bréviaire). 
Ex te enim ortus est Sol jusliciœ, Christus Deus noster (An- 
tienne du Magnificat aux vêpres do l'Immaculée-Conception 
et graduel de la Nativité de la Vierge). Ex qud mundo lux 
est orta (Ant. Ave Regina cœlorum) . 

Tu régis alti janua 
Et aula lucii fulgida. 

(Hynr e gloriosa, de S. Fortunat, dans l'office de la 



— 390 — 
comme l'aurore (1), éclatante comme le soleil (2). 



Au bas de la table d'horloges, on remarque deu x 
cartouches rectangulaires, oblongs et renforcés d© 
volutes fleuronnées, qui offrent ces deux sentences 
horaires, dans le goût du temps : 

Puis que la mort te doit surprendre. 
A tout' heure il te faut r attendre. 

Vierge, cité par Mgr X. Barbier de Montault, Revue de 
V Art chrétien, 1883, p. 46, note 

Domum quant inhabitet 
Mox è quâ nos visitet. 
Ornât sol justiciœ 

Quoi micat iuminibus, 
Sttis Deus usibus 
Quod vos fingit gloriœ. 

(Prose Gaudii primordium pour rimniaculée-Conception 
et la Nativité de la Vierge, dans le Paroissien romain à 
l'usage de Metz, 1858.) 

(5) Regina cœli Icetare (Ant. de la Vierge, du temps de 
Pâques à la Trinité). Ave, Regina cœlorum {Idem, de la 
Purification au Samedi-Saint). 

(1) Quasi aurora valdè rutilans (Ant. du Magnificat aux 
jrej vêpres de l'Assomption, cf. Gant., VI, 9). 

(2) Electa ut sol (Cant., VI, 9, que Le Maistre de Sacy 
traduit par « éclatante comme le soleil 3)) ; c'est l'une des 
inscriptions qui figurent, au XVP siècle, dans l'iconographie 
de l'Immaculée Conception ; on retrouve ce texte à la se- 
conde ant. des vêpres de la Nativité de la Vierge dans les 
anciens bréviaires du diocèse Nancy (1846) ; v. aussi, dans 
la liturgie romaine actuelle, aux laudes de rAssomption, 
ad. Benf.d. Ant. 



— 391 - 

Douze heures mesurent le Jour 
Quelle finira ton séjour ? 

Gomme les cadrans solaires et horloges astronomi- 
ques étaient faits à l'usage de personnes possédant une 
certaine culture intellectuelle et non des illettrés, il 
était d'usage do les orner de sentences, qui font allu- 
sion à la marche ou au prix du temps, à la brièveté de 
la vie, et offrent soit des pensées morales, soit des ci- 
tations de l'Ecriture sainte. Avant le xvii^ siècle, elles 
sont généralement rédigées en latin ; mais, ensuite, 
l'usage de la langue française s'y introduit large- 
ment. 

Très fréquemment, ainsi que sur notre table, ces de- 
vises font allusion à la mort et à l'incertitude du 
moment où elle arrivera, mais le xvi' siècle et la fin 
de la Renaissance ont été particulièrement hantés 
d'idées funèbres : les tombeaux cessent de s'inspirer 
des sentiments du repos éternel et de l'existence d'un 
monde meilleur, pour offrir des images lugubres, rela- 
tives au néant et au désespoir (1) ; des objets funèbres 
sont figurés sur des bijoux (2) ; au château d'Anet, 
bâti pour Diane de Poitiers, le couronneirent des che- 
minées est en forme des sarcophages ; même sur les 
marques des libraires, on voit une tête de mort dire au 
lecteur : Mibi heri et tibi hodie (3). 

(1) V. notre Note sur le tombeau de Warin de Gondre- 
court. 1882, p. 12-13, note. 

(2) Chacu-n connaît, entre autres, les bijoux macabres créés 
par Pierre Woeiriot. 

(3) V. nos Monuments funéraires de l'église Saint-Michel 
à Saint -Mihiel, 1S86, p. 76, note 1. — Le plus curieux des 
exemples retrouvés depuis cette époque, nous a été 



— 892 — 

Nous avons déjà cité ailleurs quelques sentences de 
ce genre, relevées sur des cadrans solaires, mais dont 
les dates sont rarement connues : 

TACITIS SENESCIMUS HORIS (1). 

VIDES HORAM 
NESCIT HORAM (2). 

EX HIS VNA TIBl (3). 

CRAINS LA DERNIÈRE (4). 

LA DERNIÈRE EST CACHÉE (5). 

VULNERANT OMNES, UNA NEGAT (6). 

MEAM VIDE UMBRAM 
TVAM VIDEBIS VITAM (7). 



offert au Musée de Dole. Sur une cheminée remarquable, 
place singulièrement choisie, on voit, entre autres inscrip- 
tions, ces deux sentences peu réjouissantes : 

HODIE MIHI CRAS TIBl 
VIGILATE, QVIA NESCITIS DIEM NEQVE HORAM 

Cette cheminée porte la date de 1565. 

(1) Bozel, Savoie. 

(2) Environs de Vire, Calvados. 

(3) Châteaulaudren, Côtes-du-Nord. 

(4) Moissac, Tarn-et-Garonne. 

(5) Châteauneuf-de-Gadagne, Vaucluse. 

(6) Serezin, Isère ; Les Avenières, Isère ; variée par 
VULNERANT OMNES, ULTiMA NECAT, ainsi que nous l'avons lue 
sur l'église d'Urrugne, près St-Jean-de-Luz. 

("7) Cadran au Musée lorrain ; nous l'avons cité, dans nos 
Devises horaires, p. 10, sans avoir bien pu l'examiner, à 
cause de la place obscure où il se trouvait alors ; les carac- 
tères sont de hauteur uniforme ; la date doit être lue 1732. 



— 393 — 

On en trouvera beaucoup d'autres dans le recueil de 
M. le baron de Rivières (1). 



VI. 



On voit enfin, tout au bas de la table, dans le coin à 
droite et écrite en sens inverse, la signature du graveur: 
A . Hanzelet, ce qui nous amène à dire quelques mots 
sur cet artiste. Nous n'aurons pas à chercher loin ; car, 
il y a un an, M. J. Favier, Conservateur de la Biblio- 
thèque publique de Nancy, a publié le catalogue des 
œuvres de ce graveur et de son père, Jean Appier (2). 
Jusqu'alors, on avait généralement confondu ces deux 
personnages, et comme Hanzelet, plus rapproché de 
nous, a laissé des travaux d'un nombre très supérieur, 
— à cause aussi de la similitude des noms, — on lui 
attribuait en grande partie les travaux de son père ; 
mais, par un examen attentif, on devait finir par recon- 
naître que, si Hanzelet a été plus fécond, Jean Appier 
a été plus artiste. 

Cet examen, M. Favier l'a fait, et dans une intéres- 
sante introduction à son catalogue, il a résumé la vie de 
ces deux graveurs ; nous pourrons nous borner à ex- 
traire quelques renseignements de l'étude de notre 
confrère. 

(1) b"" de Rivières, Inscriptions et devises horaires ; 
Tours, 1881, in-8, 117 p , fig. — Ce travail est extrait du 
Bulletin Monuynental, où des suppléments ont été publiés 
postérieurement par le même auteur. On lira d'autres ins- 
criptions analogues dans : Mgr X. Barbier de Montault, 
Traité pratique de la construction des églises, I, 77-78 ; 
Blavignac ; La cloche, p. 70. 81, 82, 83, 86, 88 ; etc. 

(2) y. la troisième note de cet article. 



- 394 — 

Durival dit posivement, en parlant d'Haraucourt-lez- 
Saint-Nicolas : « C'est la patrie de Jean Appier Hanze- 
let, mathématicien et graveur, né le 15 novembre 1596, 
mort en 1647. » Il était fils de Jean Appier, également 
graveur, qui habita Nancy et vivait encore en 1615 ; 
dans un document de 1605, celui-ci est qualifié d'ingé- 
nieur. Le surnom de Hanzelet apparaît pour la première 
fois en 1619; le jeune graveur le reçut, ou le prit, proba- 
blement afin d'être distingué de son père : c'est un dimi- 
nutif de Hanz, synonyme de petit Jean, qui ne tarda pas 
à primer complètement sur les noms de baptême et de 
famille. « Si Hanzelet, dit M. Favier, n'a pas été un 
chalcographe bien remarquable, c'est sans doute parce 
qu'il taisait trop de choses à la fois. Dès 1620, nous le 
voyons publier un recueil de machines plus ou moins 
ingénieuses, à l'invention desquelles il avait dû consa- 
crer beaucoup de temps. En 1626-1627, il est « maître 
« des feux artificiels », joignant la pratique à la 
théorie.... De 1623 à 1628, il est imprimeur juré de 
l'Université de Pont-à-Mousson. Il ne put continuer ce 
métier plus longtemps, sans doute à cause d'une 
disgrâce qu'il encourut de la part du recteur... » 

Hanzelet semble avoir habité Pont-à-Mousson au 
moins de 1618 à 1630, époque depuis laquelle il ne 
donne plus signe de vie en Lorraine (1). Aurait-il quitté 



(1) Nous trouvons, dans le Journal de Gabriel de Mar^ 
lorat ^Bar-le-Duc, 1892, p. 205), la curieuse mention suivan- 
te, que M. Favier n'a pu connaître : ce Le 23 janvier 1630, 
ont esté entérinées (en la chambre des comptes de Bar) les 
lettres patentes de S A. octroiées à Jean Appier, dit Hanze- 
let, sculpteur en taille douce, demeurant au Pont-à-Mousson, 
fils de Jean Hanzelet, vivant peintre, demeurant à Bar, de 
de l'état de contrechevaucheur en la gruyerie du Pont ; le 



— 395 — 

sa patrie à cause des misères amenées par la guerre de 
Trente-ans ; se serait-il retiré en Italie, y prostituant 
son burin pour vivre ? C'est ce que porterait à croire 
le Dictionnaire des graveurs de Basan, où il est dit de 
lui : « Graveur médiocre, qui n'a exercé son art qu'à 
des pièces obscènes ; il est rare qu'un habile artiste 
avilisse ses talents sur de pareils sujets. » Nous avons 
hâte d'ajouter qu'il n'existe encore aucune preuve à 
l'appui de cette allégation ; Basan paraît d'ailleurs 
se tromper en appelant notre chalcographe Augustin 
et en le faisant naître à Toul, en 1609. 

Vers la fin de son étude, dans le catalogue des 
pièces sans date, M. Favier en lait connaître une qui 
est analogue à la gravure de notre table d'horloges et 
dont il convient par conséquent de reproduire la des- 
cription. Après avoir parlé de l'objet dont nous nous 
occupons, il s'exprime ainsi : 

« A la suite de cette planche nous devons en signaler 
une autre (1), de dimensions beaucoup plus petites, 
qui, sans être signée, nous semble pourtant avoir été 
gravée par Hanzelet. C'est également une figure astro- 
nomique, mais destinée, cette fois, à l'impression. Dans 
les angles supérieurs de l'estampe, à gauche, le mono- 
gramme des Jésuites ; à droite, celui de la Vierge, ab- 
solument comme dans la pièce qui précède, et, ce qu'il 
y a de plus caractéristique encore, dans l'angle infé- 
rieur de gauche, les armes de Stainville semblables à 



serment pris par Maillet, président. S. A. luy donne gratis 
ledit estât, raoyannaat un livre en taille douce de plusieurs 
machines qu'il a présenté à Sad. A. » 
(1) « Collections Lucien Wiener. » 



— 396 - 

celles que tient un des personnages du cadran solaire. 
H. 111, L. 143. » 

Notre table d'horloges solaires est certainement l'une 
des productions les plus honorables de Hanzelet. 



VII 



Nous avons étudié successivement les différents mo- 
tifs iconographiques et les inscriptions de la table 
d'horloges. Il convient mainteant d'exposer le résultat 
de nos recherches sur les personnages dont elle porte 
les armes. 

« Antoine de Stainville, seigneur de Gouvonges, con- 
seiller d'Estat de S. A.. 1" gentilhomme de sa Cham- 
bre, bailly de Bar et capitaine de la compagnie des 
Chevaulx-légers de sadite A. (1) », était fils de Charles 
de Stainville, seigneur de Couvonges, et de Françoise 
du Châtelet, fille de Renaud du Châtelet et de Marie de 
Fresneau (2). La maison de Stainville, qui paraît s'être 
éteinte vers la fin du siècle dernier, était l'une des plus 
considérables du duché de Bar ; d'ancienne chevalerie, 
noble de nom (3) et d'armes, elle s'allia à nombre des 
meilleures familles de la Lorraine. 

Vers la fin du XV' siècle et le commencement du sui- 

(1) Husson-l'Escossois, Simj^le crayon, 1674, art. Stain- 
ville ; sur la même famille, voir le Hérault d'Armes de 
Dominique Callot (ms. Bibl. publ. Nancy) ; J. Cayon, An- 
cienn'} chevalerie; \q Bom Pelltier annoté; La Chesnaye- 
des-Boia, etc. 

(2) Cf. Dom Calmet, Maison du Châtelet, p. 185 et 186. 

(3) Stainville est une commune du canton d'Ancerville, 
Meuse. 



— 397 — 

vant vivait Louis, seigneur de Stainviile, dont deux en- 
fants, un fils et une fille, sont connus. La fille, Louise, 
épousa Jean VIII, comte de Salm ; leur petite-fille, Chris- 
tine deSalm, l'ut la femme du duc François II, chef de la 
Maison de Lorraine et dont la postérité existe toujours. 

Le fils fut Antoine I" de Stainviile, seigneur de Gou- 
vonges, bailli de Bar, mort en 1531 ; mari de Béatrixde 
Savigny. Ils eurent pour fils Antoine II de Stainviile, sei- 
gneur de Gouvonges, époux d'Anne d'Hangc^st, et pour 
petit-fils Gharles de Stainviile, dont il vient d'être parlé. 

Ges personnages ne possédaient-ils plus la terre de 
Stainviile, ou bien portaient-ils le nom de Gouvonges 
parce qu'il désignait une seigneurie plus considérable ? 
Nous ne savons. Toujours est-il que c'est à une bran- 
che cadette, issue d'un frère puiné de Gharles, que la 
terre de Stainviile paraît avoir appartenu dans la suite. 
Au XVIP, les chefs des deux branches prirent, sui- 
vant l'usage, la qualité de baron, en l'attachant à leurs 
deux seigneuries principales ; un peu plus tard, ils por- 
tèrent le titre de comte, sans que nous sachions s'il y 
eut érection légale. La branche de Stainviile s'éteignit 
en 1720, dans la maison de Ghoiseul, pour laquelle cette 
terre fut érigée en Marquisat le 7 avril 1722 (1). 

Nous avons retrouvé mention de quelques actes rela- 
tifs à Antoine 111 : 

1597 ou 1598. « Donation de la seigneurie de Morley 
à Antoine de Stainviile, comte (2) de Gouvonges (3). » 

(1) Dora Calmet, Notice; La Chesnayc-des-Bois ; F. 
Liénartl, Dict. topogr. de la Meuse. 

(2j Ce titre n'est pas admissible à l'époque indiquée; v. 
la note suivante. 

(3) H, Lepage, Invent. somm. des Archive-^ de laMeurthe, 
B. 69 : Lettres patentes, 1597-1598. — Nous avons tenu à 



— 398 — 

— « Antoine de Stainville, chevalier, seigneur de 
Gouvonges, Morley, etc., gentilhomme du cardinal de 
Lorraine, et sa femme Françoise de Mont pesât repren- 
nent Morley. 1598 (1). » — « Françoise de Montpezat, 
épouse d'Antoine de Stainville, seigneur de Gouvonge 
et de Morley, en 1598 (2). > Antoine « reprend en fief 
en 1602 (3). » La même année, le 4 décembre, « An- 
thoine de Stainville, chevalier, seigneur de Gouvonges. 
etc., » fournit son dénombrement « pour Gouvonges, 
etc., et pour moitié des moulins de Beurey et bois sis 
au finage dudit lieu appelé le Gout-de-Dombrules(4). » 
Le Ti octobre 1606, fut fait un rapport « sur la re- 
quête présentée au duc de Lorraine par madame de 
Stainville au sujet de la justice de Beurey (5). » An- 
toine fit, en 1612, des reprises semblables à celles de 
1598 (6). Dans les Offices de Lorraine, à l'article des 

examiner cet acte (f. 27) ; il témoigne qu'Antoine n'était pas 
qualifié comte, ni encore marié : 

a Lettres de confirmation et ampliationde la seigneurie de 
Morley pour Mens*" Je Gouvonge. 

» Charles... Comme le vingt deuxiesTfie de janvier de l'an 
présent quatrevingtz et dixhuict, pour plusieurs bonnes 
considérations, nous ayons donn?, ce Idé et transporté à An- 
thoine de Stainville et damoiselle Françoise de Montpesat, 
sa future femme, en faveur de leur mariage, la terre et 
seigneurie de Morley... etc. Nancy 25 janvier 1598. t 

(1) Dufourny : Table des noms d3 personnes, renvoyant 
aux : t. I, p. 892; t. VIIT, p. 4(53, 404. 

(2) Dufourny: t. II, p. 448. 

(3) Ibidem: t. II, p. 144 et 448. 

(4) G. Bonnabello, Benrey, 1885, p. 5, d'après Archives 
de la Meuse, B. 314, f» 20. 

(5) Ibid., p. 3, d'après les mêmes Arch., B. 347, f" 390 v». 

(6) Dufourny : t. I, p. 475. 



— â99 — 

Baillis de Bar. M. H. Lepage cite : « Antoine de Stain- 
ville, seigneur de Couvonges, conseiller d'Etat, pre- 
mier gentilhomme delà Chambre. 18 juin 1616 (1). » 
Le même seigneur faitd' « autres reprises en 1614 (2)». 
On trouve, dans les comptes du trésorier général des 
flnances, mention d'une somme payée en 1619, à « M. 
de Couvonges, conseiller d'Etat et bailli de Bar, pour 
un voyage à Tours vers le roi de France (3) ». — 
« Antoine de Stainville, chevalier, seigneur de Cou- 
vonges el de Morley, premier gentilhomme de la Cham- 
bre du duc de Lorraine, bailly et capitaine de Bar, re- 
çoit à vie un bois dit le Poncel, proche de Mussey. 
1620 (4). » Il est témoin en la même année (5). « Le 
duc Charles IV lui donne une pension en 1628 (6). » 

Nous croyons qu'Antoine III de Stainville mourut 
après 1630 (7) ; voici pourquoi. Vers 1631-1632, était 

(1) Mém. Soc. Arch. lorr., 1869, p. 117. 

(2) Dufourny : t. I, 765. 

(3) Lepage, Inv. somm., B. 1406. 

(4) Dufourny : t. Il, p. 55. 

(5) Ibidem : t. IX, p. 325. 

(6) Ibidem : t. II, p. 595. — On trouvera beaucoup d'au- 
tres renseignements sur Antoine III de Stainville dans le 
Journal de Gabriel Le Marloral, auditeur en la Cham- 
bre du conseil et des comptes de Barrois (1605 à 163$) ; Bar- 
le-Duc, 1892 (publié par la Société des Lettres... de Bar-Ie- 
Duc) ; V. la table des noms de personnes, au mot Couvon- 
ges. Cet ouvrage a paru postérieurement à la rédaction de 
notre travail, dont il nous paraît corroborer les conclu- 
sions. 

(7) Cette opinion, énoncée avant la publication du Jour- 
nal de Marloral (v. la note précédente), nous semble con- 
firmée par ce qu'on y lit à la page 219 : « Ce dimanche, 
2° novembre 1631, a esté leue en uostre chambre la commis- 



— 400 — 

lieutenant des mousquetaires du duc Charles IV un 
« Monsieur de Gouvonge (1) », ou le « sieur de Gou- 
vonges(:2) », qui ne saurait être que lefilsd'Antoine III; 
ce grade militaire semble une position de début et 
indique un homme encore jeune, tel que devait l'être, 
à cette époque, Antoine IV de Stainville. G'est donc, 
pensons-nous, Antoine III, qui^ dans les Institutions 
militaires d'H. Lepage, figure avec les litres de capi- 
taine d'infanterie vers 1622 (3), de capitaine de che- 
vau-légers en 1627 (4), puis de colonel d'infanterie et 
maître de camp vers 1629 (5) ; on pourra trouver sin- 
gulier de le voir servir presque à la fois dans la 
cavalerie et dans l'infanterie, mais le fait n'est pas ex- 
ceptionnel : aucun autre seigneur ou baron de Gou- 
vonges (qualité que l'on remarque à la dernière date) 
ne pouvait, à cette époque s'appeler autrement qu'An- 
toine de Stainville. et puisqu'il ne peut être question 
d'Antoine IV, alors simple lieutenant de mousque- 
taires, c'est donc bien de son père qu'il s'agit. 

Mais cette observation entraîne des conséquences 
importantes. M. A. Benoit, qui a consacré un ar- 

sion de M'" le duc François.... sigaé pour secrétaire Jania, 
qui le commet, en l'abseace du S"" de Co ivonge, bailly de 
Bar, eu rexercice de ladite charge... » Antoine de Stainville 
était-il seulement absent ou décédé? Il est curieux que, dans 
le mèmQ Journal, on voit son fils porter le titre de baron de 
Couvonges du vivant de son père. 

(1) H. Lepage, Institutions militaires, p. 164, note 3. 

(i*) Ibidem, p. 16G. 

(3j Ibidem, p. 255. 

(4) Ibidem, p. a78. 

(5) Ibidem, p. 274, 277, 282, 236. 



— 401 — 

ticle à Antoine IV de Slainville (1) a cru que c'est lui 
qui figure dans le Combat à la barrière, en février 
1627, et qui reçut, en 1629, « une mission assez déli- 
cate : celle d'annoncer à Louis XIII l'arrivée intempes- 
tive à Nancy du fameux Gaston d'Orléans et de calmer 
les inquiétudes justement motivées de Richelieu, dont 
les vastes plans étaient menacés par des cabales et de 
misérables intrigues (2) ». 

Il ne saurait être question que d'Antoine UI de Stain- 
ville, s'il ne mourut que vers 1630 ; on sait d'ailleurs 
qu'antérieurement, vers 1619, ce gentilhomme avait 
déjà été chargé d'une mission auprès du roi de France. 

On a vu (§ lll) qu'il existe au moins six terres appe- 
lées Montpezat, et peut-être plusieurs familles de ce 
nom ; il nous serait difficile de préciser l'origine de 
celle à laquelle se rattachait Françoise, femme d'An- 
toine III de Slainville ; les renseignements que nous 
avons recueillis sont trop fragmentaires, sinon contra- 
dictoires, et, quoiqu'on dise le Dictionnaire liéraldique 
de Grandmaison, le nom de Laugnac nous paraît ap- 
partenir au sud-ouest de la France, nullement à la 
Bourgogne ; l'alliance du premier de la famille qui vint 
en Lorraine fut faite dans une branche de la famille de 
Livron, qui habitait le Limousin (3) : les alliances anté- 
rieures paraissent désigner la même région. 

(1) Arthur Benoit, M. de Couvonge, de la Maison de 
Slainville, dans Mém. Soc. Arch. lorr. 1873, p. 368. 

(2) Ibidem, p. 372-373. 

(3) F. Perrin de Dompraartin, Héraut de Lorraine, ras. 
de 1654, et le Dom Pelletier annoté disent la famille de Li- 
vron originaire du Limousin ; Husson-l'Escossois et J. 

26 



— 402 — 

Le Hérault d'armes et Husson-l'Escossois remontent 
la généalogie de Françoise à son bisaïeul: I. Charles 
de Montpesat, époux de Jeanne de Rofjuefeuille; 
II. Alain de Montpesat. seigneur de Thonairs, époux de 
Marie de Maulesun ou Montlesun ; III. François de 
Montpesat, seigneur de Laugnac, époux de Nicole de 
Livron, fille de François de Livron, seigneur de Bour- 
bonne, et de Bonne du Châtelet(l); IV. Françoise de 
Montpesat. 

Nous n'avons fait aucune recherche sur la postérité 
d'Antoi::e III de Stainville, car cela nous aurait en- 
traîné trop loin ; un tel sujet mériterait une étude spé- 
ciale (2). Disons seulement qu'Antoine IV, sonfîlsaîné, 
parvint, le 26 janvier 1646, augrade de lieutenant-géné- 
ral et mourut le 25 novembre suivant, d'une blessure 
qu'il avait reçue le 21, au siège de Lérida (3). 

Cayon disent dvi Dauphiné. Dans un article de journal re- 
latif à la mort du marquis de Livron, décédé à Limoges, le 
2 septembre 1882, nous lisons : a La maison de Livron, ori- 
ginaire du Dauphiné, possédait la seigneurie de ce nom.... 
Vers 1236, elle quitta le Dauphiné, lorsque Bernard de Li- 
vron fut nommé par le roi grand ï=énéchal du Limousin... 
et s'établit dans les seigneuries de Wars, Larivière et Au- 
biac (actuellement Abjac, Corrèze).... C'est de là qu'est ."«or- 
tie la branche des marquis de Bourbonne et de Ville...., 
branche éteinte en 1728.... » 

Celte branche est précisément celle de Lorraine. 

(1) Cf. Dom Calmet, Maison du Châtelet, p. 201. Il dit 
que « François de Montpezat, Seigneur de Longnac (sic), » 
épousa Nicole de Livron en 1564. 

(2) Consulter A. Benoit, l. c, p. 3~7, et suiv., etc. 

(3) A. Benoit, /. c, p. 377. Cf. Dom Calmet, Maison du 
Châtelet, p. 186, qui le qualifie : « Comte de Couvongea, 



. — 403 — 

M. J. Favier a insisté sur la ressemblance qui 
existe entre le costume du tenant des armes de Stain- 
ville, qu'offre notre table d'horloges, et celui du Minos 
(Antoine de Gouvonges) que Gallol a gravé dans le 
Combat à la barrière, pour V Entrée de MM. de Coii- 
vonges et de Cbalabre (1). 

Le choix de ce travestissement est caractéristique : 
en se faisant représenter sous les traits de Minos, An- 
toine de Stainville voulut sans doute, suivant la remar- 
que de M. Favier, montrer qu'aux incontestables vertus 
guerrières de sa famille, il savait joindre les vertus ci- 
viles. Ce fait, uni à la présence de ses armes sur l'ob- 
jet que nous étudions, dispose à voir en lui un homme 
épris du goût de la science et possédant un esprit cul- 
tivé. 



VIII. 



Il nous reste à examiner quelle est la valeur techni- 
que du curieux objet qui nous occupe, et quelle a pu 
être sa destination. 

La série des horloges solaires figurées sur la table 
du Musée lorrain a-t-elle, au point de vue de la science, 
l'importanpe d'un document original? Peut-on, non- 

Marêchal des Camps et armées du Roi, Gouverneur de Ca- 
sai, marié à N.... le Danois, Dame de Romberes et du Mont 
S. Père. » 

(1) J. Favier l. c, p. 362; l'auteur a commis, croyons- 
nous, une légère inexactitude en ajoutant que cet Antoine 
est le même qui fut blessé mortellement au siège de 
Lérida : ce ne fut pas Antoine III, mais son fils, Antoine 
IV. 



— 404 — 

seulement leur assigner un rang honorable parmi les 
instruments similaires, mais encore y constater un 
progrès sur ceux qui avaient précédées ? Nous ne^ le 
croyons pas. Toutefois, en considérant cet objet sous 
l'aspect qui lui convient, savoir l'application des théo- 
ries en usages et l'imitation de modèles connus, nous 
préciserons son intérêt réel et nous arriverons peut-être 
à déterminer son origine ; les modifications, les altéra- 
tions volontaires que nous y reconnaîtrons serviront à 
fixer sa destination précise. 

Nul doute que le graveur, ou l'auteur du dessin qui 
lui fut fourni, ait pu s'inspirer de modèles courants, 
offerts par des ouvrages que possédait évidemment la 
florissante Université de Pont-à-Mousson. Nous ne 
pouvons citer une figure contemporaine pour la « Déli- 
néation gnomique des Azimuths et Almycantaraths » ; 
on ne faisait apparemment plus guère usage de ces 
dernières horloges astronomiques dans les cadrans ; 
mais, le tracé des quatre autres horloges se retrouve 
dans l'ouvrage d'un Jésuite, le P. Glavius, imprnné à 
Rome en 1581 (1). Les figures, garnies de beaucoup 



(1) L'obligeance de M. Favier nous a permis de le con- 
sulter à la Bibliothèque pubhque de Nancy : Gnomonices 
libri oclo, in qmbus non solum horclogiorvm solariim, sed 
aliarum, quoque rerum quœ ex gnomonis timbra coynosci 
possunt, descriptiones Geometrice demonstvulur. Auctore 
Christophoro Clavio, Ranib'^rgensi, Societatis Jesu. Rouue, 
apud Franciscum Janettuni. 1581, in-fol. — Sur la construc- 
tion des horloges solaires, voir aussi : Oronce Fine, De Sola- 
ribushorolcgiis et quadrantibus Libri quatuor; Paris, 1532, 
in-8°. — Dora Pierre de Sainte-Magdeleino d'Abbeville, 
Traité d horlogiographie ; Paris, 1565 ; autres éditions en 
1645, 1674, 1691 et 1701. — Saloraon de Caus, La pratique 



- 405 - 

moins d'inscriptions, mais compliquées des lignes né- 
cessaires à la déinonslralion et à la construction, ont le 
texte explicatif précédé des titres suivants : 

Meridianos, sou circulas longiludinnm civilalem, in 

eodem horologio liorizonlale descriJjore. 
Hovologium lialicum Horizontale conslituere. 
Horologium Babylonicam Iioriioniale constilr.ere. 
Horologium Antiquum liorizontalo conslituere. 

Le rayon du milieu de la première de ces figures est 
accosté du nom de Roma, la capitale du monde chrétien 

et démonstration des horloges solaires, avec un discoirs 
sur les proportions, tiré de la raison de la 33. Proposition 
du premier livre d'Euclide et autres raisons et Proportions, 
et Vusage de la Sphère Plaie; Paris, Hyerosme Droûart, 1624, 
petit in-fol. ^t Jacques Dudict, Le nouveau sciatere pour fabri- 
quer toutes sortes d'horloges solaires sans centre avec une 
seule observation du soleil ; Blois, Gauchor-Colas, 1631, pot 
iu-8». — Méthode universelle pour faire des quadt ans SO' 
laires de toute sorte ; 1639, in 8° fig. — A. Bosse, La ma- 
nière universelle de M. Desargues, Lyonnais, pour poser 
Vessieu, et placer les heures et autres choses aux cadra>is au 
soleil ; Paris, Des Hayes, 1643, in-8», 31 pi. — Le P. Pierre 
du Heaulme, Principe curieux pour faire tous cadrans so- 
laires; 1654. — Pierre Bobinet, L horographie ingénieuse 
contenant des connaissances agréables dans la composition 
des cadrans, etc. ; Paris, 1663, in-12. —Le P. Ignace Gaston 
Pardie, S. J., Deux machines propres à faire les cadrans 
avec une grarde facilité; Paris, 1687, in-12. — De La Hire, 
La gnomonique ou méthodes pour tracer des horloges so- 
laires ou cadrans ; Paris, 1698, in-12, pi. — Biaise, La 
gnomonique ou sciences des cadrans ; Paris, Boudet, 1744, 
in-8<> 6 pi. — Dom Bédos de Celles, La Gnomonique pra- 
tique ; Paris, 1760, 1764, 1774, 1777, 1780 et 17?0, in-8». — 
V. aussi Abbé R. Charles, Horloges et cadrans solaires du 
Maine; Le Mans, 1883, 8 p., et l'élégante plaquette deM. Ju- 



- 406 — 

et le lieu d'impression de l'ouvrage ; sur l'instrument 
lorrain, ce nom se trouve remplacé par un nom local 
et la figure a été adaptée à la situation géographique 
désignée, — c'est-à-dire, pense-t-on, à la ville de 
Pont-à-Mousson, — malgré une erreur de longitude de 
quelques degrés, existant généralement d'ailleurs sur 
les cartes de l'époque : c'est, à la vérité, non pas le 
nom de la petite ville universitaire, mais celui de Gou- 
vonges, orthographié inexactement par l'artiste mussi- 

les Planté, Gnomons et clepsydres ; Laval, 1890, in-4'', 31 
p., fig. — Dernièrement, le journal La Natuie (n»' du 13 
décembre 1890 et du 4 avril 1891, Les Cadrans solaires) a 
publié, en les expliquant scientifiquement, de 1res curieux 
instruments portatifs de la nature de ceux qui nous occu- 
pent. 

Nous trouvons, dans le récent catalogue Archéologie mo- 
numentale du Musée de Troyes (par M. Louis Loclert ; 1890, 
p. 140, n" 744), cette description d'un objet analogue : 

ot Fragment d'un curieux gnomon ou cadran solaire en 
pierre, de forme cubique, trouvé dans les fondations de la 
maison n» 5, rue du Petit-Chaillouet, â Troyes, — XVII« s. 

ce 11 portait sur trois faces de nombreux cadrans dont l'un 
est horizontal, l'autre incliné, d'autres creusés en forme do 
demi-sphère ou de demi-cône. Le même style sert pour le 
cadran horizontal et pour le cadran incliné ; il est remplacé, 
pour les autres, par un des côtés des diverses cavités. Au- 
tour de chacun d'eux était gravée une incription différente 
Nous n'avons pu lire que celle-ci : Sans y penser. » 

Voir aussi lo curieux cadran solaire décrit récemment 
dans le Bulletin de la Soc. archéol. dit midi de la France 
(séance du 2 décembre 1890) ; Toulouse, série in-8°, n" 7, 
1891, p. 15. Il cite le P. Maignan, de l'ordre des Minimes, 
Perspectiva horariœ, Rome, avant 1650. 

Nous avons récemment remarqué d'intéressants cadrans 
anciens au musée de Bâle (Suisse). Cs. en outre les tables 
du Magasin pittoresque. 



— 407 - 

pontain ; covvvnge (ou Coiivunge) ; toutefois, appliquée 
à ce lieu, l'erreur géographique seiait encore très- 
forte et ne paraîtrait guère excusable. 

Notre dévoué confrère M. le conseiller P. Lallemand, 
— qui, originaire de la Meuse, s'intéresait particulière- 
ment à l'étude de notre table d'horloges, — a bien 
voulu faire, dans d'anciens ouvrages de géographie, des 
recherches minutieuses, dont nous lui sommes fort re- 
connaissant, nous élant, relativement à celte question, 
rapporté entièrement à lui. « Je ne puis pas partager », 
nous disait-il, lorsque nous commencions la rédaction 
de notre travail, « l'opinion qui fait de ce cadran un 
simple instrument de démonstration ; je crois bien qu'il 
a été fait pour le château de Gouvonges. 

« Hanzelet, ou l'auteur qu'il a copié, a dû puiser 
tous ses renseignements dans l'Atlas de Mercator. 

« C'est là seulement que je trouve les noms, aujour- 
d'hui inconnus, des villes de Zabaspa, Port-Royal du 
Brazil, Brest du Canada, Picora, et de l'île imaginaire 
desSept-Citez. Je dois dire cependant que les longi- 
tudes qn'il assigne à ces lieux et à d'autres portés sur 
THoi'loge contenant les méridiens de quelques villes 
importantes du monde ne concordent pas exactement 
avec celles de Mercator. 

« Mais je crois qu'Hanzelet s'est fort peu préoccupé 
de l'exactitude : plus artiste que géographe, il a tenu, 
avant tout, à rendre son dessin élégant et symé- 
trique. 

« Sur la ligne médiane de ce cadran est inscrit le nom 
de Couvonres, ce qui, pour moi, lève tous les doutes 
sur sa destination. 

« Dans un tel cadran, en effet, le style, comme celui 



— 408 — 

du cadran des heures, doit couvrir de son ombre, à 
midi vrai, la perpendiculaire à la ligne de base. Les 
deux styles ayant la même orientation, l'accord ne peut 
se produire que dans le lieu pour lequel a été construit 
l'instrument. 

« Peut-on tirer argument des indications erronées en 
latitude et en longitude? Je ne le pense pas, car, au 
commencement du XYII» siècle les connaissances 
géographiques étaient bien rudimentaires. 

« Mercator, tout en fixant à l'Ile-de-Fer le méridien 
initial, donne pour Paris la longitude 23°20' ; pour 
Bar-le-Duc, 26°37' ; pour Pont-à-Mousson, è7°32'. D'a- 
près ces données, la longitude de Couvonges serait 
environ 26"30'. En la portant, en nombre rond, à 27", 
Hanzelet ne s'écarte pas trop de la vérité ; l'erreur 
serait un peu plus forte, mais de signe contraire, s'il 
s'agissait de Pont-à-Mousson. 

« Quanta la latitude 48''30Mndiquéeen tête du cadran 
central, elle ne diffère que de 10' de celle que l'on peut 
tirer de l'Atlas de Mercator qui assigne à Gommercy, 
ville située à peu près sur le même parallèle que Cou- 
vonges, la latitude 48°40 ; pour Pont-à-Mousson, il 
donne 48''54' ; l'erreur serait plus forte encore. 

« Pour mettre en évidence le peu d'exactitude des 
géographes du XVIP siècle, j'ai relevé sur quelques 
cartes la longitude de Metz et je trouve : 

D'après Jolivet : 28°25' (1). 
Fabert : 28''4'(2). 

(1) Vieille carte de France. 

(2) Description du Pays Messin et de ses confins. 



— 409 — 

Mercator: 27°40' (1). 
Jansonius: 27''15' (2). 
Nolin ; 26M0' (3). 

« Au XVIII* siècle, l'accord n'est pas parfait, mais les 
erreurs deviennent moins grandes. D'après la carte 
dressée en 1724 pour la première édition de l'Histoire 
de Dom Calmet, la longitude de Metz serait 23''59'. 

« Postérieurement, Robert de Vaugondy (4) et Vos- 
gien (5) donnent 23''5r. Ce dernier nombre serait 
exact s'il étaitvrai, comme l'admettent ces géographes, 
par une sorte de convention que je ne m'explique pas, 
que la différence entre le méridien de l'Ile-de-Fer et 
celui de l'Observatoire de Paris fût rigoureusement de 
20°. Dès avant 1724, cependant, les astronomes de l'A- 
cadémie des sciences avaient reconnu qu'elle devait 
être portée à 20''30'. (Légende d'un plan de Paris publié 
en 1724 par Danet, gendre de N. de Fer.) » 

Relativement a la destination locale de notre table 
d'horloges, il s'élève en somme une double présomp- 
tion : ou bien il s'agit d'une œuvre originale, faite pour 
l'Université de Pont- à-Mousson et offerte [)ar le sei- 
gneur et la dame de Couvonges, dont on aura inscrit 
par reconnaissance le nom féodal en lieu d'honneur, 

(1) Cette donnée est adoptée par Sanson d'Abbeville et 
plusieurs autres géographes. 

(2) Lotharingia ducatus. 

(3) Les duchez de Lorraine et de Bar. 

(4) Carte de Lorraine dressée en 1756 pour la lecture du 
mémoire de M. Durival l'aîné. 

(5) Dictionnaire géographique, édition de 1763. 



— 410 - 

opinion soutenue par plusieurs de nos confrères, ou 
bien ce cadran est la réplique d'un autre, destiné à 
cette institution, et sur lequel, outre des modifications 
possibles du décor, Tartiste aura remplacé le nom de 
Pont-à-Mousson par celui du château d'Antoine de Stain- 
ville, sans avoir suffisamment égard à la diflérence de 
longitude. Même dans cette hypothèse, que person- 
nellement nous croyons la plus probable, l'instrument 
conserverait une valeur sérieuse, surtout en l'absence 
de son congénère ; ajoutons qu'il a été découvert, il y a 
huit ans, à Ligny-en-Barrois (1), beaucoup plus près 
de Gouvonges que de Pont-à-Mousson. Si nous sa- 
vions qu3lles relations a pu avoir Antoine III de Stain- 
ville avec l'Université lorraine et avec Appier Hanzelet, 
le problème s'éluciderait peut-être, mais notre igno- 
rance à cet égard est complète. Ce gentilhomme a pu 
d'ailleurs, après avoir terminé ses études chez les Jé- 
suites, leur faire don d'un cadran de ce genre, et en 
commander un semblable pour lui-même (2). 

Quoi qu'il en soit, notre table d'horloges solaires a 
une relation incontestable avec l'Université de Pont-à- 
Mousson ; cette circonstance, surtout à l'heure actuelle. 



(1) Chez M. Lacour, sellier-bourrelier. Il a été acquis par 
le Musée lorrain sur les obligeantes indications de M. 
L. Maxe-Werly. Voir Journal Soc. Arch. lorr. , 1884, 
p. 196. 

(2) La publication du Journal de Gabriel le Marlorat 
vient (p. 144) nous fournir une preuve des attaches d'An- 
toine de Stainvilie avec la Compagnie de Jésus : « Led. 
jour, 28 mars 1624, a esté mise la première pierre de l'église 
des Jésuites de Bar, en la rue dos Juifs, par M' de Couvon- 
ge et s'' abbé de Lisle. » 



— 411 — 

ajoute un très grand intérêt à celui que cet objet offre en 
lui-môme , g-ràce à S3s figures astronomi(|ues , aux 
emblèmes qui le décorent, enfin par le nom du graveur 
et Part qu'il a mis dans son travail (1). 



(1) Nous devons, de plus, à M. P. Lallemand l'identifica- 
tion des six localités suivantes portées sur 1' « Horloge 
contenant les Méridiens « : 

Camboya, Cambodge. . 

Zabaspa de Turchestain, au £0» de la mer Caspienne. 

Port Royal au Brazil, sur la côte orientale du Brésil, à 
l'eiabouchure du San-Francisco. 

Isle des Sept Citez, île imaginaire que Mercstor place 
entre les Berraudes et les Iles du Cap Vert. 

Brest de Canada, au nord du golfe de Saint- Laurent, sur 
la côte méridional du Labrador. 

Picora, au Brésil, au confluent du fleuve des Amazones 
et du Purus. 



413 - 



LISTE DES SOCIETES SAVANTES 

AVEC LKSQULLLES LA SOCIÉTÉ d'aUCHÉOLOGIE ÉCHANGE SES 

PUBLICATIONS (1) 



Amiens. — Société des Antiquaires de Picardie. 

Angers. — Société industrielle d'Angers et du dépar- 
tement de Maine-et-Loire. 

Angers. — Société nationale d'Agriculture, Sciences et 
Arts d'Angers. 

Annecy. — Société florimontane d'Annecy. 

Arras. — Commission départementale des Monuments 
historiques du Pas-de-Calais. 

Auxerre. — Société des Sciences historiques et natu- 
relles de l'Yonne. 

Bar-le-duc. — Société des Lettres, Sciences et Arts de 
Bar-le-Duc. 

Beauvais. — Société académique d'Archéologie, 
Sciences et Arts du département de 
l'Oise. 

Belfort. — Société Belfortaine d'Emulation. 

Besançon. — Société d'émulation du Doubs. 

Bordeaux — Société archéologique de Bordeaux. 

(1; Les présidents des Sociétés dont le nom est précédé 
d'un astérisque, ont été nommés membres honoraires de la 
Société d'Archéologie, en souvenir des preuves de sympathie 
qu'elle a reçues de ces Compagnies à la suite de l'incendie 
de 1871, qui a partiellement consurr.é b Palais ducal, au- 
jourd'hui restauré. 



— 414 — 

Bourges. — Société des Antiquaires du Centre. 
Gaen. — * Société française d'archéologie pour la con- 
servation des monuments historiques. 
Chalon-sur-Saône. — Société d'Histoire et d'Archéo- 
logie de Chalon-sur-Saône. 
Chalons-sur-Marne. — Société d'Agriculture , Com- 
merce, Sciences et Arts du 
département de la Marne. 
Chambéry. — Académie des Sciences, Belles- Lettres 

et Arts de Savoie. 
Chambéry. — Société savoisienne d'Histoire et d'Ar- 
chéologie. 
Chartres. — Société archéologique d'Eure-et-Loir. 
Château-Thierry. — Société historique et archéolo- 
gique de Château-Thierry. 
CoLMAR. — Société d'histoire naturelle de Colmar. 
CoMPiÈGNE. — Société historique de Compiègne. 
CoNSTANTiNE. — Sociéte archéologique de la province 

de Constantine. 
Dax. • - Société de Borda. 
Dijon. — * Commission des Antiquités du département 

de la Côte-d'Or. 
Draguignan. — Société d'études historiques et archéo- 
logiques de la ville de Draguignan. 
Epinal. — ' Sociéte d'Emulation du département des 

Vosges. 
Fontainebleau. — Société historique et archéologique 

du Gatinais. 
Grenoble. — Académie delphinale. 
Le Havre. — Société nationale havraise d'études di- 
verses. 
Langbes. — Société historique et archéologique de 
Langres. 



— 415 — 

Limoges. — Société archéologique et historique du 

Limousin, 
Macom. — Académie de Màcon. 
Lp Mans — Société historique et archéologique du 

Maine. 
Marseille. — Académie des Sciences, Belles-Lettres 

et Arts de Marseille. 
Marseille. — Société de Statistique de Marseille. 
Metz. — * Académie de Metz. 
MoNTAUBAN. - Société archéologique de Tarn-et-Ga- 

ronne. 
MoNTBÉLiARD. — Société d'Emulation de Monlbéliard. 
Mulhouse. — Musée historique de Mulhouse. 
Nancy. — Académie de Stanislas. 
Nantes. — Société archéologique de Nantes et de la 

Loire-Inférieure. 
NÎMKs. — "Académie du Gard. 
Orléans. — * Société archéologique de l'Orléanais. 
Paris, antérieurement Lyon. — Musée Guimet. 
Paris. — Société nationale des antiquaires de France. 
Paris. — Société des Etudes historiques. 
Pau. — Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau. 
Poitiers. — * Société djs Antiquaires de l'Ouest. 
Reims. — Académie nationale de Heims. 
Saint-Dié. — Société philomathique vosgienne. 
Senlis. — Comité archéologique de Sentis. 
Sens. — * Société archéologique de Sens. 
Strasbourg. — Société pour la conservation des monu- 
ments historiques d'Alsace. 
Toulon. — Société académique du Var. 
Toulouse. — Société archéologique du Midi de la 
France. 



— 416 — 

Thoyes. — Société académique de l'Aube, 
Verdun. — Société philomalhique de Verdun (Meuse). 
Vitry-le-F'rançois. — Société des Sciences et Arts de 

Vitry-le-François. 



SOCIETES ETRANGERES 

Anvers. — Académie d'Archéologie de Belgique. 
Arlon. — Institut archéologique du Luxembourg. 
Bruxelles. — Société belge de Numismatique. 
Bruxelles. — Société des BoUandistes. 
Bruxelles. — Société d'Archéologie de Bruxelles. 
Enghien. — Cercle archéologique d'Enghien (Bel- 
gique). 
Gand. — Comité central de publication des Inscriptions 
funéraires et monumentales de la Flandre 
orientale. 
Liège. — Institut archéologique liégeois. 
Liège. — Société libre d'Emulation de Liège. 
Luxembourg. — "Institut royal grand-ducal de Luxem- 
bourg (section des sciences histo- 
riques). 
MoDÈNE. — R. Academia di Scienze, Letlere ed Arti 

in Modena. 
Namuh. — Société archéologique de Namur. 
Rome — Commissione archeologica comunale di Roma. 



LISTE DES MEMBRES 

DE LA SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE 

ET DU MUSÉE HISTOKIOUE LORRAIN 
au 1" Janvier 1803 



Bureau fie la Société élu pour Tannée 1893 - 1893. 

Président, Charles Guyot. 

Vice-président, Léopold Quintard. 

Secrétaire perpétuel ) ^ . 
„.,,.,, .  , . . { Leoa Germain. 
Bibliothécaire- Archiviste ) 

Secrétaire annuel, Raymond de Souhesmes. 

Trésorier, René Wiener. 

Secrétaires adjoints : Pierre de Lallemand de Mont et 

Emile Duvemoy. 



Conservateur du Musée lorrain, Lucien Wienek 
Conservateur honoraire, Charles Cournault. 



membres Itoiioraires. 

Montesquieu (le vicomte de;, ancien préfet de Meurthe-et- 
Moselle, ancien conseiller d'Etal, à Paris. 

Joybert (Madame la baronne de) au château de Saulxures- 
les-Nancy. 

27 



II 

Le Directeur de la Société française d'Archéologie pour la 
coaservation et la description des Monu- 
ments (1). 

Le Président de la Commission des Antiquités du départe- 
ment de la Côte-d'Or. 

— de la Société d'Emulation des Vosges. 

— de l'Académie de Metz. 

— de l'Académie du Gard. 

— de la Société archéologique de l'Orléanais. 

— de la Société des Antiquitaires de l'Ouest. 

— de la Société archéologique de Sens. 

— de l'Institut royal grand-ducal de Luxembourg 

(section des sciences historiques). 

membres perpétuels (^). 

* Courcel (Valentin de) rue Vaugirard, 20, Paris. 

* Florange (Jules), 21, quai Malaquais, Paris. 

* Germain (Léon), membre de l'Académie de Stanislas, rue 

Héré, 26. 
-j- Gouy (Jules), ancien magistrat, membre de l'Académie de 
Stanislas. (Mort à Nancy le 16 février 1892)i. 

* Guyot (Charles), professeur à l'Ecole forestière, membre 

de l'Académie de Stanislas, rue Girardet, 10. 



(1) La Société a conféré le titre de membre lionoraire aux présidents 
des Sociétés qui, après l'incendie du Palais ducal en 1871, ont bien 
ronln lui donner des témoignages de sympathie, soit en souscrivant pour 
la reconstruction de l'édifice, soit en envoyant la collection de leurs 
publications à la bibliothèque du Musée. 

,2) Le titr» de membre perpétuel est acquis par le versement en one 
seule fois d'une somme de 200 francs. 11 donne droit à la distribution 
gratuite des Mémoires et du Journal de la Société. (Arrêté ministériel du 
16 juin 1891, autorisant cette disposition additionnelle au Règle- 
ment.) 

Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des membres abonnés 
au Journal mensuel de la Société. 

Les personnes dont le nom n'est suivi d'aucune indication de lieu, ont 
leur résidence à Nancy. 



m 



* Langlard, directeur d'assurances, 30, rue des Tiercelins. 
•\- Laprevote (Charles), ancien secrétaire perpétuel de la So- 
ciété (mort à Nancy le 12 juin 1886). 

* Larguillon (le commandant), faubourg Saint-Georges, 49. 
■f Meaume (Edouard), avocat, professeur à 1 Ecole forestière 

(mort à Paris le 5 mars 1886). 

* Thiéry (Emile), artiste peintre, à Maxéville près Nancy. 

* Wiener (Lucien), rue de la Ravinelle, 28. 

Membres titulaires. 

* Abel (Charles), ancien député, président de la Société 

d'Archéologie de la Moselle, rue Nexirue, 18, à Metz. 
Adam, président de chambre à la Cour d'appel, boulevard 

Sévigné, à Rennes. 
Adam, ancien maire de Nancy, rue Victor Hugo, 2. 

* Alsace, prince d'Hénin (le comte d'), au château de Bour- 

lémont, par Neufchâteau (Vosges), et 20, rue Washing- 
ton, Paris. 
Ambroise (Emile), avoué, docteur en droit, rue Gambetta, 
16, à Lunéville. 
" André, père, ancien entrepreneur, rue du Manège, 6. 

* André, architecte du département, rue d'Alliance, 12. 
Angenoux, président de chambre à la Cour d'appel, cours 

Léopold, 49. 

* Arth, propriétaire, rue de Rigny, 7. 

" Asher, libraire, Unter den Linden, 5, à Berlin. 
' Aubry, propriétaire de la manufacture de faïence de Bel- 
levue, près Toul. 

Audiat, doyen des conseillers à la Cour d'appel, membre 
de l'Académie de Stanislas, rue de la Ravinelle, 35. 

Authelin, professeur au Lycée, rue des Tiercelins, 44. 

Avout (le baron Auguste d') ancien magistrat, rue de 

" Mirande, 14, à Dijon (Côte-d'Or). 

Baradez, ancien adjoint au Maire de Nancy, ancien pré- 
sident du Tribunal de commerce, rue du Montet, 6. 



IV 



Barbas (Eugène), commandant au 132* de ligne, à Reims, 
6, rue Lafayette. 

Barbey (Adrien), rue Sainte-Catherine, 5. 

Barbey (George), à Corre (Haute-Saône). 

Barbier (l'abbé), curé de Saint-Vincent-Saint-Fiacre, 
impasse Saint- Vincent; 7. 

Barthélémy (François), membre de l'Académie de Stanis- 
las, rue du Faubourg des Trois-Maisons, 22 bis. 

Bastien (Félix), banquier, rue de Phalsbourg, Paris. 

Bastien (Pierre), greffier en chef de la Cour d'appel, rue 
Désilles, 4. 

Bauf f remont- Courtenay, duc d'Atrisco (le prince de), rue 
de Grenelle-Saint-Germain, 87, Paria. 

Baumont, principal du Collège de Lunéville. 

Bausson (l'abbé), curé de Frolois, par Ceintrey (M.-et-M.). 

Beau, avoué au Tribunal, Grand'Rue (Ville- Vieille), 35. 

Beaudesson, directeur des contributions directes, rue de 
la Source, 31. 

Beauminy (Chrestien de), place de la Carrière, 45. 

Beaupré (Emile), propriétaire, rue de Serre, 18. 

Beauzée-Pinsart, sculpteur, à Stenay (Meuse). 

Bénard (l'abbé), aumônier de la Chapelle ducale de Lor- 
raine, rue Trouillet, 9. 

Benoit (Arthur), homme de lettres, à Berthelming, par 
Fénétrange (Lorraine). 

Benoit (Charles), doyen honoraire de la Faculté des let- 
tres, membre de l'Académie de Stanislas, rue Le Pois, 9. 

Bergeret, lithographe, rue de la Salpêlrière, 3 

Bernard de Jandin, ancien magistrat, rue Montesquieu, 16. 

Berger -Levrault (Oscar) , imprimeur-libraire , rue des 
Glacis, 7. 

Bertier (Emile), avoué à la Cour d'appel, place de la 
Carrière, 8. 

Berlin (Charles), propriétaire, rue Le Pois, 6. 

Beugnet (l'abbé), professeur au grand Sénninaire. 



V 

Bibliothèque (la) de la Ville de Bar-le-Duc (Meuse). 
Bibliothèque (la) du British Muséum, à Londres. 
Bibliothèque (la) de la Ville d'Epinal (Vosges). 
Bibliothèque (la) de la Ville de Longwy (M.-et-M.) 
Bibliothèque (la) de la Ville de Lunéville. 
Bibliothèque (la) de l'University Library, Cambridge. 
Bibliothèque (la) de la Ville de Verdun (Meuse) 
Bigorgne, professeur au lycée Condorcet, 24, ; ue de Châ- 

teau-Landon, Paris. 
Bizemont(le vicomte de), ancien officier supérieur, au châ- 
teau du Trembloye, commune de Bouxières-aux-Chênes. 
Bleicher, professeur d'histoire naturelle médicale à l'Ecole 

supérieure de pharmacie, membre de l'Académie de 

Stanislas, cours Léopold, 9. 
Bloch (J.), grand Rabbin du Consistoire Israélite, 18, rue 

de l'Equitation. 
Blondlot, maître do conférences à la Faculté des sciences, 

quai Claude le Lorrain, 8. 
Bollemont (Alfred de), rue de la Primatiale, 30. 
Bonnabelle, correspondant de la Société pour l'instruction 

élémentaire, rue Nève, 37, à Bar-le-Duc (Meuse). 
Bonneau (l'abbé), curé de Burey-en-Vaux, par Vaucou- 

leurs (Meuse). 
Bonnejoy, docteur en médecine, rue de Mariraer, 15, à 

Chars-en-Vexin (Seine-et-Oise). 
Bonvalot, ancien magistrat, rue Cassette, 3, â Paris, 
Boppe (Auguste), secrétaire de la légation à Lima 

(Pérou). 
Boppe (Lucien), sous-directeur de l'Ecole forestière, rue 

de la Commanderie, 21, 
Bossert, bijoutier, rue Saint-Dizier, 45, 
Bossu (Lucien), procureur de la République, à Boulogne 

(Pas-de-Calais). 
Bœswilwald, architecte, inspecteur général des monu- 
ments historiques, rue Hautefeuille, 19, à Paris. 



VI 

Boucher (Emile), Grand'Rue (Ville-Vieille), 76. 
Bouillet (l'abbé), rue de la Trinité, 3, à Paris. 

* Boulangé, aocien magistrat, â Remiremont (Vosges). 
Bour (Ch irles), propriétaire, cours Léopold, 18. 
Bourcier (le comte Charles de), au château de Bathelé- 

mont-sur-Seille, par Marsal (Lorraine). 

* Bourgeois , archiviste du département de Loir-et-Cher, 

avenue Paul Reneaulme, 3, â Blois (Loir-et-Cher). 
Bourgogne (Frédéric de), propriétaire, à Lamarche 
(Vosges). 

* Bourgon (Désiré), architecte, élève de l" classe de l'Ecole 

des Beaux-Arts, rue des Michottes, 11. 

* Boursier (Charles), notaire, rue Saint-Jean, 54. 

' Bouvet (le baron de), â St-Remy-en-Bouzemont (Marne). 
Bouvier (de), conseiller honoraire à la Cour d'appel, rue 
Trouill t, 7. 

* Boyé (Pierre), licencié en philosophie, rue Baron Louis, 1. 

* Brassart, archiviste de la ville de Douai, rue du Caute- 

leux, 63, à Douai (Nord). 
Brenier (l'abbé), curé d'Epinal (Vosges). 
" Braux (Gabriel de Piat de), âBoucq, parFoug (M.-et-M.). 

* Bretagne (Ferdinand), contrôleur des contributions di- 

rectes, rue de la Ravinelle, 41. 

* Briard (Emmanuel), avocat, rue des Carmes, 34. 
' Brice (le général), place de l'Académie, 8. 

* Briey (le comte Herbrandt de), chambellan de S. M. 

l'empereur d'Autriche, 41,rueGodot de Mauroi, Paris. 

* Brincourt (J.-B.), rue Blanpain, 2, à Sedan (Ardennes). 

' BruUard (le docteur), château de Gondreville (M.et-M.). 
Bruyères (Ch. de), avocat, à Remiremont, (Vosges). 

* Buffet (Aimé), inspecteur général des Ponts-et-Chaussées 

en retraite, quai Henry IV, 46, Paris. 

* Buffet (Louis), membre de l'Institut, sénateur, ancien rai- 

aistre, rue de Saint-Pétersbourg, 2, Paris. 

* Buffet (Louis), ingénieur des Pnnts-et-Chaussées, rueSte- 

Catherine, 19. 



TIl 

* Buffet (Paul), rue Cassette, 18, Paris. 

* Buisson (l'abbé), 14, rue Legeudre, Paris. 

* Burtin (V.), avocat, rue Mably, 3. 
Bussienne, propriétaire, à Dieulouard. 

* Buvignier-Glouet (Mlle Madeleine), rue Saint-Maur, 11, 

Verdun-sur-Meuse. 

Carrière (le vicomte de), à Mouzorgues, par Briatexte 
(Tarn). 

Castex (le vicomte Maurice de), ancien officier d'état- 
major, rue de Penthièvre, 6, Paris. 

Cerf, notaire, à Rosières-aux- Sali nés. 

Chanel (l'abbé), professeur au pensionnat de la Malgrange. 

* Chapelier (l'abbé), curé doyen de Lamarche (Vosges). 
Chassignet, sous-intendant militaire en retraite, membre 

de l'Académie de Stanislas, rue de Boudonville, 18. 

* Chariot (Alexandre), ancien magistrat, rue des Domini- 

cains, 5. 

* Châtelain (E), professeur de philosophie au Lycée, rue de 

Boudonville, 24. 
Châtelain (l'abbé), professeur de philosophie, à Ste-Croix, 
boulevard Victor-Hugo, 15, Neuilly-sur-Seine. 

* Chatton (l'abbé), curé de Velaine-sous-Amance (M.-et-M.) 

* Chenut (Emile), juge de paix du canton ouest de Nancy, 

rue de la Ravinelle, 16. ^ 

Chevreux, archiviste, rue des Bourdonnais, à Paris. 
Chicoulan, proviseur au Lycée d'Annecy. 

* Christophe (Henri), lithographe, rue d'Amerval, 10. 
Claudot, entrepreneur de bâtiments, rue du Joli-Cœur, 3. 

* Claudot (Camille), inspecteur-adjoint des forêts. 14, rue 

Grandville. 

* Cloud (Victor), négociant, Grande-Rue, 30, à Blâment. 

* Coëtlosquet (Maurice du), rue Sur Broué, à Rambervillers 

(Vosges). 

* Coliez (Emile), docteur en médecine, à Longwy-Haut. 

* Collenot (Félix), ancien magistrat, rue d'Alliance, 9. 



VIII 

CoUignon, raédecia-major, rue de la Paix, 42, à Cher- 
bourg (Manche). 
CoUignon, professeur à la Faculté des Lettres, rue Jeanne 

d'Arc, 2 bis. 
CoUin, notaire, rue de la Hache, 64. 
Condé (baron de), directeur d'assurances, rueGambetta, 38. 

* Contai (Edmond), avocat à la Cour d'appel, rue Sainte- 

Catherine, 29. 
Cordier (Julien), député de l'arrondissement de Toul, 
boulevard Latour-iMaubourg, 19, à Paris. 

* Costé, ancien conseiller de Préfecture, rue Stanislas, S)4. 

* Cournault (Charles), rue de la Rivière, à Malzéville. 

* Courtois, avocat à la Cour d'appel, place de la Carrière, 41. 

* Crépin-Leblond, imprimeur-éditeur, passade du Casino. 
Crevoisier d'Hurbache (René de), avocat à la Cour d'ap- 
pel, place de la Carrière, 9. 

Cuny (V.), artiste peintre chez M. Majorelle, rue Girar- 
det, 4. 

* Cuvier, ancien pasteur, membre de l'Académie de Stanis- 

las, faubourg Stanislas, 29. 
Dannreuther, pasteur de l'Eglise réformée, rue de la 

Banque, 51, à Bar-le-Duc (Meuse). 
Dartein (l'abbé de), ancien professeur à l'école Saint-Si- 

gisbert, rue de Rigny, 22. 

David (Louis), à Vaucouleurs (Meuse). 

David (Paul), ancien sous-préfet, quai Claude-le-Lorrain, 
12. 

Debuisson (Eugène), à Bayon. 

Degermann (Jules), rentier, à Sainte-Marie-au.K-Mines 

(Alsace). 

Déglin (Henri), avocat à la Cour d'appel, rue Saint-Geor- 
ges, 19. 

Degoutin (Maurice), château de Reraonvaulx, prés Bayon- 
ville (M.-et-M.). 

* Délavai (Albert), à Saint-Max, près Nancy. 



IX 

Démange frabbé), directeur de l'école Saint-Léopold, rue 
de la Pépinière, 26. 

Démange (l'abbé), curé de Blénod-les-Toul. 

Denis (Albert), président du Cercle sténographique de la 
Lorraine, avocat, à Toul. 

Denis (Charles}, lieutenant au S* bataillon d'infanterie 
légère d'Afrique, au Kef (Tunisie). 

Denis (Paul), président du Tribunal de Toul. 

Depautaine, docteur en médecine, membre du Conseil 
général de la Meuse, â Gondrecourt (Meuse). 

Didierjean (le comte), directeur des cristalleries de Miinz- 
thal-Saint-Louis, par Leraberg (Lorraine). 

Didier-Laurent (l'abbé), ancien directeur de l'école Saint- 
Joseph, à Reiras (Marne), curé de Thiéfosse, par Vagney 
(Vosges). 

Digot (Alfred), propriétaire, rue des Ponts, 48. 

Dinago, conseiller de Préfecture de la Haute-Saône 
(V'esoul). 

Domgermain (le comte de), rue de Lille, 3, à Paris, et à 
Phlin (M.-et-M.). 

Dorveaux (Paul), bibliothécaire de l'Ecole supérieure de 
pharmacie, avenue de l'Observatoire, 4, à Paris. 

Doyotte (l'abbé), curé de Haroué (M.-et-M.). 

Dumast (le baron Guerrier de), conservateur des forêts 
en retraite, place de la Carrière, 38. 

Dumont (Paul), docteur en droit, sous-bibliothécaire uni- 
versitaire, place de la Carrière, 16. 

Durand (G.), archiviste du département de la Somme, rue 
des Jacobins, 71, â Amiens. 

Duval (Louis), négociant, rue Notre-Dame, à Bar-le-Duc. 

Duvernoy (Emile), archiviste du département de Meurthe- 
et-Moselle, hôtel et rue de la Monnaie. 

Eauclaire (rabbé),curé de Rosières-aux-Salines (M.-et-M.). 

Ebel (Charles), rue Saint-Dizier, 140. 
 Elle (Robert), inspecteur des forêts, Neufchâteau (Vos- 
ges). 



Elie-Lestre, ancien officier de cavalerie, cours Léopold, 43. 

Espée (le baron Marcien de 1'), rue Casimir Périer, 11 
bis, à Paris, 

Evrard (Jules), banquier, à Mirecourt (Vosges). 

Favier, conservateur de la Bibliothèque publique, rue 
Jeanne-d'Arc, 2. 

Ferry, notaire, à Saint-Loup (Haute-Saône) . 

Feyen, ancien notaire, à Pont-à-Mousson, 

Fliche (Paul), professeur à l'Ecole forestière, membre de 
l'Académie de Stanislas, rue Saint-Dizier, 9. 

Florentin (Jules), à Forcelles-sous-Gugney, par Diarville 
(M.-et-M.) 

Fonld (Alph.), maître de forges, rue Girardet, 4. 

Fourier de Bacourt (le comte Etienne), rue Cortambert 
à Passy-Paris. 

Fourmann (l'abbé), curé de Bionville (M.-et-M.). 

Fournier, docteur en médecine, à Rambervillers (Vos- 
ges). 

François, ancien notaire, rue de Thionville, 5. 

Frémotte, peintre-verrier, rue St-Jean, 50, à Neufchâteau 
(Vosges). 

Fringant (l'abbé), curé d'Allamps, par Vannes-le-Châtel, 
(M.-et-M.) 

Fringnet (Alphonse), proviseur du Lycée Lakanal, rue 
Houdan, à Sceaux (Seine). 

Friot, docteur en médecine, rue Saint-Nicolas, 29. 

Froment, ancien magistrat, à Epinal (Vosges). 

Fruminet (l'abbé), curé-archiprêtre de Saint- Jacques, à 
Lunéville, place de l'Eglise, 1. 

Galle (Emile), industriel, membre de l'Académie de Sta- 
nislas, avenue de la Garenne, 9. 

Gallois (l'abbé Théophile), vicaire à Montmédy (Meuse). 

Gandelet (le comte Albert), chambellan de S. S. Léon XIII, 
place d'Alliance, 5 bis. 

Ganier, juge au Tribunal civil de Nancy, rue du Mon- 
tet, .5. 



XI 



* Gargam (Louis), commandant d'infanterie en retraite, rue 

de Strasbourg, 87. 

Garnier, ancien juge au Tribunal civil, rue de la Sour- 
ce, 8. 

Gauchier (Christophe), peintre, à Moyenvic (Lorraine). 

Gegout (Emile-Bernard), à Vezelise. 

* Gegout, conseiller à la Cour d'appel, faubourg Saint- 

Jean, 21. 

* Genay, architecte, inspecteur des édifices diocésains, rue 

Baron-Louis, 21. 

* Genay (Paul), agriculteur, à Bellevue-Chanteheux, par 

Lunéville. 
Génin (André), capitaine au 26* de ligne. 

* George (Amédée), rue de Toul, 12. 

Gérard (Albert), avocat, à Saint-Dié (Vosges). 

Gérard, inspecteur principal aux Chemins de fer de l'Est, 

à Troyes. 
Germain, conseiller à la Cour d'appel, rue de Metz, 24. 
Gigout (Léopold), architecte, rue Gambetta, 10. 

* Gilbert, conservateur du Musée de Toul. 

* Gillant (l'abbé), curé d'Auzéville, par Clermont-en-Ar- 

gonne (Meuse). 

* Gironcourt (de), conducteur des ponts et chaussées, rue 

Désilles, 5. 
Gomien (Paul), sous-intendant militaire, à Limogps 

(Haute-Vienne). 
Gondrecourt (le comte René de), ancien conseiller de 
Préfecture, rue Saint-Michel, 26. 

* Gossé (l'abbé), vicaire à la paroisse St-Jacques, à Lunéville 

(Meurthe-et-Moselle). 
' Goury (Gustave), avocat à la Cour d'appel, rue des Tier- 
celins, 5. 

* Goutière-VernoUe (E.), rue de la Pépinière, 7. 

* Gouy de Bellocq-Feuquières (Albert), ancien officier 

d'état-major, rue d'Alliance, 9. 



XII 



Grand-Eury (l'abbé), curé do Champigneulles (M.-et-M.). 

Grassot (l'abbé), cuié de Choîseul, par Merrey (Haute- 
Marne). 

Grosjean-Maupin, libraire, rue Héré, 50. 

Guérin (Raoul), pharmacien aide-major au 1" corps d'ar- 
mée, 47, rue de Flandre, au Tréport (Seine-Inférieure). 

Guérin (Edmond), rue des Capucins. 6, à Lunéville. 

Guillon (Auguste), ancien sous-officier, voyageur et pro- 
priétaire, au Carel, à Cormolain (Calvados^ 

Guinet (A.), entrepreneur de bâtiments, rue de Serre, 8. 

Guichen (Eugène de), 59, rue Pierre Charron, Paris, 

Gutton (Henri), architecte, rue Gambetta, 42, 

Guyot (A.), contrôleur principal, chef de bureau des 
douanes, rue du Tapis-Vert, 1. 

Haelly (le docteur), maire de Champenoux (M.-et-M.). 

Haldat du Lys (Charles de), cours Léopold, 36. 

Hamonville (le baron Louis d'), conseiller général, maire 
de Manonville, au château de Manonville, par Noviant- 
aux-Prés (M.-et-M.). 

Hannequin, ancien magistrat, rue de la Ravinelle, 25. 

Hannoncelles (Gérard d'), président de chambre hono- 
raire à la Cour d'appel, rue ce la Source, 6. 

Harbulot (Louis), juge suppléant à St-Dié (Vosges). 

Harmand (l'abbé), supérieur de l'Orphelinat agricole, à 
Haroué (M.-et-M.). 

Hausen (d'), chat, de Sainte-Maria, parBlâmont (M.-et-M.) 

Haussonville (le comte d'), de l'Académie française, ancien 
député, rue Saint-Dominique, 41, à Paris. 

Hautoy (du), chaussée de DouUens, 45, à Amiens 
(Somme). 

Heitz, percepteur des contributions directes, à Vézelise 
(M.-et-M.). 

Henneze'. (le comte d'), à Villers-lès-Nancy. 

Henriet (Joseph), avocat, rue des Michottes, 11. 

Henry, professeur à l'Ecole forestière, quai Claude le 
LoPFain, 8 bis. 



ZIII 

' Héraule (de 1'), place de la Carrière, 27, Nancy. 
' Hermerel, 13, rue Oberkampif, Paris. 

Hertz (Adrien), ancien magistrat, rue Ste-Elisabeth, 41, 
à Lunéville, et à Sarreck, par Berthelming (Lorraine). 

Houx d'Hennecourt (du), propriétaire, à Pont-à-Mousson 
(M.-et-M.). 

Houzelle, instituteur à Montmédy (Meuse). 

Huber (Emile), manufacturier, à Sarreguemines. 

Hulot (le baron Joseph), 9, impasse Ste-Cécile. 

Humbertclaude (l'abbé), curé de Taintrux (Vosges). 

Husson (Auguste), sculpteur, à Blevaincourt, par Vré- 
court (Vosges). 

lohmann, bijoutier, rue des Carmes, 1. 

Jacob, archiviste du département de la Meuse et conser- 
vateur du Musée, place St-Pierre, 29, à Bar-le-Duc 
(Meuse). 

Jacques (l'abbé Victor), agrégé de l'Université, professeur 
â l'Ecole Saint-Sigisbert, place de l'Académie, 11. 

Jacquot (Albert), luthier, rue Gambetta, 17. 

Jasson, architecte de la Ville, rue de la Monnaie, 8. 

Jeandel, greffier au Tribunal de commerce, rue Isabey, 89. 

Jérôme (l'abbé), professeur au Grand Séminaire. 

Joly de Morey (Léon), au château de Morey, par Nomeny 
(M.-et-M.) et à Paris, 2, rue Miroménil. 

Jouve, bibliothécaire à l'Arsenal, impasse Excelmans, 
4, Auteuil-Paris. 

Joybert (le baron G. de), propriétaire, rue de l'Hospice, 49. 

Keller (Edmond), propriétaire, rue de Lorraine, 61, à 
Lunéville. 

Kesseling (le baron de), rue de Guise, 17. 

Klopstein (le baron Antoine de), conseiller général de 
Meurthe-et-Moselle, au château de Châtillon, près Cirey- 
sur-Vezouse (M.-et-M.). 

Kools (l'abbé), curé de Lorquin (Lorraine). 

Konarski (Wlodimir), vice-président du Conseil do Pré- 
fecture de la Meuse, à Bar-le-Duc 



XIT 

Krug-Basse, conseiller à la Cour d'appel, rue de Serre, 7. 

* Kuhn (l'abbé Hermanu), curé de Guéblaage, par Dieuze 

(Lorraine). 

* Labourasse, inspecteur de l'enseignement primaire en 

retraite, â Arcis-sur-Aube (Aube). 

Lacaille (Edmond), avocat à la Cour d'appel, rue Dom 
Calmet, 13. 

La Chapelle (de), rue de Boudonville, 14. 

Lâchasse, secrétaire de la Faculté de droit, place Car- 
rière, 20. 

* Lacour (l'abbé), chanoine honoraire, aumônier de Ste- 

Rose, rue du Manège, 13. 
Lagrange, ex-administrateur de la manufacture de glaces 
de Cirey, rue Bergère 18, à Paris. 

* La Grandville (de), au château de Tumejus, commune de 

Bulligny, près Toul (M.-et-M.). 
Lahaut (de), directeur des contributions indirectes en 
retraite, rue de la Rivière, à Verdun (Meusd). 

* Lallemand (Paul), conseiller à la Cour d'appel de Besan- 

çon, quai Veil-Picard, 55. 

* Lallemand de Mont (Pierre de), ancien secrétaire général 

de Préfecture, rue Girardet, 1. 

* Lallemant de Liocourt (Frédéric de), rue des Domini- 

cains, 40. 

* Lallement (Léon), 34, cours Léopold. 

* Lamasse, peintre, à Lunéville. 

* Lambel (le comte Alexandre de), maire de Fléville, ancien 

conseiller général. 

* Lambertye, marquis de Gerbéviller (de), château de Ger- 

béviller (M.-et-M.). 

* Lambertye (le comte Gaston de), Compiègne (Oise). 
Landreville (le marquis de), ancien conseiller général, rue 

Stanislas, 51. 
Landrian, baron du Montet (le comte de), rue Bailly, 7. 

* Lanternier, architecte, faubourg Stanislas, 38. 



Laprevote (Léon), ancien inspecteur-adjoint des forêts, 

quai Claude-le-Lorrain, 20. 
Laroche (l'abbé), curé de Damas-devant-Dorapaire (Vosges). 
Latoucbe (le baron Georges de), ancien sous-préfet, rue 

Girardet, 8. 
Laurent (A.), médecin-major au 48* d'infanterie, à Guin- 

gamp (Côtes-du-Nord). 
Laurent (Jules), sculpteur, rue du Montet, 19. 
Lauron (F. -H.), employé des Postes et Télégraphes, à 

Uzès (Gard). 
Lazar-Nathan, professeur, rue de l'Equitation, 48. 
Le Bègue de Germiny (le comte Marcel), avenue d'Antin, 

37 (Champs-Elysées), à Paris, et château de Béneau- 

ville, à Bavent (Calvados). 
Leblanc (Henri), marchand d'antiquités, rue Stanislas, 94. 
Lebrun (Léon), avocat, à Lunéville. 
Leclerc (René), ancien magistrat, avocat à la Cour d'appel, 

rue de la Commanderie, 11. 
Lefebvre (Henri), contrôleur des contributions directes 

en disponibilité, rue de Rigny, 17. 
Lederlin, doyen de la Faculté de droit, membre de l'Aca- 
démie de Stanislas, faubourg Stanislas, 12 bis. 
Legay, marchand d'antiquités, rue Stanislas, 26. 
' Legrand (l'abbé), curé de Beaumont-et-Louvemont, par 

Charny (Meuse). 
Legin (l'abbé), curé de Stùtzheim (Basse-Alsace) . 
' Lejeune (Jules), secrétaire perpétuel de l'Académie de 

Stanislas, rue de la Ravinelle, 22 bis. 
Lenglet (Paul), banquier, place de la Carrière, 38. 

* Lepezel, docteur en droit, juge de paix du canton de Lon- 

guyon (M.-et-M.). 

* Le Picard (Ch.) avocat, rue Girardet, 2 bis. 

* Leroy (l'abbé), curé d'Archettes (Vosges). 

* L'hôte (l'abbé), professeur au Grand Séminaire de Saint- 

Dié (Vosges). 



XVI 

Lhuillier, curé d'Abreschwiller (Lorraine). 
L'huillier, curé de Damblain (Vosges). 

* Lhulière, ancien entrepreneur, rue des Carmes, 40. 
Ligniville (le comte Gaston de), rue d'Alliance, 15, Nancy. 
Lombard (Paul), avocat, professeur à la Faculté de droit, 

rue Gambetta, 38. 

* Loppinet, inspecteur des forêts, à Verdun (Meuse). 
Loraux (l'abbé Arthur), curé de Grand-Verneuil, par 

Montmédy (Meuse). 
Lorrain (l'abbé), doyen du Chapitre de la Cathédrale, à 

l'Evêché. 
Lorrain (Aristide), juge de })aix du canton de Nomeny 

(M.-et-M.). 
Lorta, sous-directeur des contributions directes, à St-Dié 

(Vosges). 

* Loyseau du Boulay (Joseph-Auguste), ancien conducteur 

des PoDts-et-chaussées, â Auzéville (Meuse). 

* Ludre (le comte Gaston de), membre de l'Académie de 

Stanislas, château de Ludres, à Richardménil (M.-et- 
M.), et avenue Montaigne, 43, à Paris. 

* Luxer, conseiller â la Cour d'appel, rue Le Pois, 15. 
Luzoir, surveillant général au lycée Lakanal, à Sceaux, 

* Magnienville (de), secrétaire-adjoint de la Société histo- 

rique de Compiègne i^Oise), rue Saint-Lazare, 15, 
Magot, avocat, à Pont-à-Moussoo (M -et-M.). 

* Majorelle (Louis), industriel, place d'Alliance, 8. 

* Maihorty, chef d'escadrons au 8^ chasseurs, à Verdun 

(Meuse). 

* Manginot (l'abbé Eug.), professeur au Grand Séminaire. 

* Marchai (l'abbé), curé de Dieulouard (M.-et-M.). 
Marchai (Eugène), docteur en droit et en médecine, an- 
cien adjoint au Maire de Nancy, rue Saint-Michel, 23. 

* Marchai, ancien magistrat, à Hourmont (Haute-Marne). 

* Marcot (Léopold), ancien maire de Réméréviile, Grand'- 

Rue (Ville-Veille), 13. 



XVII 

Marcot (René), membre du Conseil municipal, rue de la 
Raviaelle, 13. 

Margo (Gaspard) , membre de la Chambre de com- 
merce, rue des Tiercelins, 16. 

Margon (le comte de), lieut. -colonel au 11* chasseurs, à 
Vesoul. 

Marichal (Paul), archiviste-paléographe, rue Cail, 23, 
Paris. 

Maringer, Maire de Nancy, conseiller général, faubourg 
Saint-Jean, 28. 

Marly, ancien adjoint au Maire de Metz, rue Le 
Pois, 11. 

Marquis, sénateur de Meurthe-et-Moselle, conseiller gé- 
néral, à Thiaucourt, et rue de Lille, 45, à Paris. 

Marsal (l'abbé), curé de Dieuze (Lorraine). 

Martin (l'abbé Eugène), docteur ès-lettres, professeur à 
l'Ecole Saint-Sigisbert, place de l'Académie, 11. 

Martin (l'abbé Numa), curé de Lisle-en-Barrois (Meuse). 

Martimprey de Roméconrt (Mme la comtesse Ed. de), 
château de Ludres, par Flavigny (M.-et-M.). 

Marton (l'abbé), ancien aumônier militaire, place d'Al- 
liance, 4. 

Martz (René), Procureur de la République, faubourg de 
Montbéliard, 2 à Belfort. 

Marx (Roger), homme de lettres), inspecteur des Beaux- 
Arts, rue Saint-Lazare, 24, à Paris. 

Mathieu (Ch.), ancien magistrat, rue de la Ravinelle, 33. 

Mathieu (l'abbé), curé de Ste-Geneviève, par Pont-à-Mous- 
son (M.-et-M.). 

Mathieu (S. G. Mgr.), évêque d'Angers (Maine-et-Loire). 

Mathiot (Paul), rue de Metz, 6. 

Mathis de Grandseille (René), rue de l'Université, 25, à 
Paris, et au château de Grandseille, par Blâmont. 

Mathis, préposé en chef de l'octroi, rue Saint-Jean, 54. 

Maure (Marcel), avocat, cours Léopold, 5. 

28 



XVIIl 



Maxant (Eugène), greffier de chambre à la Cour d'appel, 

rue St-Dizier, 161. 
Maxe-Werly, correspondant da ministère de l'instruction 

publique, rue de Rennes, 61, à Paris. 
Meixmoron de Dombasle (Charles de), directeur de la 

fabrique d'instruments aratoires, président de la Société 

centrale d'agriculture de Meurthe-et-Moselle, membre 

de l'Académie de Stanislas, rue de Strasbourg, 19. 
Meixmoron de Dombasle (Raoul de), rue de Strasbourg, 19. 
Mellier, inspecteur d'Académie, membre de l'Académie de 

Stanislas, rue Saint-Dizier, 138. 
Ménestrel (F.), inspecteur des forêts, à Darney (Vosges) 
Mengin (Henri), avocat à la Cour d'appel, place des 

Dames, 19. 
Mesmin, ancien magistrat, rue Ste-Catherine, 6. 
Metz (le baron Emmanuel de), lieutenant au 2* régiment 

de cuirassiers, Niort. 
Metz-Noblat (Antoine de), membre de l'Académie de 

Stanislas, rue de la Ravinelle, 27. 
Mézières (Alfred), professeur de littérature étrangère à la 

Faculté des lettres de Paris, membre de l'Académie 

française, député de l'arrondissement de Briey, boule- 
vard St-Michel, 57, à Paris. 
Michaut (Gabriel), ancien conseiller général, rue de la 

Gare, 18, à Lunéville. 
Michel (F.), cultivateur à Ugny, canton de Longuyon, par 

Cons-la-Grandville (M.-et-M.). 
Michon (Alfred), colonel d'artillerie, commandant le 8" 

régiment, rue Lafayette, 8. 
Miette, ancien magistrat, rue Paisible, 6, àPont-à-Mous- 

son (M.-et-M.). 
Millot (Charles), ancien officier de marine, chargé de 

cours à la Faculté des sciences, membre de l'Académie 

de Stanislas, rue Gilbert, 2. 
Mirbach (le comte de), à Harft" (^Prusse rhénane). 



XIX 

Miscault (de), rue d' Alliance, 5. 

Mitry (le comte Henry de), capitaine-commandant au 
6« chasseurs, Saint-^iihiel (Meuse). 

Mitry (le comte Georges de), commandant au 8* d'artil- 
lerie, rue du Haut-Bourgeois, 4, Nancy. 

Moidrey (Léon Tardif de), ancien magistrat, au château 
d'Hannoncellea, par ManheuUes (Meuse). 

Montjoie (de), au château de Lasnez, près Villers-lès- 
Nancy (M.-et-M.). 

Moreau, brasseur, à Vézelise. 

Morlaincourt (de), colonel d'artillerie en retraite, fau- 
bourg Saint-Jean, 28. 

Mortet (Léon), 54, faubourg Stanislas. 

Mossmann, archiviste de la Ville de Colmar (Alsace), rue 
Saint-Martin, 1. 

Mottet de la Fontaine, avocat à la Cour d'appel, rue 
Sainte-Catheriue, 3. 

Mourût (l'abbé), chevalier du Saint-Sépulcre, curé de 
Vomécourt-sur-Madon, par Mirecourt. 

Munier, ancien député, à Pont-à-Mousson, et boulevard 
Saint-Michel, 48, à Paris. 

Munier-Jolain, avocat à la Cour d'appel, rue Saint-Roch, 
17, à Paris. 

Nachbaur, avoué à Mirecourt (Vosges). 

Nettancourt-Vaubecourt (le marquis de), au château de 
Nettancourt, par Revigny (Meuse) . 

Nicolas (Eugène), avocat à la Cour d'appel, place Saint- 
Georges, 80. 

Noël, dentiste, rue des Carmes, 33. 

Noël, ancien magistrat, rue des Jardiniers, 2. 

Noiriel (J.), libraire de la bibliothèque publique de 
Strasbourg, rue des Serruriers, 27, Strasbourg. 

Norberg, membre de la Chambre de commerce, rue des 
Glacis, 7. 

O'Gorman (le comte), rue Saint-Dizier, 19. 



XX 

* Oleire (E. d'), libraire, Munsterplatz, Strasbourg. 

Olry (l'abbé) aumôuier de l'hôpital civil et militaire, à Toul. 
Pange (le comte Maurice de), La Maisou-Verte, à Saint- 
Germaia-en-Laye (Seine-et-Oise). 

* Paquatte (l'abbé), directeur des sœurs de la Doctrine 

chrétienne. 
Parisel (V.), instituteur en retraite, à Malaincourt, par 

Bourmont (Haute-Marne). 
Pariset, maître de conférences à la Faculté des lettres, 

1, rue St-Lambert. 

* Parisot (E.-S.), agrégé d'histoire, rue des ïiercelins, 52. 

* Paul, notaire, rue (ie la Monnaie, 4. 

* Paulus (l'abbé), à Puzieux par Delme (Lorraine). 
Pèlerin (A), bibliothécaire à la Bibliothèque municipale, 

rue Saint-Jean, 51. 
Pellot (Paul), premier commis greffier au Tribunal, à 
Rethel (Ardennes). 

* Pernot, propriétaire, à Tramont-Emy (M.-et-M.). 

* Pernot du Breuil (Auguste), ancien magistrat, à Mirecourt 

(Vosges). 

* Perot, intendant militaire en retraite, rue St-Léon, 14. 
Perruchot, docteur en médecine, à Mellecey, par Givry 

près rOrbije (Saôae-et-Loire). 

* Petit, receveur de l'enregistrement en retraite, place 

d'Armes, 75, à Verdun (Meuse). 

* Petitdemange (labbé), curé-doyen de Monthureux-sur- 

Saône (Vosges), 
Pfister, professeur à la Faculté des lettres, membre de 

l'Académie de Stanislas, rue du Bastion, 11. 
Picard (l'abbé), chanoine titulaire de la Cathédrale, rue 

Saint-Dizier, 92. 

* Pierfitte (l'abbé), curé de Portieux (Vosges). 

* Pierre (Paul), peintre, rue des Dominicains, 20. 
Pierron (H.), docteur en médecine, à Pont-à-Mousson. 
lien on, libraire, lue Saint-Dizier, 112. 



XXI 

Pierrugues (P.-D), membre de la Société archéologique 
de Fiesole, 5, via délia Piazzuola, à Florence (Italie). 

Pierson, sculpteur-statuaire, à Vaucouleurs (Meuse). 

Pierson de Brabois, au château de Brabois, commune de 
Villers-Ies-Nancy, et rue de la Visitation, 1. 

Pimodan (le marquis de), au château d'Echêoay (Haute- 
Marne), et rue de l'Université, 18, à Paris. 

Piquemal, ancien capitaine d'artillerie, au château do 
Gentilly, commune de Maxéville, par Nancy. 

Poirel (l'abbé), curé de Mandres- aux- Quatre -Tours 
(M.-et-M.). 

Poirel (Paul), ancien magistrat, à Rosières-aux-Salines 
(M.-et-M.) 

Poirine (l'abbé), chanoine, 19, faubourg Staiislas. 

Poirson, receveur municipal en retraite, rue Kléber, 13. 

Pommery (de), rue de Boudonviile, 18, Nancy. 

Prost (Auguste), membre de l'Académie de Metz, boule- 
vard Malesherbes, 19, à Paris. 

Puton (Bernard', substitut du procureur de la Républi- 
que, Saint-Mihiel (Meuse). 

Quenet (Edmond), mécanicien à Beaumont, par Charny 
(Meuse). 

Quintard (Léopold), rue Saint-Michel, 30. 

Quintard (Lucien), rue Gilbert, 2. 

Rampont (E.), avoué au Tribunal, rue des Michottes, 1. 

Rance (l'abbé), ancien professeur à la Faculté de théologie 
d'Aix, à Sainte- Magnance (Yonne). 

Ravinel (le baron Charles de), ancien député, au château 
de Ville, commune de Nossoncourt, par Rambervillers 
(Vosges). 

Ravinel (Maurice de), ancien préfet, 9, rue Girardet, à 
Lunéville. 

Remy (Fernand), à Saint-Nicolas- de -Port (M.-et-M.). 

Renard (René), avocat, rue St-Dizier, 142 bis. 

Renauld (Albert), avoué, à Bar-le-Duc (Meuse). 



XXII 

* Renauld (l'abbé Félix), professeur d'histoire à l'Ecole 

Saiat-Sigisbert, place de l'Académie, 11. 

* Renauld, banquier, rue Saint-Dizier, 21. 

* Benault (Edmond), 10, place de la Carrière. 

* Rénaux, agent-voyer à Arracourt (M.-et-M.). 

* Reuss, inspecteur des forêts, 2, rue Colbert, à Alger. 

* Richard, notaire, Grande-Rue, 81, à Remiremont (Vos- 

ges"). 
Ring (le baron de), conseiller à la Cour d'appel, place 
Darcy, à Dijon (Côte-d'Or). 

* Riocour (le comte (Edouard du Boys de), commandant 

d'artillerie en retraite, au château d'Aulnois (Lorraine). 

* Riston (Victor), avocat, docteur en droit, rue d'Essey, 

Malzéville. 

* Robert (Louis), dessinateur, rue de la Poterne, 15, à 

Pont-à-Mousson. 

* Robert, fondeur de cloches, rue Pichon, 12. 

* Robert (l'abbé V.), curé do Chauvancy-Saint-Hubert, par 

Montmédy (Meuse). 

* Robert (F. des), membre de l'Académie de Stanislas, villa 

de la Pépinière, 1. 

* Robert, juge au Tribunal civil, r uo des Carmes, 44. 

* Robinet (l'abbé), chapelain de la Cathédrale, place Made- 

leine, 13, à Verdun (Meuse). 
Roche du Teilloy (Alexandre de), professeur au Lycée, 

rue de Rigny, 5. 
RoUin, propriétaire â Gerbéviller (M.-et-M.). 
Roquefeuil (Mme la vicomtesse de), née Fourier de Ba- 

court, place de la Carrière, 12. 
Rougieux (Antonij, architecte, rue Dom Calmet, 5. 

* Rouyer, ancien directeur des Postes, à Thiaucourt 

(M.-et-M.). 
Roxard de la Salle (Ludov ic), rue du Haut-Bourgeois, 35. 

* Royer, lithographe, rue de la Salpêtrière, 2. 

* Rozières (Charles de), rue du Manège, 13. 



xxin 

* Rozières (Antoine de), rue du Manège, 13. 

Sadoul, Premier Pfésident de la Cour d'appel, rue Victor 
Poirel, 1, Nancy. 

* Saintignon (le comte F. de), maître de Forges à Longwy- 

Bas. 

* Saint-Hillier (Henri de), lieutenant au 3* régiment de 

hussards, rue Duguesclin, 101, à Lyon. 
Saint-Joire (Paul), avocat à la Cour d'appel, rue Saint- 
Dizier, 25. 

* Saint-Joire (René), avocat à la Cour d'appel, rue Saint- 

Dizier, 25. 

* Saint-Remy (René Guiot de), ancien magistrat, rue des 

Loups, 6. 
Saint- Vincent (baron de), juge à Saint-Mihiel (Meuse). 
Saussure (Henri de), Cité 2't, â Genève (Suisse). 

* Save (Gaston), artiste peintre, à Saint-Dié (Vosges) et rue 

des Dominicains, 33. 

* Schaudel, capitaine des douanes à Grand'Combe de Mor- 

teau (Doubs). 
Schmidt (Ernest), maître de verreries, à Vannes-le- 
Châtel (M.-et-M.). 

* Schneider, ancien avoué à la Cour d'appel, rue de la Ravi- 

nelle, 18. 
' Schuler, architecte diocésain, faubourg Saint-Jean, 37. 

* Selliére (le baron Frédéric), avenue de l'Aima, 61, à 

Paris. 

* Serot Alméras-Latour, conseiller à la Cour d'appel, rue de 

la Comraanderie, 11. 

* Serre (Mme la comtesse Marie de), rue Las Cases, 8, à 

Paris. 
Sicard (Camille), rue du Quartier-Neuf, 1, à Toul. 

* Sidot (Louis), libraire, rue RaugraflF, 3. 

Simette (Théodore), ancien adjoint au Maire de Nancy, 

rue de Strasbourg, 5 bis. 
Simonin (Fernand), ancien magistrat, rue des Carmes, 29. 



XXIV 

Simonin (Prosper), ancien magistrat, place de la Car- 
rière, 36. 

* Sonrier (le docteur), à Poussay (Vosges). 

* Sorlat (E.), avocat, 28, rue des Capucins, à Lunôville 

(M.-et-M.)- 
Souhaut (l'abbé), curé-doyen de Ligny-en-Barrois (Meuse). 

* Souhesmes (Raymond des Godins de), place St-Georges, 93. 
Spillmann (le docteur), professeur à la Faculté de méde- 
cine, rue des Carmes, 40. 

* Staemmel (l'abbé), secrétaire général de l'Evêché, place 

Stanislas, 4. 
StainTille (Edmond), conseiller à la Cour d'appel, place 

de l'Académie, 8. 
Stéhelin, préfet de Meurthe-et-Moselle. 
Stein, architecte, à Toul . 
Straten-Ponthoz (le comte van der), de l'Académie de 

Metz, rue de la Loi, 17, à Bruxelles (Belgique). 
Thomas (Gabriel), conseiller à la Cour d'appel, membre 

de l'Académie de Stanislas, rue Stanislas, 82. 

* Thomas (Stanislas), rue Charles III, 80. 

* Thomas-Mallarmé (Léon), ancien sous-préfet, 6 bis, rue 

des Chanoines. 
Thomassin (l'abbé), curé du Val-d'Ajol (Vosges). 

* Thouveoin (Paul), â Rosières-aux-Salines (M.-et-M.). 

* Thouvenin (le docteur), maire d3 Vézelise (M.-et-M.). 
Tourdes (le docteur), doyen honoraire de la Faculté de 

médecine, membre de l'Académie de Stanislas, faubourg 
Stanislas, 2. 

* Trancart, ancien préfet, rue Sainte-Catherine, 27. 

* Turinaz (S. G. Mgr), évêque de Nancy et de Toul, place 

Stanislas, 4. 

* Vacant (l'abbé), professeur au Grand-Séminaire, membre 

de l'Académie de Stanislas, rue de Strasbourg, 94. 
Vagner (René), gérant du journal l'Espérance, rue du 
Manège, 3. 



XXV 

Valentin, docteur eu médecine, rue Saint-Jean, 8. 
Vanier (Paul), notaire à Blâraont. 

Vanson (l'abbé), vicaire général honoraire, 23, rue du 
Montet. 

Vernéville (Louis Huyn de), avocat à la Cour, rue de la 

Source, 27. 
Vienne (Henri de), ancien magistrat, rue d'Alliance 6. 
Vienne (Maurice de), chef d'escadrons au 8* régiment 

d'artillerie, rue d'Alliance, 1. 
Villefosse (Et. de), ancien archiviste de la Nièvre, rue 

Foumorigny, 4, à Nevers (Nièvre), 
Vincent (Henri), docteur en médecine, rue du Moulin, 

I, Vouziers (Ardennes). 

Vivier, conservateur des forêts en retraite, rue Stanis- 
las, .5. 

Voirin (Jules), artiste peintre, rue des Michottes, 7. 
Volfrom, négociant, rue Saint-Dizier, 117. 
VoUand, ancien maire de Nancy, sénateur de Meurthe-et- 
Moselle, rue delà Ravinelle, 20, Nancy, et cité Vanneau, 

II, à Paris. 

Warren (le vicomte Lucien de), ancien capitaine d'artil- 
lerie, place de l'Arsenal, 3. 

Welche (Charles), ancien maire de Nancy, ancien minis- 
tre, conseiller d'Etat honoraire, à Montauban-sur-Hou- 
demont (M.-et-M.) et avenue d'Antin, 67, à Paris. 

Weyland, curé de Guermange, par Langenberg (Lorraine^. 

Wiener (René), négociant, rue des Dominicains, 13. 

Wolfram (le docteur), directeur des archives, à Metz. 

Xardel, ancien président de la Chambre de commerce, à 
Malzéville (M.-et-M.). 

Zsepffel (Edgard), ancien vice-président du Conseil de Pré- 
fecture, place de l'Académie, 3. 

Zanetti (E., aine), artiste peintre, rue du Puty, 11, à 
Verdun (Meuse). 

Zeller, recteur de l'Académie de Chambéry (Savoie). 



XXVI 



Membres correspondants. 

Barbier de Montault (Monsignor), prélat de la maison de 
S. S. Léon XIII, à Poitiers (Vienne). 

Bertelotti, directeur des Archives d'Etat, àMantoue (Italie). 

Bonnin, inspecteur des monuments historiques pour le dé- 
partement de l'Eure, à Evreux. 

Bouille (le marquis René de), à Paris. 

Bovet président de la Société d'Emulation de Montbéliard, 
à Valentigney (Doubs), 

Chalembert (V. de), à Paris. 

Herluison, libraire à Orléans (Loiret), 

Juillac (le vicomte), ancien officier supérieur, secrétaire de 
l'Académie de Toulouse (Haute-Garonne). 

Lory, bibliothécaire archiviste de la Commission archéolo- 
gique de la Côte-d'Or, â Dijon. 

Marsy (le comte de), directeur de la Société française d'Ar- 
chéologie, à Compiègne (Oise). 

Mignard, membre de la Commission archéologique de la 
Côte-d'Or, à Dijon. 

Soland (Aimé de), secrétaire-directeur de la Société lin- 
néenne de Maine-et-Loire, à Angers. 

Wagner, chef d'institution, à Philadelphie (Etats-Unis d'A- 
mérique). 



ERRATA ET ADDENDA 



15. P. Mettre en note : « Ce travail a été lu à l'Aca- 
démie des Inscriptions et Belles-Lettres le 6 octobre 
1882. » 

P. 69. Rétablir ainsi la dernière ligne de la note 2 : 
« (Bibl. nat. Collection Moreau, 106, fol. 126.) » 

P. 13. Les mots « Lettre de la réédification de Le- 
berdun ». ligne 4 du texte, doivent être placées en 
titre. 

P. 75. L. 7, au lieu de « frappe », lire « frappées ». 

Ajouter à la suite du même alinéa : 

« Un accord entre l'évêque de Toul et le comte de 
Bar, 1332, rappelle que Liverdun avait été réédifié 
« avec l'aide du comte Henri de Bar qui pour le temps 
« estoit et par la force et puissance d'iceluy Henry ». 
Cet accord vise les clauses du traité de 1177. (Collection 
de Lorraine 613, fol. 16.) » 

P. 316, ligne 1 : au lieu de « muni », lire « munie ». 



TABLE DES MATIÈRES 

CONTENUES DANS CE VOLUME. 



Pages 
Monographie de l'église de Revigny, par M. l'abbé 

A. BOUILLET 9 

Le traité conclu en 1497 entre René II, duc de 
Lorraine, et Robert II de la Mark, seigneur de 
Sedan, par M. P. Marichal 32 

Ferri de Bitche, par M. le Comte M. de Pange 51 

Le berceau de Nancy, essai historique et archéolo- 
gique, par M. J.-B. Paul Hannion 82 

La communauté des Enfants-Prêtres et l'inventaire 
des fondations de la paroisse de Mirecourt, par 
M. Ch. Guyot 154 

Note sur la famille de Chrétien de Chastenoy, par 

M. Raymond de Souhesmes 204 

Le rétable de l'église d'Aingeray, par Victor Riston. 223 

La sueur anglaise en Alsace et en Lorraine. Notes à 
propos d'un imprimé lorrain, présumé de 1529, par 
M; Jules Rouyer 229 

Harangues des Etudiants de Pont-à-Mousson au duc 

de Lorraine Henri II, 1614, par M. J. Favier 248 

Contribution à l'étude des camps vitrifiés et calcinés, 

par M. F- Barthélémy 266 

Notice sur Etienne Bourgeois, abbé de Saint-Vannes 
de Verdun, 1417-1452, par Mlle Buvignier-Clouet. 301 



Pages 
La famille Héraudel, d'après les archives du bailliage 

de Bassigny , par M. J. Marchai 321 

Lettres de Grégoire à Jérémie-Jacques Oberlin. par 

M. Ch. Pfister 333 

Table d'horloges solaires, gravée par Jean Appier 
Hanzelet, par M. Léon Germain, avec la collabora- 
tion de M. Ch. Millot 374 

Liste des Sociétés savantes avec lesquelles la Société 

d'Archéologie lorraine échange ses publications... 413 
Liste des membres de la Société au 1" janvier 1893.. i 
Errata et addenda xxvii 



PLANCHES & FIGURES 



Portail de l'Eglise de Revigny 5 

Abside de l'Eglise de Revigny 7 

Plan de l'Eglise de Revigny 17 

Le rétable de l'Eglise d'Aingeray (ensemble) 223 

Le retable de l'Eglise d'Aingeray (détail) 227 

Harangue de Philippe des Armoises 2[)3 

Pierre tombale d'Etienne Bourgeois 301 

Calice et crosse trouvés dans lo tombeau d'Etienne 

Bourgeois '"^^"^ 

Table de bronze gravée par Appier Hanzelet 374 



Nawcy — Imp. Orépin-Leblond, passage dn Casino. 



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